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REVUE CELTIQUE
TOME XXI
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CHARTRES. — IMPRIMERIE DURAND, RUE FULBERT
A^""^ FONDÉE ^J
PAR V^V^
-Q-v H. GAIDOZ ^ /\
>^ 1 870-1 88 1 ^^,
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1870-18»^
PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE
H. D'ARBOIS DE JUBAINVILLE
Membre de l'Institut, Professeur au Collège de France
AVEC LE CONCOURS DE
E. ERNAULT J. LOTH G. DOTTIN
Professeur à l'Université Doyen de la Faculté des Professeur adjoint
de Poitiers Lettres de Rennes à l'Université de Rennes
ET DE PLUSIEURS SAVANTS DES ILES BRITANNIQUES ET DU CONTINENT
L. DUVAU
Directeur adjoint à l'École pratique des Hautes Études
Secrétaire de la Rédaction
Tome XXI.
^rof. Or. Th. BAAOER
-^oesBEÊKsoMEWea u}
NIJMEGEN
^/ /^^(f
PARIS
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR
67, RUE DE RICHELIEU, AU PREMIER
1900
581475
A MONSIEUR
WHITLEY STOKES
POUR LH SOI\ANTK-DI\IEME AN'XIV^EKSAIRK DE SA NAISSANCF
SES COLLABORATEURS
LES RÉDACTEURS FRANÇAIS DE LA REVUE CELTIQUE
28 FÉVRIER 1900
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES
DANS LE TOME XXI
Pages
ARTICLES DE FOND.
L'épreuve de I epée et le couronnement d'Arthur par Dubrice à Kaer
ludeu, par Ferdinand Lot i
Le Calendrier celtique de Coligny, par Seymour de Ricci. ... lo
Remarques sur les vieux poèmes historiques gallois au point de vue
métrique et historique, par J. Loth 28
Étude de phonétique irlandaise (suite), par G. Dottin. . . . 59, 179
'I='pvrj T.oX-j/^-jrsot. Les croissants d'or irlandais, par Salomon Rei-
nach. . 75, 166
The bodleian Amra Cholulmb ChiUc, par Whitley Stokes. . . . 152
Étymologies vannetaises, par E. Ernault 157
Da Choca's Hostcl, by Whitley Stokes 149, : 12, 388
0\d \ns\\ tel laim, tûllaim, par i. Strachan 176
Tracce celtiche nell' Asturia, par Francesco P. Garofalo. . . . 200
La métrique du moyen breton, par J. Loth 203, 342
Les survivances du totémisme chez les anciens Celtes, par Salomon
Reinach 269
Onomasticon Lusitanien, par J. Leite de Vasconcellos 507
Remarques sur les Four ancient Books ofWales, par J. Loth.. . , 328
Les deux chagrins du royaume du ciel, par G. Dottin 349
Sur la versification du breton moyen, par E. Ernault 404
Infixed d in conditional Sentences in Old Irish, by J. Strachan. . . 412
VI
Table des matières.
Intorno agli Helvetii, qualche osservazione, par Francesco P. Garo-
falo 427
Le Calendrier de Coligny, par le capitaine Espérandieu, deux planches
hors texte.
MÉLANGES.
L'orientation celtique à l'île de Sein, par J. Loth.. . , . .
Le mot regcs en gallois moyen, souvenir de la crémation, par J. Loth.
97
97
BIBLIOGRAPHIE.
Cours de littérature celtique, t. VI, compte rendu par P. Le Nestour. 99
CHRONIQUE.
Adamnan, abbéd'Iova, et Virgile. 111.
Allmer. Sa mort. 106.
Albanès. Gallia Ghrisùava noviss'ma.
113.
Andier (Charles). Quid ad fabulas
heroïcas Germanorum Hlbcrni con-
tukrint. 120.
Berger (Samuel). Son décès. 342.
Bremer (Otto). Grundriss dcr gcrma-
nischen Philologie. 242-243.
Bretons à Deols, Indre. 1 14.
Caix (vicomte de) et Albert Lacroix.
Histoire illustrée de la France.
115,1 16.
Chevalier (Ulysse). GalUa christiana
novissima. 113.
Constantius (frère). Kcnttluu brc-
zounek da drei e Gallck. 112, 249.
— Kenteliou brezounrk troet e Gal-
lck. 249.
Dagobert II en Irlande. 112, 113.
Deeney (Daniel). Peasant Lorc from
Gaelic Ireland. 538.
Deloche (Maximin). Son décès. 542.
Dïndshenchas (Poems from). 246-
247.
Douglas Hyde, auteur de Ubhla de n
craoibh. 249 250. — Éditeur de
Giolla an fhiugha et de Eachtra
Clolnne righ na h-Ioruaidhe. 108.
Duchesne. Fastes épiscopaux de l'an-
cicnne Gaule, t. II. 243-246.
Eachlra Cloinre righ na h-Ioruaide.
108.
Espérandieu. Musée Calvet, Inscrip-
tions antiques 121.
Flcd Bncrcnd. 109.
Flach. Sur h fundus et la villa. 1 14,
■M-
Gaidoz, chevalier de la Légion d'hon-
neur. 107.
Garofalo (Francesco P.). Su gli Hel-
vetii. 340-341 .
Giolla an jhiugha. 108.
Gwyn (Edward). Poems from the
Dindschcnchas. 246-247.
Healy (John). InsuLi smctorum et
doctorum. 1 10-1 12.
Table des matières.
vil
Henderson (George), éditeur de Fled
Bricrend. 109, 110.
Henry (Victor). Lexique étymologique
des termes les plus usa Is du breton
moderne. 236.
Holder (Mhed). Altceltischer Sprtich-
schatz. I 19.
Holmes (T. Rice). Caesar's Conquest
o[ Gaul. 107.
Hubert (E ). Recueil général des
chartes intéressant le département de
l'Indre. 114.
Irish texts Society. 108-1 10.
Islendi'ngabôlc. 119.
Lacave-Laplagne-Barris. Cartulaires
du chapitre de Sainte-Marie d'Auch.
114.
Laisren (vision de), i 18.
Legré (Ludovic). Favorin d'Arles.
339-
Lelièvre (Alfred). L'église celtique in-
dépendante de Rome. 116, 117.
Le Moyne de La Borderie. Histoire
de Bretagne. 118.
Lot (F.), maître de conférences à
l'École des Hautes Études. 107.
Loth (J.), correspondant de l'Aca-
démie des Inscriptions et Belles-
Lettres 107, 1 2 1
Meyer (Kuno), éditeur de la vision
de Laisren. i 18.
Mo'.d (George). Introduction à la
chronologie du la'in vulgaire. 236-
242.
Morgan Lluyd. 121.
Muller Hzn (S ). De cv/itatcs von
Gallie. I 19.
Nutt (Alfred). Ossian and the Ossia-
nic Lilerature. 117. — Shakes-
peare. 249.
Oestberg (H.-O.j. Les voyelles vé-
laires accentuées, la diphtongue au,
la désinence -avuz dans quelques
noms de lieu de la France du Nord.
1 14.
O'Growney (Eugène). Son décès.
249.
Otia Merseiana. 118.
Piiilipon (Edouard). Les origines du
diocèse et du comté de Belley. 339-
340.
Pothier. Les tuinulus du plateau de
G.r. 117, 118.
Reinach (Salomon). Guide illustré du
musée national de Saint-Germain.
247.
Rees. Lives oj Cambro-hritish Saints.
248.
Rees Prichard. Canwyl y Cymry.
248.
Rhys (J.). The Welsh People. 121,
341-342.
Robert (Ulysse). L'enseignement à
Besançon jusqu'à la tin du xv^ siè-
cle. 338-339.
Sepet (Marins). Samt GihLis de Ruis.
340.
Society for the préservation of the irish
langujge. 249.
Stokes (Margaret). Son décès, 427.
Stokes (Wliitley). Festschrit. 121,
2502^1.
Vercingétorix et César. 1 16.
"Wesson (Jessie L).King Arthur and
hts knights. i 17.
villa. Sens de ce mot. 113.
Wagner (Félix), traducteur de VIs-
hndingabôk. i 19.
Wood -Martin. The Elder faithsof
Ireland. 341 .
Y Cymmrodor. 247-248.
VIII
Table des matières.
PÉRIODIQUES ANALYSÉS.
An Gaodhal. 252-253, 429.
Annales de Bretagne, 128-129, 257-
266 (voir p. 258 et suivantes une
notice sur La Viiiemarqué).
Annales de la Faculté des Lettres de
Bordeaux et des Universités du
Midi, 546.
Archaeologia Cambrensis, 129.
Archiv fiir celtische Lexicographie,
125-1 27.
Beilage zur Allgemeinen Zeitung,
132.
Boletin de la Academia de la His-
toria, 129, 346.
Feiz ha Breiz, 256-257, 344-355.
Indogermanische Forschungen, 345.
La parole, revue internationale, 130,
'3'-
Mémoires de la Société de Linguis-
tique de Paris, 1 30.
Memoirs and Proceedings of the
Manchester Literary Society, 343,
344-
Numismatic Chronicle, 547-348.
Preussische Jahrbùcher, 131, 132.
Publications of the modem Language
Association of America, 257.
Revue archéologique, 131, 253-255.
Revue de Numismatique, 266-267.
Revue d'histoire et de littérature reli-
gieuse, 253-254.
Revue épigraphique, 132, 345-346.
Rheinisches Muséum fur Philologie,
1 22.
Société archéologique de Bordeaux,
347-
The American Journal of Philology,
267-268.
The classical Review, 130.
The Journal of the royal Society of
Antiquaries of Ireland, 128, 252.
The philological Society, 347.
The Scottish Review, 131.
The transactions of the honorable So-
ciety of Cymmrodorion, 127.
Zeitschrift fiir celtische Philologie,
122-125.
Zeitschrift fur vergleichende Sprach-
forschung, 1 30.
TABLE, par M. E. Ernault, des principaux mots étudiés dans le t. XXI
de la Revue Celti(]ue, p. 430.
L'ÉPREUVE DE L'ÉPÉE
ET
LE COURONNEMENT D'ARTHUR PAR DUBRICE
A KAER lUDEU
Dans Y Histoire de l'huile bénite (Stori yr oleiu hcnâigeid), con-
servée dans la collection des Hengwrt MSS. à Peniarth, se
trouve le passage suivant ^ :
KocU ocdd frenin yn ynys Brydain yna, ar olew hwnnw a gafas Defrig
archescob y gyssegry Arthur yn frenin, pan dynnodd y kleddyf or maen yn-
ghaer ludci [éd. Fudei]. Ag or achos hwnnw y gorfu ef ar bob germes, ai
goron ef ai arfav yssydd uchel greiriay y frenhiniaeth, achos y gyssegry ef
ar olew bendigeid or nef, ai roi y Arthur i ddystrywio pob gormes anys-
brydol obHtli y saint ar Kristynogion, ac yna y koUodd yr olew hwnnw
heb wybod o neb pie r' aethodd hvd yn yr amser y kiliodd Thomas o gaer
Gaing or du allan rag Henri frenin Lloeger.
Kall était alors roi en l'île de Bretagne. C'est cette huile que prit l'arche-
vêque Dubric pour consacrer Arthur comme roi, quand (celui-ci) retira
l'épée de la pierre à Kaer ludei. C'est pour cette raison qu'il triompha de
toute agression. Sa couronne et ses armes sont les précieux (hauts) joyaux
du royaume parce qu'il fut consacré de l'huile bénite du ciel. Et elles furent
données à Arthur pour réprimer toute oppression mondaine parmi les saints
et les chrétiens. Puis cette huile fut perdue sans que personne sût en quel
lieu elle était allée, jusqu'au temps où Thomas de Cantorbery s'enfuit loin
de Henri, roi d'Angleterre.
I . Setcctious front ttie Hcngivrt MSS. preservcd in ttm Pcniartli tihrary, éd.
par Robert Williams et G. Hartwell Jones Londres, Quaritch, t. II, 1892,
p. 325; cf. la trad., ihid., p. 665.
Revue Celtique, XXI. 1
2 F. Lot.
M. G. Hartwell Jones a signalé le premier ce textes II de-
mande aux lecteurs de la Ri'viie Celtique s'ils ont jamais ren-
contré une « tradition telle que celle-ci ». Il n'est question de
Dubrice et de Kaer-Iudeu ni dans les romans français de la
Table Ronde ni dans Le Morte d'Arthur de Malory (1485),
M. Jones suppose que VHistoire de Phuile bénite nous a con-
servé sur le couronnement d'Arthur une antique version qui
serait d'origine sialloise-.
Je vais essayer de répondre à cette question.
L'épreuve de l'épée qui figure dans les deux versions du
Merlin en prose où Malory l'a puisée^ se trouve pour la pre-
mière fois dans le Merlin de Robert de Borron. On sait que
cet ouvrage, écrit en vers au début du xiii^ siècle, est perdu
quasi en entier 3. Sa mise en prose, effectuée peut-être par Ro-
bert lui-même, n'existe plus à l'état séparé. Nous ne la con-
naissons qu'incorporée aux deux suites qui lui furent données.
Or, dans aucune de celles-ci, ni dans le Merlin-Hutli^, ni dans
la Vulgate 5, il n'est question de Dubrice et de Kaer-Iudeu.
I. Voy. Revue Celtique, XII, 1891, 281-2S2. Avant que le t. II des
Heiigivrt MSS. n'eut été édité, M. Jones avait communiqué un extrait de
VHistoire de t'Imite bénite à M. Oskar Sommer qui l'imprima dans sa belle
édition de Malory au t. III (lequel traite des sources de Le Morte d'Art1)ur
(Londres, Nutt, 1891, in-4). M. Sommer ajoute (p. 30 en note): « This
« is a very cuiious text obviously connected with the « Queste del Saint
« Graal » but containing matter that may possibly be older than the ver-
« sion in the hitherto known texts of that romance. The account of Nas-
« ciens' (Seraphes') shield, is différent from that in the Vulgate-Qj-icst (com-
« pare the « Lancelot >^), and seems influenced by the account Nennius gives
« of Arthur's shield. The text is either a Welsh adaptation of the Mertiii,
« now lost, or of a now lost French version of that romance. The form
« Bredyr for Peredur is unusual; also Nasciens' relationship to Peredur.
« Nasciens in some versions of the Q.uest is Galahad's uncle. » Nous dis-
cuterons plus loin cette note.
2 J'interprète la pensée de M. Jones, laquelle n'est pas des plus claires.
Sur l'absence de méthode de cet éditeur, vov. G. Paris dans Revu: Celtique,
XIV, 1893, 338-341.
3. G. Paris et Jacob Ulrich, Merlin, roman en prose du XLII^ siècle ...
d'après te nis. appartenant à M. Alfred Hnth, Paris, 1886 {lis. 1888), 2 vol.
in-8 (Société des ancicjis textes franç.us). Voy. V Introduction en tête du t. Jer.
4. Il est commode de désigner ainsi la version publiée par MM. G. Paris
et Ulrich. Cf. note précédente.
5 . G. Paris désigne ainsi la version la plus répandue du Merlin. Elle a
eu les honneurs d'une belle édition due aux soins éclairés de M. Oskar
VÉprcuvc de Pcpée. j
L'« archevesque » est anonyme. L'épreuve de l'épée et le cou-
ronnement ont lieu à Logres pris pour un nom de ville dans
le Merlin-Huth ^ La Vulgate donne tantôt Logres, tantôt
Londres-. Malory qui a consulté les deux versions pour com-
poser sa compilation, opte pour cette dernière ville, et observe
en homme scrupuleux que le livre français ne dit pas si la
scène eut lieu à Saint-Paul ou dans une autre église de
Londres?. « Soo in the grettest chirch of London, whether it
were Powlis or not, the frensshe booke maketh no mencyon. »
Il paraîtrait donc tentant d'admettre que V Histoire de l'huile
bénite nous a conservé une version plus antique que les ro-
mans français et anglais, version dans laquelle figurait Dubrice
et où la scène se passait à Kaer-Iudeu, ville dont nous allons
reparler bientôt. Je crois cependant qu'il fliut renoncer à cette
idée. Tout d'abord cette ridicule-^ histoire de l'huile bénite n'a
rien d'antique en son ensemble. Le dernier chapitre où il est
question de la dixième année de Henri III montre qu'elle a été
écrite après 1226. Le mot Picardie qui s'y trouve au § 5 oblige
à en abaisser la date jusqu'au milieu ou même la fin du
xiii^ siècle 5. En outre, le texte débute en nous parlant de Nas-
ciens « cousin de Bredyr ap Efrog » le premier des chevaliers
de la Table Ronde « depuis que Merlin l'établit sous Uther Pen-
dragon jusqu'à l'époque d'Arthur ». Ce début est emprunté,
ou pour mieux dire, traduit d'un passage de la Vulgate de la
suite du Merlin. « Mais sour tous les autres le fist bien vns
« damoisiaus (Nasciens) dont li contes doit moult parler, car
« il ne £ut mie a trespasser, ains fiit moult bien a remen-
« teuoir dont il fu et comment ilôt nom. Car che fu .j. des
« millors cheualiers qui onques fust al tans le roy Vterpan-
« dragon ne al tans le roy Artu tant comme il pot mener
Sommer : Le roman de Merlin or tJic early Jiislory of King Arttmr. Londres,
1894 (privately printed for subscribers), un vol. in-4.
1. Voy, éd. G. Paris et Ulrich, p. 135-146.
2. Logres, p. 85, 87, 91 (éd. Sommer); Londres, p. 85.
\. Le Morte DartJiiir, 1. I, chap. m, éd. Sommer, p. 40.
4. Cf. G. Paris dans Revue Celtique, XIV, 341, note 2.
) . Il suffit de consulter le Glossaire de Du Gange pour s'assurer que les
noms de Picard et Picardie n'apparaissent dans aucun texte antérieur à
l'année 1 200. Ils ne commencent à être usités que vers le milieu du xiiie siècle.
4 F. Loi.
« cheualcrie. Li conte des estoires dient qu'il fu cousins ger-
ce mains Parcheual le Galois de par sa meire, etc.^ ». Il y a
donc quasi certitude que l'histoire de l'épée lui a été également
empruntée, mais peut-être avec une modification personnelle :
l'archevêque est identifié au célèbre saint gallois, Dubrice
(Dyfrig) et la scène placée à Kaer-Iudeu.
Nous pouvons aller plus loin et affirmer un emprunt textuel :
dans un manuscrit qui contient la Vulgate, le fr. 337 de la
Bibl. Nationale, je vois au fol. i recto 2^ col., // arceuesches
Dubrice^. Ce n'est pas tout: la traduction du Merlin en vers
anglais (xiv^ siècle) nous parle du couronnement d'Arthur par
l'évêque Brice (pe holy hischop pat hiit Bricc) 3 où il n'est pas
difficile de reconnaître notre Dubrice. Enfin, dans la Vulgate
elle-même, il n'est pas malaisé de le découvrir dans la phrase
suivante, au commencement de la suite du Merlin : « Et Mer-
lins li dist qu'il die au roy qu'il amaint en sa compaignie Var-
ceiiesque de hrite et l'arceuesque de Logres, et cil respont qu'il
li dira uolentiers. » Et quelques lignes plus bas : « Atant s'en
vint li rois Artus et li arceuesques de brice et antor, etc. 4 ».
Cet archevêque de brite ou de brice est évidemment Dubrice.
L'archevêque était donc nommé dans la continuation du
Merlin dite la Vulgate, connue de l'auteur de l'Histoire de
l'huile bénite, nous l'avons vu plus haut, ou même dans le
Merlin de Robert de Barron, sa source >. Ni l'un ni l'autre n'a
1. Sommer, Merlin, p. 236-237. Sur la forme Brt'Jvr pour Pcredur (Per-
ceval), voy. plus haut p. 2, note i.
2. Cette version de la Vulgate, intitulée dans le ms. le Livre d' Artus, est
inédite, mais elle a fait l'objet dune copieuse anal3-se de M. Freymond dans
la Zeitschrift fïir fraii^ûsischeSprache, XVII (1895), p. 21-128.
3. Voy. Arlhoiir and Merlin, éd. par E. Koelbing. Leipzig, 189O,
vers 2757, 2783, 2986, 31 II (Altenglische Bibliothek, vol. IV). Dans le
Merlin anglais en prose qui traduit le Vulgate, l'archevêque n'est pas nommé
et la scène se passe à Logres. Voy. l'éd. Wheatley (Early English text So-
ciety, vol. 10 et 36).
4. Éd. Sommer, p. 94.
5. Le ms. fr. 337 où se trouve justement Dubrice ne contient pas le
Metlin de Robert de Borron. Par une anomalie il commence avec la snile
(Vulgate). Mais le passage où est nommé Dubrice fliit allusion au couron-
nement d'Arthur par cet archevêque. Or ce couronnement fait partie de
l'œuvre de Robert qu'il termine. Il y a donc tout lieu de croire que dans le
Merlin de Robert, perdu à l'état isolé, l'archevêque était nommé.
L'P.prciire de l'épce. 5
t'Li la peine d'aller chercher ce personnage dans des traditions
populaires galloises ou la vie de ce saint. Il a été tout bonne-
ment emprunté à Gaufrei de Monmouth qui, au chapitre pre-
mier du livre IX, foit couronner Arthur à Cilcestria [?] par Du-
hriciiis, archevêque de Caerléon '. L'auteur de V Huile bénite
n'a donc eu recours à aucune source celtique pour son Diibri-
ciiis. Il s'est borné à lire le Merlin, la Vulgate. Et s'il prétend
que la couronne et l'épée furent données à Arthur pour pro-
téger les saints et les chrétiens, etc., il résume simplement,
sans bien la comprendre, l'allocution de l'archevêque au jeune
roi qui clôt le Merlin de Robert de Barron : « Artus, se tu es
« tels que tu veus jurer et creanter a tous sains et a toutes
« saintes, et a sainte eglize sauver sa droiture et a maintenir
« loialté et pais en terre et a conseillier tous desconseilliés a
« ton pooir, et a maintenir toutes droitures et toutes loiautés
« et droite justice maintenir, si va avant et pren l'espée dont
« nostre sires t'aeslut-. »
Reste Kacr-Iudcii. Cette localité ne se trouve dans aucun
texte arthurien français ou anglais. L'auteur de VHuilc bcnilc,
ne connaissant pas comme ville « Logres » que lui offrait sa
source l'a remplacé par une autre localité. Le Merlin-Vulgate
qui reproduit d'abord Logres de Robert de Barron, la rem-
place par Londres T. Il n'y a donc aucune raison de croire que
l'Histoire de Fbiiile sainte nous représenterait une source indé-
pendante des romans français en ce qui concerne l'aventure de
l'épée fichée dans le « perron » et le couronnement d'Arthur ■+,
1. Éd. San-Marte, p. 121. Gaufrei de Monmouth a tiré Duhrichis de la
Viede ce saint écrite vers le début du xii^ siècle et contenue dans le Booh of
Ltanddv, éd. Gw. Evans, p. 78-86. On a prétendu même que Gaufrei avait
composé ce Booh oj Liandâv , mais c'est une erreur. Voy. J. Loth dans Revue
Celtique, XV, 1894, 101-104. Gaufrei a du reste altéré de parti pris les ren-
seignements que lui fournissait l'hagiographesurl'a archevêché » de Dubrice.
Il l'afait arclievêque de Caerlion et il fait prophétiser que le siège tnétropo-
litain psasera à Mynyw (Saint-David) au lieu de Liandâv.
2. Éd. Sommer, p. 92; éd. G. Paris, p. 146. La comparaison de ces
deux textes achève de montrer que l'auteur de VHuite h'uitcacu la Vulgate
sous lesyeux.
3. Voy. plus haut p. 3, note 2.
4. Je ne crois pas davantage à une source indépendante au sujet de « Xas-
cicns, ermite à la Chapelle Périlleuse ou l'Ile de Verre (Yuys IVyddrin) »,
c'est-à-dire à Glastonbury (cf. plus haut, p. 2, n. i). L'auteur a emprunté
6 F. Lot.
L'inventeur de cette aventure, jusqu'à plus ample informer,
reste Robert de Borron, Cette légende, comme l'a foit remar-
quer M. G. Paris', n'est pas spécifiquement celtique et se re-
trouve un peu partout, et il serait sans doute focile à un folk-
loriste d'augmenter la liste des exemples donnés par ce savant.
Néanmoins la mention de Kaer-Iitdcii dans V Huile bénite est
loin d'être sans intérêt. On ne sait, il est vrai, exactement
pour quelle raison, l'auteur l'a substitué à Logres. Mais ce tait
même prouve la célébrité de cette localité en Galles encore aux
xiii^-xiv^ siècles. Or, Kaer-Iuâeii a joué certainement un rôle
dans les traditions épiques des Gallois dès le vu* siècle. Cette
localité, on le sait aujourd'hui, n'est autre que Vm-hs Giudi de
Bède^, située dans une île du Firth of Forth qu'on identifie
avec Inchkeith, vers Carriden3. Les Irlandais connaissaient
cette ville, puisqu'ils appelaient le Firth of Forth muirn Giudan
« mer de Giudan +. » On a ingénieusement conjecturé > que
ce nom était celui des Jutes qui se sont établis avec les Angles
au nord de l'Humber jusqu'au Forth. Au vu'-' siècle cette loca-
lité était au pouvoir des rois de Northumberland. Les rois
bretons de Strathclyde et de Galles, alliés au roi païen de
Mercie, Penda, essayèrent de s'en emparer. Le roi de Nor-
thumbrie, Oswiu, racheta sa ville, essaya d'apaiser Penda en
Termite Nascien à la Vulgate de Merlin (éd. Sommer, 240, 342, etc.) et
surtout au Laiicetot fondu avec la Oticste du Saint Graal (éd. Furnivall, ii>
16, 28, 119, 158, 149, 186). La Chapelle périlleuse est sans rapport avec
Nascien. Il y a peut-être eu confusion entre la chapelle où il vit en ermite
et la Ctiapctle pcrittciise, épisode des aventures de Lancelot dans une partie
perdue en français mais qu'on retrouve dans Malory (éd. Sommer, I,
p. 205-206 ; cf. III, 272-278). L'île de Verre (= Glastonbury), la croix d'or
et le bouclier d'Arthur sont plutôt suggérées par la lecture de Guillaume de
xMalmesbury et de Giraud de Barry (Voy. Romauia, XXVII, 531 sq.; XXVIII,
15, note i) que par Nennius comme le suppose M. Sommer (cf. p. 2, n. 1).
1 . Dans son Introd. au Merlin-Huth, p. xix-xx.
2. Bède, Hist. eccles. gcntis Augtonim, 1. I, c. 12 : <f orientalis (sinus)
habet in niedio sui urbem Giudi ; occidentalis supra se, hoc est ad dexteram
sui, habet urbem Alcluith, quod lingua eoruni significat petram Cliuth
(Diiiiibartoii). Est emm juxta fluviumnominis illius. » Ed. Plunmier, I, 25-26.
5. Voy. Plummer, II, 24, 182 ; Skene, Four anciciit books of n'haïes, I,
88-95; John Rliys, Cellic Biilain (Londœs, 1884, i vol. in-12), p. 151.
4, William Reeves, On Ihc Ccte-dc, commonly catlcd tlie Cnldccs, p. 124
(Transiiitions de l'Académie d'Irlande, année 1860).
5. Skene, Four ancicnt books of Wales, I, 92-93.
UËpreuve de répce. 7
lui otFnmt de riches présents, mais en vain. Une coalition for-
midable se noua contre le Northumberland. Oswiu n'en fut
pas moins vainqueur à Winwaed, in campo Gai ^ peu après.
Le roi de Mercie et les chefs bretons furent tous tués (655).
Le récit de Bède concorde très bien en son ensemble avec
le chap. 64 de VHistoria Brittoniini. Voici en effet ce que dit le
moine anon3'me qui, vers 679, composa une petite histoire des
princes de Northumberland et des Bretons:
« Osguid, filius Eadlfrid regnavit viginti octo annis et sex
<( mtnsibus. Dum ipse regnabat venit mortalitas hominum,
« Catgualart régnante apud Brittones post patrem suum, et in
« ea periit (Catgualart). Et ipse (Osguid) occidit Pantha in
« campo Gai et nunc facta est strages Gai campi, et reges Brit-
« tonum intertecti sunt qui exierant cum rege Pantha in expe-
« ditione usque ad urbem qua; vocatur ludeu. Ecgfrid filius
« Osbiu regnavit novem annis. »
Cette dernière phrase clôt l'histoire de l'anonvme de 679 ^
Mais entre cette phrase et la précédente (usque ad urbem quae
vocatur ludeu), on trouve dans tous les manuscrits de Nennius
le paragraphe suivant, visiblement interpolé :
« Tune reddidit Osguid omnes divitias quae erant cum eo
« in urbe usque in manu Pendae, et Penda' distribuit ea re-
« gibus Brittonum, id est Abret Judeii. Solus autem Catgabail,
« rex Guenedotae regionis, cum exercitu suo evasit de nocte
« consurgens. Quaproptcr vocatusest Catgabail Catguoniiiied^. »
L'auteur de cette addition est Nennius. C'était un Gallois
1 . La slrages Gaî cainpl de l'anonyme de 679 correspond à la bataille
prope fltiviiiin Uinnaed de Bède, 1. III, c. 24 (éd. Plummer, I. 178). Voy.
Skene, I, 88-89; Rhys, Cellic Britain, 133 ; et Plummer, II, 185. Les An-
nales Cainhiiae mettent en 656 la Strages Gaii campi et l'année suivante la
mort de Pantha (Voy. éd. Phillimore dansj' Cymnirodor, IX, 158). La date
de 655 fondée sur un passage de Bcde doit sans doute être préférée.
2. Voy. Zimmer, Nennius Viiidicatns (Berlin, Weidmann, 1893, un vol.
in-8), p. 93-105. Cf. un article de Thurneysen analysé par nous dans le
Moyen-Age, 1896, p. 1-13 et 23-32. Cet anonyme me parait décidément un
Breton du Nord, mais un sujet des rois de Norlhumbrie.
3 . Remarquer la forme Feiula dans ce passage dû à Nennius. L'anonvme
de 679 et les Annales Cauihriae (Voy. note i) disent Pantha.
4. Nennius, ^ 6, éd. Mommsen, p. 208 (Mon.Gerni., and. antiqnisshni,
t. XIII).
8 F. Lot.
de Nord-Galles ^ (Gwynedd). La mention de Vurbs Judcit et de
la défaite de Gai campus où avait figuré le roi Cadwael (Cat-
gabail) l'intéressait à ce titre, et il a saisi l'occasion d'ajouter
ces quelques lignes. D'où les tirait-il? D'une source écrite?
Evidemment non, puisqu'il n'avait que la petite histoire de
679 à sa" disposition. Sa source est visiblement un récit épique.
La distribution des richesses, la fuite pendant la nuit, le sur-
nom même de Catgiiommed « qui esquive la lutte »-, tout cela
a une allure légendaire. Nennius a pris soin du reste de nous
dire comment ce 3 poème ou ce récit était intitulé. Il s'appelait
Atbrct Iiidcii, ce qui signifie « rançon de ludeu » (adfryd Iiideii
en moyen gallois) 4. Ce poème avait conservé le souvenir d'un
fait historique : Bède nous est garant que pour éviter la guerre,
Oswiu avait offert de grandes richesses à Penda'.
Ainsi dans le premier quart du ix^ siècle, époque où a vécu
Nennius 6, les Gallois, du moins ceux de Gwynedd, avaient
1 . Zimmer qui démontre que le « Redaktor » de cette compilatioii est de
Nord-Galles (Nennius Vindicatus, p. 51) ne veut pas qu'il soit identique à
Nennius (p. 52). C. Boser a démontré que cette seconde assertion était in-
soutenable (Roniania, XXIII, 439). Cf. nos comptes rendus des travaux de
Zimmer et Thurneysen sur Nennius dans le Moyen- Age, années 1894, 1895
et 1896.
2. Du gallois cad « bataille » ut gonnnedd « refuser ».
3 . Ou ces poèmes, car il est possible qu'il y en eut plusieurs, l'un sur
la rançon de ludeu, l'autre sur la fuite de Cadwael.
4. On traduit aussi adfryd par « restauration », mais ce sens ne s'adapte
pas au contexte.
5. Bède, 1. III, c. 24 : « His temporibus rex Osuiu, cum acerbas atque
« intolerabiles pateretur irruptiones saepe dicti régis Merciorum (Penda),
« qui fratrem ejus occiderat, ad ultimum, necessitate cogente, promisit se ei
« innumera et majora quam credi potest ornamenta regia vel donaria in
(C pretium pacis largiturum, dummodo ille domum rediret et provincias
« regni ejus usque ad internicionem vastare desineret. Cumque rex perfidus
« nuUatenus precibus illius assensum praeberet, qui totam ejus gentem a
« parvo usque ad magnum delere atque exterminare decreverat, respexit
« ille ad divinae auxilium pietatis, etc. » (Suit le récit de la bataille de Win-
vaëd). Vov. éd. Plummer, I, 177 (Oxford, Clarendon Press, 1896, pet.
in-8). Q.iioiqu'on en ait dit, ce récit concorde exactement avec celui de
l'anonyme de 679 et Nennius. Bède ne dit pas que Penda a refusé les pré-
sents ; niais ce perfide n'en a pas moins continué à dévaster la Northumbrie.
Des deux royaumes composant leNorthumberland, Bernicie ctDcira, Oswiu
commandait le premier, c'est dire que Vurbs Giudi faisait bien partie de ses
États. Florence de Worcester rapporte, du reste, que Penda envahit la Ber-
nière.
6. Vov. dans le Moyen-Age, année 1896, p. 31-32.
L'Épreuve de l'cpce. 9
des poèmes ou des récits épiques sur l'expédition dirigée contre
Kaer-Indeu environ deux siècles auparavant. Il est fait allusion
à cette ville, non pas dans les poèmes de Taliessin comme on
l'a cru ', mais dans un passage d'Aneurin ^. Sa mention dans
V Histoire de l'huile bénite montre enfin que le nom de cette cité
n'était pas encore oublié en Galles aux xiir-xiV-' siècle, alors
qu'elle avait disparu sans doute depuis des siècles. C'est là le
seul mérite de cette composition, au reste parfliitcment inepte.
Ferdinand Lot.
1. Skene suppose {Four ancient booh of JVales, II, 404, 408, 411) que
Caer-Sidi et h\ splendide cité de la mer décrites dans trois des poèmes attri-
bués à Taliessin (ibid., II, 155, 1. 8; 168-169; 181, 1. 10) n'est autre que
ïiirJ^s Iiideii. Il ne s'aperçoit pas que Caer Sidl est une cité mythique du pays
des Morts et que deux (uu moins) sur ces trois poèmes décrivent des contrées
surnaturelles. CaerSidi o la ville qui tourne », c'est File entourée d'un rem-
part de feu tournant qu'aperçut l'Irlandais Mael-Duin (voy. d'Arbois de Ju-
bainville, Cours de titlcrature cdiiqiie, V, 493) ; c'est Vlttc tournoiant de la
Oitcste du Saint Graat où Nasciens fut porté « vers le pais d'occident », tout
comme Mael-Duin (vov. l'édition àehOueste par Furnivall, Londres, 1864,
in-4, p. 186). Nous essaierons bientôt de montrer que l'interprétation habi-
tuelle (historique et géographique) est pour un certain nombre de poèmes
de Taliessin (en particulier pour les Preiddiau Anmvn) tout à fait absurde.
2 . Le mérite de cette petite découverte revient à M. John Rhys. On trouve
dans le Gododin ces trois vers dont Th. Stephens a tenté une traduction dé-
sespérée (p. 549) qu'il est inutile de reproduire :
Tra nierin iodeo trileo
Yg caat tri guaid (franc) friadus leo
Bribon a giioreu bar deo
Selon M. Rhys il faut traduire :
Over the Firtii of Iodeo brave
In war thrice a raging lion
Bribon v-rought the wrath of God.
Iodeo c'est hidcu de Nennius, et merin répond au latin marina que Du Cange
interprète « aestus maris turgidior ». « Accordingly I regard Mt/k Iodeo
as meaning the Firth of Forth » {Arctmeologia Cawhrensis, 5e série, vol. VI,
1889, p. 231). Cette conjecture deM. Rhys est transformée en certitude par
ce passage de la Vie de saint Kenlic;ern par Jocelyn, qui luia échappé: « .\r-
ripiens (Kentigernus) iter ad Frisicum litus pervenit, ubi fluvius, Maltena
vocabulo, alveum suum ex reumate maris influente excedens omnem trans-
eundi spem ademit. » Voy. Pinkerton's, Vitae autiquaesanctorinn ...Scoliae,
éd. Metcalfe (Paisley, 1889, 2 vol. in-8), II, 19. — Le Frisicum titus c'est
le Firth. Le flirvius Mallena vocabuto s'entend du Forth. Bcdc écrit >nali7m
(de mit. rcrum, 1. I, c. 29). Et il est bien difficile de séparer ce mot de ma-
rina. Il est évident que le merin brittonique provient de marina. C'est un
emprunt latin qui a échappé à M. J. Loth. Ce mot s'est entendu d'un es-
tuaire. En français (marine) il désigne même la haute mer. La merin Iodeo
(( marine de ludeu » correspond donc au muirn Giudan des Irlandais.
LE CALENDRIER CELTIQUE DE COLIGNY
Deuxième article.
Dans une note datée du 26 février 1898, communiquée à
l'Académie des Inscriptions le i'"" avril et publiée dans la Revue
Celliqiie (t. XIX, p. 213) j'essayais, le premier, de résoudre
quelques-uns des nombreux problèmes soulevés par la publi-
cation du Calendrier. J'y avais établi l'ordre des mois, la place
du mois intercalaire et j'avais ébauché un lexique des prin-
cipaux mots du calendrier. Depuis lors, de nombreux savants
ont entrepris l'étude de notre texte. Tour à tour, MM. Dissard,
Omont, Thiers, Loth, Nicholson, Espérandieu, feu Auguste
Allmer, Thurneysen, etc., se sont attaqués à notre monument.
Le résultat de ces recherches est satisfaisant : la reconstitution
Dialérielle paraît définitive ; la restitution astronomique est déjà
moins hypothétique; quant à V interprétât ion linguistique, elle
commence à peine à se dégager des ténèbres, mais de nom-
breuses remarques utiles ont déjà étéfaites sur le texte de l'ins-
cription.
Je me propose ici de passer en revue toutes les publications
auxquelles le Calendrier a donné lieu.
I. Le 17 décembre 1897, M. Héron de Villkfosse commu-
niquait à l'Académie des Inscriptions une note de M. Dissard^
dont voici les principaux passages :
I . Cette note parut simultanément dans les journaux le Temps, les
Débats et l^^ Journal officiel, et fut publiée ensuite dans les Comptes leudus de
l'Académie des Inscriptions, 1897, t. XXV, p. 703.
Le Calendrier cellujue de Coligny. 1 1
Un cultivateur du hûJiicaii de CJjannoux, en minant une terre
nonnnce Verpois située à peu de distance de la route nationale de
Lxon à Strasbourg, [sur le territoire de la commune de Co-
limiy] près des confins des départements de l'Ain ci du Jura et non
loin des restes d'une, voie romaine, a trouvés enfouis à environ
trente centimètres du sol les débris d'une niagniji que statue de bronze,
renwntant à V époque gallo-romaine... En même temps que les restes
de la statue on recueillait les fragments de deux grandes tables de
bron:^e...
M. Dissard reconnut que le texte des inscriptions gravées
sur ces tables était un calendrier lunaire et il acheta l'ensemble
de la découverte pour le musée de Lyon.
II. Le 29 décembre 1897^ ^^- '^^ ^'ILLEFOSSE communiqua à
l'Académie, au nom de M. Dissard, le texte du Calendrier.
L'Académie décida la reproduction et la publication dans ses
Comptes rendus des dessins de x\L Dissard ^
III. Cependant, le même jour, M. de Villefosse avait an-
noncé à la Société des Antiquaires de France la découverte du
Calendrier-, dont le texte a été publié d'après les dessins de
M. Dissard avec une courte note de M. Omo\t5, donnant la
liste des noms de mois contenus dans le calendrier, mais ne les
donnant dans aucun ordre.
IV. Le 14 janvier, iM. de Villefosse communiqua à l'Aca-
démie une note de M. Bûche sur la statue trouvée avec le Ca-
lendrier, statue qui serait celle non d'Apollon, mais de Mars 4.
V. Puis vient la note publiée par moi dans cette Revue
(26 février).
1. Comptes rendus, 1897, t. XXV, p. 730, avec six planches lithogra-
pliiques, in-4. — Le texte du monument y est reproduit en demi-grandeur :
les dessins du bronze exécutés, autant qu'on peut en juger, avec autant de
science épigraphique que d'exactitude matérielle, sont dus à la plume habile
de M. Dissard.
2. Bidtelin des Antiquaires, 1897, p. 410.
3. Butletin des Antiquaires, 1897, P- 4i5-
4. Comptes rendus de TAead. des inscr., 1898, t. XXM, p.
I 2 Siymour de Ricci.
VI. Le 2 mars, M. de Villkfosse communiquait à la So-
ciété des Antiquaires un mémoire de M. Dissard sur le Ca-
lendrier '.
VIL Dans la séance du 25 mars 1898, M. Héron' de Vil-
LEFOSSE communiquait à l'Académie deux notes, l'une de
M. Dissard, l'autre de M, Frédéric-Paul Thiers, de Nar-
bonne^.
La note de M. Dissard est avant tout une étude matérielle
du Calendrier : elle donne d'abord quelques nouveaux rensei-
gnements sur la découverte de notre monument :
« [il] ctiiit ciifoiti à o"\]o du sol dans une excavation donl la
forme spéciale a suggéré l'idée que tous les fragments avaient été au
préalable réunis dans une espèce de panier en forme de hotte. Le
nombre des fragments d'inscriplion était de 1^% se répartissant
ainsi :
Avec inscriptions 121
Anépigraphes S
Bordures moulurées 20
Trompé par les apparences, M. Dissard crut pouvoir établir
que le Calendrier était composé de deux tables ; cette indi-
cation inexacte empêcha pendant longtemps de reconstituer
exactement le Calendrier. M. Dissard nous apprend dans sa
note que les vingt morceaux de bordure ont ensemble une
longueur de 2'", 10.
L'étude paléographique du texte de l'inscription a amené
M. Dissard à faire les remarques suivantes :
A barre transversale omise ou inclinée de droite à gauche.
C difficile à distinguer du G.
E souvent à traverses inclinées de droite à gauche.
I souvent plus grand et dépassant la ligne.
1. Biitlctiii des AïUiqiiaircs, 1898, p. 150.
2. Comptes rendus de l'Acad. des iiiscr., 1898, t. XXVI, prc;unbulc de
M. de Villefosse, p. 161 et 162; note de M. Dissard (addilfoiis et corrections
au texte de l'inscription gantoise trouvée à Cotigny), p. 163 à 167 ; note de
M. Thiers (note sur l'inscription de Cotigny), p. 167 à 180; Texte rectifié du
Calendrier, p. 299 à 536.
Le Calendrier celtique de Coligny. 1 5
L souvent h traverse tombante.
O ovale dans les titres, circulaire dans le corps du texte.
Q. queue allongée.
T barre transversale inclinée de droite à gauche.
Les lettres F H K Y Z manquent dans l'inscription.
M. Dissard a joint à son article une copie rectifiée du Ca-
lendrier qu'il a publiée en typographie : les corrections qu'il
apporte à sa première copie sont assez rares, mais les additions
sont nombreuses : c'est un des meilleurs textes du Calendrier
qui ait encore été publié. Cette copie est suivie d'un index al-
phabétique de toutes les formes de tous les mots qu'on ren-
contre dans le Calendrier ; plusieurs abréviations y sont expli-
quées heureusement.
VIII. La note de M. Thiers contient un essai d'explication
de l'inscription de Coligny. Ce savant, sans avoir eu connais-
sance de mes recherches, est arrivé au même résultat que moi-
sur la plupart des points qu'il a abordés.
L'ordre des mois, la place des mois intercalaires, ont été
déterminés par M. Thiers avec beaucoup d'exactitude; mais
où l'on ne peut approuver M. Thiers, c'est quand il prétend
que notre Calendrier est rédigé selon le système de Méton.
IX. Dans la séance du i'^'' avril 1898, M. d'ARBOis de ju-
BAINVILLE communiquait à l'Académie :
1° Une analyse très courte de l'article que j'ai publié dans la
Revue Celtique ;
2° Une note de M. Loth, doyen de la Faculté des lettres de
Rennes. L'auteur suppose que dans le fragment n. 25 (en tête
de la 8" colonne) le chiftVe 385 indique des mois, car, dit-il,
385 lunaisons font exactement 31 années. Et pour prouver
son assertion, M. Loth se livre au petit calcul suivant :
29,50 X 385 = 11337,50, et 11357,50 X 365 — 31,11.
Vous ave:^, ajoute-t-il, )i ans et une légère fraction qui dispa-
raîtrait si on ajoutait à ^6) la fraction de jours nmthéumtiqucs
(sic). Faisons comme nous le conseille M. Loth et ajoutons à
365 la fraction de jours mathématiques ; nous aurons alors :
14 Seynwur de Ricci.
29>53 X 385 == 11369.05
11369,05 : 365,24 = 31,127
On voit donc que loin de diminuer la fraction a encore aug-
menté : nous nous voyons donc forcé de rejeter l'explication
de M. Loth.
L'auteur termine sa note par les remarques suivantes, qui
paraissent très heureuses et très probables :
Giamon rappelle gaeaf :^ *giamo- « hiver » ;
Ogron, le gallois oer = *ogro-s « froid » ;
Cantlos, le gallois cath, irl. cétal avec un genre dijférent.
Il est possible que sous ciallos, il y ait une sorte d'exposé du Ca-
lendrier et que sonnocingos se rapporte à la marche du soleil : cf.
irl. forsunnud.
X. Le 22 avril 1898, iM. Héron de Villefosse faisait à
l'Académie une intéressante communication ^ M. Thiers lui
avait signalé un fragment de bronze découvert en 1802 au lac
d'Antre, près Moirans (Jura), et publié par A.-J. Bruaud dans
V Annuaire de la préfecture du départenuvit du fura pour l'an 1S14
(Lons-le-Saulnier, 18 14, in-8), p. 209, avec une gravure.
Bruand s'exprimait ainsi : On a retiré du lac d'Antre aussi en
1S02 une portion d'une table ou plaque de cuivre gravée ici dans
ses dinwnsions exactes (suit le fac-similé) :
Ce fragment appartenait il v a une quinzaine d'années à
MM. Rollin et Feuardent, qui le vendirent à M. Fornier, de
Rennes. M. Alexandre Bertrand s'est adressé à M"'^ veuve
Fornier pour obtenir des renseignements sur ce petit objet,
mais ses démarches sont restées infructueuses. M. Mowat a
donné l'estampage qu'il possédait à M. de Villefosse. Voici ce
qu'on lit sur ce fragment :
I . Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1898, t. XXVI, p. 175-176.
I . Comptes rendus de VAcad. des inscr., 1898, t. XXVI, p. 256, et p. 264
à 272 Qe calendrier du lac d'Antre, tirée à part).
Le Calendrier celticjiie de Coligny.
brisé en haut
15
trou rond
^a D
^^^^ D
^^i2^ O
brisé en bas
M. de Villefosse a restitué ce texte comme il suit
xi d
a M B
xii
D
xiii
«MB
xiiii
D
diverto
iM \'
MOGWO
i
D
A7 . .
xii. .
X ///.
XI ///.
XV. .
M.
I. .
I /'.
M. de Villefosse croit que les Calendriers de Coligny et du
lac d'Antre « avaient un caractère sacré et que, conjiés à la garde
des prêtres, ils étaient conservés dans un sanctuaire ou dans ses dé-
pendances. » Cette opinion semble d'autant plus justifiée que
ce n'est qu'ainsi qu'on peut expliquer le choix de la langue
dans laquelle est écrite notre inscription. Seuls, les prêtres Sé-
quanes se trouvaient obligés, par des traditions religieuses, de,
se servir de l'idiome Séquanien.
M. de Villefosse réclame des fouilles au lac d'Antre, et, avant
tout, des recherches sérieuses à Coligny même : « La fouille
du sieur Roux a été très superficielle, peu profonde et peu large, à
cause de la difficulté de s'étendre sur la terre du voisin, fe sais aussi
de la façon la plus positive que quelques-uns des fragnuiits ont été
soustraits. »
i6 Seymoiir de Ricci.
XI. Le 26 mars 1898, M. Rh3-s communiqua à M. Ni-
CHOLsox, bibliothécaire de la Bodleian library à Oxford, la série
des planches de M. Dissard. Le 25 mai 1898, M. Xicholson
publiait une brochure de 16 pages intitulée : Sequauian : first
slcps in tb^ investigation of a nrwly discovcrcd ancicnt Eiiropcan
language. London (Nutt), 1898, in-8.
Voici une analyse détaillée de cet article qui contient, au
milieu de beaucoup de théories aventureuses, un nombre consi-
dérable de remarques intéressantes.
Restitution astronomique. — M. Nicholson essaie tout d'abord
de rétablir l'ordre des mois de la façon suivante (inexacte) :
Semivisonn(ios), Equos, Eknihiv(os) , Edrini(os), CantJos, Sa-
inon(ns), Diiinann(us), Anagantios, Riuros, Oiitios, Gianwn(us),
Ogron(iis).
Entre Ontios et Gianion(us) il place le mois intercalaire
(Ocio)nioni(ius ?) ou Aeantaran ?
Trompé par le fragment n. 4 (r^' colonne), M. Nicholson
a cru que le mois de Cantlos avait tantôt 29 et tantôt 30 jours.
Il a donc retrouvé dans le Calendrier un cvcle de douze ans,
comprenant cinq années de 355 jours, trois années de
356 jours et quatre de 385 jours. Et, comme Pline l'Ancien
nous parle d'un siècle celtique de trente ans, M. Nicholson
remarque que deux cycles et demi de douze ans font exacte-
ment trente ans : ce fait, en lui-même, est incontestable, mais
il n'a aucune valeur pour prouver le système de M. Nicholson,
car Pline ne nous dit nulle part que le siècle gaulois fût com-
posé de deux cycles et demi.
Intcrpr'itation linguistique. — Heureusement que M. Ni-
cholson ne s'est pas attardé sur ces considérations astrono-
miques et qu'il s'est lancé sans plus tarder sur le terrain philo-
logique, où il a été mieux inspiré. Voici, réduite en tableau
pour faciliter les recherches, la série des identifications et des
traductions qu'il propose :
amb( ) = hoth (lat. ambo)
anni(atus) ■= bad, unluchy (irl. anmaith ; gall. anfad)
Le Calendrier celtique de Coligny. 17
aleiwiiyflioii) = pcriod of furthcr iiighls
Canllos rr= siiio^iiig-Dionlb
d( ) = (7 trial (celtique âatl) ou plutôt ~^- a ihiy (Kit.
dii's; V. irl. dir^
dih(os) =■ ta thegods(?) (di luis cl dcabiis mscv. Brambach
n. 806)
divcrioniii = tue tiini off fo thc ncxt mouth (latin divertiiiuis
et dcvcrtitiuii)
devorivo =■ devor(toiiiu) ivo
ds ma ns = dies m a ne ncfastus
Duman(nus) = Y'^in-ètre tbe month of tbick foliage (latin dunitis)
Edrini(os) ■=- peut-être tbc nionlb of oiitspringing (formé du
préfixe e(x) et de la racine drciigj = to mount)
Elenihiv(os) = Siag-inontb (grec iXaso; = *eln-bbos), cf. le
nom du mois Attique 'EXxir^oîXuov
Èquos = peut-être tcmpenitc (latin acqiios)
Exiiigi = tbe marcbings ont (and round), cf. les Anihar-
valia
Gianion(iis) = Winter (identification due à M. Rhys)
lûiidix (d:ins Priondixivos, 4*^ colonne) :=jiidge (latin iudcx)^
Inrid (8" colonne) = iuridicus -
Lagil = peut-être largitio
inatu(s) = good, luchy (gael. et irl. niatb; gall. tnàd')
iiiid (pour ;«/0 = 7nis) = iiiontb
nsds ■= nefastus dies
Ogron(us) = cold (irl. ûar ; identification due à M. Rhys)
prinni z= hùn p(e)ren(di)n(at)io
Qiitios ou Cutios ■= tbresbing-inontb (irl. câifb = son ; latin
qiiatio, -cntio
r (dans inis r) = religiosus
Riuros z=. peut-être harvest-montb (racine rcib- dans l'irl.
réhaini = to tear et dans l'anglais to reap ■=
moissonner)
I . J'avais dans mon précédent article décomposé ainsi ce groupe : pr(ii!iii)
lon(d) dixivos. Cette interprétation ne vaut guère mieu.K que celle que donne
M. Nicliolson ; il faut lire évidemment Pr(inni) tond ix ivou
2 La forme ;//;/(/ n'est que la hn du mot Riuri suivi d'un C renversé.
Ce mot est comme le précédent à rayer des lexiques du calendrier.
Revue Celtique, XXI. 2
1 8 Seymoiir de Ricci.
Samon(us) = Sttnimcr
Semi-vis (o)inios) = Half-spring (racine vesanlù-~)
Sindiv(os) ou sindiii = To day (irl. (h)indiu ; remarque due à
M. Rhys) ■
triniix, trino = a space of ihree nights (latin triiiociiuiii)
Pour l'interprétation générale du calendrier, nous croyons
que M. Nicholson s'est trompé. Ayant remarqué que Coligny
s'appelait au moyen âge CoJouiacus, il s'est figuré que c'était
une ancienne colonie romaine et que le calendrier n'était autre
chose qu'un tableau des sessions du tribunal local. C'est dans
cet esprit que M, Nicholson a cru retrouver les mots ioudix
(=z index) et iiirid(icus) dans un texte où ils ne figurent pas et
qu'il a donné du mot prinni la singulière interprétation qu'on
a vue plus haut. Dans les signes + II, I + I et II -h,
M. Nicholson a vu l'indication de l'heure des sessions ! C'est
encore guidé par son idée fixe qu'il a essayé de traduire la seule
longue phrase du calendrier, phrase d'ailleurs qu'il a bien res-
tituée :
... rix- iiocob[rex^ cariedit ox\t\antia pog dedort onin qmmon
Traduction ... the chief houndary-commissioner (mot à mot
circumference-joint-niarker) marks eighths; afterwards he appor-
tions a lease offive years
Rapprochements: rix = latin rex ; tio- = irl. // (circuit);
-hrex ^=- mrog- (boundary) ; cariedit pour cariesit = iviil mark
(gall. cared = nota) ; oytantia := nllotments meted by thc octans ;
pog = po(st)q(iie) ; dedort = racine der- (to divide) , onin =: ra-
cine oni- dans l'irl. oin (a loan) ; quïnion fpour quinquimon) du
latin quinque.
Sur cette traduction plus ou moins fontaisiste, M. Nicholson
bâtit une longue explication du rôle juridique du rixtiocohrex
dans la colonie (!) romaine de Coligny. \'oici, d'autre part,
comment il traduit la phrase par laquelle débute la neuvième
colonne du calendrier :
Ciallosb[n]is sonno cingos\?pl]ui)inian m. m.xiii ... latccclxxxv
Traduction : Total is ibis cycle fou course) current of moiilhs
I) and days )S).
Le Calendrier celtique de Coligny. 19
Rapprochements: ciallos = irl. ciaJI (collection) ; buis =^ irl.
hiis(is) ; sonno = irl. son (ibis); ciiii^os = Litin cin^erc, irl.
cingid ; [? pl]iiniman(ios) = irl. hiânniin (flying), corn, liuiian
(non) ; lat ( ) ^ irl. Intbe (dciy).
Sur la question de h langue du calendrier, M. Nicholson
est arrivé aux mêmes conclusions que moi et, sans avoir
connu mon article, il s'exprime à peu près dans les mêmes
termes que moi :
... Sequanian is enîitled ta ranh as a language ; ... ils impor-
tance as a link behueen otber Keltic languages and Latin ... is tben
obvions : it makes ibe distance between Keltic and Italie narroiver
tban ever.
L'auteur insiste sur la présence simultanée du p et du a dans
la langue du Calendrier; il rappelle le problème attaché à l'eth-
nique Sequaniis (et au nom de fleuve Sequana) et termine son
article en remarquant que les formes Uciteie et Ucuetîn de l'ins-
cription d'Alise-Sainte-Reine sont sans doute des variantes
graphiques de Uquete et Uqiiefin^. En tête de l'article est re-
produite typographiquement une partie de la 4^ colonne du ca-
lendrier (tin du mois de Canllos, mois de Samon, moitié du
mois de Duman^.
M. Nicholson n'a eu à sa disposition que les six planches de
M. Dissard. Il n'a connu aucun article sur le calendrier.
XII. C'est certainement M. le capitaine Espérandieu qui a
fait faire le progrès le plus sérieux à l'interprétation du Ca-
lendrier de Coligny. Le 21 août, je lui communiquais les
planches de M. Dissard ; le 23, il avait reconstitué l'ordre des
mois; le 26, il avait trouvé la place du mois intercalaire et im-
primait à Saint-Maixent deux grandes planches autographiées
où il résumait ses découvertes sous la forme d'un essai de re-
constitution de l'ensemble du Calendrier -.
1 . Comparer dans le Calendrier les formes Ciitios et Outios.
2. Calendrier de Coligny (Ain), Reconstitution proposée par le capitaine Es
pîrandien (Saint-Maixent, 26 août 1898).
20 Seynwiir de Ricci.
XIII. C'est cet essaie communiqué à M. DissarJ, qui a servi
à ce savant pour établir la reconstitution dètinitive de la table
de bronze publiée le 26 octobre 1898 par M. Espérandieu sous
le titre : Calendrier de CoJigny (Ain). Reconstitution proposée par
le capitaine Emile Espérandieu, Saint-Maixent, pp. 16, in-8.
Je n'analyserai pas ici cet article, qui sera republiè dans
cette revue par l'auteur lui-même.
XIV, XV, XVI. Est-il nécessaire d'insister sur les deux der-
niers articles de M. Thiers^ ? Je me suis permis d'en contester
les résultats dans la Revue archéologique^. M. Thiers pourra
consulter un article récent de M. Oppert où la question du
cvcle de Méton est longuement étudiée? ; il y apprendra notam-
ment à quelle époque ce système chronologique a été en usage.
.Quant aux phrases grecques que M. Thiers a cru retrouver dans
le Calendrier de Coligny, leur moindre défaut est de n'être pas
rédigées en grec.
XVII. Dans le numéro d'octobre-novembre-décembre 1897
de la Revue épigraphique du midi de la France"^, Auguste Allmer
annonçait la découverte du calendrier et donnait en typographie
le texte d'une partie de la première colonne.
XVIII. Dans le numéro de juillet-novembre 1898, Allmer
avait publié sur le Calendrier un article fort intéressant qui est
le premier où se trouvent relevés les résultats obtenus dans les
articles antérieurs'.
Reconstitution matérielle. — Allmer avait joint à son article
une planche lithographique en deux couleurs présentant le
1. Comptes rendus de l'Acad. desiiiscr., 1898,1. XXVI, p. 612-614 et
p. 725 : Deuxième note sur t'in.rr. de Coligny.
2. Revue archéologique, 1899, t. XXXIV, p. 145: M. Thiers et le Calen-
drier de Coligny.
3. Comptes rendus de l'Acad. des iuscr., 1898,1. XXVI, p. 413-.146:
Alexandre à Babylone.
4. Rev. épigr., 1897, t. III, p. 493, n. 1222.
5. Rev. épigr., 1898, t. III, p. 541 et planche; tirage à part revu et aug-
menté, intitulé : Calendriers Celtiques de Coligny ...et du lac d'Antre .. sur
tables de bron:(e. Statue de bronze d'Apollon, Vienne, chez Savigné, 8 p. in-8,
sans date (février 1899).
Le Calendrier celtique de Coligny. 2i
Calendrier dans son ensemble, tels que l'ont reconstitué
M. Espérandieu et M. Dissard. AUmer croyait cette recons-
titution certaine et définitive en toutes ses parties, en quoi il
avait sans doute raison.
Restitution astronomique. — Pour Allmer l'ordre des mois,
tel que je l'ai établi, est exact ; le mois intercalaire revient tous
les trente mois, comme je l'avais démontré.
Sur la question d'un cycle plus long, Allmer évitait judicieu-
sement de se prononcer.
Interprétation linguistique. — « Le pays oh est situé Coligny...,
disait Allmer, était le pays des Séquanes, peuple celtique. Fait
pour des Celtes, le Calendrier devait être en langue celtique. » De
quel droit, peut-on dire, Allmer affirmait-il que les Séquanes
parlaient le Celtique, puisque leur nom même n'appartient
probablement pas à cette langue? Tout ce qu'on peut dire,
c'est que/rt// pour des Séquanes, le Calendrier devait être en langue
Séqnanieniw. Allmer rejetait aussi « les étymologies, grecques les
unes, latines les autres, des noms des mois, aucun des très nombreux
mots contenus dans V inscription n'étant d'une numiére sûrement
reconnaissahle, ni latin, ni grec. » Mais l'argument d'Allmer
ne porte pas, si l'on se borne à rapprocher des mots du Ca-
lendrier, de mots ou de racines existant dans les langues
grecque ou latine. Allmer n'approuvait pas l'explication de
Atenoux par nuit de la pleine lune: « l'année, dit-il, n'étant pas
exactenient lunaire, la concordance entre la pleine lune et h quin-
~iéme jour du mois ne pouvait pas être constante. » En fait, sans
doute, cette concordance n'était qu'approximative; en théorie,
elle devait être absolue, car, sauf le calendrier Egvptien et le ca-
lendrier Julien qui semble en dériver, tous les calendriers de
l'antiquité étaient des calendriers lunaires. Allmer cro3'ait
reconnaître des noms d'hommes dans les mots Cingos, Exingi
et Ontios du Calendrier. Mais Outios n'est qu'une variante gra-
phique du nom de mois Cutios et Cingos (ainsi que son dérivé
Exingi = Ex-cingi) n'est qu'un nom commun fréquent dans
les noms composés celtiques et qui parait avoir eu un sens se
rapprochant de celui du mot latin cingere, entourer, soit proba-
blement cercle ou orbite.
22 Seyinour de Ricci.
Allmer terminait son article par quelques considérations
empruntées à M. de Villefosse sur le Calendrier du lac d'Antre
et par la description des fragments de statue découverts à Co-
ligny avec le Calendrier, description dont nous cro3'ons inté-
ressant et utile de reproduire ici le principal passage :
« Cette statue d'Apollon, de grandeur d'homme, et sans doute
« du premier siècle de notre ère, était, comme en témoigne l'exctl-
« Jence d'exécution de h tête, d'une main et des deux pieds, retrouvés
« à peu près entiers parmi les très nombreux débris en provenant
« (200 morceaux environ), l'œuvre d'un art savant et des plus per-
« fectionnés: sa couleur, asse^ approchante en son neuf de la couleur
« de la chair, résultat de l'alliage du cuivre rouge et de l'étain de
« choix, ses yeux, vides aujourd'hui, autrefois faits d'émaux ou de
« pierres fines, à l'imitation de la nature, ses traits d'un nerveux
« et pur modelé, empreints d'une noblesse sereine, sa chevelure à
« larges boucles fortement soulevées, comme dans celle des têtes des
« belles monnaies gauloises, sa resplendissante couronne de rayons
« en bron:^e doré, constituaient un ensemble certainement très beau
« et d'un effet impressionnant. » Un dessin de la tète de la statue
accompagne la planche de M. le capitaine Espérandieu ^
XIX. Dans le numéro de décembre 1898 de la Revue épi-
graphique (i. III, p. 557 a 5 59) S Allmer rectifiait son précédent
article. Il rapportait l'opinion de M. Lafox (de Lyon) favorable
aux idées de M. Thierssur le cycle de Méton et celle de M. le
D' RicocHON (et non de M. de Ricci comme on l'a imprimé)
qui refuse de se prononcer sur ce point et qui rejette mon in-
terprétation du mot atenoux.
XX. M. Thurneysex a publié sur le Calendrier de Coligny
un assez long article dans la Zeitschrift fiïr Celtische Philologie^.
L'auteur a connu, outre la brochure de M. Nicholson, les ar-
ticles et notes parus jusqu'en mai 1898 dans la Revue Celtique
et les Compte rendus de l'Académie des inscriptions.
1. Cf. encore t. IV, p. i, p. 13 et p. 22(1899), notes additionnelles des
mêmes.
2. T. II, p. 323-)44 (Halle, 1899): dcr Kaleiider jon CoU^niy.
Le Calendrier celtique de Coligny. 2]
Il a peu insisté sur la restitution matérielle et astronomique
du Calendrier : il s'est borné à extraire de l'article que j'ai
publié dans cette revue quelques indications essentielles; c'est
à l'interprétation linguistique de notre texte que s'est attaché
M. Thurneysen et c'est cette partie de son article que l'on
trouvera résumée dans le tableau suivant :
Anagantios •= comparer le nom Aganlicuiii
aiujiût =■ scblccht
atenoiix = Enieucning (moy.-irl. alhiiHgbiidh)
Cantlos = Gesang (v.-irl. cctal ; gaW. calhl)
devorivo(s) = grosse Gôîtcrfest
dih(ion) = Ahschnitt
divertoniii = Abkehr («. das Abbrechen des Monats nach dem
vieixehntcu Tage luàre aïs Abkehr bezeichnet
zuorden»)
d( ) = Tag (gaW. dydd; Y. -irl. die, dia)
Ekuibiu ■= Hirscb (lithuanien élnis ; grec sXaoç, eXa^:;;
gall. elaiii)
lagit = hkiner, lueiiiger (gall. liai ; v.-irl. laigiii)
lat = Tag {y Au. laithe^
loiid = Hiiidcrnis (gall. lliidd ; hret. ///~)
iiiid ou niidx = Monat (v.-irl. mi ; gall. corn, mis ; bret. mi:^
n( ) =: Nac]]t (gall. nos he-no; v.-irl. in-nocht)
n s d s = Nacht balb, Tag halb (s = latin soni-, grec
Ogron(iu) = kalt (v.-irl. uar; gall. ocr)
Saiiion = Sommermonat (v.-irl. saui ; gall. haf ; corn.
hâf; bret. hah, hahv)
Sindivos = Eintàgig
Soiuio-cingos = Sonucuscbritt (v.-h.-all. sunna ; goth. sunnd)
M. Thurneysen sépare ainsi les mots de la seule phrase que
contient le calendrier :
pog dedor ton inqninion
Voici enfin ce que pense M. Thurneysen de la langue dans
laquelle est rédigé notre texte :
« Fur mich ist die Sprache des Kalenders unzweifelhaft Kel-
24 Seymour de Ricci.
« tisch : wcgen des /" im Wort tûr Monat inid(x), gegenûber
« indogerm. mens; wegen der Endung -o»^ wohl aus -t)/;/ in
« (in)qniiuon; wegen des Genetivs auf -/ zum Nominativ auf
« -os {Eqiios, Eqiii ; CantJos, CantJi); wegen der Stamme fur
« Sommer », « Winter », « Kalt » (saiiio-, gianio-, ogro-');
« wegen der Negativpartikel an- in anniatii ; wegen der Pra-
« positionen aie in atenoiix, dl in divertoniu. »
Je ne citerai que pour mémoire une longue lettre de
M. Changarnier écrite à M. Salomon Reinach : je n'y ai rien
relevé qui n'eut déjà été dit par d'autres commentateurs du
Calendrier.
Après avoir analysé successivement les différents articles
publiés sur le Calendrier, il ne sera pas inutile de résumer mé-
thodiquement les résultats qui semblent acquis.
A) Rcconstitniion matérielle ^
Etablissement du texte. — Je crois, comme croyait Allmer,
que la reconstitution de M. Espérandieu et de M. Dissard est
définitive. Un rapprochement inexact de M. Dissard m'avait
amené à restituer dans mon premier article (p. 216) [ciallJos
au lieu d'[EQ,v]os.
La copie de M. Dissard m'a paru correcte ; dans la plupart
des cas douteux, l'examen seul de l'original ou d'une empreinte
peut décider de la lecture. Le Calendrier ne comprenait qu'une
seule table longue de i'",48 et haute de o'",8o. L'inscription
se composait de seize colonnes. Chaque colonne est divisée
en huit paragraphes de quinze jours ; les mois intercalaires
occupent un espace deux fois plus grand que les autres mois.
On a vu plus haut à quels résultats l'exanien épigraphique de
la Table avait conduit M. Dissard. Il semble que le Calendrier
soit de date un peu plus récente que le Discours de Claude, à
en juger du moins par le foc-similé en grandeur naturelle d'une
partie de la première colonne, publié par M. Espérandieu sur
I. Cf. la lettre de M. Dissard, C. reiutus Acad. iiiscr., 1898, t. XXVI,
p. 718.
Le Calendrier celtique de Coligny. 25
la planche de la Revue cpii^raphiqiie. Je crois le Calendrier de
la deuxième moitié du premier siècle après notre ère, vers
l'an 80 par exemple.
B) Restitution aslroiioniique.
On a vu que l'année comprenait douze mois, soit 355 jours ^ ;
qu'on regagnait le retard annuel de dix jours, en intercalant
tous les deux ans et demi un mois intercalaire de trente jours.
On a donc pour la période de cinq ans embrassée par le Ca-
lendrier, cinq années de 355 jours et deux mois intercalaires
de 30 jours, soit 1835 jo'-^i'S- Or, cinq années solaires de
365,24 jours font 1826,20 jours; et soixante-deux lunaisons
de 29,53 jours font 1830,86 jours.
Il est à peu près certain que le Calendrier de Coligny était
un calendrier lunaire dans l'esprit de ceux qui s'en servaient.
M. Espérandieu a fiit, en étudiant notre texte, une remarque
intéressante. Le mois à'Equos a trente jours dans l'inscription :
or, on a vu qu'il était affecté de l'exposant axm réservé au mois
de vingt-neuf jours.
Supposons un instant qu'il y ait sur notre table une erreur
de rédaction. Supposons quEqiws aurait dû n'avoir que vingt-
neuf jours : les différences entre notre calendrier et le calendrier
lunaire disparaissent: on a une année de 354 jours et en cinq ans
1830 jours, alors que soixante-deux lunaisons font 183 0,86 jours.
Poursuivons la série des conséquences à tirer de cette correction
conjecturale : trente années solaires de 365,24 jours font
10957,20 jours, c'est-à-dire presque exactement 371 lunaisons
de 29,53 jours, soit 10955,63 jours. Dans le système du ca-
drierde Coligny six cycles de 1830 jours (soit 5 x 6 = 30 ans)
font 10980 jours. En supprimant un mois tous les trente ans
l'erreur était ramenée à 5,63 jours. Or, Pline nous apprend
que la lune marquait chez les Gaulois le commencement des
mois, des années et des siècles de trente ans. Le cycle des
I . Si l'on s'en rapporte à l'interprétation donnée au.x noms de mois
Giaiiion, Santon, O^nvu et Quittes l'année aurait commencé avec le solstice
d'été : Saiiioii = juillet et ainsi de suite.
26 Seymoiir de Ricci.
371 lunaisons (= 30 ans) est un cycle astronomique connu
(renseignement fourni par M. Oppert). Mais toute cette belle
théorie, si séduisante qu'elle puisse me sembler, ne doit pas
être considérée comme autre chose que l'expression de la dif-
ficulté que j'ai signalée plus haut ; mon explication ne repose
que sur une correction conjecturale, apportée au texte du ca-
lendrier en vertu d'une loi dont l'existence et la rigueur ne
sont nullement constatées. Je me borne donc à enregistrer ici
le passage de Pline l'Ancien ^ où se trouve, à mon avis, une in-
dication précieuse sur le calendrier : Est autciii \yisciiin\ rarum
adniodtiiu inventa et repertuni magna religione petit ur et ante omnia
sexta luna quae principia niensiiiui annoruinqite bis facit et saeculi
post tricesininin annuni, quia iain virinni abiinde babeat nec sit sui
dimidia.
Il m'est impossible d'accepter l'interprétation courante de ce
passage et d'admettre que chez les Gaulois les mois, les années
et les siècles commençassent le sixième jour de la lune. Je crois
que toute la phrase quae facit ... tricesiniuni annum est une in-
dication générale sur le rôle de la lune dans le calendrier gaulois
et que le sujet de facit représenté par quae est luna et non pas
sexta luna. Pline l'Ancien travaillait avec des fiches. Il aura
intercalé dans ses notes sur le gui la phrase citée plus haut qu'il
aura empruntée à une autre fiche. Il est sans doute difficile
grammaticalement d'admettre l'interprétation que je propose,
mais il est encore plus difficile de concevoir un calendrier où
le mois commence le sixième jour de lune; on conviendra ce-
pendant que l'hypothèse d'une interpolation due à Pline lui-
même simplifie beaucoup le problème.
Comme on l'a vu plus haut, la question de la langue du ca-
lendrier a soulevé plus d'une discussion. Les uns, comme
Allmer, M. Loth et M. Thurneysen, y ont trouvé tout bon-
nement et simplement du celtique; c'est aussi l'opinion de
M. Otto Hirschfeld. M. d'Arbois de Jubainville y reconnut
du Ligure ou du moins une langue y ressemblant beaucoup.
C'est cette opinion que j'ai soutenue dans mon premier article,
I. Livre XVI, chapitre 44, paragraphe 95, ligne 230. Edition Dctlefsen
(Berlin, 186S), t. III, p. 55, 1. 25.
Le Calendrier celtique de Coligny. 27
c'est elle que je soutiens encore ici : les différentes obser-
vations que j'ai eu l'occasion de fliire depuis un an n'ont fait
que me confirmer dans ma conviction. Le calendrier est écrit
dans une langue qui n'est ni le celtique, ni le grec, ni le latin,
mais qui semble être le ligure. Pour les savants qui trouvent
trop hasardé le mot de Ligure, taisons comme M. Nicholson
et parlons de la langue Séquaiiieiuie ou plutôt Scquane.
J'ai indiqué dans mon premier article sur quels caractères
je m'appuyais pour justifier mon hypothèse : présence simul-
tanée du p et du au, finales en ll et nn, emploi de la diph-
tongue ou.
Nous n'avons aucune raison de nier l'existence en Gaule
d'un certain nombre de langues différentes : César nous don-
nerait tort et ce n'est pas l'unité apparente du dialecte celtique,
un siècle ou deux après notre ère, qui pourrait contrebalancer
son autorité.
On a vu plus haut quelles étaient les interprétations pro-
posées pour les différents mots du Calendrier: je n'y ajouterai
que peu de chose. Je pense que pour trouver le sens des indi-
cations contenues dans le corps du texte nous devrions nous
reporter aux Calendriers romains publiés dans le 1. 1 du Corpus :
nous y trouverions notamment l'indication très souvent répétée
de LVDi à rapprocher des lo\'d du Calendrier de Coligny.
C'est peut-être dans cette voie qu'il serait à propos de chercher.
Seymour de Ricci.
REMARQUES
SUR LES
VIEUX POÈMES HISTORIQUES GALLOIS
AU POINT DE VUE METRIdUE ET HISTORiaUE
Préparant une édition du Livre noir de Caermarthen
avec traduction et lexique complet, j'ai été amené naturel-
lement à étudier de prés la métrique des poèmes de cette col-
lection et insensiblement à rechercher les lois de cette métrique
non seulement au xii*^ siècle, mais à toutes les époques où
nous pouvons l'atteindre dans les textes. Le premier volume,
à l'impression en ce moment, traite de la métrique à l'époque
où elle a été codifiée, c'est-à-dire au xv'-xvi^ siècle, ainsi que
de la métrique des siècles suivants jusqu'à nos jours, qui obéit
à peu près aux mêmes lois. Le second volume, fort avancé,
porte sur la métrique du ix^ à la fin du xiV siècle.
J'avais, en entreprenant ce travail, la conviction que la
métrique devait fournir une importante contribution à la so-
lution de la question si controversée et si complexe, il faut le
reconnaître, de l'âge des poèmes historiques contenus dans ce
que Skene a appelé assez improprement les Four aucicnt hooks
of JVaks, c'est-à-dire Le Livre noir de Cann.irlhcii, le Livre
d'Âneuriii, le Livre de Taliesiii et le Livre Rouge (dont il n'a
publié qu'une faible partie, mais historiquement la plus im-
portante). Je ne m'étais pas trompé. Dès maintenant, quoique
sur plusieurs points et non des moins importants, mes re-
cherches ne soient pas terminées, je suis en mesure de me
prononcer sur l'âge approximatif de quelques-uns de ces
Remarques sur les vieux poèmes historiques gallois. 2g
poèmes. Je ne donne ici que quelques résultats, me proposant
de me livrer plus tard à un travail complet non seulement au
point de vue métrique, mais encore au point de vue linguis-
tique, orthographique et historique, sur ces poèmes.
Dès que l'on veut remonter plus haut que le xiv^-xv*^ siècle,
l'étude de la métrique galloise devient singuHèrement ardue et
compliquée. Ici plus de traités de métrique ni de témoignages
de grammairiens, mais des textes dont bon nombre et les plus
importants, à certains égards, ne sont pas datés et qui, la plu-
part du temps, ne nous sont point parvenus sous leur forme
sincère et primitive, ou ont été tout au moins soumis à des
rajeunissements orthographiques profondément regrettables et
trop souvent maladroits.
Pour établir l'histoire de la métrique galloise sur des bases
inébranlables et suivre son évolution avec assez de précision
pour en faire un instrument de chronologie pour les poèmes
non datés, j'ai eu recours aux poèmes authentiques partant du
milieu du xw^ siècle que nous a conservés heureusement en
assez grand nombre la Myvyrian Archaology of IVales.
Au point de vue de la date de la composition de ces poèmes,
l'orthographe souvent rajeunie ne peut fournir que quelques
indications ; c'est ainsi, par exemple, que l'emploi du t pour
exprimer la dentale spirante sonore, courant au xii^ siècle,
ne dépasse pas le xiii'' siècle ; il devient très rare dans la se'
conde moitié de ce siècle. Quand on est en présence de mu-
tations intervocaliques non faites dans l'intérieur du mot, on
peut en conclure qu'on est en présence d'un texte remontant
au moins à la première moitié du xi= siècle ; de même pour
l'orthographe -om rendant le son moyen-gallois -eu. Des formes
comme cnh'Iedain (Skene, II, p. io6) = crdylcdaf qui se
trouve plus bas (crdilcdaf), mitiham^ =■ mwyhaf, beiiiiin =hei-
w// (II, p. 103), cm =^ ef (ihid., vers 20), etc., suffiraient à
prouver que le copiste avait sous les yeux un texte en vieux-
gallois, c'est-à-dire remontant au moins au x'^-xi'-' siècle. D'un
autre côté, l'expression Giiit pour les Scandinaves semble
I . Texte inui hiani. Il y a d'autres traces d'une orthographe ancienne
dans le Livre d'Aneurin.
^0 J. Loth.
bien indiquer que le Gododin, sous la forme qui nous est
parvenue, ne peut guère être antérieur au ix^ siècle. Le no3'au
primitif peut être plus ancien. Certains poèmes du Livre de
Taliesin montrent aussi des traces d'une rédaction plus an-
cienne, ne serait-ce que par des particularités orthographiques
qui sont des restes du vieux-gallois. Un poème du Livre de
Taliesin (il y en a d'autres dans le même cas) conserve plu-
sieurs traces de l'orthographe du vieux-gallois : Crue Dymet,
nom de lieu, serait écrit à la fin du xi^ siècle Crue Dyvet
(p. 173, v. 4). Trefhret paraît un compromis malheureux entre
le vieux-gallois *trchrct et le moyen-gallois Irefret (p. 172).
Dans le vers
Kyngen kymang(/n,
Icyiiiangaii représente probablement un gallois moyen et mo-
derne hyfangan, qui est à l'unisson, complètement d'accord
avec Kyngen. Tegynied (tcyrnedd) est une forme également du
vieux-gallois.
Le dernier vers :
Keithvnt dv Gynan,
doit être lu :
Keith ynt dy Gynan
« Ils sont (les chefs) esclaves à Cvnan. »
Jy est vieux-gallois pour y. Ce ne sont là, il est vrai, que des
indications. Le texte lui-même est fort obscur historiquement.
Le héros, d'après le titre, serait Kynan Garwyn, fils de Bro-
chfael, dont le fils Selim (Selyf) aurait péri à la bataille de
Chester en 613 ^ Le poème remonterait donc au commence-
ment du vii^ ou à la fin du vi'' siècle. Ce serait une belle, trop
belle antiquité. Il faut cependant reconnaître que certains vers
sembleraient justifier les prétentions du titre. Kynan est de la
filière de Cadcll (Caïkllig yslrct) ; il est fils de Brochfael {niap
Brochvael broIct(^. Or, d'après les généalogies assez nombreuses
des rois de Pow3's-, il n'y a d'autre Cynan, fils de Brochfael,
1. Annales Cambriae, J. Loth, Mabinog., II, p. 349.
2. Anscombe, Indexes to thc old-ivelsh Généalogies (Archiv fur Celt. Lexi-
cogr., I, p. 186 et suiv.)
Remarques sur les vieux poèmes historiques gallois. 5 1
que le père de Selyf, et il est à remarquer que Brochfael, père
de Cynan, est fils de Cyngen, lequel Cyngen descend de Cadell'.
Ce qui me décide à repousser cette identification, c'est le vers :
C\-ngen kymangan
« complètement d'accord avec Cyngen. »
Il s'agit ici semble-t-il, d'un contemporain et probablement
d'un parent avec lequel il a des intérêts communs. Il s'agit
donc d'un Cynan, fils d'un autre Brochtael. Or, il n'y a dans
la descendance de Cadell, tige des rois de Powys, d'autre
Brochfael que le père de Cadell II, et le grand-père de Cyngen
(Concenn) dont la généalogie nous a été conservée sur la co-
lonne funéraire élevée par lui à la mémoire d'Elised, son bis-
aïeul. Cyngen mourut, d'après les Annal. Cambriae, vers 850-
854. Une saurait être question ici de Cynan Tindaethwy, roi
de Gwynedd, qui n'est pas de la lignée de Powys et est fils de
Rlîodri MoKvynog, non plus que de Cynan y Cwn, fils de Ho-
well Dda. Il me paraît possible que le Cynan de notre poème
soit un fils de Brochfoel, grand-père de Cyngen; Cynan serait
l'oncle de Cyngen. La généalogie du pilier d'Elised ne donne
que la succession au trône de Powys et non la généalogie
complète de la flimille d'Elised.
La langue n'est pas non plus à négliger. Il est sûr, par
exemple, que les formes dites passives en -tor ne dépassent pas
la fin du xiir' siècle-. Mais le terrain, en linguistique pure,
est assez glissant et, de plus, l'évolution de la langue en poésie
est trop lente pour qu'elle puisse fournir des données précises
pour une période de deux, trois ou quatre siècles. L'âge des
manuscrits ne nous apprend avec certitude qu'une chose: c'est
que les poèmes qu'ils contiennent ne peuvent être postérieurs
à telle ou telle époque. De plus, nous ne possédons pas de
données précises sur la plupart des manuscrits utilisés par les
auteurs de la collection de la Myvyrian arcbceoloo^x.
1. J. Loth, Malnii., II, p. 321.
2. Le Livre d'Aneurin n'a qu'une forme en -lor : Kwynhyalor (Skene, T.
a. B., II, 86, 8), et c'est dans le Gododin ; les gorchanau n'en présentent
pas. L'époque de plein développement de ces formes est le xii^ siècle (cf.
Dottin, Les Jcsiiwnces verbales en R, p. 171 et suiv.).
32 J. Loth.
Ecartant tout ce qui pouvait prêter à discussion, j'ai pris
pour objet de mes recherches tout d'abord les poèmes qui peu-
vent être sûrement datés par les noms des personnages histo-
riques qui y figurent et les faits qui }- sont célébrés ou aux-
quels il y est foit allusion. Les attributions des poJmes faites
par la Myvyrian Archaology à tel ou tel poète sont parfois
trompeuses. C'est ainsi qu'on trouve le même poème sous le
nom de deux auteurs d'époque différente. Il en est de même
pour les personnages auxquels ces poèmes auraient été adressés.
Aussi taut-il toujours soigneusement contrôler les titres par le
contexte.
En dehors des compositions des Gogynfcirdd ou poètes du
moyen âge de la Myvyrian, il y a dans le Livre Noir quatre
poèmes qui peuvent être datés avec certitude par l'histoire : le
poème adressé à Hywel ab Goronwy, tué en 1103 (^Thc Bruts,
édit. Rhys-Evans, p. 279); deux poèmes adressés à Madawc
ab Maredudd, prince de Powys, dont l'un est unmarwnad ou
élégie funèbre : Madawc mourut en 11 59 ÇThe Bruts, p. 322);
un autre, àRhys ab Gruffudd qui mourut en 1196-1197. On
peut aussi indiquer approximativement la date des Hoianau et
Afallenau ; ils ne remontent sûrement pas plus haut que la fin
du xii^ siècle. L'histoire fournit aussi des données sur certains
poèmes du Livre de TaJiesin et du Livre Rouge, comme nous le
verrons.
En dehors des poèmes que nous venons d'énumérer, nous
ne possédons de poèmes anciens pouvant être datés avec certi-
tude qu'un fragment de poème (trois vers de sept S3'llabes)
découvert par Bradshaw dans un manuscrit de la seconde
moitié du xi'-' siècle, écrit par Johannes, fils de Sulgen, évêque
de Saint-David, mort en 1088 {Arcb. Camhr., 1874, p. 340).
Il fuit y ajouter deux courts poèmes conservés dans le manus-
crit de Juvencus de l'Université de Cambridge, manuscrit
du IX'' siècle.
Nous pouvons être renseignés, niétriqiienieiil, sur l'époque
ou la date approximative d'un poème gallois, par le genre de
vers ou de strophe ou système qui le constitue et par la cyn-
ghanedd (rime finale et interne ou allitération, ou tous les deux
à la fois).
Rernartjiics sur les vieux poèmes historiques gallois. 3 3
L'étude des nombreux poèmes partant du milieu du xii*-" siècle
(le premier en date est un iiianunad sur la mort de Gruifudd ab
Cynan, mort en 1137), conservés par le Myvyrian, donne un
premier et important résultat, c'est que quelques-uns des sys-
tèmes en usas:e dans les Quatre vieux Livres sont, dès le
' —
xii^ siècle, démodés et hors d'usage, entre autres le vers de
cinq syllabes à finale Ijoniœorinie ^ et le triplet, strophe de trois
vers ou homœorime ou à mot hypcrmétrique, le plus souvent
de sept syllabes (au moins les deux derniers vers). Or le vers
de cinq syllabes à finale homœorime est le type le plus com-
mun dans le Livre de Taliesin. Sur. 5 6 poèmes, il y en a 21 -
(quelques-uns sont les plus longs du recueil) qui sont de ce
type. Il y en a quatre (les trois premiers paraissent ne faire
qu'un tout) dans le Livre Noir; deux dans le Livre Rouge 5.
Le Livre d'Aneurin présente quelques tirades de vers de
cinq syllabes homœorimes, pp. 62, 67, 95, 99. Il ne faudrait
pas cependant en conclure que tous les poèmes de ce type sont
antérieurs au xii^ siècle. Le triplet (tribann) avec mot hypermé-
trique est incontestablement en plein usage dès le ix^ siècle,
puisque les deux poèmes du manuscrit de Juvencus sont de ce
type; il ne l'est plus au xii'' où on n'emploie plus dans ce
genre que VEnglyn à quatre vers, mais tout justement parce
qu'il avait un air d'archaïsme, on a, longtemps après qu'il
était passé d'usage, composé des poèmes de ce type soit par di-
lettantisme, soit surtout pour donner une apparence d'anti-
quité à des poèmes prophétiques que l'on foisait courir sous le
nom de vieux bardes. Nous en avons plusieurs exemples. Les
deux premiers poèmes du Livre Rouge (Kyvoesi Myrddin,
Giuasgargerdd Vyrddin) sont en triplets variés, et cependant ils
ne peuvent remonter plus haut que le xii^ siècle. Le premier,
entretien de Myrddin avec sa sœur Gwenddydd, est une sorte
1 . Le vers de cinq syllabes se retrouve mais avec un tout autre caractère
dans le genre liit Cylndcdd Hir.
2. Skene, II: V, Vil, VIII, IX, X, XIII, XV, XVII, XX, XXII, XXV,
XXVIII, XXXII, XXXIV, XXXIX, XLI, LI(vers de 9 syllabes aussi); LU,
LUI, LV, LVI.
3. Ibid. XXII, XXIII (avec d'autres types de vers).
Revue Celtique, XXI. 3
34 J. Lotb.
d'histoire des rois gallois par demandes et réponses jusqu'à la
lin du xii^ et peut-être le commencement du wn" siècle :
P. 223, V. 5, il est fait mention d'envoyés à'Ansel. Or
le Brut y Tyivysogion désigne sous ce nom d'Ansel, An-
selme, archevêque de Cantorbéry ^ {The Bruts, p. 275, à
l'année 1098).
P. 224, V. 18 et suivants: Myrddin prédit la venue d'un
personnage qu'il désigne sous le pseudonyme de Unie anuyn-
naiul. Sur une question de sa sœur, il répond que c'est Gruf-
fudd. Il y en a eu plusieurs. Fort heureusement le poème de
Meilir, auteur de l'élégie funèbre de Gruffudd ab Cynan, ne
permet pas de douter qu'il ne s'agisse de ce prince {Myr.
Arch., p. 140, col. 2 :
Ced galwed unie nid oet ofnawc
« (Quoiqu'on l'appelât unie (solitaire) il n'était pas peureux. »
Son successeur est désigné sous le pseudonyme de Giuyn
Gwarther. Or, c'est une épithète que donne Cynddelw à Owain
Gwynedd, le fils de Gruffudd ab Cynan, qui mourut en 1169
(Myr. Arch., p. 153, 2). Après eux, viennent plusieurs
princes, parmi lesquels est Brenhin na vrcnhin ^, un roi qui n'est
pas roi, dans lequel on a vu Jean sans Terre (cf. Livre Noir,
p. 28: Gwedy Henri Breuhin na brenhin).
Le deuxième poème contient des allusions très transparentes
à Guillaume le Roux et à Henri L
Il est vraisemblable que le poème VIII (Baglawc bydin
bagwy onn) a été composé par Llywelyn Llogell Rhyson,
recteur de Marchwieil en Po\vys3, du temps d'Edouard III
(dans le genre ancien, disent les lolo mss.)
Il en est de même du vers de cinq syllabes. Le poème XLIX
de Taliesin (Skene, II, p. 204-205) est en grande partie en
1 . Il s'agit sans doute de la suspension notifiée à Wilfrid, évêque de
Saint-David's, pour avoir cédé des terres relevant de l'évêché à Gerald de
Windsor (Jones et Freeman, Hist. of St David' s, p. 207). Il y a un An-
selme, évêque de Saint-David's, mort en 1248.
2. La strophe pourrait être interpolée.
3. Lloyd, Hislory of Poivys Fadog, II, p. 141- 142.
Remarques sur les vieux poèmes hisloriqucs gallois. 3 5
vers de cinq syllabes homœorimes. Il y est question de cinq
chefs venant de Normandie :
Pymp ereill dymgoi
O Nordinyii niandi.
Il y a un jeu de mots sur Nonhityn et Nordmandi. Le
poète, pour préciser, a spécifié que les Nordmyn n'étaient point
des Scandinaves ou des Danois, mais des chefs de Normandie.
C'est une allusion, vraisemblablement, comme nous le ver-
rons plus loin, à des événements qui se sont passés vers 1170.
En tout cas, le mot de Nordmandi prouve que ce poème ne
peut être antérieur aux premiers rapports des chets normands
avec les Gallois, c'est-à-dire à la fin du xi^ siècle.
Au point de vue métrique, nous sommes sur un terrain plus
solide quand nous sommes en présence de poèmes construits
d'après des systèmes en pleine vigueur au xii^ siècle. Du xii^
au xv^ siècle, la métrique est un instrument de chronologie
moins important que pour la période qui précède, mais néan-
moins fort utile. Je prends comme exemple le type connu
sous le nom de Euglyn unodl union ou iinsain (Englyn de
même rime, de même son vocalique).
Cet Englin se compose de quatre vers : les deux premiers
ont à eux deux seize syllabes ; le premier en a dix en y com-
prenant le gair cyrch ou toddaid, mot ou expression de plu-
sieurs mots ne rimant pas avec les autres vers mais rattaché à
l'intérieur du vers suivant par la rime ou l'allitération : J. David
Rhys l'appelle heierosymphonicum, hysterorythmicum, aUosympho-
nicuni, rhythinitegens, cxorythnicum. La coupe principale est
immédiatement dans le vers de dix syllabes après la cinquième
syllabe. La partie du vers qui est entre la cinquième syllabe et
le gair cyrch allitère avec la partie qui précède la cinquième
syllabe, et, plus précisément, s'il y a dans ce premier membre
deux rimes internes, avec la partie terminée par la deuxième
rime. La syllabe qui précède le gair cyrch a la même rime
que les trois autres vers. Les deux derniers vers ont chacun
sept syllabes et sont soumis aux mêmes lois que le vers de
sept syllabes du type dit cyitydd dciiair hirion, c'est-à-dire que,
suivant les grammairiens et suivant l'usage du xv'^-xvi* siècle,
36 J Loth.
le mot final d'un des deux vers est un monosyllabe et l'autre
un pol3'S3-llabe. D'après Gr. Roberts, il suffit que l'accent ne
soit pas dans le mot final des deux vers à la même place, ce
qui, praiiqueiucut, revient au même, Ex. :
Os da plethiad màd (ym mor — a hirwlych
am herw-Long, raff angor,
Gwell y plethaf, ddewraf ddor,
Gwawd y tafawd yt, Ifor '■ .
Ce type fixé ainsi que je viens de l'exposer au xiv^ siècle
peut servir à dater les poèmes qui le présentent du xii^ au
xiv" siècle, d'abord par les lois qui régissent le gair cyrch et
surtout par la loi de la finale des deux derniers vers. Je donne
ici les résultats certains auxquels je suis arrivé; le lecteur en
trouvera les preuves précises et détaillées dans mon second
volume.
La loi des finales est ce qu'il y a de plus net. Les exceptions
à cette loi sont nombreuses au milieu du xii^ siècle ; dans
certains poèmes, l'exception est la règle. Dès qu'on approche
de la fin du xii^, elles sont de moins en moins nombreuses.
Dans un poème adressé à Llywelyn ab lorwerth, roi de Gwy-
nedd, qui mourut en 1240, poème qui fliit allusion à des évé-
nements du commencement du xiii" siècle, sur 24 strophes, il
n'y a plus wic seule exception. Il est vrai que chez quelques
poètes de la première moitié du xiii^ siècle, on en relève en-
core quelques-unes, au moins d'apparentes. En revanche, dans
la seconde moitié du xiii% il n'y en a plus. Pour la première
moitié, quand elles ne sont pas rares, il y a lieu de se méfier
au sujet de la date réelle de la composition. Ainsi la Myv.
Arch. attribue à Llywelyn Fardd, qu'elle fait fleurir de 1250 à
1290, une élégie où, sur 16 strophes, il y a /;//// exceptions à la
loi de l'accent. Or ce poème, d'après le contexte, est adressé
à Owein Fychan ab Madawc ab Maredudd, tué en 1187,
d'après The Bruts (p. 335)^. Ce prince résidait à Mechain, et
ce poème parle justement de cette résidence. Le poème est
donc sûrement de la deuxième moitié du xii'' siècle. De même, la
1. Dafydd ab Gwilym, éd. de Livcrpool, 1873, p. 7.
2. Myr. Arch., p. 247, 1-2.
Remarques sur les vieux poèmes historiques gallois. 57
Myr. Arch. (p. 280-281) attribue à Llywarch Llaety qui vivait
de 1290 à 1340, un poème où apparaissent un certain nombre
d'exceptions à la loi des deux finales. Mis en défiance par ce fiiit,
j'ai examiné de près le contexte. Il en ressort que le héros du
poème est Llywelyn ab Madawc ab Maredudd qui fut tué vers
1160 (The Bruts, p. 322). L'auteur du poème s'y nomme:
c'ert Llywarch, c'est-à-dire Llywarch ap Llywelyn qui florissait
pendant la seconde moitié du xii^ siècle, barde belliqueux qui
s'y donne à lui-même le surnom de Llew Cat, lion du combat.
Il est sûr qu'un poème où les exceptions à la loi des finales
sont quelque peu nombreuses ne peut guère être plus récent
que les premières années du xiii^ siècle.
VEiiglyii un. un. n'apparaît pas dans le Livre de Taliesin,
non plus que dans le Livre d'Aneurin. On le trouve en re-
vanche dans le Livre Noir. Trois poèmes sont en Englyn de
ce type. Deux (dans l'un, les deux derniers vers de la strophe
sont de huit syllabes) sont adressées, d'après le titre et le con-
texte, à Madawc ab Maredudd (le premier à son clan), roi de
Powys. Le deuxième (Skene, II, p. 58) est un jnarwnad. Ma-
dawc mourut en 1159. Dans le premier poème qui est en
Engïynion du type précédemment décrit, sur cinq strophes, il
y a trois exceptions à la loi des finales. Un autre poème, en
Englyn un. un. (Skene, II, p. 40) ne porte aucune indication
qui puisse le dater. Tout ce que le texte nous apprend, c'est
que le héros est un roi du Sud-Galles. Sur 10 strophes^ il y a
6 exceptions à la loi des finales. Ce trait suffirait à prouver
que le poème est de la seconde moitié du xii^ siècle. Nous re-
trouvons ce poème dans laM)7'. Arch., p. 170. Il y est adressé
à Rhys ab Grufi"udd, mort en 1196-1197, et, de fait, la partie
en Englyn est suivie d'un long poème construit sur un autre
système qui lui est sûrement adressé.
Le poème VI du Livre Rouge de Skene, présente quatre
englyn un. un. Il y a une exception à la loi des finales. A ce
point de vue, comme au point de vue de la cynghanedd, et de
la rime du gair cyrch avec la coupe du vers suivant, ces qua-
trains seraient de la seconde moitié du xii' siècle.
D'autres systèmes sont plus intéressants et autrement impor-
tants parce que nous pouvons les étudier dans des textes au-
^R J. Loth.
thentiques du xii* siècle et dans d'autres sans date mais re-
montant a priori plus haut.
Le système dit improprement hiipunt byrr apparaît à toutes
les époques : dans un poème daté du Livre Noir, dans le
Livre d'Aneurin, celui de Taliesin et le Livre Rouge. Les au-
teurs modernes en font une strophe avec antistrophe, com-
posée de trois petits vers de quatre syllabes, les deux premiers
rimant ensemble et le troisième portant la rime dominante.
Le troisième est relié au précédent par la cynghanedd. Il est
plus simple et plus conforme à l'histoire de ce type de l'or-
donner en grands vers de douze syllabes, divisés en trois tran-
ches, les deux premières rimant entre elles et la troisième
rehée àla deuxième par l'aUitération ou même la rime. Exemple
tiré de John David Rhys :
lawn o'i berchi | i bawb erchi | o bob eirchiad
ar y dibenn | oes annibenn | i Sion abad
Le poème daté de ce type le plus ancien se trouve dans le
Livre Noir (Skene, II, p. 30-40). Il est consacré à Hywel ab
Goronwy, tué vers 1103 (The Bruts, p. 279). Le poème, qui
est donc vraisemblablement de la fin du xi*^ siècle ^, est or-
donné dans le manuscrit en vers de douze syllabes. Chaque
vers commence par une majuscule. La coupe en trois tranches
est indiquée généralement par des points. Les lois indiquées
plus haut sont généralement observées. Tout d'abord, il y a
deux rimes internes; la troisième partie est coupée par une
rime interne ou a une allitération qui la relie à la deuxième :
Duv in kymhorth | in nertli in porth | in canhorthwy.
Il v a cependant quelques particularités qu'on ne retrouve
plus dans les poèmes de la seconde moitié du xii^ siècle et qui
sont un reste d'une époque plus archaïque. Il y a un vers
(vers 22) où les coupes ne riment pas :
vth arkiveir | arpennic penn | o plant ncviiy.
Parfois la troisième partie parait sans lien avec la précédente.
1 . Ll- poème a ctc compose à répoquc de la puissance de Hywel, c'est-à-
dire avant le commencement du xu^ siècle.
Rcmatqaec sur les vieux poèmes historiques gallois. 59
Vers 3 :
Godriit y uar | gurt in trydar | gvac rycothvy.
Vers 9 :
Ergig anchuant | Guciit GuLid Morgant i Dyffrin Mynvy.
Vers 12:
A Meironit | ac Eivonit | ac Ardudvy.
(de même, v. 16, 20; p. 40, v. 3).
La rime se distingue par quelques archaïsmes. C'est une
simple assonnance dans :
Ryvel ebruit | a DifFrin Cluit | a nant Convy.
Ebruit = chnuydd, tandis que Cluit qui devrait être écrit
Cluid, ■= Chuyd.
P. 40, vers 2 :
Ny dav metic j hid orphen bid | hid y nottvy.
Vers 4 :
Caffaud Hyuel | urth y hoewet | wy rybuchvy.
L paraît pouvoir rimer avec r, ce qui n'est pas admis dans
la seconde moitié du xii*^ siècle.
Le trait le plus important, c'est que, lorsque la troisième
partie rime intérieurement avec la deuxième, le mot qui suit
cette rime interne n'est pas relié par l'allitération au mot qui
la porte, au moins le plus souvent. Prenons au contraire un
poème attribué à Seissyll Bryffwrch et en tout cas adressé à
Rhys ab Gruiiudd, poème qui fait clairement allusion à des
événements qui se sont passés vers 1157-8 (Myr. Arch.,
p. 236-237 ; cf. The Bruts, p. 321), poème par conséquent de
la seconde moitié du xii^ siècle. Ici, aucune des particularités
indiquées plus haut. Les deux tranches internes riment entre
elles; la troisième allitère ou rime intérieurement avec la
deuxième ; quand elle rime, le mot qui suit la rime est toujours
relié avec le mot rinmiit par l'allitération ; c'est le premier mot
40 J. Lolh.
accentué de h troisième tranche qui est relié par l'allitération
au mot final de la deuxième.
Rhys wrys wrysiad | rhyw lyw lychiad | gad gywangor
Graid haid hygar | grym lym lachar | gwrddfar gyuor.
La cynghandd est dans tous les cas très développée :
Clod gyfragod | corl" gyfarfod | rhod glod gludaw.
Les poèmes du Livre Noir (III et IV) sont du type du poème
consacré à Hywel. Les rimes internes ne donnent pas d'ex-
ception. En revanche, quand il y a rime interne dans la troi-
sième partie, et c'est à peu près la règle, souvent le mot qui
suit la rime n'est pas relié au mot rimant par l'aUitération.
Il n'y a pas non plus d'assonance. De plus, les trois parties
sont reliées à l'initiale par l'allitération au moins le plus sou-
vent, ou même par des répétitions, comme dans le poème de
Seissyll Brvffwrch. La rime finale est plus compliquée que dans
le poème de Hywel où on a partout la même rime. Ces poèmes
me paraissent être de la première moitié du xii^ siècle; ils
ne peuvent être de la seconde moitié. Il est question dans le
second d'un nyr Aetan (Aeddan) : serait-ce un descendant
d'Aeddan ab Blegywryt, roi de Gwynedd, tué en 1016?
Le Livre Noir contient un autre poème, religieux, cette
fois (XII, p. 13-14). Cepoèmese retrouve dans laMyr. Arch.,
p. 272-273, et est attribué à Gruffudd ap yr ynad Coch que
l'on fait vivre entre 1260 et 1300. Il y a de lui une élégie sur
la mort de Llywelyn ab Grufiudd, le dernier des rois gallois,
tué en 1281. Ce poème est sûrement plus récent que le poème
du Livre Noir dont il vient d'être question. Il y a toujours
deux rimes internes ; la troisième tranche est unie à' la
deuxième, le plus souvent par l'allitération; c'est le premier
mot accentué de la troisième qui est ainsi relié au dernier mot
de la deuxième ; parfois l'allitération est complète entre les
deux tranches :
Duu a broued | in y truyted | in y trallaud
Duu an gobdth | tcilug pirfeith | tcc ypurfaud.
Quand il y a rime interne dans la troisième tranche avec la
Remarques sur les vieux poèmes historiques gallois. 41
finale de la deuxième, le mot final se relie par l'allitération
au mot suivant :
P. 14, V. 5:
Ym paraduis | im pur kynnuis | rac puis pechard
Vers 8 :
Din a collei ! bei nas prinhei | divei devaud
Le poème de la Myr. attribué au frère Madog (y Brawd Fa-
dawg ap Gwallter) et fixé par le recueil à l'année 1250,
présente exactement les mêmes caractères (Myr. Arch.,
p. 274-275).
Un poème attribué à Casnodyn (JAyr.Arch., p. 286, i et 2),
marque une complication de plus : chaque lois que la troisième
tranche n'a pas de rimes internes en exceptant un vers, les deux
derniers membres sont complètement reliés par l'allitération :
Trossed y glo ] manar amdo I mynor ymdud
Treid-ftraeth maeth med | treis y dewred ! traws y deurud.
Ce dernier trait caractérise les poèmes en buppiiiit du
xiv^ siècle {Myr. Arch., p. 291, i et 2 ; 298, i et 2). Aussi le
poème enbiippiiiit que contient la Kyssegrlan Fiichedd(Tbc Elii-
cidariiis and otber tracts^ éd. Morris Jones, p. 39) est-il sû-
rement antérieur à cette époque : il n'a pas ce dernier carac-
tère ; il a ceux du poème du Frère Madawg.
Un morceau intéressant du Livre d'Aneurin, c'est le Gorcban
Tiitviulcb. Il se compose de 32 vers de 12 syllabes. Le texte
paraît altéré en quelques endroits. La rime n'est pas uniforme
comme dans le poème à Hywel ab Goronwy. Il est, à ce point
de vue, divisé en laisses plus ou moins longues ; la plus
longue est en -ed (= edd') ; il y a environ 5 vers en -yt ; 6 en
-in ; 5 en -eu, et deux vers isolés, l'un en -lull, l'autre en -or.
Dans la laisse la plus longue, en -e'S, on remarque un vers
se terminant en -cr. Il n'est pas impossible qu'avant le
xii'^ siècle, la rime ne fût autorisée entre des syllabes se termi-
nant par liquide avec d'autres terminées par une spirante den-
tale sonore.
Le vers est divisé en trois tranches dont les deux premières
riment entre elles ; la troisième est le plus souvent rattachée
42 ./. Loth.
à la deuxième par une allitération. Quelquefois, il n'y a pas
de lien du tout.
Le poème, si on le compare à celui de Hywel, paraît sensi-
blement d'une époque où les lois du genre étaient à peu près
les mêmes. Il est sûrement antérieur au xii'^ siècle. Le contexte
ne fournit historiquement aucune donnée sûre. Le vers 27,
p. 93, paraît présenter Tutuwlch comme le représentant ou
l'ami de Kynon; mais quel est ce Kynon ? Historiquement, un
seul est connu, c'est un roi de ce nom que le Brut y Tyiuysogion
fliit mourir vers 817 {Jhe Bruts, p. 259).
Le Livre d'Aneurin présente un certain nombre de strophes
de ce type. L'une, p. 70, se retrouve dans le Gorchan Mael-
derw avec quelques variantes (p. 100). Elles se complètent
l'une l'autre :
P. 70, V. 6 :
Aryf angkynnull | aglnman dull | agkysgoget
Trachywed vawr ] treiglessvd Uawr | Lloegrwys giwet
Heessit eis | ygkynnor eis | yg catvereu
P. 100^:
Dryll kedyr cat | keia crysgwydyat | bryt am gorlcu -
Diechwith lam | y orwylam | nat ry gigleu
P. 70:
Goruc gw\r lludw ] ae gwraged gwydw | k\'n noe anglieu
Greit val Hoewgi 5 | rac ysberi | y beri creu
Les deux césures internes riment régulièrement; la troisième
tranche par son premier mot est rattachée par l'allitération (en
exceptant le dernier vers) à la tranche précédente, sur 9 vers,
trois fois.
P. 77 et 91. Les deux strophes paraissent altérées: on peut
ainsi rétablir les vers en buppunt :
O Dindywyt | yn dyvuwyt | yn dywovu
Dwys yd wodyn | llym yt wenyn | llwyr genyn llii
Ysgwyt rug\n | rac tarw trin | y dal vriw vu
1 . Un vers de 9 svUabes en -eu précède.
2. Texte ^or/rii'.
5. P. 100. Breint mab Bleidgi rac ys beri y bei gren. L'; de ;(ît a été,
p. 70, rattaché au mot précédent.
Rematijucs sur les vieux poèmes historiques gallois, 43
P. 81 et 100: strophes altérées. Ce qu'il y a de remar-
quable dans les strophes du Gododin, c'est qu'il y a le huppunt
hir, c'est-à-dire ou un grand vers de 16 syllabes à 4 tranches,
ou quatre petits vers de 4 syllabes :
Angor dewr daen | sarph seri raen j sengi wrymgaen | emlaen bcditi
Le dernier vers aurait même 20 syllabes :
Arth arwynawl
Sengi waewawr
Drussyat dreissyawr
En dyd cadyawr
Yg clawd gwernin.
Eil nedic nar | neus duc dwv var | gwled v adar [ o drvdar drin
P. 100, le grand vers est suivi de vers de 10 sxllabes :
Angor deor dain ] sarph saffwy grain | [em] blaen bedin
Vers 20:
angor deor dain | anysgoc vaen | em blaen bedin
Letrud leuir | a mcirch a gwyr | rac Gododin.
Le vers suivant est un biippiuit mais altéré:
. . . Kemre tôt tarth | rac garth Merin
Les strophes de la page 88 sont curieuses :
Pan ym dyvyd lliaws pryder [ pryderaf fun '
Fun en ardec | aryal redec ! ar hynt wylaw
ku kystudywn | ku carasswn | kelleïc faw.
ac Argoedwys | gwae gordyvnwys | y emdullyaw
Ef dadodes | ar lluyd pwys | ar lies rieu 2
ar dilyvyn goet | ar diliw hoet | yr kyvede
P. 91, la strophe paraît altérée.
Vers 16 :
Ry duc diwyll | o win bebyll | ar lies tymyr
Pour le vers 20, voir plus haut à la page 77 d'Aneurin.
Quoique le nombre de ces vers en huppimt, en exceptant le Gor-
1 . Coupé en un vers ]usquâpKS pryJfr ; pryileraf fun forme un vers.
2. Forme une ligne; les autres vers sont coupés en petits vers de quatre
syllabes.
44 J- Loth.
chanTutvwlch, soit assez restreint, on ne s'avancera pas beau-
coup en affirmant qu'ils appartiennent à un type un peu plus
archaïque que le poème de Hywel ab Goronwy, et qu'ils ap-
partiennent vraisemblablement à un système en vigueur au
x'-xi^ siècle.
Le Livre de Taliesin présente sept poèmes en huppiint :
Le poème XXII sur les plaies d'Egypte présente plusieurs
rimes finales dominantes. Il y a généralement deux rimes in-
ternes : la troisième partie assez souvent n'est pas reliée par
l'allitération à la deuxième ; il y a assez souvent, il est vrai,
dans la troisième^ une rime interne avec la finale de la
deuxième, mais dans ce cas le mot final n'allitère pas avec le
mot rimant.
Le huppunt est en petits vers; je le coupe en grands vers.
Le texte est altéré par endroits.
P. 170, vers 24 :
Rygcdwys Duw | dial ar plwyf ] Pharaonus
Dec pla poeni | kyn eu bodi j vmor affwys
Kyssefin pla | pvscawt difa | dignawt annwyt.
Ce poème remonte certainement au moins au xi^ siècle.
Le poème XXIV (Llath Moesen, la verge de Moyse) est d'un
type peut-être plus archaïque que tous ceux qui ont été décrits.
Non seulement la troisième tranche souvent n'est pas refiée S
mais sur 23 vers du type huppunt, il y en a cinq où les deux cé-
sures ne sont pas indiquées par la rime (p. 174, v. 12, 15, 30;
p. 175. V. 3, 9). On remarque, en outre, l'assonnance entre
kein et Meir (p. 174, v. i) ; entre elvy'8 et selyf (v. 6).
Le poème XXIX (p. 1 79-1 81) est également d'un type au
moins aussi archaïque. Sur 42 vers, les deux césures ne sont
pas marquées par la rime dans sept vers. Il n'y a pas de lien
entre la troisième tranche et la deuxième, au moint dans
23 vers, et dans les autres le lien est lâche.
Le poème XLIII (p. 198) (Marwnad Dylan) n'a que 9 vers.
On y remarque aussi un vers où les deux césures principales
I . Il n"v a pas de liaison dans 1 1 vers et dans le? autres rallitération est
faible. "
Remarques sur les vieux poèmes historiques gallois. 45
ne riment pas, une finale en -er rimant avec des finales en -e$.
Dans trois vers, il n'y a pas de lien d'allitération entre les
deux derniers membres. Dans quatre autres, il est vrai, le troi-
sième membre a une rime interne avec la finale du deuxième,
mais le mot rimant n'allitère pas avec le mot final suivant. Ce
poème est, en tout cas, d'un type aussi ancien que le poème
sur Hywel ab Goronwy.
Le poème XLV (p. 199-200) a toujours les deux césures
principales marquées par la rime. Sur 29 vers, 9 fois il y a au
troisième membre une rime interne avec la finale de la
deuxième, mais le mot suivant n'est pas relié à celui qui pré-
sente la rime interne. Dans 13 vers, le troisième membre n'est
pas relié au deuxième par l'allitération. Ce poème paraît sen-
siblement du même type que le poème de Hywel ab Goronwy,
avec quelque chose de plus archaïque. A noter aussi que -0^,
-ol et -or riment ensemble à la finale.
Le Livre Rouge, chez Skene, ne présente qu'un poème en
huppiint (XVII, p. 291-293). Ce poème comprend 38 vers du
type hiippiint. Il est consacré à Uryen. Il n'y a pas d'exception
à la loi des deux rimes internes terminant les deux premiers
membres. Dans cinq vers, il y a rime interne dans le troi-
sième membre avec la finale du deuxième membre. Dans
deux de ces vers, le mot rimant de la troisième tranche
est rehé au suivant (le mot final) par l'allitération. Dans six
seulement, en dehors des 5 vers où il y a rime interne au
troisième membre, ce membre est relié au deuxième par
l'allitération. On remarque dans ce poème dont la rime finale
est en -yS", deux vers séparés l'un de l'autre qui se terminent
en -}'/'. Le poème peut être sensiblement de la même époque
que le poème de Hywel. Ce poème appartient à la même
école. Le poème paraît faire allusion à des événements qui
se sont passés entre 1113 et 1135. L'auteur y parle de la ba-
taille de Cors Fochno. La seule bataille historique de ce nom
a été livrée en 1135 par Owein ab Cadwaladr, fils de Gru-
ffudd ab Cynan, et Gruff'udd ap Rhys aux Normands et Fla-
mands. Cors Fochno est en Llanfihangel-Geneu'r Glyn, en
Cardigan. Il ne saurait y avoir de doute sur la situation de
Cors Fochno. Le poète Gwalchmai célèbre la victoire d'Owein
46 J. Lotit.
à Cors Fochno et ajoute qu'il poursuivit les Flamands jusque
chez eux en Penfro et leur imposa tributs
Comme on a pu déjà s'en convaincre, la cynghanedd joue le
rôle le plus considérable dans l'évolution de la métrique gal-
loise et, par conséquent aussi, se recommande tout spéciale-
ment à l'attention à propos des poèmes non datés. Pour mieux
faire comprendre son rôle, je caractérise brièvement sa nature
et ses principales variétés.
La cyiighaiiedd {= *concania) est, d'après Griffith Roberts,
l'accord ou la cousonnance (cyssondcb) technique, c'est-à-dire,
suivant les règles de l'art, entre difterentes syllabes ou lettres
despèce identique (rime) ou de son semblable (allitération).
John David Rhys la définit ainsi : « conccntus seu jjy.jojvla,
hoc loco, nihil aliud est quam similium inter se invicem lite-
rarum concordans et mutua consonantia. »
Les deux définitions sont incomplètes. Celle de Middleton
est trop compréhensive : pour lui, c'est tresser et ordonner
symétriquement un vers 2, mais il y a dans cette définition
une part de vérité. Il peut, en effet, d'après les idées des poètes
du xV^-xvi^ siècle et de leurs successeurs, y avoir dans un vers
rime ou allitération sans qu'il y ait cynghanedd.
On serait près de la vérité en définisant la cynghanedd, l'en-
trelacement ou l'entrecroisement des membres du vers par la
rime ou l'allitération, presque toujours par les deux à la fois,
à des places déterminées.
Il y a deux espèces de cynghanedd : la cynghanedd vocalique
(sain) et la cynghanedd consonantique (prost).
La cynghanedd vocalique présente deux variétés principales :
l'une qui comporte deux rimes internes, mais qui exige l'alli-
tération entre le deuxième membre terminé par la rime et le
dernier contenant la rime finale, laquelle est toujours différente
des rimes internes ; l'autre, qui exige deux rimes internes, la
dernière à la syllabe précédant la rime finale.
1 . Myr. Arch., p. 145,2. Sur ces événements, cf. The Bruts à l'année 1 1 1 3
et à l'année 1 135. Griiffiidd ap Rlm paraît désigné commQ Tours qui se lèvera
du sud et rejoindra le chef de Gwyncdd.
2. Middleton, ap. Flores poetaruni hritanuicoruin, éd. de 1864. p. v:
cynghanedd y\v eiliaw a phlethu braich o bennill ar gerdd dafod.
Reman^ues sur les liciix poèmes historiques gallois. 47
La première, appelée par Gr. Roberts cynghanedd sain ryiuiog
(cyngbancdd vocalique propre), divise le vers en trois membres
ou parties : la partie qui a la rime finale (odl-ddarn) ; la partie
du milieu (gorddarn) ; la partie initiale (rhagddarn). La syl-
labe finale rimante est Vodl, la finale de la gorddarn, la gorodl ;
la finale de la rhagddarn, la rhagodl. La consonne ou les con-
sonnes précédant la rime finale allitèrent avec la consonne ou
les consonnes précédant la gorodl ou rime du milieu ou du
sommet :
Bod hynod wiw glod eglwys
L'autre type de cynghanedd vocalique est généralement ap-
pelé Unsg (traînante) :
I hwyneb yn gynhebig.
Certains métriciens réservent à cette cynghanedd le nom de
unodl (de même rime), d'autres, celui de sain (son vocalique) (on
en trouve l'équivalent en moyen-breton) ^
La cynghanedd hrost, ou cynghanedd par allitération, consiste
essentiellement dans h diversité de la voyelle et V identité d'asson-
nance de la consonne. Le concentns n'est pas seulement entre
consonnes et consonnes, mais porte sur la syllabe entière,
sur le groupe allitérant, au moins au xv^-xvi^ siècle.
Il y a deux sortes de cynghanedd brost : la cynghanedd grocs
{cruciformis, dit J.-D. Rhys) ou croisée; et la cynghanedd draws
(cruciformis transiliens) ou cynghanedd qui passe par dessus,
d'après les métriciens.
Dans le cynghanedd groes proprement dite, aucune des con-
sonnes d'un des membres du vers n'est sans allitérer avec celles
de l'autre membre, en exceptant toutefois la consonne qui
termine la rime finale :
dall i'm cof I dy liw o'm cwsg
Dans la cynghanedd draws, des consonnes se trouvent sans
allitération et comme isolées dans le vers, entre la première
coupe et la partie qui tient à la rime finale :
o'r awr, | i'th welais | erioed
I . Je traiterai de la métrique bretonne dans le prochain numéro de la
Revue Celtique.
48 J. loîh.
rihu'eJais est isolé dans le vers. L'allitération passe par dessus
ce remplissage (Uamu) et va rejoindre Vodl-âdarn.
Il faut que la première consonne accentuée du vers allitère
avec la consonne la plus proche de la voyelle de la rime :
Y swydd pan na roit dan sel
Telle est la cynghanedd et tels sont ses caractères fonda-
mentaux aux xv^-xvi^ siècles et même dans la plus grande
partie du xiv^ siècle. S'il fallait en croire les écrivains gallois,
la cynghanedd n'existait pas dans les vieux poèmes gallois ou
s'y trouvait par hasard. C'est vrai, en partie, si on le juge au
point de vue des lois si compliquées de la métrique du xvi'' siècle.
Mais la cynghanedd est assez développée à toutes les époques
que nous pouvons atteindre. Il faut ajouter que de tout temps,
probablement, il y a eu certains genres où son absence était
de règle.
Le rôle de la cynghanedd est important dans le type du
hnppnnt. Mais le système où on peut le mieux suivre son
évolution est le système des vers de neuf syllabes, le système
le plus répandu, avec YEnglyn avant le xiv'' siècle. Dans les
poèmes de ce type, les tirades de vers homœorimes de neuf syl-
labes sont généralement agrémentées de temps à autre ou in-
terrompues par un cy)xh ou toddaid (v. plus haut à ÏEnglyn).
Les tirades sont de moins en moins longues à mesure qu'on
s'éloigne du xii^ siècle. Au xv=-xvi% la strophe de ce type n'a
plus guère que quatre vers.
Le marwnad de Grufîrudd ap Cynan (mort en 1137) par
Meilyr nous fournit un excellent point de départ. Nous pou-
vons y étudier avec sûreté la cynghanedd dans la première
moitié du xii^ siècle ^
Sur 180 vers divisés en grandes laisses, on en compte environ
une centaine avec deuxième rime interne. Dans 38 à 40 vers
la partie qui vient après les deux rimes internes est liée au
mot qui la contient par l'allitération. Dans les autres, c'est-à-
dire plus de la moitié, il n'y a pas ce lien.
I. M,)i<. Arch., p. 140-141
Remarques sur les vieux poèmes historiques gallois. 49
Dans 8 ou 9 vers, il n'y a pas de cynghanedd apparente, c'est-
à-dire pas d'allitération dans les vers sans rime interne, entre
les deux membres du vers : ces vers ont toujours la coupe
principale à la cinquième syllabe, excepté dans quelques rares
poèmes '.
On trouve chez Meilyr tous les genres de cynghanedd :
cyngh. sain :
Cad yn Iwerton dirion drefyt
cynghanedd lusg :
ny bu i erlid yn odidawc
cyngh. consonnantique :
Yr arynaic llew | Uaw diferiawc.
Cad rag castell Mon [ mor digeryt.
as rotwy fy ren | rann dragywyt.
Les deux mots allitérant sont généralement rapprochés; l'un
termine le premier membre, l'autre commence le second. Nous
sommes loin des exigences des poètes du xvi° siècle.
Les poèmes de Gwalchmai forment l'intermédiaire entre
ceux de Meilyr et ceux de Cynddelw, le plus largement repré-
senté des bardes de la seconde moitié du xii^ siècle dans la
Myvyrian. Au point de vue de la cynghanedd par allitération,
Gwalchmai est au même point que Meilyr ; elle est rarement
plus compHquée. Cependant, on remarque des vers comme:
Balch ei fenwin beilch ei faon
Alaf dy geinryd | elw dy ganrain.
La différence la plus sensible, c'est que chaque fois qu'il y a
cynghanedd vocalique, le mot après la dernière rime interne est
relié au mot qui la porte par l'alUtération^, La coupe prin-
cipale est aussi à la cinquième syllabe ou mieux, immédia-
tement après la cinquième.
Dans les poèmes de Cynddelw, la cynghanedd consonantique
1 . Chez Meilyr, lorsqu'il y a deux rimes internes, la première est géné-
ralement à la cinquième syllabe.
2. Myi'. Arch., }^. 142-144; 146-147.
Revut Celtique, XXI. 4
50 ./. Loth.
est plus développée. Chaque fois qu'il y a cynghaneâd sain, la
partie portant la rime finale est reliée au mot portant la der-
nière rime par l'allitération. Cette règle est sans exception, on
le voit, dès la seconde moitié du xii'^ siècle. La coupe princi-
pale est aussi à la cinquième syllabe. Il est inutile de pousser
plus loin l'étude de la cynghanedd pour le but que je me pro-
pose ici. Ces traits suffisent pour nous faire dater approxima-
tivement un certain nombre de poèmes intéressants.
Le premier poème du Livre Noir est un dialogue entre
Myrddin et Taliesin. Il y est question de divers personnages
plus ou moins connus et d'événements célèbres comme la ba-
taille d'Arderydd. Plus de la moitié du poème est en vers de
9 syllabes. La coupe est différente^ de celle que nous avons
constatée ; le vers est toujours divisé en trois tranches, les
deux premières marquées par la rime et la troisième reliée sou-
vent à la seconde par l'allitération (sur 22 vers, 8 fois). La
proportion est à peu près la même que chez Meilyr. De plus,
la rime interne est la règle. Il est sûr que ce poème ne peut
pas être plus ancien que la première moitié du xii^ siècle.
Les poèmes XVI, XVII, XVIII du Livre Noir ont été mis
sous le nom de Myrddin. On est généralement d'avis qu'ils
ne sont pas bien anciens, mais on n'a qu'à lire ce qu'en dit
Stephens (L/7^ra///;- yCymry, p. 198 et suiv.), le mieux ren-
seigné cependant des critiques gallois, pour voir combien il )■
a de fantaisies, au milieu de quelques vérités, dans les argu-
ments qu'on a apportés de part et d'autre dans les discussions
auxquelles ils ont donné lieu.
Le poème XV comprend trois strophes de vers de 10 et
9 syllabes se terminant en -luy, -i, en exceptant la deuxième,
qui n'a que 5 vers se terminant en -on.
La cynghanedd vocalique y est rare :
AV gueisson gleisson yscuvin travodi
ac am Gewin ir Aeluid bvid balawon
a mineich in vynich in varchogion
ac arall amw ail am dwy lan Gwy
I . Dans deux vers (p. 4, v. 12), la coupe est k la cinquième syllabe. Le
poème IX, p. 10, qui paraît plus ancien, a la coupe à la troisième et sixième
syllabe pour les vers de 9 syllabes.
Remar^jues sur les vieux poèmes historiques gallois. 5 1
Plusieurs vers paraissent sans aucune cynghanedd. La cyn-
ghanedd consonantique est dans quelques-uns très nette:
ar dillad rution | in eu rôti
Guraget dan y Gint | guir yg kystvy
amser kadwaladr | kert a ganhw}'.
Dans les vers de 9 syllabes, la coupe principale paraît être
à la cinquième. A en juger par la cynghanedd^ ce poème serait
antérieur à celui de Meilyr. Mais il ne faut pas oublier qu'on a
ici affaire à de prétendus poèmes de Merlin, que l'auteur réel
a dû intentionnellement donner une couleur plus archaïque à
son œuvre et imiter vraisemblablement des types de vers plus
anciens. L'histoire peut ici venir à notre aide.
Il est question dans ce morceau d'un combat à Ardudwy. Le
Livre Rouge (Skene, II, p. 234) y fait aussi allusion et immé-
diatement après mentionne la venue du Cocb Nordniandi ou du
Rouge de Normandie, c'est-à-dire de Guillaume Le Roux.
La vie de Gruffudd ap Cynan écrite par un contemporain
nous apprend que Guillaume Le Roux dans la première de ses
expéditions campa à Mur y Castell, précisément situé en Ar-
dudwy, probablement vers 1091 ou 1093 ^
Le vers 5 nous fournit une donnée encore plus précise :
A pheleidir a gaur inyganhvy
« Et des javelots et des cris de guerre à Dyganhwy. »
Dyganhuy avait été la résidence des princes de Nord-
Galles jusque vers 8ro, époque où la foudre détruisit la for-
teresse. C'est sur ses ruines que fut bâtie Aberconwy. Hugues
le Loup, comte de Chester, y bâtit un château-fort. Vers 1088,
Gruffudd ap Cynan remonta avec des vaisseaux jusqu'à
Aberconwy et ravagea les terres des Normands. Robert de
Rhuddlan, gouverneur, sortit de la forteresse, suivi d'un seul
solaat. Les Gallois l'accablèrent de traits, en couvrirent son
bouclier, si bien qu'il succomba sous son poids; puis ils lui
I. Cf. The Bruts, p. 271-275. Pour la vie de Gruffudd ap Cynan, cf.
Myv. Arch., p. 730-73 i. Il y eut une autre expédition de Henri I au même
endroit en un.
5 2 J. Loth.
coupèrent la tète^ Le château fut démoli en 12 13 par Llywe-
lyn ab lorwerth.
Le vers qui parle de la domination d'Edwin en Mon est
embarrassant. Il est possible qu'au lieu d'Edwin, il faille lire
Owein ou au lieu de ac Ediviu, map Edwin. Owein ab Edwin,
en effet, avait appelé les étrangers à son aide en Mon même,
mais en 1096 il s'était mis à la tête des Gallois de l'île ré-
voltés 2.
Quoi qu'il en soit, le poème a été composé au plus tôt à la
fin du xi'^ siècle.
Le poème XVII est connu sous le titre à.'Afallenau Myrddin.
Il se compose de 10 strophes de vers homoeorimes commen-
çant pav Afallcn. Les vers sont le plus souvent de 9 syllabes;
il y en a de 10 et même de 11 et de 13. Sur 86 vers, il y en a
50 environ qui ont deux rimes internes; dans 30 vers au
moins, il y a Hen d'allitération entre la dernière rime et le
mot suivant. Il y a dans les vers sans rime interne, généra-
lement cynghanedd consonnantique, en exceptant quelques for-
mules qui doivent être plus anciennes, empruntées à dessein :
comme : a vii disgoganazv e (cf. afallen pcren.) Il y a presque
toujours lien d'allitération entre les deux membres du vers à
cynghanedd consonnantique. Les mots allitérants sont le plus
souvent rapprochés :
In diffrin Machawy [ merchyrdit creu
oef kas gan guassauc | guaessaf Rydirch
Kyn dyffod ar wi llav e | lleith mab Guendit
Quelquefois, c'est le commencement de chaque membre
qui est lié :
Nu nym car i Guendit | ac nim eneirch
Parfois l'allitération est presque complète :
Gorvolet y Gimry gorvaur gadeu
1. Pennant, Tour in Walcs, I, 147, d'après Rob. Williams, The his-
tory and ihe toicn of Jherconivy, p. 12; cf. Vie de Gruffudd, Myv. Arch.,
p. 730.
2. The Bruis, p. 275.
Remarijucs sur Us riiUX poèmes liistoriijiics gallois, -5 ^
Le poème paraît un peu plus récent que le précédent d'après
la métrique. L'auteur appartient peut-être à une école plus
raffinée. Les AfaUenau dans la Myr. Arch. sont beaucoup plus
étendus et ont sûrement subi des additions. Notre texte men-
tionne un événement, la bataille de Machawy, qui s'est passé
vers 1055 d'après divers textes et notamment la Chronique
anglo-saxonne. A cette époque, Gruffudd ap Llywelyn ap Sitsyll
venant en aide à Aelfgar révolté contre le roi Edward, bat
complètement Ranulph, comte de Hereford, dans le voisinage
de cette ville, prend la ville et la brûle avec son monastère.
D'après les Bruts, p. 405, 267, la bataille aurait eu lieu à Ma-
chawy. Le Livre de Llandaff mentionne Diffrin Machagiii, ac-
tuellement Bachawy, en Radnorshire.
Les combats signalés entre les hommes de Prydyn (Ecosse),
défendant leur patrie contre les hommes de Dublin (les Scan-
dinaves) font peut-être allusion à la conquête de Cnut et aux
luttes qui suivirent dans la seconde moitié du xi= siècle.
Le poème des Hoianau est beaucoup plus étendu. Il ne peut
avoir été composé sous la forme sous laquelle il nous est par-
venu avant la lin du xii*" siècle. Stephens {Liier., p. 242) a
déjà fait remarquer que la strophe qui célèbre les cinq cheva-
liers de Normandie partant pour la conquête de l'Irlande, se
rapporte à des événements de 1170. Quant au pèlerinage à
Saint-David's, c'est un souvenir du grand pèlerinage fait par
Henri lien l'an 1172 (The Bruts, p. 328).
La strophe 2 de la page 24 concernant les deux fils de Rhys,
évidemment Rhys ab Gruffudd ap Cynan, se rapporte à deux
événements de l'an 1196 ÇTbe Bruts, p. 338).
P. 26, je relève deux vers qui jusqu'ici n'ont pas été bien
interprétés :
A mi discoganau e Kad Coet Lluivein
A geloraur rution rac ruthir Owein.
Ovvein est sûrement Owein Gwynedd mort en 1169. Un
poème de Gwalchmai célèbre la victoire d'Owain à Lhvvfiin
(Myv. Arch,, p. 150, i):
Gweleis aer uch Cacr ucli Coed Lbvvfaiii,
Nid oedynt Wyned wryd fvchain,
Nid oedud i'ygwl, fugail Prydain.
54 J- l'Oth.
Ce poème mentionne des événements qui se sont passés
vers 1135 et 1157.
La destruction de Dyganhwy parait viser les années 12 10
1212.
Le début des Hoianau parait mentionner des événements plus
anciens. L'auteur dit qu'il va prédire devant Unie bariffvin.
Nous avons vu plus haut qu'on donnait le surnom de unie
à Gruft'udd ap Cynan. Il s'agirait vraisemblablement d'événe-
ments qui se sont passés vers la fin de sa vie.
P. 25, en note, il est question de la conquête de l'Angle-
terre par les descendants de Yswein, c'est-à-dire Sweyn.
Par descendants il faut probablement entendre les rois Danois
qui ont remplacé Cnut, fils de Sweyn, peut-être Harald, fils
prétendu de Cnut et d'Aelfgifu, mort en 1040, et Harthacnut,
fils incontesté de Cnut, mort en 1042. Peut-être ne faut-il pas
prendre l'expression à la lettre et s'agit-il de Harold, fils de
Godwin, et de son frère Tostig. Le premier, l'adversaire de
Guillaume, à Hastings, a joué un grand rôle dans les affaires
galloises. S'ils n'étaient pas Danois par leur père, ils l'étaient
par leur mère.
Le poème appelle les mêmes remarques que le précédent. Il
y a des archaïsmes voulus, peut-être aussi un noyau un peu
plus ancien fondu en un tout à la fin du xii^ siècle ou au com-
mencement du XIII' siècle.
Le poème est en laisses homœorimes de 9 syllabes, quel-
quefois 10. Il y a aussi des strophes d'un genre différent, no-
tamment du type cyhyâedd hir. La eynghanedd présente le même
état que les AfaUcnaii. Les vers à eynghanedd vocalique lient
souvent le mot qui a la dernière rime interne au mot qui suit,
mais les exceptions sont assez fréquentes. L'auteur de la fin
du xii^ siècle appartient volontairement peut-être à l'ancienne
école^ celle du commencement de ce siècle. Il est d'ailleurs
probable que ce poème a subi des additions successives. Le
dernier auteur ou l'arrangeur paraît avoir voulu célébrer sur-
tout Llywelyn ab lorwerth au début de sa carrière (règne de
1194 à 1240) et Rhysab Gruffudd (mort en 1190).
Les poèmes du Livre de Taliesin IV, VI, XII, XIV, XVIII,
XXI, XXVI, XXX, XXXI, XXXV, XXXVI, XLII, XLIII,
Hemarijucs sur les vieux poèmes liistoi i(jiies gallois. ) ^
L, LUI, LIV sont surtout en vers de 9 syllabes. Le poème XLII
intitulé Marwnal Convi m. Dayry (p. 198)^ probablement
écourté, offre un intérêt historiquement moindre que bon
nombre d'autres, mais se recommande particulièrement à l'in-
tention, parce que pour le fond c'est évidemment une imi-
tation de quelque poème irlandais sur le meurtre de Cùrôi mac
Dairi.par le héros de l'Ulster Cûchulin. Stephens s'est livré à
ce sujet aux fantaisies les plus invraisemblables. D'autres ont
vu dans Corroi, Carausius, ce qui est de tout point impos-
sible. La métrique de ce poème montre clairement qu'il ne
doit pas être antérieur à la première moitié du xii'' siècle ^ La
coupe principale est régulièrement à la cinquième syllabe. Le
poète est un amateur de la cynghanedd consonantique qui y
est aussi développée que dans plusieurs poèmes du milieu du
xii^ siècle. Les deux membres du poème sont liés par l'allité-
ration en exceptant quatre vers.
Dy ffynhawn lydan | dylleinw dyllyr
Dy flfynhawn lydan | delleinw donncu -
Dydaw dyhebcyr | dybrys dybreu
Lliaws eu teruysc | am eu tervyn.
Deux vers seulement présentent la cynghanedd vocalique :
Dy saeth dycb\rch traeth | divwg dybyr
Kaer y sy gulwyd | ny gwyd ny grin
Les deux derniers vers terminent le poème par une pensée
chrétienne et un souvenir des psaumes :
Les forts les plus solides s'écroulent; Dieu seul est une forteresse inébran-
lable.
« C'est une forteresse, le seigneur, qui ne s'écroule ni tremble :
Heureuse l'âme (l'homme) qui la mérite 3. »
Une pensée semblable, à propos de Mynyw, est exprimée
au poème VI, p. 129, v. 24.
1 . Kuno Meyer, par une erreur fort excusable, si on n'étudie pas la mé-
trique du poème, le plaçait au ix<^ siècle {Transactions of tbe Cxmmrodcr.,
1897, p. 71). Le reste est exact.
2. Texte non lieu.
5 . Kaer y s\' gul\v\-d nv gwyd nv grin
Gwyn y vyt yr eneit ae harobryn.
11 ne faut pas compter _y dans _)■ vyt dans le dernier vers.
)6 ./. Loth.
Comme le poème de Corroi se place dans la première moitié
du xii^ siècle, il est fort probable que la légende qui en fait
l'objet a été transmise aux Gallois par les chanteurs et artistes
Irlandais que Gruffudd ap Cynan, de mère irlandaise et élevé
en Irlande, amena avec lui en Galles.
Le poème LIV (p. 213-214) est probablement du milieu ou
de la fin du xii* siècle. La plupart des autres poèmes en vers
de 9 syllabes sont antérieurs au xii^ siècle.
Les vers de toute quantité peuvent être datés au même point
de vue de la cynghanedd. Le Livre Rouge présente plusieurs
poèmes en vers de huit syllabes. Je prends le poème XX comme
exemple ; il a une moitié de vers de huit S3'llabes ; le reste est
de 9 et 10 syllabes. La coupe des vers de 8 est plus variée; elle
est à la cinquième, quatrième ou troisième syllabe. Dans tous
les vers à cynghanedd vocalique, et c'est le plus grand nombre,
le mot qui suit le dernier mot à rime interne lui est invaria-
blement relié par l'allitération. La cynghanedd consonantique
est aussi plus développée que chez la plupart des poètes de la
fin du xii" siècle. Ce poème donne l'impression d'une compo-
sition du xiii^ siècle. Le contexte nous en fournit une autre
preuve. Il y est question, p. 295, v. 18-20, d'un Owein Goch,
chef de Gwynedd, dont le poète annonce la délivrance. Ceci
place clairement la pièce entre 1253 et 1277. Owein Goch fut
battu et pris par son frère Llywelyn ab Gruffudd vers 1253-6
et délivré en 1277 (The Bruts, p. 373, 38^).
Le poème XXI est de la même époque.
Pour les poèmes antérieurs au xii^ siècle, il est difficile, en
général, de dire même approximativement, au point de vue
métrique, à quelle époque ils remontent. Grâce au poème du
Livre Noir sur Hywel ab Goronwy, nous possédons un terme
sérieux de comparaison pour le genre de huppunt byrr dès la fin
du XI' siècle. Pour les autres genres, nous sommes moins heu-
reux. Les deux petits poèmes à Juvencus nous prouvent que le
triplet à mot hypermétrique ou en rejet peut remonter au
IX' siècle, mais les Kyvoesi Myrddin nous montrent ce genre
encore cultivé au xii'.
Pour les autres genres, en général, nous ne pouvons, avec
la seule aide de la métrique, arriver qu'à un résultat : c'est de
Remarques sur (es vieux poèmes historiques gallois. 57
décider si tel poème est antérieur ou postérieur au xii' siècle.
Au cas où il est postérieur, il y a des chances sérieuses pour
que nous puissions déterminer à quelle époque il a été com-
posé. S'il est antérieur, il faut recourir aux poèmes qui pa-
raissent avoir une donnée historique. Dans ce cas même, le
problème est d'une solution difficile. Dans la plupart des
poèmes de ce genre du Livre de Taliesin ou du Livre Rouge,
le ton est prophétique et la composition d'une obscurité
voulue. Les héros anciens n'y apparaissent que pour donner
un air plus mystérieux et une tournure plus archaïque à la
composition. Au milieu de ces nuages, un nom quelquefois
perce et suffit à nous faire découvrir la supercherie. Une fois la
date trouvée approximativement, nous pouvons par compa-
raison avec le poème daté avoir des chances de dater ceux qui
ni historiquement ni métriquement ne peuvent l'être.
La scansion pourrait être un élément sérieux d'information
pour les vieux poèmes, si nous en possédions des éditions cri-
tiques, ou simplement des fac-similé comme celui que nous
devons pour le Livre Noir au dévouement de MM. J. Rhys et
G. Evans. Le texte du Livre d'Aneurin est dans un fâcheux
état en dépit des éditions prétendues critiques de Stephens et
de WiUiam ab Ithel. Le Livre de Taliesin mériterait une re-
vision sérieuse. Un mot mal lu peut fausser toute une inter-
prétation.
La lexicographie des poèmes peut fournir quelquefois d'utiles
indications, à condition qu'on y mette de la prudence.
M. Kuno Meyer a fait remarquer % avec raison, que le mot
taryan, bouclier, emprunté aux Anglo-Saxons, a été également
emprunté par eux aux Scandinaves au ix^ siècle. Il apparaît
même pour la première fois en anglo-saxon en 970. Par con-
séquent, ajoute M. Kuno Meyer, un poème gallois employant
ce mot ne peut être antérieur au x^ siècle. Il n'apparaît pas
dans le Gododin, ce qui est, en effet, significatif dans un poème
guerrier-. D'après M. Kuno Meyer, il se montrerait plusieurs
fois dans le Livre de Taliesin. A ma connaissance, il n'y figure
1. Transactions of the Cymmrod., 1897, p. 85.
2. Il apparaît (Jaryaneii) dans le Gorchan Tutvwlch (Skene, II, livre
d'Aneurin, p. 93, v. 10).
^8 J. Loth
que deux fois (Skene, II, p. 171, 22; 119, 12), et encore,
dans les, deux cas, on le doit à une bévue du scribe. P. 171, 12.
Il s'agit des plaies d'Egypte. « La septième est le tonnerre, la
grêle et le feu et une pluie torrentielle » . Au lieu de taraii,
tonnerre, le scribe a écrit taryan.
De même page 119, 12:
Au lieu de taryan, il faut lire iaran:
G\v\'nt a mor a than
Lluchet a tharan.
Tarian apparaît une fois dans le Livre Xoir (Skene, II, 3,
12) dans le dialogue entre Myrddin etTaliesin que nous avons
mis dans la première moitié du wV siècle; son dérivé taria-
nogion (p. 41, v. 3) est dans un poème adressé à Rhys ab
Gruffudd et par conséquent de la seconde moitié du xii'' siècle.
L'emploi du mot Twrneimant dans un poème du Livre Rouge
(Skene, II, p. 296) suffirait à lui seul à prouver qu'il ne peut
être antérieur à la iîn du xii^ siècle. Nous savons que ce genre
de sport guerrier a été interdit par Henri II, qu'il était en
horreur à l'Église et qu'il ne fut guère toléré avant le roi Ri-
chard I (Freeman, Norman Conques t, IV, 489, 679). Ce
poème, métriquement, ne peut être antérieur à la hn du
xii^ siècle; il est plutôt du xiii^ siècle.
Le mot Ffreinc, Français, ne peut apparaître que dans des
poèmes postérieurs à la conquête normande.
Certaines expressions sont également significatives. Nous ne
saurions pas que le poème XXXVII du Livre Noir s'adresse à
Madawc ab Maredudd que l'expression yscvid pcdcirieith, bou-
clier des quatre langues, prouverait qu'il s'agit d'un poème pos-
térieur à l'établissement des Normands en Galles. Ces quatre
langues sont évidemment le Gallois, le Gaélique, l'Anglais et
le Français.
J. LoTH.
ETUDES DE PHONETIQUE IRLANDAISE
(suite).
n.
LES GROUPES DE CONSONNES.
Nous nous proposons non d'écrire une histoire des groupes
de consonnes en irlandais, histoire dont les matériaux ne sont
pas encore au jour, mais de rassembler quelques faits qui se
rapportent à l'évolution des groupes consonantiques dans les
dialectes irlandais modernes.
Pour qu'une telle étude ait quelque intérêt, il importe de
rappeler brièvement d'abord quel a été dès l'époque du vieux
celtique le sort des consonnes appuyées en irlandais; nous ver-
rons ainsi à la suite de quelles pertes et à l'aide de quelles
créations nouvelles les groupes de consonnes ont été constitués
tels qu'ils nous apparaissent aujourd'hui ^
§ I. — Groupes antérieurs au vieux-celtique.
Aussi loin que la comparaison des langues celtiques entre
I Pour le vieux celtique, nous avons utilisé: Brugmann, Grundriss der
vergleichenden Grainiuatik der iiido-geninmischen Sprachen; Wh. Stokes und
Ad. Bezzenberger, Wcrschati der Keltisclien Spracheinheit ; pour le vieil ir-
landais, hGi-aiumatica celtica et le lexique d'Ascoli; pour l'irlandais moyen
les lexiques de Windisch, Irische Texte, et d'Atkinson, Tlie passions and' tl)e
houiiiies froin Lealdiar Breac ; pour l'irlandais moderne, l'excellent glossaire
d'Aïkinson, à la suite de Keating, Tri Bljior-gl.uioitlje an bhâis,_
6o G. Dottin.
elles nous permette de remonter, nous trouvons en celtique
la réduction ou la modification de certains groupes conso-
nantiques.
La chute du p réduit les groupes initiaux :
pi > /: lân, lân, lat. plenus;
pr > r: riam, riamh, riûv, rku, lat. primum.
Quant aux groupes intérieurs :
pu > n: suan, su9n, skr. svapna;
pt y> ht ^ cht : s e c h t , s e a c h t , sayt, skr. s a p t â n .
Le groupe j/ initial > /: tiagaim, tiaghaim, Vaim, gr.
Q't'.yui .
D'autre part g vélaire et g palatal sont confondus ; le g de
ingrennim (ancien g vélaire) et le ^^-^ de gndth (ancien _cr pa-
latal) ne se distinguent pas l'un de l'autre.
Quelques^'' sont devenus b: brô, skr. gravan-
Le groupe initial gv est devenu ^: bô, skr. go.
La confusion de k et de q qui sont souvent distingués dans
les langues brittoniques est complète en irlandais; on a crû,
skr. kravis par cj vélaire, et cloth, skr. çrdvas, par k palatal.
De plus kv > k: ech, skr. açva.
§ II. — Groupes que l'on peut restiluer en vieux-celtique.
Nous étudierons d'abord les groupes initiaux, puis les grou-
pes intérieurs, enfin les groupes finals.
a) Groupes initiaux.
Les anciens groupes initiaux subsistent en général^ tant en
vieil-irlandais qu'en irlandais moderne.
qr, kr ^ kr: cruaid, cruaidh, kni^-^ crich, crioch, kr'iy
gi' > gr- grâd, gradh, grâ; grian, grim
tr > /;■: traig, troigh, tre; tri, tri
dr > dr: droch, droy-, dremm, dream, drhvn
br > br : brath, brdy-, brig, brigh, /'/■/
sr > sr: sron, srÇni
ql, kl > kl : cluas, klius ; clé, kli
Sl> gl'- glân,glan
tl > II: tlacht
Études de phonéticjuc irlandaise. 6i
dl y dl: dluth, dlu.
bl^ bl: blas, blas ; bliadhain, blidn
si > si, si: sldn, slân; sleg, sleagh, sla
kn^ kn: cnâim, cndimh, knâv; cnes, cneas, khas.
gn > gn : gnô, gm
sn > sn, su: sndm, snamh, srtâv ; snechte, siieachta, shayp
sDi > sm, sDi: smuainim, sm°ïmiii; smir, smior, sriiir
sk > sk, sk: scâth, skâ; scél, scéal, sk'èl
st > st, st: stuaic, stuaich, stii3y.
Mais déjà en vieil irlandais quelques anciens groupes s'étaient
modifiés ou réduits :
vr^fr: fi-ém, irè^iWïh, fr'èv; froech, fraoch, /;■"/•/
vl >/: flaithius, flqhds ; > ol : olann, oln
sir >• sr, sr: sraith, sra
stl ^ si, si: sliss, slios, slis
bn ^ mil : mnâ, ninâ
dv ^ d: dorus, dorJs; dd, dâ
sv ^s,s: se, sîy, sant, saut; serb, searbh, sqrdv
ijir ". inbr > /r: mrecht, brecc, breac, brqk
ml > m/?/,, > /;/: mlas, blas, blas; mlicht, blicht, bliocht, bliyt
b] Groupes intérieurs.
rc > rc, rcc : derc (dearc), marcach, coirce, cerc
rg > rg, rgg, rc: ferg, ferc(fearg); orgun, orggun, orcun
rsc ^ rc: terc
rct > rt : ro ort
rt > ;■/ : gort, cert (ceart), art, asbert
rst > rt : tart
rd > rd, rdd, rt: drd, drdd, drt; cerdd, cert (ceard)
rdv > rd: fordorus
rb > rb, rbb, rp: orbe, orbbe, orpe
rs > rr, r: gerr (gearr), carric (carraig), tir, ferr (fedrr)
rgs > rr: corr, tarr
;t > rr: gairri
r» > m: iarn, orn, bern, sernim
r»i > r;yi: gorm « chaud », cuirm, tormat (formad), gairm
rsm > rni: gorm « obscur ».
rv > rb, rbb, rv: garb (garbh), marb (marbh), serb (searb)
62 G. Dotlin.
le '^ le: o\c, baie, malcaim, foie
k > 4^ k?, ^^- melg. colg/celg (cealg)
// > //_, /// : molt, ait, scoiltim, melltôir, Belltaine, ro ait
Id > Id, 11: gell, caill, buille, mull, meldach (meallach)
//; > Ib, Ip: Alba, scalp
Ir > //' > lar = Ir à la fin des mots : galar
//>//: gall
In > /;/, //: comalnaim, comallaim, sollus
Iv > //;, Ibh, Iv: delb (dealbh), selb (sealbh)
ne ^ c y> g: éc (éag), bréc (bréag), ccland, écoir (èagcôir)
ng^ ng: inga (ionga), cumang (cumhang)
«/ > t, ^ d: cét(céad), cete, de canim, toimliu, étrocar (éad-
trôcar), rodét, de daimim, beirit (beirid)
nd >• nd, ndd , nn: cend, cenn (ceann) ; -grennim, rosescaind,
bonn
ns > ^: g. mis, fes, géis
iim ^ nni: menme (meanma)
nsm > nwi, m : grcimm
ndm > vun, m: témm
nv ^ nh, nhh, nv: menb (meanbh)
inb ^ mb, mm, m : imb, imm (im), camm, immlind
mn >■ mil : tamnaim; >■ man = mn à la fin des mots : scaman
cr > r: dér (déar), cuar, ér; > eJmr = ehr final: ochar
gr > r : âr, fér (féar)
//' > ;•: mér; > tljar, thir=^ //;r final: tarathar, loathar, nathir
dr > r: aram, drus; > dar =^ dr final : odar (odhar)
br ^ ;■: bér- =: bebr- ; > bar := by final : gabar (gabhar)
sr > r : mir
Id^ I: cél- = ceci-, 61, dual, muinél (muinéal)
gl'^ 1: ail, bual, mal, reil, fual, feil, al
il y- 1: cenél (cinéal), anal, dâl, sdl, scél(sgéal); > /«/ = //
à la fin du mot après un n anciennement tombé : cetal
Z'/ > /: nél ; > bul = bl à la fin du mot après consonne : me-
bul, gabul
5/ > /: giall, gall, coll, ciall, uall
ksl> /: toU ^
kn > n: cainim, ton, mén, lènc (léine), 16n, sron
ksn > n: trén (tréan)
Études de phonétique irlandaise. 6j
gn > n : gén- = gegn-, udn, fcn, grdin, hrôn
In > )i : en (éan), dn
du > dnii =■ du final : bliadain (bliadhain)
.^7? > n : senaich = sesnaich
bn > mn : fudumnu; > uiini =: nui à la fin du mot : scamun,
domun
km > ;;/;;?: reimm, fuaimm
gm > viin : dm, gldm
ngtn ^ ////;/ : leimm
dm > m/;/ : muimme, frem, aimser (aimsear)
5//;. > ni'ii : ammi, timme, boimm, sruaim; > sim =^ sin
final : bressim
gsm > 777/// : dremm, breim, slamm
Iksm > //// : tailm
kt > et, clt, chi : secht, ocht, oct; rect, rectt, recbt (reacbt)
kst > r/;/ : ochtar, uachtar; ecbtar
hs '^ ss, s: dess, sessed, coss, ais, uasal, lassar
gd > d: géd- = gegd-
gs ■> s : glas
<,'■/ > chl : conaitecbt ; bocht, cf. bongim ; cracbt, cf. eirgim;
inchoisecbt
Is '^ ss, s : mosach, os
It, dt '^ ss: mess, fiss, mese, claissi
d^ > dî^: ladg (ladhg)
dv> à: bodb (badhbh)
sk >> se, sec: sesc, uisce, iasc, cosc, brise, conmescatar
dsk >> se: troscaim
ksk > se: faiscim
skv > se : scé
.^v'> h, hh, v: feib(feibh)
~^f > //, / : nett, net, brot, att, truit, bot, mat
Ig > dg : medg (medhg)
c) Groupes finals.
Ces groupes, assez rares, ont généralement disparu sans
laisser de traces.
ks: ri, se
\s : file
n\s: cara
64 G. Dottin.
§ III. — Groupes nouveaux en irlandais.
Les groupes nouveaux en irlandais sont produits par le dé-
placement de l'accent et par la chute des voyelles atones.
La composition des verbes irlandais au moyen de particules
séparables donnait naissance à de nouveaux groupes de conson-
nes lorsque la consonne finale de la particule n'était pas séparée
de la consonne initiale par un pronom infixe: at-om-riug
Patr., H. I, sans pronom régime off^i'e le groupe dr: adriug
Sg. 181 b. Ces groupes consonantiques, qui n'ont qu'une exis-
tence éphémère, ne subissaient évidemment aucune modifi-
cation, chacun des éléments constitutifs pouvant recouvrer son
indépendance ; mais à côté de ces formes où la particule
n'était pas accentuée, il y en avait d'autres où la particule ac-
centuée était inséparable et déjà en vieil-irlandais, sous l'in-
fluence de l'accent, plusieurs groupes formés de la consonne
finale de la particule et de la consonne initiale du radical se
sont réduits ^ :
de ^ ce : adci, -âccai, -dci ; adcobra, -dccobra
dg > ee: adglad-, dccaldam ; *conodgab-, conùcbad
dr > r: adrimi, -drmi '
dm > mm : admidethar, -dmmadar
ds ~y s: adslig, aslach, *conodsan- conosna
dh'y- p: *diodber-, doôpir; zî. aprisc =: *ad-brisc
sr >> ;'/': asrenad, errenaid ; asrochoiled, érchoiliud
j/ > // : aslenim, éilnithe
sb y- p: asbiur, -épiur
De nouveaux groupes se sont formés par la chute des
voyelles atones du radical ou du suftïxe.
cb: conùcbad, tuarascbail
es : acsiu
chn : tairchechnatar
cm : tecmang, tecmallid, -ecmai, aicme
I . Les exemples suivants sont empruntés à Thurneysen, L'accentuation de
Vancicn verbe irlandais (Revue Celtique, t. VI, p. 129-159).
Études de phonéticjiie irimdaise. 65
en: ascnaidi, ascnam, aicneJ, eicnech
cr: airfocre, fuaccraim
cl: adnacla
cbr: taidchricc
gb: digbâl
tch : adeitchethar
tg : conutgim ; tb : cuitbiud
dcb : aidche
dg ^ tg: cuintgim
dl : doaidlibea, foindiea
dm : snaidm {snhii, snôinî) ; cf. fodmaim
bu : dofuibnim ; br : fuabraim
se: insce, cosc, asca
sg : todiusgat, cotochosgedar, todiusgadar
st : astaim, tuistiu
sn : conosna, fufuasna
5m : dofuismim, doesmet
scr: tascraim
si : dofuislim, oslucud, uaisle
rc : immairc, imchomarc, forcmat
rg: dergemar, dirgedar, aithirge
rt : tart
rth : inrorthetar, soirthe
rin : tuirmi
Ig: arroilgither, duroilged, dilgud, foselgatar
h : telcfider
Id : aildiu
Ib: sulbair, dulbair
In: elnim
Ing: imfolngi, fulngat
rnd : dofoirnde
nsc: tinscanat
me: cumcat
mg: doformgat
iiid : coimdiu
nitg: cuimtgim
VIS : CLimsanad
})ic : -cumcu
Revue Celtique, XXI.
66 C. Dottin.
vil: toiniléd, tùercômlassat
nin : -roimnife, timne
D'autre part, la conjugaison des verbes et la déclinaison
des noms donnent lieu à de nouveaux groupes consonantiques
après la chute des voyelles atones.:
1° Le suffixe commence anciennement par / précédé d'une
voyelle. Dans ce cas on a généralement / après J, /, s, v, I et
//; après les autres lettres ' .
clb, scth, Jcth : tucthe (tugtha), loscthe
chth : crochtha, crochthar, bendachthar
(^tb, Igtb: condelgthar ,
,i,''/.7//; : iarfaigtho, legthar, suidigthc
///;, rllb, cbttb : nerta, tachtar
//;/: dlutai, robaitea
âhl : raite (raidhte), rofoitea
htb, rbib: scôpthe (scuabtha), aiptlii, ro-airptha, erpther
bbtb, rbblb: gaibthe (gabhtha), marbhtha
si : frescaste, césta, béste (beasta), clieste 2" p. pi.
rlb: tedbarthc, beirthe (bearth.i), etarscarrha
// : accomalte; arillte, rélto, réltar
/// : comchlante, denta (déanta), cumsanto
iii^tb: ongtha
nitb : tomtha, docmthar
;;;/ : dimter
2" Le suffixe commence anciennement par un ;;/ :
î^bi)i : tiagmi-ni, adilgnigmar
(Ibiii : guidmi-ni
sm: césme
//;/ : creitme, ar-rôitmar, asrubartmar
3° La désinence commence anciennement par s:
es: tucsat (tugsat), choiscset
cbs: rochrochsat
gbs: rolegsat, romugsat
Is: tartsat, rotectsat
I . Les désinences verbales c// -r, p. 3 1 2-3 1 3.
Étiiih's de phau'tiiiiie irlandaise. 67
Is, ils: romoitsciu
tbs: dluthsit
dhs : ro rdidset
bb.r. rogabsat (gabhsat)
rs: scarsat, carsam
Is: rolsat, arillset
lis: ramuinset, dorigensat.
4° La désinence commence anciennement par/:
tf: iccfe, ticfa, aicfea
cbf: atluchfom, adaichfer, sechfider
f^f: leicfimmini
gbf: legfas, fedligfit
tf, df: cretfes, nertfidir
lbf: luaithfider
dbf: bdidfid
sf: forbrisfither
;/: sôirfea, firfider
//: telfli, chomallflis, no molfar
;//: ainfa, folinfea, sluinfem (nf = ndf), forceinfiter
viJ)f: arfoimfea, adrimfem
Mais dans les formations athématiques, le futur en s par
exemple et le prétérit en t, on observe les mêmes réductions
qu'à l'intérieur des mots ^ :
r5 > ss, s: adnaissi (adnacul), dofuthris-se (duthraic), corrius
(rie), cotissat (ticim)
cljs > s: notes (techim), doindnisin (doindnaich)
_k^bs ^ s: condarias(conriug), atresat (atregat), rosasat (saiges)
is^ s: dositis (tuitim)
t])s > s: inrestais (inreith), istais (ithim)
dljs > s: atchous (atchuaid), imroimset (immerumedair), me-
mais (memaid)
Tf^bs > vs: asseirset (eirgim)
rcs > rs: immechoimairsed (immechomarcar)
les > h : fochomolsam (focoimlactar)
iii^s > s: arutais-siu (arutaing), toissed (tong), cuimsimmis
I. Les exemples sont tirés de Windisch, Kiiriçefasstc Irisrlv Gramwatil,
P- 65, 7I-73-
68 G. Dotlin.
(cumaing), cichsed (cechaing), tarblais (tarbling), cuimsin
(cumaing)
7ÎS ^ s : ingriastais (ingreinn)
ght > cht : atracht (atregat), toracht (toraig), inchoisecht (in-
chosig)
iigt > cht: bocht (bongim), arutacht (arutaing)
rct > r/ : ro ort (orcaid), friscomart
nt, mt > / : rocét (canaim), arroét (airema).
La chute des voyelles atones après l'aspiration des consonnes
intervocaliques a donné lieu à de nouveaux groupes conso-
nanriques dans les composés. Nous citons les mots avec l'or-
thographe de l'irlandais moderne qui permet de reconnaître les
aspirées. La plupart de ces composés ne remontent évidem-
ment pas à l'époque où les voyelles thématiques étaient pré-
sentes; ce sont des formations analogiques.
gch: bréagchnibhadh, ruagchath
ggh: cealgghoin
gr: cealgriin
gn: cealgnamha
gmh: ceilgmhian
ghch: deaghchlû; > c: trôcaire
ghth: deightheastach
ghdh: deighdhéanta, deaghdhuine d'a-fim
ghhh : deaghbhéasach âavêsdy^
ghs: deaghsluagh
ghf: rioghtaid
ghr: rioghruathar
gbl : teaghlach
gbmb : deaghmhaise
ccr, cr: Mu cross
chch: droichchleachtadh droylaytJ
chgh: drochghnathughadh
chth: drochthuar
chdh: bruachdhubh, droichdhiol
chbh: droichbhéasach
chs: drochsùil J/'o-//?/, droichseasamh ; chsni: drochsmuaintiu-
ghadh; chst: drochstaid; chsp : drochspaid droyspâd'
Éludes de phonétijue irlandaise. 69
chf: droichriacail droypkl, drochfuadar
chr: drochrddh
f/;w: drochnos, droichnidh (/ro/n/
chmh: drochmhunadh ^/■oyy/»j^ droichmhian
se: coiscéim kôsh'iii
sgh: griosghoradh
sdh: cuasdomhain
sb: glasbhdnadh
ss: cuassluigthe, glassnaidhm
sf: gniiisfiUeadh
si: cosluath
smh: fosmhuinntear glasmheirg glasiocr'<>g''
tgh: créachtghoin, neartghal
//: briochttaobhrach
tr : briochtraidiheach
//: ceirtlin k'ôrtlhi
tiiih: neartmhar, seachtmhogha
thch : biothchuimhne, leathchumaidh, tuaithchliar
tb^h: biothghrddh, aitbghéin, dathghrânna, lùthghdir
//;//;: gndiththriall, gndththaomh, leaththaobh (mais leathtrom)
ibdh : bithdhileas
thbh: bithbheô, aithbhear, biothbhuaine, sithbhinn
ihf: gnathtbcal, aithfriotal
//;/': leathroinn, aithrighe arJ
ihl: biothluasgadh, :\\û\\ém\ qlèni, aithle
//;//: bithneimhneach, aithne, dluithnéal
th)}ih: gnathmhodh, aithmhéileach
thph: gnaithphian
ds: ardsagart; dsg : ardsgol àrdskol
df: ardflaith
dr : drdri ârdrl
dmh : groidmhear
dph: groidphianadh
dhch\ fidhcheangal, tidhcheall
dhlh: cruaidhthéad, ruadhthuile
JM/k ruadhdhuinne
dbbh: biodhbha, adhbhal
dbr: cruaidhrighin
70 G. Dotlin.
bgh: sgolbghaoth
bth : borbthonnach
bJxb : searbhchaor
bhgh: lubhghort
bhdh : seirbhdlieoch
bbs: searbhsruth
bhr : taoibhrighne
bhl: taobhlot
bbii : taobhnocht
rcb : airchetal, aircheadal, fircheann/zr/V/n, urchur, dobharchu
rgb: fiorghrddh, fiairghearrtha
rtb: fiorthrosgadh, leirthionôl
rdb: fiordhochar, sardhochar, sirdhcanamh
rbb: airbherini, airbheirt
ri : siorslainte (mais slorsmuaineadh)
;/: firféachain
rr: léirreic
ri : cLiarlubadh, airleagadh àr'likn, urlabhra, urlâr anrlàr
ni : fiornaomh, cf. bairneach bàv'hJ-/^
nnh: fiormhullach, airmhide, dearmhair
Icb: ilchleas
Igb : truaillghearrtha
//": iolfaobhair
In: truailnighim
Inib: ilmhile
Ipb: ilphian
ucb: broinnchiar, anchroide niiyrj^ tannchos, seanchomharsa
sany/irsJ
ugb: fainghleann, ainghniomh, tîonghal
ntb > ni: broinntcasgtha antrdth, buantoirthcach
ndb > nd: mindeabhaidh, aindearbh, aindligheadh, mion-
duinc, seanduine, anduine aninJ
nbb: claoinbhreath, anbhlasadh, seanbhaile
ns: seansoitheach, ainsearcach ; }isni : mionsmuaineadh
;// > nbb: ainbhios qnvJs, cpifs > nf: brôintleadh, antbllâin,
fionnfuar, tréanfoghail, seanfear sqnqr
nr : buanraobhadh, ainreacht
///: broinnlionaim, bronnUir
Etudes de phonctl(]tie irlandaise. 7.1
iiiiih : glanmhatal, ainmliian lionmhar
uph : minpheacadh, scinpheacadh
ncc, lie: muince
riM : loins'bhriseadh
ngph: longphort
iiich: loimcheisneamh, imchian, tromchroidhcach, timchioU
iiigh: creimghearradh, iomghabhail
iiitb: gruaimtheach, imtheacht iiiu^yj, imthigim iiiiiin
mdh: loimdhiûltadh, imdhidean
iiibh: loimbhriseadh, iombhuailim
tiis: camsûileach, imsniomh, tromsochair
inf: iomfocal
lur: iomramh i'iini\\ iomrâidhim
////: camkiamhain, \o\w\-kn diiiJàii, troimlcas
uni : lomnocht
}iit =: mut: toimtiu, tbimtiu
mhch: coimhchinéal, reimhchinim
mhgh: comhghàir, reimhghealladh
iiihth: comhthrom, reimhtheachdaire, snamhthuitim
inbdb: comhdhail, reimhdhiorughadh
iiibbh >■ mb: combuaidreadh ; > ir.bbb: neimhbhrîoghmhar
nihs: comhsôlas, primbseanmoir
mbf: combfogus, reimhtcuchaint, neambfulangach îiavôljiuy^
nibr : comhrddh Ivrâ
inbl: comhluath, neimhlcasg, aimhlcas avl'cu
mbii : neimhnidb
mbinb > inbiii: coimhmeasg
mbph: neamhpbosta.
Une source importante de nouveaux groupes consonantiques
est constituée par les emprunts aux autres langues,
1° au latin ^ et aux langues romanes :
bd\ abdaine (abdhaine)
I. Les exemples sont tirés de Gùterbock, Beinerhgigeii iiber die luleini-
schen Lel)invôrter im Irischcii ; Wh. Stokes, Lires of saints froni tlie Book of Lis-
inoie, p. LXXXii-xc; Beneiiber^er's BcitviUje, t. XVIII, p. 70-76; Atkinson,
The passions and ihe homilies froni Leubhar Brcuc, glossary ; Kuno Mcyer, Re-
vue Celtique, t. XII, p. 463-469.
7 2 G Doit in.
bg: abgitir
bst : abstanait
et: actalta, docturaig
cl, chl: mochlaigib, eclais àgbs
dch: predchim
tch: pritchim
db\ adbirseoir (aidhbherseôir)
dr : adrad (adhradh)
/;■ : oiffrend afr'n, offrâil
gt : augtortas
gd: saigdeôir (saigheadôir)
Ich: salchoit
ld\ maldacht
Un: pailm, falmaire
Uns: almsan
Ip: culpait
Js : fellsub
//: altôir; //;• : sallraim saltrlm
ml: amla, ethemlagas
nin, mhn : damnaim damnlm, demnach, domnach dômy^ (domh-
nach)
mp: companach, compoitecht, imper
mr: camra
Ht: cinteir, contracht, contrarda, cointinn, genti, montar
ne: ponc, ence (ennac)
nd: caindel (coinneal ¥inyoï)
iibs: anbsud
me: angcoire
mr: angraib
nm : senmôir sg.n9mçh' (= sermôin)
m: conson
nf: confirmaitige
ps: psalm
psc: epscop aspôg (caspog)
pst: apstainech, nTpstâl apstl
pt: procept
pd: caipdel
pi: caplaic, plâg, poiplcch
Etudes de phonéticjiic irlandaise. 73
pr: deprecoit, praind, préid, amprom
rs\ airse, persu, persilli
rp, rpt: cairpteoir, carpat
m: iffern ifr'n
ri: phetarlaic
rcl: oirclech
/■//: mortlaith
r^»: ordnaim
rtr: martra, martralaic, mertrech
rtcb : muirtchenn
se: fescor, lasce, case kâsk
sb: esbicul
ip: espartin, spaisdeoraclît, s^'irni s prid
st : aistire, biast, cestugud, cloister(g), cristaige, ostent, teist,
rastall
si: baslicc
ts : baitsim bwastim (baistim)
tn : laitnôir
tl: notlaic nobk.
Dans les emprunts qui ont subi l'effet des principales lois
phonétiques, les groupes sont réduits ou modifiés. Ainsi :
et > •//: éifecht ç/i'/M, doyJii'rÇa Aran)
;;j" >> s: cis, ses, et ;// > /: ifern sans qu'on puisse décider
si la chute de 11 est un fait de plionétique irlandaise, Vn étant
tombé en latin devant s et/ dès l'époque de Cicéron-.
)id > un, II: trinoit à côté de trindôit, bennacht à côté
de bendacht
ps > s: salm à côté de psalm, saltair
pse > se : e s c o b à côté de e p s c o p
pr >• er: cruimther
pi '^ cl: clùm
fl > si: slechtaim.
//' ^ sr: srian srim, sroigell?
est > eht: e c h t r a n n .
1. Finck, Graiiimatik, p. 78.
2. Cicéron, Orator, 48, 159; Quintilien, I, 7, 28-29; Velius Longus,
chez Keil, Grauuuaiici latiiii, t. VII, p. 78, 79.
5. Gramniont, La dissiiiiUalion couiouaiitiqiw, p. 75.
74 G. Dottin.
Ici > //: mallcicht, inal^/J, à côté de maldacht
Quelques groupes sont de formation irlandaise ; p '^ sp:
spelp = péplum, spré = praeda; pr: prephir = peri-
pheria ; ;;/;■: samrainde = smaragdi ; sir: stripach , de
s t u p r u m .
2° aux langues germaniques ^ :
pi: plôd
st: goistibe
sir: strophaiss.
Il nous reste à voir ce que les groupes de consonnes soit
anciens soit nouvellement créés sont devenus dans les dialectes
modernes.
(A suivre.)
G. DOTTIX.
I. Les exemples sont empruntés à Kuno Meyer, Linf/ftam/i w carlylrisb
(Revue celtùjiie, t. XI, p. 495-495; t. XII, p. 460-463).
1 E P N H 11 0 A V X V Y 10 1
LES CROISSANTS D OR IRLANDAIS
Quand on visite la section archéologique de l'admirable
Musée National irlandais à Dublin, appartenant à l'Académie
royale d'Irlande, on est frappé de la quantité considérable
d'objets d'or qui ont trouvé asile dans cette collection. Dès 1862,
on en comptait près de trois cents ' ; il y en a sans doute cinq
cents aujourd'hui. Une étude quelque peu attentive permet de
répartir ces objets en trois séries : 1° ceux qui, décorés géomé-
triquement, présentent les caractères d'une antiquité très re-
culée ; 2° ceux qui, décorés avec plus de fantaisie, rappellent
les caractères de l'art appelé laie ccUic en Angleterre; 3° ceux
qui, ornés d'entrelacs ou pourvus d'inscriptions, doivent être
attribués au moyen âge. D'objets d'or attestant l'imitation de
modèles grecs ou romains, il n'y a pas trace. — Nous ne nous
occuperons ici que de la première série.
Si les bijoux d'or sont nombreux dans la collection natio-
nale irlandaise — comparable, à cet égard, à celles de Copen-
hague, de Stockholm et de Saint-Pétersbourg — ce n'est
pas qu'elle contienne la totalité, ni même une partie considé-
rable de ceux qui ont été découverts dans l'île. Il faut se sou-
venir de la manière dont cette collection a été formée pour
concevoir la richesse énorme dont ses trésors ne sont qu'un
faible débris. Nulle part on n'a pratiqué de fouilles systéma-
tiques et régulières; partout, pendant des siècles, on a livré
I. Wilde, Catalogue, GolJ, p. 2.
~6 Salomon Reinjch.
aux fondeurs les bijoux d'or que l'on découvrait'. La collection
de l'Académie irlandaise date seulement de 1829 -. C'est de-
puis le mois d'avril 1861 seulement qu'il existe une loi obli-
geant les auteurs de découvertes d'en donner avis aux auto-
rités locales (Treasure trove régulations). Donc, ce qui subsiste,
tant à Dublin qu'à Belfast^ Edimbourg, Liverpool et Londres,
sans compter quelques collections particulières, n'est qu'une
fraction minime de ce qui a existé autrefois et a été rendu à la
lumière avant l'organisation du Musée National'.
On a justement fait observer que le nombre des objets d'or
conservés à Dublin est encore moins significatif que l'élévation
de leur poids moyen (de 20 à 40 onces) 4 ; c'est là un indice
irrécusable de l'abondance du métal. D'après M. Coffey, con-
servateur de la collection, le poids total des objets d'or appar-
tenant au Musée atteint 570 onces (16 kilogr. et demi), alors
que l'ensemble des trouvailles du même genre faites en Angle-
terre, en Ecosse et dans le pays de Galles, telles qu'elles sont
représentées au British Muséum, ne pèse que 20 onces, c'est-
à-dire vingt-cinq fois moins.
Il est fâcheux que les provenances des objets d'or conservés
à Dublin soient presque toujours vagues. Les uns ont été re-
cueillis dans des tourbières, les autres en labourant le sol ou
sous des rochers ; il n'y en a pas (du moins de provenance ir-
landaise) qui soient issus d'un milieu archéologique bien dé-
fini, par exemple d'une sépulture. De là, pour la science, la
difficulté de leur assigner une date ; on en est presque réduit,
comme nous le verrons, à des conjectures autorisées par le
style des objets et le caractère de leur décoration.
Parmi les bijoux d'or irlandais de la série que nous étu-
dions, il y a deux types représentés par un grand nombre
d'exemplaires. Le premier est un anneau ouvert, de dimen-
1. Cf. Wilde, ihid.. p. 4.
2. Ibld., p. 2.
3 . Tout récemment encore, une grande trouvaille d'objets en or a été
faite sur la côte nord-ouest de llrlande; voir la publication de M. Arthur
Evans, Archaeohgia, t. LV (1897), p. 397-408.
4. Coffev, On'gins of prehistoiic onianicnl i 11 Irclaiid, Dublin, 1897, p. 59.
On doit regretter que ce beau travail n'ait été publié qu'à 50 exemplaires.
Les Croissants d'or irLmdais. 77
sions très variables, mais presque toujours trop petit pour
avoir entouré un poignet et se terminant par deux disques ou
cupules ^ ; ces objets peuvent avoir servi à rassembler les plis
de certaines étoffes, comme aussi à serrer et à orner des bou-
cles de cheveux^. La décoration en est tantôt nulle, tantôt très
simple, consistant en stries dans le sens de la longueur et en
incisions croisées à la naissance des disques ; ces derniers sont
FiG. I. — Anneau d'or irlandais, au musée de Saint-Germain,
le plus souvent sans ornements?. Un objet de cette catégorie,
long de o"',027 et pesant 20 grammes, a été acquis en 1887,
d'un marchand de Londres, pour le musée de Saint-Germain-
en-Laye (fig. i).
La seconde classe d'objets découverts à de nombreux exem-
plaires est beaucoup plus intéressante. Ce sont des croissants
découpés dans de minces feuilles d'or, terminés simplement
en pointes ou par de petits disques 4. L'évêque irlandais Po-
cocke, en 1773, leur a donné le nom de lunuJae, sous lequel
1 . Unclosed hoop ivith terminal ciips (Wilde, op. laiid., p. 56).
2 . Cf. les attaches de boudes en or mentionnées dans les textes grecs,
ap. Helbig, Epopée homérique, p. 500. — Le général Vallancev, un des pre-
miers auteurs qui les ait décrits, y voyait « des patères à deux têtes, ayant
servi à des libations aux deux divinités principales des Irlandais païens,
Budh et son fils Pharamon, ainsi qu'au Soleil et à la Lune » (Wilde, p. 61).
5 . Le serre-plis appartenant à Trinity-College (Dublin), dont les cupules
terminales sont richement décorées de cercles concentriques et de triangles
incisés, est tout à fait exceptionnel (Colïey, On the tiimuli ai Ne-w Grange,
extr. des Transact. of the roy. Irish Academy, p. 23, fig. 5). Pour d'autres
exemples, voir les Proceediugs of tJie royal Soc. of antiqnaries, 1897, p. 366,
et le catalogue de Wilde, p. 57 et suiv.
4. Voir Wilde, p, 15-27.
78
Salomon Rcinach.
on les connaît encore '. On ajoute qu'en vieil-irlandais ils s'ap-
pelaient niind ou ini)uie ^, mais rien ne prouve que ce mot dé-
signe, dans les anciens textes, l'objet qui nous occupe. Une
glose d'un Évangéliaire de Turin (ix^ siècle) donne iiiiinJ comme
l'équivalent du latin diadcma; or, les croissants ne sont pas
des diadèmes et rien n'autorise à croire qu'on les connût en-
core en Irlande, du moins en qualité d'objets usuels, au
ix^ siècle de notre ère.
La décoration, obtenue au burin, rarement au poinçon, est
presque toujours caractérisée par des triangles incisés et ombrés
FIG. 2.
Lunule d'or au musée de Dublin 3.
à l'aide de lignes parallèles à l'un des côtés latéraux ; on trouve
aussi des chevrons, des dents de loup, de petits carrés, ha-
churés ou vides, disposés en cases de damier. Dans un exem-
plaire seulement, cette décoration consiste en une série de
petits cercles obtenus au poinçon 4. On ne constate jamais
ni spirales, ni cercles concentriques; c'est la décoration géo-
métrique rectihgne dans toute sa rigueur. Les deux spéci-
mens de hiniilac que nous reproduisons ici, l'un d'après un
1. Archacohgia, t. II, p. 36.
2. Wilde, p. 10; Wakeman, Hanâhook of in'sh Auliquilies, p. 278.
3. Wilde, op. laiiiL, p. 11.
4. Wilde, op. hiui., fig. 548; Wakeman, p. 279.
Les Croissants tVor irlandais. 79
dessin de Wilde, l'autre d'après un ertampage de Frazer, suf-
fisent à donner une idée de leur style aussi élégant que sobre
(fig. 2 et 3). On remarquera que la décoration de la surface
est limitée aux cornes et que la partie moyenne de l'objet, la
plus large et la plus considérable, est simplement encadrée de
deux bandes où dominent les chevrons.
L'étude des éléments de cette décoration ne laisse guère de
FiG. 3. — Lnniile d'or au musée de Dublin '.
doute sur l'époque à laquelle il convient de l'attribuer. Ils sont,
en effet, identiques à ceux qui caractérisent l'ornementation
de la poterie et du métal pendant la première partie de l'âge du
bronze, non seulement en Irlande, mais dans toute l'Europe^.
Nous possédons, de cette époque, un grand nombre de vases
1. Trouvée en 1890 dans !e comté de Westmeath et publiée dnns le
Journal of the royal Societv of Aii.iquaries of Ireland, 1897, p. 55.
2. Voir, par exemple, les intéressants tableaux publiés par AI. Sophus
iMuller, Or)iaiiiente ans ilcr jiitigercii Sh'ii!:icitj dans Xordische Alterthitnis-
kundc, t. I (1897), p. 1)8, 159.
8o
Salomon Reinach.
en argile, de provenance irlandaise, qui présentent exactement
les mêmes motifs. Celui du triangle, en particulier, se retrouve
sur les pierres du monument de New-Grange ^ et paraît avoir
été très familier à l'industrie de l'Irlande. Nous verrons plus
loin qu'il existe, à cet égard, une analogie assez étroite entre
l'art préhistorique de l'Irlande et celui de la péninsule ibérique.
Enfin, les croissants en question ne sont pas isolés dans
l'archéologie préhistorique. Ceux qu'on a découverts en France
sont, à la vérité, des objets d'importation; mais il n'en est pas
de même de certains objets de même t^-pe recueillis en pays
Scandinave. Nous signalerons d'abord un croissant en or dé-
couvert au Danemark (fig. 4). Evidemment, c'est une imi-
tation du type irlandais, et une imitation assez pauvre, puisque
Fig. 4. — Croissant en or de type irlandais. Danemark-.
la décoration géométrique en est absente. Il serait donc tout à
fait illogique de se fonder sur cet objet pour supposer que les
croissants irlandais soient d'importation Scandinave — erreur
où, d'ailleurs, aucun archéologue n'est tombé. Le second
croissant, également de provenance danoise, est encore plus
significatif (fig. 5). La forme générale est bien celle des
lunules irlandaises ; mais la décoration consiste en spirales qui
1 . Cofîey, On the tiimuli at New-Grange, p. 93.
2. Montelius-Reinach, Temps préJnst. oi Suède, fig. 151.
Les Croissants d'or irlandais. 81
ne pài'âisscnt jamais, avant le moyen âge, sur les objets mé-
talliques de l'Irlande, alors qu'elles sont extrêmement fré-
quentes dans l'art Scandinave à l'époque du bronze. Nous
avons donc là une imitation évidente, mais accommodée au
goût Scandinave, d'un type de bijou irlandais.
On possède quelques renseignements sur une découverte
faite en Cornouailles, à Harlyn, près de Padstow, qui fournit
une indication précieuse sur la date des croissants. Un ouvrier
trouva dans cette localité, à la profondeur d'environ six pieds,
deux croissants en or associés à une hache de bronze plate,
FiG. 5. — Croissant en bronze. Danemark '.
dont le type caractérise la première phase de l'âge du bronze
en Grande-Bretagne-. Il y avait aussi là un second bronze,
qui n'a malheureusement pas été conservé ; l'auteur de la dé-
couverte déclara seulement qu'il ressemblait à un fragment
de boucle.
Une autre constatation, due à M. Montelius, vient confirmer
cet indice. Certaines haches de bronze plates d'un type parti-
culier, très fréquent dans les îles Britanniques, et là seule-
ment, se sont rencontrées à Fionie et à Schonen 5 ; ce sont
probablement des objets importés, de fabrication britannique.
1. Worsaae, Kordiske OJdstigfr, p. 50, 11° 226.
2. Evans, Bron~e impkmcnts, p. 42; Montelius, Avchiv Ji'ir Anthropologie,
t. XIX, p. 9.
3. Archiv fur Anthropologie, t. XIX, p. 8, fig. 5 et 6; Montelius-Rei-
nach, Temps préhist. en Sucde, p. 57, fig. 59.
Revue Celtique, XXI. 6
82
Salomon Reinach.
Or, la décoration de ces haches rappelle d'une manière frap-
pante celle des lunules irlandaises ; c'est le même emploi de
triangles remplis de hachures parallèles, de dents de loup, de
chevrons, etc. Puisque les haches plates n'ont pas survécu à la
première phase de l'âge du bronze (vers 1400 avant J.-C,
suivant la chronologie de M. Montelius), c'est à une époque
antérieure à l'an 1000 avant J.-C. qu'il faudrait attribuer les
croissants d'or irlandais. Cette date nous semble très vraisem-
blable et ne peut effrayer que les personnes non initiées aux
FiG. 6.
Hache d'Irlande'.
FiG. 7.
Hache de Penh -.
FiG. 8.
Hache de Schonen^.
résultats acquis, depuis quinze ans, par les études d'archéo-
logie préhistorique.
Nous donnons ici, pour faciliter la comparaison, les dessins
de trois haches de bronze, découvertes la première en Irlande,
la seconde à Perth et la troisième à Schonen (fig. 6, 7 et 8).
L'analogie de ces haches entre elles et l'affinité de leur déco-
ration avec celle des croissants irlandais sont tellement évi-
dentes qu'il serait superflu d'y insister.
1. Evans, Bronze iiiiplenients, p. 66, fig. 55. L'objet appartient à sir John
Evans, qui l'a acquis comme provenant d'Irlande.
2. Evans, tbid., fig. 24. Collection de James Beck.
3. Montelius, Archiv fïir Anthropologie, t. XXVI (1899), p. 459. — On
trouvera d'autres haches analogues dans Worsaae, OLisager, p. 37, no 179.
dans le catalogue de Wilde, fig. 297, 301, et dans Wakeman, Haïuibook of
irish antiquilies, p. 290. 291.
Les Croissants d'or irlandais. 8j
C'est donc avec surprise que j'ai vu M. Frazer, dans un tra-
vail spécial consacré aux croissants ', prétendre qu'ils appar-
tiennent à l'époque de l'Empire romain et qu'ils ont été fabri-
qués avec le métal d'aurei romains, butin des pirates scots
dans leurs expéditions sur les côtes de Grande-Bretagne ^.
M. Frazer étant mort peu après la publication de ce travail,
il ne lui a pas été répondu en Irlande ; en France, la Revue
Celtique en a donné une analyse sans appréciation 5 et il serait
à craindre que les résultats indiqués par l'auteur ne trouvassent
créance auprès des personnes qui ne connaissent les objets en
question ni directement, ni par de bonnes gravures.
Parmi les arguments allègues par M. Frazer, il en est un
qui, bien que spécieux au premier abord, me paraît absolument
sans valeur. L'analyse d'un croissant irlandais a donné, dit-il,
11,05 d'argent, 0,12 de cuivre et un poids spécifique de
17,528; or, l'or indigène du comté de Wicklow donne environ
7 d'argent et 15 comme poids spécifique. Rien n'empêche ce-
pendant d'admettre que les orfèvres irlandais aient augmenté
la proportion d'argent dans leur alliage, ou que l'or dont ils ont
fait usage différât quelque peu de celui de Wicklow. En re-
vanche, M. Frazer est obligé de reconnaître que le poids spé-
cifique des ûurei romains est notablement supérieur à celui des
croissants irlandais. Il se tire d'affaire en alléguant que les or-
fèvres irlandais ont augmenté la proportion d'argent. Mais que
reste-t-il alors de son premier argument ? En pareille matière,
le chimiste doit s'effacer devant l'archéologue. Nous ne sa-
vons pas quelles manipulations subissait l'or natif; mais nous
savons que la décoration exclusivement géométrique caracté-
rise une phase de l'industrie en Europe et ne se rencontre pas
dans les phases subséquentes. Il y a là des faits positifs, soli-
dement établis et dont le témoignage ne peut plus être récusé.
En réalité, si Frazer s'est trompé aussi lourdement, la faute
n'en est pas à la chimie. Cet amateur n'a fait que tomber, une
fois de plus, dans l'erreur familière à la plupart des archéolo-
1. Journal of tbe Soc. of an tiqtiaries of Ireland, 1897, p. 55.
2. Sur ces attaques, voir Revue Celtique, 1897, p. 354.
3. Revue Celtique, 1898, p. 94.
84 Salomon Reinach.
gués irlandais, erreur avec laquelle le plus éminent d'entre
eux, M. Coffey, n'a pas encore tout à fait rompu, témoin sa
tentative récente pour identifier le cairn de Knockmanny, an-
térieur à Tan 1500 avant J.-C, avec le tombeau de Baine,
morte en m après notre ère^ Cette erreur vient de l'influence
tenace qu'exerce sur les érudits de ce pays la lecture des An-
nales des Quatre Maîtres, avec leurs mythes evhémérisés et leur
chronologie fictive. Un des caractères les plus fâcheux de cette
compilation pseudo-historique, c'est qu'elle met des monu-
ments très anciens en relation avec des personnages ayant
vécu aux premiers siècles de l'ère chrétienne 2, Ceux qui la
prennent au sérieux en arrivent à placer l'érection des dol-
mens vers la fin de l'époque impériale et à refuser à l'Irlande
toute civilisation matérielle antérieure à ses premiers contacts
avec le monde romain. Ceux mêmes qui ne vont pas aussi
loin ne peuvent se défendre du préjugé scolastique suivant le-
quel les peuples, qualifiés de barbares par les Anciens, ont
véritablement mérité ce nom — les uns, jusqu'à la conquête
romaine, les autres, jusqu'au triomphe du christianisme. Au
Heu d'en croire, sur l'Irlande, les monuments découverts dans
ce pays, ils en croient Strabon, qui n'y était pas allé. Or, il
est permis de poser en principe que, lorsque les textes et les
monuments sont en désaccord, c'est le témoignage de ceux-ci
qu'on doit préférer.
Il serait cependant bien temps de reconnaître qu'un pays
comme l'Irlande, séparé par quelques heures de mer seulement
de la Grande-Bretagne qui, elle-même, est en vue des côtes
1. Roval Soc. of aiitiq. of Irclivid, 1898, p. ni. M. CofFey, d'ailleurs,
n'est pas dupe de cette chronologie ; on dirait qu'il se contente de saluer,
en passant, un préjugé national.
2. Frazer, hc. laiul., p. 54 : « Le port des lunules par les femmes est
mentionné de bonne heure dans le Livre de Leinster. Au festin de Teamair,
le voleur Gorman déroba le diadème d'or de la reine... Le nom du roi était
Cathair-Mor, qui fut tué en 177 ap. J.-C. La même histoire se trouve dans
les livres de Ballvmote et de Lecan, de sorte qu'on peut dire qu'elle s'est
transmise pendant dix siècles avant que le plus ancien de ces livres n'ait été
rédigé. » D'abord, il faudrait prouver que les lunules sont des diadèmes ;
puis, que Cathair Mor est un personnage historique; enfin, que la date as-
signée à sa mort repose sur une donnée positive quelconque. Frazer n'a pas
songé à tout cela.
Les Croissants d'or irUunhiis. S)
celtiques, n'a pu présenter une évolution industrielle toute
différente de celle de l'Europe occidentale et de l'Europe du
Nord ^ Entraînée dans le même mouvement, elle a connu suc-
cessivement les époques de la pierre polie, du cuivre, du
bronze et du fer; à chacune de ces époques correspondent des
types et un style décoratif qui ne sont pas identiques à ceux
des périodes correspondantes dans telle ou telle région de l'Eu-
rope — car l'Irlande avait une industrie indigène — mais qui
présentent avec ceux-ci une incontestable affinité.
Il y a une trentaine d'années, on pouvait encore admettre
que les pays éloignés de la Méditerranée avaient toujours été
en retard de cinq ou six siècles sur les pays méditerranéens —
que, par exemple, les Gaulois du temps de César se servaient
encore d'épées de bronze, comme le croyaient Quicherat et
Mérimée-, comme l'affirmait tout récemment M. de Cham-
peaux3. On supposait que l'âge du fer, dont le règne com-
mence vers l'an 800 av. J.-C. dans l'Europe méridionale,
n'avait débuté, en Scandinavie, que vers l'époque de l'ère
chrétienne. Telle était encore l'opinion de Worsaae, dont
M. Bertrand se faisait l'écho en 18754: « De quelque point
de l'Asie que nous soit venu ce progrès (la métallurgie), il est
incontestable, aujourd'hui, qu'il part de là. Une autre vérité
non moins évidente est l'inégalité profonde existant, suivant
les pays, dans la marche en Europe du mouvement qui pro-
duisit ces transformations. Le fer^ que les Egyptiens possé-
1 . M. Coffey, bien qu'entretenant des idées très erronées sur le com-
merce des Phéniciens dans l'Atlantique, a eu parfaitement raison d'écrire
(prigi)is of prehist. ornanieiit, p. 39) : « On admet généralement que l'Irlande
étant plus éloignée du continent que la Bretagne, les périodes correspon-
dantes ont été plus tardives en Irlande et la civilisation plus grossière. Je
ne crois pas que ces conclusions soient justifiées... Les monuments attestent
que la civilisation de l'Irlande à l'âge de bronze était, pour le moins, aussi
développée que celle de la Bretagne. » J'ajoute qu'une comparaison de la
céramique irlandaise primitive avec celle de l'île de Bretagne, telle qu'on
peut la faire aisément au Musée Britannique, c'émontre absolument la supc-
riorilé de l'art irlandais sur l'art breton pendant toute la durée de l'âge du
bronze. L'observation en a déjà été faite par Greenwell, British Barrows,
p. 62.
2. Cf. Revue archcoL, 1899, I, p. 213.
3. Article Bronze de la Grande Encyclopédie, p. 138.
4. A. Bertrand, Aiclicol. celtigne et gauloise, 2^ éd., p. 58.
86 Salomon Reinach.
daient 3500 ans au moins avant notre ère, ne pénètre en
Grèce qu'au xV siècle avant J.-C, en Italie, suivant toute
probabilité, qu'au xii% au vii^ seulement en Gaule. Il faut at-
tendre l'ère chrétienne pour le rencontrer en Danemark et en Suéde. »
Peu après les découvertes de Schliemann à Mycènes, on com-
mença à réagir contre ces erreurs. En 1882, Igvald Undset
émit l'opinion que le fer avait pénétré en Scandinavie au cours
du deuxième âge du fer européen (époque de La Tène) ^
M. Montelius, adversaire résolu de la théorie du retard, qu'il
a plus contribué que tout autre à bannir de la science, alla
plus loin qu'Undset et affirma que l'âge du fer Scandinave était
contemporain de la fin du premier âge du fer dans l'Europe
centrale (environs de l'an 500 av. J.-C.)-. Peut-être est-il pos-
sible de le reculer encore 3. Assurément, il n'y a pas synchro-
nisme absolu entre les étapes de l'évolution industrielle d'un
bout de l'Europe à l'autre ; mais, si l'on met à part le domaine
scythique (à l'est de la ligne du commerce de l'ambre), on
peut affirmer qu'il ne s'est pas passé plus de deux ou trois siè-
cles entre l'époque où les épées de bronze ont cessé d'être em-
ployées en Irlande, en Gaule, en Scandinavie en Hongrie et en
Grèce. Le commerce de l'ambre, celui des métaux précieux et de
l'étain, sans parler de la piraterie et du trafic des esclaves, ont,
depuis l'antiquité la plus haute, créé des relations entre ces diffé-
rentes régions de l'Europe, à tel point qu'un progrès essentiel
accompli dans l'une d'elles devait nécessairement avoir sa réper-
cussion dans les autres et y susciter des imitations.
En Scandinavie, la démonstration de ce qu'on peut appeler
— par opposition à la théorie du retard — le synchronisme
industriel, est dû aux fouilles de Vedel dans l'île de Bornholm^.
Ces fouilles, portant sur des milliers de tombes, ont établi
qu'à une époque où il n'est pas encore question d'importations
romaines en Scandinavie, ce pays possédait déjà des objets de
1. I. Undset, Das erste Aiiftrelen des Eiseiis, p. 588.
2. Montelius-Reinach, Temps prcbist. de la Suède, p. 145.
3 . Il ne faut pas oublier que le premier âge du fer en Europe (époque
de Hallstatt) est moins un âge du fer que le passage de l'âge du bronze à
l'âge du fer.
4. Mnu. de la Soc. des Antiquaires dit Nord, 1872, 1878-79, 1890.
Les Croissants d'or uiainiais.
S7
fer tout à fait comparables à ceux qui caractérisent, dans l'Eu-
rope centrale et occidentale, l'époque dite de La Téne, dont
l'évolution était déjà très avancée en Gaule au moment de la
conquête romaine. Depuis les fouilles de Vedel, on a constaté
la présence d'objets du type de La Tène au Jutland et à
Fionie' ; il est donc inadmissible que l'île de Bornholm ait joui
d'une civilisation qui serait restée inconnue des pays voisins.
L'étude des relations préhistoriques de l'Irlande avec les
autres régions de l'Europe est une des tâches essentielles qui
FlG. 9.
Pointe de flèche irlandaise-.
FiG. 10.
Pointe de tléche portugaise'*.
incombent aujourd'hui aux archéologues 4. Trois résultats de
la plus haute importance peuvent déjà être tenus pour acquis.
1° A l'époque de la pierre polie, on trouve en Irlande des
pointes de flèche en silex, en forme de losanges, polies sur les
deux j aces et retouchées très adroitement sur les bords (fig. 9).
1 . Mèm. de la Soc. des Antiquaires du Nord, 1890, p. 171.
2. Wakeman, Handhook, p. 270; Wilde, Catalogue, fig. 27.
3. Cattailhac, Ages préhistoriques de l'Espagne et du Portui;al, fig. 86; cf.
fig. 87, 88, 90.
4. On trouvera beaucoup d'indications à cet égard dans l'ouvrage érudit,
mais sans critique, de Borlase, The dolmens of Ireland (voir notamment
t. II, p. )25, 674, 686).
88 Salonion Kc'nuch.
Des pointes similaires se rencontrent au Portugal, mais ne se
sont, jusqu'à présent, rencontrées que là et en Irlande (fig. lo)^
Les gravures ci-jointes permettront de saisir l'identité technique
de ces objets, qui ne peut pas être due au hasard. Cette identité
est confirmée par une autre observation. Le Portugal a fourni
des objets en ardoise, de destination inconnue, ornés de des-
FiG. li. — Pendeloque portugaise en ardoise.
sins au trait parmi lesquels domine le triangle et qui offrent
une ressemblance frappante avec les hachts en bronze ornées
de l'Irlande que nous avons signalées plus haut (fig. ii)-.
Enfin, si l'on compare les dolmens de l'Irlande avec ceux de
l'Allemagne et de la Scandinavie, d'une part, ceux du Portugal
1. Evans, Ancient slone implcmenls of Grcat Brilain, l'^éà (1897), p. 372:
« The class haviiig botb faces polished, though slill only chipped at the edges, like
Wilde fig. 2/, lias not,except in Portugal, as yet occiirred ont of Iieland. » Une
belle pointe irlandaise de ce genre a été publiée par M. Knowles, Journ. of
the roy. Soc. of antiquaries of Iielniid, 1897, p- I5-
2. Plaques d'ardoise de la Casa de Moura, Cartailhac, Ages prèhist. de
s'Esp. et du Portugal, fig. 96, 97, 100, lOi ; Vasconcellos, Religioes da Lu-
litauia, t. I, fig. 24, 25, 26. M. Cartailhac a déjà rapproché de ces ardoises
une hache ornée conservée à Sorèze (Tarn) et que l'on croit de provenance
irlandaise. Voir aussi \Vilde, p. 590, 591.
Les Croissants d'or irlandais. 89
et de l'Espagne, de l'autre, on reconnaîtra qu'ils présentent
(voir leur profil en tronc de pyramide) une indéniable analogie
avec ces derniers, et avec cqs derniers seulement. Ces faits
viennent à l'appui d'une tradition à laquelle on aurait tort de
refuser toute valeur historique, d'après laquelle une partie de
la population primitive de l'Irlande serait venue du pays du
Couchant, c'est-à-dire de l'Espagne ^ Le fait de relations sui-
vies entre la péninsule ibérique et l'Irlande semble aussi être
indiqué par la croyance des anciens que l'Irlande était située
entre la Bretagne et l'Espagne (Hibernia niedio inter Britan-
niûiii atque Hispaniain sita, Tacite, Agrîc, xxiv). C'est
donc qu'il existait une navigation directe entre l'Espagne
et l'Irlande, comme entre l'Espagne et les îles Cassitérides ; cqs
deux routes commerciales n'étaient pas seulement connexes,
mais elles se confondaient pendant la plus grande partie de
leur parcours.
2° Les relations de l'Irlande avec le monde Scandinave sont
nettement attestées dés le début de l'époque des métaux, que
Ton peut placer au moins quinze siècles avant l'ère chrétienne.
En effet, si l'on rapproche, avec M. Coffey-, les spirales
incisées au marteau sur les pierres de New-Grange, de Lough
Crew, de Dowth, etc., des ornements analogues gravés sur
des objets Scandinaves datant du début de l'âge du bronze, on
devra, d'abord, convenir qu'il y a eu emprunt. Mais l'emprunt
ne peut avoir été fait par la Scandinavie à l'Irlande, car, dans
cette île, les spirales, inconnues sur les objets métalliques, se
1 . « D'après la tradition indigène, qui peut fort bien contenir un grain
de vérité, la dernière immigration en Irlande, celle des Mac-Miled (Milé-
siens) était partie de l'Espagne. » (W\nd\sch, an. Kettisclje Spracbeu, p. 139).
Cf. Nennius, Hist. Brit., § 1 3 : £/ poslea vcnerunt très filii cujusdain militis
Hispanki... apud illos. On ne doit pas oublier que Tacite attribue une origine
ibérique aux Silures de la côte ouest de Bretagne (Agric, xi), de même
qu'il considère les Calédoniens comme des Germains (ibiii.) Bien qu'il
n'allègue, à l'appui de son opinion, que des arguments d'ordre anthropolo-
gique (colorati viitlif;, rutilât; comae, iiiagui artiis), on n'a pas le droit de
supposer qu'il n'en eût pas d'autres. Des relations commerciales très an-
ciennes entre la Calédonie et le pays de l'ambre sont vraisemblables; quant
à celles de l'Espagne avec la région stannifère de la Bretagne, elles sont à
peu près certaines (cf. mon article sur le commerce de l'étain dans ÏAn-
ttiropologic, 1899, p. 397).
2. Joiirii. cf llk' Soc. of aiitiq. oj Irclaïul, 1897, p. 42.
90 Salomon Reiiuich.
trouvent seulement sur des monuments de pierre, où il est
beaucoup plus facile de les graver ^ M. Coffey a dressé, pour
l'Irlande et la Grande-Bretagne, la carte des monuments de
pierre avec spirales 2; il semble avoir ainsi mis en évidence,
de la fliçon la plus certaine, que l'influence s'est exercée de
l'est vers l'ouest, et non inversement'.
3° A la même époque, des relations se sont établies entre
rirl ande et notre Armorique. Elles sont attestées par la simili-
tude, depuis longtemps constatée, entre la décoration des
pierres de New-Grange et celles du monument de Gavr'inis
dans le golfe du Morbihan-^, Ces pierres de Gavr'inis, avec
leurs trois ornements en spirale et leurs nombreux demi-cercles
concentriques creusés dans le granit, sont tout à fait isolées en
Gaule, où la spirale préhistorique ne paraît jamais 5, de même
qu'elle ne paraît jamais, du moins à l'âge du bronze, dans le
reste de l'Europe, à l'ouest de la ligne suivie par le commerce
1 . Coffev, Origiiis oj prehist. oriia)iietit,p. 89.
2. Ibid-, p. 112. — Les pierres à spirales se trouvent presque exclusi-
vement sur la côte nord-est de l'Irlande et sur la côte ouest de l'Angleterre ;
il n'v en a pas un seul exemple ni dans le sud de l'Irlande, ni dans le sud de
lAngleterre, mais on en trouve aux Orkneys. M. Coffey croit que la spi-
rale fut apportée de Scandinavie dans le nord de l'Irlande et passa de là sur
la côte opposée de Grande-Bretagne. Avant lui, on admettait qu'elle avait
passé de Gaule en Bretagne avec les Belges et de Bretagne en Irlande
(Evans, Journ. of Hell. Slitdies, t. XIV, p. 327).
3 . Il est possible et même probable que l'ambre, très fréquent en Irlande,
a été importé de la Baltique à l'âge du bronze (Coffev, p. 67); mais l'exis-
tjnce d'ambre indigène sur la côte orientale delà Grande Bretagne empêche
d'être affirmatif à cet égard (ibid., p. 65). — Je ne m'occupe pas ici des in-
fluences irlandaises en Scandinavie au moyen âge. Il suffit de rappeler que
les nécropoles de l'ile de Bornholm présentent, pendant environ deux siècles
(700-900 après J.-C), des bijoux de style irlandais (Mciii. Soc. Antiq. du
Word, 1890, p. Il) et que ce style caractérise un grand nombre de monu-
ments recueillis à Gotland (Montelius-Reinach, Temps prehist. de la Suède,
fig. 404-406, p. 291).
4. Voir le mémoire de M. Coffe\-, Ou the tiiinuU and iuscribed stoues al
Xeiv-G range, etc., dans les Transactions of ihe roy. Irish Acad., vol. XXX
(1892), dont les planches sont la première publication exacte des gravures
de New-Grange. Celles de Gavr'inis ont été bien reproduites dans le Dic-
tionnaire archéologique de la Gaule; il en existe des moulages à Saint-Germain.
5. M. Paul du Chàtellier a publié en 1898, dans le Bulletin archéol. du
Comité des trav. hist. (pi. XV et XVI), une grosse pierre trouvée à Kermaria
(Finistère), où figurent une croix gammée et des spirales. Ce bétyle, jus-
qu'à présent unique, ne semble pas antérieur à l'âge du fer. La croix
gammée ne parait jamais sur les monuments mégalithiques.
Les Croissants d'or irlandais. 91
mycénien de l'ambre, c'est-à-dire dans la vallée du Rhin, en
Gaule, en Bretagne et dans l'Italie du Nord^
Comme l'a démontré M. Montelius, c'est ce commerce qui
a fait parvenir, dans l'Europe du nord, le motif de la spirale,
ainsi que d'autres types décoratifs- — d'où l'erreur de certains
archéologues qui, trouvant un caractère Scandinave aux objets
d'or découverts par Schliemann à Mycènes, ont pensé qu'ils
avaient appartenu à des peuples du Nord, au moment des
grandes invasions du iv^ au y" siècle ap. J.-C. De Scandinavie,
la spirale passa en Irlande et de là en Armorique, mais sur un
point seulement. Que l'Irlande ait, à cet égard, la priorité sur
la Gaule, c'est ce qui ne ressort pas seulement de l'isolement
de Gavr'inis dans l'histoire de l'ornementation en Gaule, mais
du fait que les décorations du monument armoricain, compa-
rées à celles de New-Grange, attestent une évidente décadence;
les spirales y sont rares, alors que les cercles concentriques sont
très nombreux. Or, il y a longtemps que les archéologues ont
démontré que les cercles concentriques peuvent être des spirales
dégénérées (debased spirals) 3, le dernier terme d'une évolution
dont les deux premiers sont la spirale vraie et la fausse spirale
(composée de cercles réunis par des tangentes rectilignes).
1 . Montelius-Reinach, Temps pichist. de la Suède, p. 62.
2. Aux archéologues toujours prompts à répondre que les motifs d'orne-
mentation ne prouvent rien, avant pu être découverts indépendamment sur
différents points (ce qui est vrai en principe), on peut recommander ces ré-
flexions très sensées de M. Sophus Mùller (Kordische Alterthumshinde, t. I
[1897], p. 296): «Assurément, nous connaissons des spirales de l'Amérique
et de la Nouvelle-Zélande, pays si éloignés qu'on ne peut admettre une
communication entre eux et les vieilles régions civilisées de la Méditerranée.
La spirale est un motif si simple qu'elle peut fort bien avoir été imaginée en
divers lieux et à diverses époques. Mais les ornements du nord et du sud de
lEurope que nous étudions ici présentent des analogies si étroites qu'il est
impossible qu'ils ne soient pas apparentés. Ils sont reliés entre eux géogra-
phiquement, car il n'existe pas de vaste région intermédiaire oii la spirale
manque ; ils sont reliés chronologiquement, car ils remontent partout au delà
de l'an 1000 avant J.-C. ; la ressemblance dans les détails et dans la com-
position est trop grande pour être accidentelle et, enfin, l'ornementation spi-
raliforme, partout où on la rencontre, depuis la Grèce jusqu'en Scandinavie,
appartient à une civilisation du bronze uniforme dans ses éléments essen-
tiels. L'analogie doit donc être expliquée par un lien de parenté. »
3. La question a été très bien exposée par M. Coffey, Origins of prebis-
toric ornament, p. 27 et suiv. Les cercles concentriques, très rares dans la
décoration égyptienne, dominent, au contraire, dans celle de l'art européen.
92 Salomon Rcirach.
Si, comme tout pnniit l'indiquer, le monument du rocher de
Gavr'inis est irlandais, il est difficile de ne pas admettre que,
vers l'an 1400 avant J.-C, il existait déjà une marine irlan-
daise puissante, des navires de haute mer montés par des pi-
rates qui venaient occuper des îlots sur les côtes armoricaines,
comme les Normands, au ix"^ siècle, occupaient les iles de la
Seine. En général, rien n'est plus loin de la vérité que l'idée
très répandue d'après laquelle la navigation au long cours au-
rait été, dans l'Europe occidentale, le monopole d'armateurs
phéniciens. Les relations directes entre Tarressos (Gadès) —
qui était un port ibère avant d'être un comptoir phénicien —
et les îles Cassitérides, ne sont pas contestables ^ ; l'existence
de nombreux dolmens dans les îles des côtes de la France et
de l'Angleterre prouve qu'elles étaient fréquentées par les navi-
gateurs dès l'époque de la pierre polie ; la flotte de gros navires
que César eut à combattre chez les Vénètes ^ atteste, chez ces
peuples, un développement plusieurs fois séculaire de l'art
naval et des constructions qu'il comporte. Enfin, les gravures
respestres de la Suède méridionale et les bronzes découverts
dans ce pays > présentent un grand nombre d'images de ba-
teaux, et des images analogues, quoique plus grossières, qui
paraissent répondre à des types d'embarcation identiques, ont
été constatées tant en Irlande (à Do\vth)4 que sur des pierres
de dolmens armoricains >.
Les relations directes entre l'L'lande et l'ouest de la Gaule
semblent avoir persisté jusqu'au moyen fige. Ainsi, vers la fin
du vi^ siècle, il est question, dans la Vie de saint Colomhan,
d'un navire nantais qui commerçait avec l'Irlande {ciuae vexerat
1. Cf. L'Anthropologie, 1899, p. 397.
2. César, De bello gallico, III, 8.
3 . Gravures rupestres ap. Montélius-Reinach, Temps prehisl. de la Suède,
fig. 145, 146, n2, 153, 154, 155; bronzes, ibid., fig. 176; Worsaae, jVw-
diske Oldsager, p. 36; Bertrand, Archcol. ceît. et gaul., 2« éd., p. xix.
4. Cofïey, Shipficrure at Dovjth, dans les Proceediiigs of the royal Irish Aca-
deiiiy, 1897, p. 386. Un modèle en or d'un bateau irlandais primitif a été
découvert en 1896 (Arcbaeologia, t. LV, p. 399).
5. Coffev, Traus. roy. Irish Academy, t. XXX, p. 34, auquel appartient
la priorité de cette observation (1890). Elle a été reprise, sans mention du
travail de M. Coffev, dans la Revue mensuelle de l'Ecole d'Anthropologie, 1894,
p. 285.
Les Croissants d'or irlandais. 93
commercia cum Hibernia)^. C'est probablement à ces relations
avec la Gaule que Tacite fait allusion quand il dit que les
ports de l'Irlande sont familiers aux navigateurs et aux com-
merçants (aditus portusquc pcr conuncrcia et negotiatores cognitî)^.
Car le commerce maritime de l'Irlande avec le continent ne
pouvait avoir pour ports d'attache que ceux de l'Armorique, de
l'embouchure de la Loire et de la Vendée.
4° Si l'Irlande a reçu de Scandinavie le motif de la spirale
et, probablement aussi, de grandes quantités d'ambre, elle lui
a envoyé, en revanche, le produit de ses mines d'or. Cette as-
sertion, émise d'abord par M. Montelius, choque assurément
certaines idées préconçues, mais n'en est pas moins aussi digne
de créance que si elle s'appu3'ait sur un témoignage littéraire.
Il y a trente ans, Lindenschmit pouvait dire que les objets
d'or si nombreux en Irlande avaient tous été importés dans
l'île 3 et Morlot pouvait assigner une provenance ouralienne à
l'or du Mecklembourg et du Danemark, très fréquent parmi
les trouvailles de l'âge du bronze en ces pays 4. Renchérissant
sur ces assertions, M. Schrader a conclu du mot irlandais or,
cymr. awr, latin aiirnm pour *ausui)i, que le mot et la chose
avaient été transmis d'Italie en pays celtique postérieurement
au phénomène du rhotacisme latin, c'est-à-dire vers le iv^ siècle
avant J.-C. '> ; comme si le terme latin n'avait pas pu, à
l'époque impériale, prendre la place d'un mot indigène !
M. Ridgeway a fait justement observer, à ce propos, que l'or
se dit en albanais ^V^?' (.^^ ^'^^'^ '^^^ florins de Florence) ; en
raisonnant comme M. Schrader, on conclurait que l'or n'a été
connu en Albanie que lors de la prospérité commerciale de
Florence au moyen âge*^! L'archéologie permet de réduire à
néant toutes les hypothèses sur la pénétration tardive de l'or
dans le nord-ouest de l'Europe. Elle nous montre des objets
1. Cofïey, Origins of prchist. oriiainciit, p. 44.
2. Tacite, Agricola, XXIV.
5. Lindenschmit, Alterthûmer unscrer hcidu. Forieil, t. III, \,Bcilage,
p. 20 et 21.
4 Morlot, Mém. de la Soc. des Antiq. du Nord, 1866, p. 29.
5 Schrader, Sprachvergleichung und Urgeschichte, 2^ éd. (1890), p. 254.
6 Ridgeway, Origin oj mctallic ciirrency, p. 61.
94 Salomon Reinach.
en or dans les sépultures néolithiques de la Gaule et de la Bre-
tagne, comme dans les stations lacustres de la Suisse, à une
époque antérieure de plus de dix siècles à la fondation de
Rome. Elle nous apprend que ces objets ne sont jamais des
imitations de modèles romains, mais que leur décoration est
toujours celle des bronzes et de la poterie indigènes, longtemps
avant qu'il puisse être question de l'influence de l'Etrurie sur
les pays transalpins. Le fait que de l'or irlandais a été importé
en Scandinavie peut d'ailleurs être établi avec précision. Les
pays Scandinaves ont fourni des objets d'or de type irlandais,
alors que l'Irlande n'a pas donné d'objets d'or de type Scandi-
nave. Cela démontre, sans conteste, que de l'or ouvré a été
exporté d'Irlande en pays Scandinave et que le mouvement
inverse ne s'est pas produit. Si les imitations des objets im-
portés sont rares, c'est que la Scandinavie possédait une in-
dustrie développée, un goût propre ; les bijoux qu'elle acqué-
rait, soit par le commerce, soit par des expéditions guerrières,
étaient généralement fondus et transformés suivant le goût des
indigènes, comme l'ont été, plus tard, dans le même pays, les
grandes quantités d'or romain dont les peuples du Nord se
sont emparés. D'un autre côté, les objets en or découverts en
Danemark et en Suède et remontant à l'époque du bronze
sont tellement nombreux que l'or indigène — d'ailleurs très
rare en Scandinavie — n'a pu en fournir la matière ; et si l'on
allègue, avec Morlot, que cet or venait de l'Oural, il faut ré-
pondre qu'il n'y a aucune trace de relations anciennes entre
la Scandinavie et la région ouralienne. Ces relations auraient
nécessairement porté sur d'autres objets d'échange et les pro-
duits de l'âge du bronze ouralien ressembleraient à ceux de l'âge
du bronze Scandinave ; or, on ne constate entre ces deux séries
aucun rapport. Cela dit, il est inutile d'insister sur les ana-
lyses de l'or Scandinave qu'a rapportées M. MonteUus ; il suffit
de dire qu'il s'y trouve, comme dans l'or natif irlandais, de
l'argent et des traces de platine. Mais l'argument tiré des types
industriels est beaucoup plus concluante
5° Enfin, les rapports commerciaux de l'Irlande avec les
I. C'est aussi l'avis de M. Cofïey, TheOn'gins, p. 64.
Les Croissants d'or irlandais. 95
côtes occidentales de la France (et non pas seulement l'Armo-
rique) sont établis, dès l'âge du bronze, par la découverte, faite
sur la rive française de l'Atlantique, de plusieurs croissants ir-
landais évidemment importés.
Ceci nous amène à parler de la distribution géographique
de ces objets. Frazer en a énuméré plus de 60, dont 32 a Du-
blin, II au Musée Britannique, 4 à Edimbourg, i à Belfast,
3 dans des collections privées anglaises, 9 signalés lors de
leur découverte et perdus depuis, 2 recueillis à Sélande et à
Fionie (au musée de Copenhague)', 4 découverts en France.
A cette liste je peux ajouter d'abord deux croissants conservés
au musée de Liverpool, où j'ai eu récemment l'occasion de
les voir; puis deux autres exemplaires, restés inconnus de
M. Frazer, qui ont été exhumés en France. Il a cité, à la vé-
rité, celui de Saint-Potan (Côtes-du-Nord), appartenant à
M. Paul du Chatellier à Kernuz - et trois croissants disparus
découverts dans le Cotentin, à Tourlaville et à Valognes, qui
furent fondus presque aussitôt après ; mais il n'a pas rappelé
un « quartier de lune en or » découvert en 1759 dans l'étang
de Nesmy (Vendée) et un objet analogue trouvé à Bourneau
(Vendée) en 1833 5.
Les croissants irlandais doivent être considérés comme des
colliers ou des hausse-col. Frazer, après d'autres, a eu l'idée
d'y voir des diadèmes et de les assimiler aux ornements de ce
genre qui ornent la tète des impératrices romaines sur les
monnaies 4. Mais la forme seule des extrémités suffit à con-
damner cette explication ; si ces croissants avaient servi de
diadèmes, ils devraient s'évaser obliquement vers la nuque, au
lieu de présenter, sur leurs deux bords, une courbure uni-
forme. Le croissant de Valognes, connu seulement par la gra-
1 . Worsaae, Oldsager, fig. 249 et Arch. fur Anthrop., t. XIX, p. 9.
2. P. du Chatellier, Ornement de tête en or découvert à Saint-Potan, Van-
nes, 1892 M. de Chatellier déclare cet objet « antérieur à la conquête cer-
tainement, et, sinon de l'époque du bronze, tout au moins de l'époque gau-
loise » (p. 7).
5. Cf. Revue archéoL, 1879, II, p. 255.
4. Cette hypothèse a déjà été examinée par Wilde, Catalogne, GoJd,
p. 12, qui a fait valoir, mais sans les accepter, les arguments qu'on retrouve
dans le mémoire de Frazer.
c)6 Siflomon Reinach.
vure de Caumont^, fournit un détail essentiel qui ne doit pas
être perdu de vue. Un des coins se termine par un crochet,
alors que la corne opposée est munie d'une chaînette. Frappé
de cette particularité, M. Paul du Chatellier a émis l'opinion
que les croissants étaient faits pour s'agrafer sur la tête des
femmes et sous leur chignon, lequel passait à travers la partie
évidée. Mais M. Cartailhac^ a justement objecté que les extré-
mités, seules décorées avec soin, auraient été, dans cette hypo-
thèse, absolument invisibles. La présence d'un crochet et
FiG. 12. — Croissant d'or découvert à Valognes.
d'une chaînette s'exphquent, au contraire, fort bien, s'il s'agit
d'un gorgerin ou d'un hausse-col. C'est le nom qu'ont donné
à ces objets les premiers antiquaires français qui s'en soient oc-
cupés, Millin et Gosselin, et nous croyons qu'il faut le con-
server. Si l'ouverture est parfois très petite, c'est que les bi-
joux de ce genre pouvaient être portés par des enfants. D'ail-
leurs, dans la plupart d'entre eux, elle est assez large pour
qu'un col de femme puisse aisément s'en accommoder 5.
Ainsi, longtemps avant l'époque où les légions romaines et
les armées des princes grecs d'Asie s'étonnaient du luxe des
1. Reproduite eiî dernier lieu dans V Anthropologie, t. V, p. 206.
2. Ibid.
3 . Andersen, Scothnd in pagan tini^s, t. I, p. 222 : « The central opening
is large enoiigh ta admit ofthe ornament heing ivorn eithr on the head as a dia-
dem, or on the ueck as agorget. » Mortiilet, en 1867 (Matériaux, II, p. 334),
se demandait aussi s'il fallait voir dans ces croissants des diadèmes ou des
hausse-col.
Les Croissants d'or irlandais. 97
torques d'or portés par les Gaulois, une mode analogue exis-
tait en Irlande. Mais dans cette île, comme parmi les tribus
gauloises du second âge du fer en Champagne, les colliers
étaient exclusivement réservés aux femmes. Si, à une époque
postérieure, le torques est devenu aussi un ornement des guer-
riers, cela tient peut-être à l'influence exercée, sur les Gaulois
de la Cisalpine, par les Etrusques, dont le goût pour les pa-
rures du cou est attesté par les monuments ^
(A suivre.)
Salomon Reinach.
MÉLANGES
I.
L'ORIENTATION CELTIQUE A L'ILE DE SEIN.
L'orientation celtique (et indo-européenne) qui consiste à se
placer en face du soleil levant et a pour conséquence de mettre
le nord à gauche de l'observateur et le sud à sa droite, paraissait
avoir totalement disparu de Bretagne. On vient d'en retrouver
trace à l'ile de Sein. Un de nos étudiants, M. Francès, natif
de Beuzec-Cap-Sizun, que j'avais prié de faire des recherches
à ce sujet, m'écrit que la mer au nord de l'île de Sein s'appelle
couramment ar mor glei, et la mer au sud de l'île, ar mor
dcoii (dew).
J. LOTH.
IL
LE MOT REGES EN GALLOIS-MOYEN :
SOUVENIR. DE LA CRÉMATION?
Ce mot n'a pas encore été signalé en gallois. Il est connu
I . « On peut dire du collier que c'est le bijou étrusque par excellence
presque tout le monde en avait, les hommes, les enfants, aussi bien que les
femmes. « (Martha, L'Art étrusque, p. 571).
Rome Celtique, T^. 7
9S Mélanges.
en breton înoyen Q'egiic::;^, braise) et en irlandais richess, où il a
le sens également de charbons ardents (Windisch, Irische Texte,
p. 740). Le comique regihten, s'il est sincère, a une autre for-
mation. J'ai retrouvé regcs dans trois passages avec un sens des
plus intéressants : il désigne clairement les cendres des morts
dans deux des passages ; dans le troisième, il a un sens ma-
tériel analogue à celui du breton et de l'irlandais. En parlant
de la mort de Cadwallawn ab Madawc, prince qui vivait à la
fin du xii^ siècle, le poète C^'nddehv nous dit {Myv. arch.,
160, i) :
Oet balch y ragor kyn noe reges
« Fièrc était son avance avant sa réduction en cendres (mot à mot, avant
sa braise). »
Dans un poème du Livre de Taliessin, fliisant des vœux
pour que les desseins des Kechmyn Dauct (les Danois, vraisem-
blablement) échouent contre les Kymry et les Saxons, le poète
s'écrie :
Poet kynt eu reges yn alltuded
no mynet Kymry yn diffroed ' .
« Qu'ils soient réduits en cendres en pays étrangers avant que les Kymry
ne deviennent un peuple sans énergie ' . »
Dans le même livre, en parlant des peines qui attendent les
pécheurs le jour du jugement, le poète appelle ce jour :
Diffurn 2 dyd reges.
Le sens est certain. Il est évident que regcs dont le sens ma-
tériel est braise, charbons ardents, a désigné la crémation des
morts ou son résultat, la réduction d'abord en cendres brû-
lantes, puis simplement les cendres des niorts. Il y a là vrai-
semblablement un souvenir de l'époque où on brûlait les
corps des morts.
J. LOTH.
1. Skene, Four aiic. hool;s, II, p. 125, vers 4. Le sens de diffrocâd n'est
pas certain.
2. Skene, Ane. h., II, p. 119, v. 27. Le sens de difftirn est incertain. Il
n'est pas vrai, comme l'avance Silvan Evans, que ce soit l'équivalent de
difurn.
BIBLIOGRAPHIE
Cours de Littérature Celticiue. Tome VI. La civilisation des
Celtes et celle de l'épopée homérique, par H. d'Arbois de Ju-
BAiNViLLE, membre de l'Institut. — Paris, Fontemoing, 1899, gr. in-8,
XV-418 p.
Il y a plus de dix-neuf siècles, Diodore de Sicile signalait
la similitude de certains usages des Celtes avec quelques cou-
tumes de la Grèce homérique. Cette similitude, à vrai dire, n'a
rien qui doive nous surprendre. Sans doute les contrées occu-
pées par les Grecs contemporains de l'auteur ou des auteurs
de VIliade et de VOdyssée étaient fort éloignées des pays où les
textes les plus anciens, ceux du x" siècle avant J.-C, placent
le domaine des populations celtiques. L'épopée homérique est,
d'un autre côté, séparée par un très long espace de temps du
III'' siècle avant notre ère, où pour la première fois nous trou-
vons des renseignements sur les mœurs des Celtes. Il n'en est
pas moins vrai que Grecs et Celtes appartiennent également
à la grande famille indo-européenne, et que les uns et les
autres ont dû conserver certaines croyances et certaines mœurs
communes à tous les peuples aryens à l'époque lointaine de
leur primitive unité. Il est vraisemblable aussi que du jour où
les Grecs et les Celtes ont cessé d'entretenir tout rapport et où
la civilisation de chacun de ces peuples s'est développée sépa-
rément, les sociétés grecque et celtique ont dû suivre dans
leur progrès une marche analogue et passer successivement
par des états voisins, sinon absolument identiques.
Quelles ressemblances et aussi quelles différences offrait la
100 Bibliographie.
civilisation des Celtes, telle que nous la connaissons par les au-
teurs de l'antiquité et par les plus vieux poèmes épiques de
l'Irlande, avec la civilisation grecque que nous révèlent l'Iliade
et VOdyssée, telle est la question que M. d'Arbois s'est posée
et à laquelle il répond.
Son livre est divisé en cinq chapitres. Le premier est con-
sacré à des observations préliminaires qui servent, en quelque
sorte, d'introduction à l'ouvrage.
Le second chapitre a pour titre : La société celtique et celle de
l'épopée homérique. M. d'Arbois y passe successivement en revue
les différentes classes qui formaient chacune de ces sociétés. Il
compare d'abord le rôle et l'importance respectifs des aèdes
grecs et des bardes celtes. Les aèdes jouissaient en Grèce d'une
grande considération. Certains d'entre eux obtinrent de pré-
cieuses marques d'estime. C'est ainsi qu'Agamemnon, partant
pour la guerre de Troie, confie à l'un d'eux la garde de Cly-
temnestre, et lorsque Ulysse, de retour à Ithaque, ensanglante
la salle où se donnait le festin des prétendants, il fait grâce de
la vie à l'aède Phèmios. Les bardes, au contraire, semblent
avoir été de petites gens, sortes de parasites des grands, dont
ils chantaient la gloire pour leur nourriture ou pour quelques
pièces de monnaie.
Aux devins des Grecs homériques correspondent les *ueletes
ou vates des Celtes. M. d'Arbois étudie les différents modes de
divination en usage chez les deux peuples, interprétation des
songes, observation du vol des oiseaux, des entrailles des vic-
times, enthousiasme prophétique. Les Irlandais connaissaient
encore un autre procédé de divination, r« incantation du bout
des os », dichetal do chennaib cnàime, qui n'a pas d'équivalent
en Grèce. Chez les Celtes comme chez les Grecs on voit les
femmes intervenir dans la divination. Dans V Odyssée Hélène
annonce le retour d'Ulysse dans sa patrie. Suivant Lampridius
une femme gauloise prédit la mort d'Alexandre Sévère, 235.
Le '.spîjç des Grecs a pour pendant chez les Celtes le druide.
A rencontre des bardes et des devins, celui-ci a un rôle des
plus importants et jouit d'une très grande considération. Il
s'occupe à 'la fois de l'interprétation de la nature et de philo-
sophie morale. On remet souvent à son arbitrage le jugement
Bibliographie. i';i
des procès publics ou privés. Son intervention est nécessaire
en Gaule pour tous les sacrifices. Il n'en est pas de même du
Upejç, qui est attaché à un temple et qui a pour seule fonction
le culte du dieu auquel ce temple est consacré. Les prêtres
grecs ne sont pas associés entre eux comme l'étaient les
druides. Ceux-ci forment une véritable corporation, sodaliciis
adstricti cousortiis, suivant l'expression de Timagène. M. d'Ar-
bois montre ici qu'il ne faudrait pas donner à ce texte de Ti-
magène une interprétation trop étroite et voir, comme certains
l'ont fait, dans la corporation druidique, l'origine du mona-
chisme si florissant en Irlande.
Après avoir comparé dans une étude approfondie l'impor-
tance et les attributions des aèdes, des devins et des prêtres
chez les Grecs et chez les Celtes, M. d'Arbois parcourt dans
une revue plus rapide les autres classes de la société, l'aristo-
cratie et la bourgeoisie, les artisans, les marchands et les soldats.
Il compare le rôle des mercenaires gaulois à celui des merce-
naires grecs; il montre que les marchands étaient tenus en
médiocre estime dans la Grèce homérique aussi bien que dans
le monde celtique, tandis qu'en Irlande comme en Grèce la
piraterie était fort en honneur.
Que M. d'Arbois nous permette ici une critique. Dans les
diff^érentes classes de la société qu'il a tour à tour étudiées, il
en est une qu'il nous eût été intéressant de connaître et dont il
ne dit rien.
Les Grecs de l'époque homérique, pas plus que les Celtes,
ne connaissaient le régime républicain. Les divers peuples qui
prennent part à la guerre de Troie, comme les peuplades gau-
loises dont César triompha, avaient à leur tête des chefs ou
rois. Quels rapports ces rois entretenaient-ils avec leurs sujets?
Quelle était leur puissance, en particulier chez les Celtes ? Etait-
elle absolue ? N'était-elle pas, au contraire, tenue en échec par
l'insubordination des grands ou du peuple ? M. d'Arbois ne
nous le dit pas. C'est une omission que nous voudrions le voir
réparer bientôt.
Le troisième chapitre du livre est consacré à la religion.
M. d'Arbois montre d'abord que « le caractère le plus saillant
de la religion des Celtes, celui qui la distingue le plus de la
10 2 Bibliographie.
religion homérique, c'est la foi à ki toute-puissance du ma-
gicien ». Tandis que la magie, absente de V Iliade, n'apparaît
qu'une seule fois dans VOdyssée, avec l'enchanteresse Circé,
déesse, tille du Soleil et petite-fille de l'Océan, on la rencontre
fréquemment dans la littérature épique de l'Irlande, et ceux
qui la pratiquent ne sont pas forcément des dieux. Tel est le
cas de Murgen, fils du fiJe Senchân Torpeist.
Mais cette importance plus grande que les Celtes ont donnée
à la magie ne les empêche pas d'avoir eu des conceptions re-
ligieuses à peu près identiques à celles des Grecs de l'époque
homérique. Les dieux celtiques et les dieux d'Homère ont
pour caractère commun l'anthropomorphisme. Ils ont femmes
et enfants ; ils ont des rapports sexuels avec les mortels, et un
homme peut être fils d'un dieu et d'une femme, d'une déesse
ou d'un homme. De cette idée viennent les noms propres cel-
tiques comme Camulo-genus « fils du dieu Camulos », Esu-
genus « fils d'Esus », etc. Mongân, roi d'Ulster, était fils de
Manannan mac Lir, le dieu marin.
Mais si les dieux des Celtes, comme ceux de l'épopée homé-
rique ont une forme humaine, ils se distinguent pourtant des
hommes. Ils leur sont supérieurs en taille et en force ; ils peu-
vent, quand ils le veulent, se rendre invisibles ; ils ont le
pouvoir de revêtir différentes formes animales, notamment
celles d'oiseaux. Pendant qu'Ulysse massacre les prétendants,
Athéna est perchée, sous forme d'hirondelle, sur une poutre
de la maison. La déesse Fand, et Liban, sa sœur, apparaissent
à Cùchulainn sous l'aspect de deux jolis oiseaux réunis par
une chaîne d'or. Les dieux celtiques ont enfin, aussi bien que
les dieux grecs, le privilège de l'immortalité.
Les Celtes et les Grecs contemporains d'Homère avaient
donc, on le voit, une conception identique de la divinité. Mais
les Celtes ont mieux conservé que les Grecs la croyance indo-
européenne d'après laquelle l'homme, après sa mort, reprend
un corps nouveau, double de son corps primitif, et mène dans
un autre monde une seconde vie, semblable à sa vie terrestre.
Cette cro3''ance indo-européenne s'est obscurcie chez les
Grecs, et la littérature homérique n'offre à ce sujet qu'un as-
semblage de conceptions qui se contredisent.
Bibliogiûphie. 103
On ne trouve pas dans la mythologie celtique la notion des
peines et des récompenses dans l'autre vie. Cette notion, au
contraire, apparaît à la fois dans Ylliade et dans VOdvssée.
Les Grecs incinèrent les morts, les Celtes les inhument,
mais chez les uns et les autres on retrouve l'usage des sacri-
fices humains. L'auteur montre ici que chez les deux peuples
l'idée première et la raison d'être de ces sacrifices est de donner
à la divinité des vies humaines en échange d'autres vies hu-
maines, et de sauver ainsi des existences plus précieuses que
celles des victimes qu'on immolait.
La dernière partie du chapitre m du livre de M. d'Arbois
traite des nombres auxquels Celtes et Grecs attachaient une in-
fluence mystérieuse, et en particulier des nombres trois, sept,
iit'iif, dou^e et cinqucDite. Nous n'insisterons pas sur l'étude que
l'auteur consacre à ces nombres. Elle nous entraînerait dans
de trop longs développements.
Le chapitre iv contient une étude comparative de la flimille
homérique et de la fiimille celtique. « La monogamie, dit
M. d'Arbois, est la base de la famille hellénique comme de la
famille celtique. » Cette monogamie n'exclut pas le concu-
binat, au sens français de ce mot ; le mari peut avoir pour
concubines ses femmes esclaves, mais les enfants que l'esclave
concubine a de son maître restent esclaves et n'ont pas droit à
la succession de leur père. La femme légitime doit être libre.
Elle est, en Irlande comme en Grèce, achetée à son père par
son mari. Elle reçoit du premier une dot, et de l'autre « des
présents qui peuvent avoir quelquefois assez d'importance
pour constituer ce qu'on appellera plus tard douaire en
français ».
Quant à la puissance paternelle, elle est entendue de deux
façons dans la littérature homérique : « l'une conforme au droit
romain et gaulois, qui fiit durer cette puissance autant que la
vie du père » ; l'autre, bien différente, d'après laquelle le fils,
à sa majorité, devient indépendant et est de plein droit éman-
cipé : c'est le système en usage dans le Pays de Galles.
Dans les dernières pages de ce chapitre M. d'Arbois étudie
la façon dont les Grecs et les Celtes concevaient la pudeur
féminine, et montre que d'une fiçon générale, les femmes
104 Bibliographie.
grecques étaient, à ce point de vue, bien supérieures aux
femmes des Celtes. C'est du moins ce qu'on peut conclure des
récits épiques de l'Irlande, et, d'après ces récits, supposer pour
la Gaule.
Le cinquième et dernier chapitre du livre traite de la guerre,
et en particulier de l'armement et du costume des soldats.
En Gaule et en Irlande, comme en Grèce, les guerriers com-
battent en char. Ce n'est que très tard que les Gaulois recon-
nurent la supériorité de l'équitation sur le char de guerre.
Mais le char de guerre celtique diffère du char grec. Sur ce
dernier, combattant et cocher se tenaient debout, tandis que
le char celtique était pourvu d'un banc à deux places, l'une
pour le guerrier, assis à gauche, l'autre pour le cocher, qui se
tenait à droite, comme dans l'Inde ancienne.
Le guerrier celte possède cinq armes : l'une défensive, le
bouclier, les quatre autres offensives : la pierre, la lance, l'épée,
la massue. Les Grecs se servaient de toutes ces armes. Ce-
pendant la massue semble avoir été moins employée chez eux
que chez les Celtes. Quant à l'arc, il était, en Gaule comme
en Grèce, une arme d'ordre inférieur, dont se servaient seuls
les soldats de condition infime, « comme le bâtard Teucros, ou
les traîtres et les lâches, comme Pandaros et Paris. »
Le guerrier celte porte les cheveux longs ; il en est de même
des guerriers grecs, y.apr,y.:;xôojvT£ç "Xyx'.zi. Le vêtement des
guerriers gaulois ressemble aussi beaucoup à celui des héros
d'Homère. Mais les Gaulois portent la culotte, braca, qui n'est
pas un vêtement homérique. Enfin le Grec de l'époque homé-
rique se rasait la moustache etlaissait pousser la barbe du men-
ton, tandis que le noble gaulois se rasait le menton et portait
longue la moustache.
Tel est, résumé dans ses grandes lignes, le travail de
M. d'Arbois. « La parenté entre Celte et Grec homérique »,
dit l'auteur dans sa conclusion, « tient sur certains points à
« une origine commune... Mais l'accord sur beaucoup de
« détails s'explique par les lois générales de l'esprit humain et
« par le degré de civilisation... Les Gaulois, pendant les trois
« siècles qui ont précédé notre ère, les Irlandais tels que nous
« les dépeint leur Httérature épique la plus ancienne... étaient
Dibliogrjphic. lo^
« à peu près au même degré de civilisation que les Grecs et les
« Trôyens de l'épopée homérique, environ huit cents ims
« avant J.-C. »
M. d'Arbois n'a pas épuisé son sujet. Toutes les questions
auxquelles il a touché ne sont pas traitées avec une égale abon-
dance de détails. Il n'en est pas moins vrai que son livre
pourra être consulté avec fruit par tous ceux qui voudront dé-
sormais s'occuper aussi bien de la civilisation grecque de
l'époque homérique que de la civilisation primitive des Celtes
de la Gaule ou de ceux de l'Irlande et de la Grande-Bretagne.
P. Le Nestour.
Post scriptuin. C'est le cas de signaler ici un lapsus calann dont je me suis
rendu coupable, p. 184 du livre dont M. Le Nestour vient de donner l'ana-
lyse. i\'j[j.ço-Xr,7:To; signifie, non pas « celui qu'une nymphe a quitté »,
mais « celui qu'une nvmphe a pris, que la nymphe » ou « les nymphes
possèdent. »
H. d'A. de J.
CHRONIQUE
SOMMAIRE: I. Mort de M. Allmer. — H. Promotions de MM. Gaidoz, J. Loth et
F. Lot. — 111. « La conquête de la Gaule •■, par M. Holmes. — IV. Publication
de la Société des textes irlandais, deux volumes dus à M. D. Hyde et G. Henderson.
— V. John Healy, Insiila sûnctorum et doctorum. — VI. Le livre du frère
Constantius. — VII. M. Flach et les origines de l'habitation en France. — VIII.
Gallia christiana novissima, t. I. — IX. Carîiilaires du chapitre de Sainte-Marie
d'Auch. — X. Recueil général des chartes intéressant le département de l'Indre,
vi'-xi" siècles. — XI. La désinence -au et -avus dans les noms de lieu de la
France du Nord. — XII. Histoire illustrée de la France, par de Caix et A. La-
croix. — XIII. L'église celtique indépendante de Rome. — XIV. Ossian and the
Ossianic Literature. — XV. King Arthur and his knights. — XVI. Les tumulus du
plateau de Ger. — XVII. M. Kuno Meyer dans les Otia Merseiana. — XVIIl. L'His-
toire de Bretagne de M. de La Borderie, t. III. — XIX. Suite de \' Altceltischer
Sprachschatz de M. A. Holder. — .XX. Le livre des Islandais du prêtre Ari, tra-
duction française par M. F. Wagner. — XXI. EtuJe — en hollandais — sur les
cités de la Gaule par M. S. Mûller Hzn. — XXII. Thèse où M. Ch. Andler traite de
l'influence exercée par les Irlandais sur les épopées germaniques. — XXUI. Le
Folklore du pays de Galles par M. J. Rhys. — XXIV. Les inscriptions antiques du
musée Calvet par M. K. Esperandieu. — XXV. Les œuvres de Morgan Llvvyd. —
XXVI. T. IX du Cours de littérature celtique. — XXVII. Festschrift offerte à
M. Whitley Stokes.
I.
Nous avons souvent parlé dans cette revue des publications de M. Allmer,
1 épigraphiste de Lyon, savant auquel les études celtiques doivent beaucoup,
grâce aux monuments inédits qu'il a publiés, et quoiqu'en philologie cel-
tique il ne fût pas tout à fait compétent. M. Allmer est mort à Lyon le
27 novembre dernier, à l'âge de 84 ans. « Plus que personne », a dit
M. Héron de Villefosse, « il a contribué par son activité, par son exemple,
« par sa doctrine, à entretenir le goût de notre archéologie nationale. Il en
« demeure un des plus illustres représentants. Ses amis, qui ont connu les
« difficultés et les chagrins de sa vie, savent avec quelle sérénité d'esprit et
(f quelle égalité d'âme il a supporté la mauvaise fortune. Devenu le maître
<f incontesté de l'épigraphie antique de la Gaule, son activité ne s'est jamais
« ralentie, et jusqu'à la dernière heure il est resté fidèle aux études qui
<f avaient rempli sa vie et qui l'avaient souvent consolé ». (Journal des
Débats du 30 novembre dernier).
Clironujuc.
II.
En même temps que nous avons le regret de voir disparaître en M. AU-
mer une des physionomies les plus énergiques et les plus honorables de
l'érudition française contemporaine, nous avons le plaisir d'adresser nos
sympathiques félicitations à trois savants qui, à un passé déjà considérable
joignent l'espérance de longues, actives et glorieuses années.
Le premier est M. Henri Gaidoz, fondateur de cette revue, fondateur et
directeur de la Méliisitic, auteur de plusieurs ouvrages fort estimés, profes-
seur de langues celtiques à l'Ecole pratique des Hautes Etudes, où sa com-
pétence et la clarté de son enseignement ont puissamment contribué aux
progrès faits depuis trente ans par les études celtiques en France. Par un
acte de justice un peu tardive du gouvernement, M. Gaidoz vient d'être
nommé chevalier de la Légion d'honneur.
Presque au même moment un des principaux collaborateurs de la Revue
Celtique, M. J. Loth, doyen de la Faculté des Lettres de Rennes, a été
nommé correspondant par l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Déjà
M. Loth avait obtenu de cette Académie deux médailles au concours des
Antiquités de la France, de l'Académie française le prix Langlois, de l'Ins-
titut de France deux fois le prix Volney.
Enfin M. Ferdinand Lot, connu à la fois par ses travaux sur l'histoire
carolingienne et sur la littérature celtique, vient d'être nommé Maître de
Conférences à l'Ecole pratique des Hautes-Etudes. Il s'y occupera principa-
lement de l'histoire et de la diplomatique des rois Carolingiens de la France.
Espérons qu'il trouvera cependant quelques loisirs à consacrer aux études
celtiques pour lesquelles il a montré tant d'aptitude.
III.
Après être passé ainsi du triste à l'agréable, j'en viens à une occupation
que je ne mettrai ni dans l'une ni dans l'autre catégorie. Je vais annoncer
le plus brièvement possible les ouvrages parvenus au bureau de la Revue.
Je commence par le plus gros, XLii-846 pages in-octavo, dont 682 en
petits caractères. Il a pour objet la conquête de la Gaule par César, Caesar's
Conqiiest of Gaul. L'auteur, M. T. Rice Holmes, avait déjà publié une his-
toire de la révolte de l'Inde contre les Anglais, A History of ihe indian Mn-
tiiiy, qui est arrivée à sa cinquième édition.
C'est donc un homme qui sait écrire. Il est de plus fort laborieux. Après
avoir consacré 162 pages au récit des campagnes de César en Gaule, il nous
donne 661 pages de dissertations sur la date des Commentaires De bello
gallicû, sur le degré de créance que mérite le récit de César, sur l'ethnologie
de la Gaule, sur sa population, etc. Dans cette partie du livre nous signa-
lerons un index géographique qui occupe 180 pages, et une étude sur l'état
politique et religieux de la Gaule au moment de la conquête. L'ouvrage de
M. T. Rice Holmes peut être considéré comme une encyclopédie où l'on
io8 Chronicpie.
trouve traitées, avec plus ou moins de compétence, presque toutes les ques-
tions qu'on peut se poser à propos du De hello gaUico. L'auteur a lu, ou au
moins consulté, un nombre vraiment extraordinaire de dissertations, de
livres et d'articles. Ainsi, aux pages 426 et suivantes, à propos de Gorgohina,
il cite non seulement D'Anville, Eduircissemeiits surVuncicnne Gaule, Walc-
kenaër, Géographie des Gaules, le Diclionuaire archéologique de la Gaule, Des-
jardins, Géographie de la Gaule romaine, Napoléon, Histoire de Jules César,
mais aussi le Bulletin de la Société d'émulation du département de l'Allier, les
Mémoires de la Société d'agriculture d'Orléans, le Bulletin de la Société Kivcr-
naise, les Mémoires de la Commission historique du Cher. Désormais ceux qui
voudront traiter une question quelconque parmi celles que soulève l'étude
du De hello gallico agiront prudemment en consultant d'abord l'ouvrage de
M. Holmes. De ce que nous disons là il ne résulte pas que malgré son ton
tranchant cet auteur parle toujours avec une connaissance approfondie de
tous les sujets spéciaux qu'il traite.
Et par exemple je ne suis nullement convaincu delà valeur des arguments
par lesquels il prétend prouver que la propriété foncière telle qu'on la con-
çoit aujourd'hui en Angleterre et en France fût de règle générale en Gaule
au temps de César, tandis que dans l'Etat romain, sauf Vheredium, elle
n'existait pas et \'ager publicus était la règle générale. Les possesseurs de
Vager piiblicus étaient séparés les uns des autres par des fines, transmettaient
héréditairement leurs possessions, en sorte que, de l'emploi des mots fines et
hereditas par César lorsqu'il s'agit de la Gaule, on ne peut rien conclure
quant au principe sur lequel reposait la jouissance en ce pays au moment
de la conquête romaine (cf. ci-dessous, p. 122).
J'ai dit qu'un paysan propriétaire dans le sens actuel du droit français
n'émigre jamais. C'est la raison pour laquelle le Français n'est pas coloni-
sateur ; le paysan anglais, irlandais émigré parce qu'il n'est pas propriétaire,
et je maintiens que l'émigration en masse des Helvetii ne peut s'expliquer
autrement. Je mets au défi M. Holmes — et le savant professeur M. Lé-
crivain, qui sur ce point partage ses idées, — de décider les habitants d'un
arrondissement de la France à émigrer en masse pour aller occuper des
terrains fertiles en Algérie ou en Tunisie. Le paysan français n'émigre que
quand il est ruiné.
IV.
La Société des textes irlandais, Irish texts Society, a publié deux volumes
en 189g. Le premier contient deux récits qui ne paraissent pas remonter à
une date fort ancienne. L'un est les « Aventures du garçon de la férule »,
G iolla an fhiugba ; V Autre est les « Aventures des enfants du roi de Nor-
wège », Eachtra Cloinne rîgh na h-Ioruaidhe. L'édition du premier est faite
d'après deux copies du xix^ siècle ; pour le second, l'éditeur a eu entre les
mains plusieurs manuscrits, l'un du xviF, les autres du xyiii^. Le manus-
crit du xviF siècle est du nombre de ceux qui se trouvaient dans la chambre
de Colgan, àLouvain, quand il mourut, en 16)8. Sa bibliothèque, en effet,
contenait un volume in-40 renfermant la pièce intitulée Stair triar nuic ri
Chronique. 109
lia h-loniaiâhc ^ . Ni J.-T. Gilbert, qui a public le citaloguc des ms. des
Franciscains de Dublin, ni moi n'avons pu trouver ce précieux manuscrit. Je
n'ai jamais vu livres plus en désordre que dans ce couvent. J'ai proposé de les
ranger dans l'ordre du catalogue, et cela gratis. On m'a refusé. M. Douglas
K3'de, en sa qualité d'Irlandais, a su mieux que moi faire entendre raison
à ces honnêtes religieux et a trouvé chez eux le manuscrit de Colgan.
De la pièce en question conservée par ce ms. je ne connaissais pas de copie
antérieure au xyiii^ siècle, et quant aux aventures du garçon de la férule,
je n'en avais pas trouvé de copie du tout. Encore pour cette pièce M. Dou-
glas Hyde a été plus heureux que moi. Il méritait ce succès : c'est un des
hommes qui connaissent le mieux la littérature moderne de l'Irlande.
Le second volume de VIrish lexts Society nous fait remonter au cycle le
plus ancien de la littérature épique irlandaise. On y trouve le FIcd Bricrcud,
« Fête ou festin de Bricriu », texte irlandais accompagné de variantes, tra-
duction anglaise, le tout précédé d'une copieuse introduction et d'abon-
dantes notes. L'introduction donne la nomenclature des manuscrits, une
étude sur la façon dont ont été compilées les rédactions hybrides que nous
avons aujourd'hui, enfin un travail grammatical à l'aide duquel l'éditeur
cherche à déterminer la date de cette compilation, qui, suivant lui ne re-
monterait pas au-delà de l'année 875 environ. Cet éditeur est M. George
Henderson, un Highlander qui a eu les conseils du professeur Mackinnon,
d'Edimbourg, et du principal Rhys, d'Oxford. Il a su tirer parti des travaux
de la plupart des celtistes contemporains, notamrnent de MM. Windisch,
Whitley Stokes, Zimmer, Strachan, Stern, Kuno Meyer. Il est pour les
études celtiques une précieuse recrue.
Je ne considère pas cependant comme absolument certain tout ce qu'il
écrit. J'admettrais difficilement quairiciil « appartement, chambre » puisse
provenir du latin oraculiiin, commeM. Henderson le propose, avec un point
d'interrogation, il est vrai, p. LXiii. On lit à la même page que muintcr
« familia » vient du latin nionaslerium. Cette étymologie est inconciliable
avec l'expression consacrée pour désigner la femme légitime, cctmuinter,
littéralement « première femme », par opposition à la concubine, cidal-
trach^. Ci'tinuinter est un synonyme àa primbeiiT, et a été rendu en latin
par ?/.wr ^;7/«rt 4. Le latin iiionasteriiiiii, en basse htmilé nionastirij/m, est
devenu en irlandais inainislir S , d'où le surnom de l'auteur irlandais si connu
Flann Mainistrech, qui vivait au xi^ siècle.
1. Historical manuscripts coiiiiiiissioii : Appendix lollic JourtJj report, p. 611,
col. 2. Cf. Essai d'un catalogue, p. 212.
2. Ancient Laïcs and Iiisiitutes of Ireland, t. I, p. 230, 232; t. II, p. 380,
382, 384, 394; t. III, p. 398, 400.
3 Ancient Laws, t. I, p. 22, 1. 24; t. II, p. 400, 1. 13, p. 406, 1. 5, 6.
4. Voir le cinquième des canons attribués à saint Patrice, Migne, Patro-
logia latina, t. LIII, col. 823.
5 R. Atkinson, Tri bior-ghaoitke an hli.iis (v The Ihree sbafts of dcalb »)
de G. Keating, p. 405.
I 10 chronique.
A la p. 137, M. G. Henderson appelle Boadicea, conformément <à des édi-
tions arriérées, la célèbre reine des Iceni que Xiphilin, abréviateur de Dion
Cissius, LXII, 2, 7 appelle Bo-jvoojr/.a ' , et dont le nom est écrit Boudicca
dans les éditions modernes de Tacite -.
La traduction de M. G. Henderson me paraît généralement exacte. Mais
il serait quelquefois possible de serrer le texte de plus près. Ainsi p. "jè,
§ 61, Celcbraid Connall, i. iar siidiu, ocus tiagair uadih ar chend Concuhind,
c'est-à-dire : « Conall fait ses adieux après cela, puis de la part du roi
« et de la reine on va chercher Cûchulainn ». M. G. Henderson traduit:
« Conall bade farewell. A herald was then sent to fecht Cûchulainn »,
c'est-à-dire que le traducteur remplace le présent par le passé et n'a pas tra-
duit l'irlandais nadib « par eux », c'est-à-dire « par le roi et la reine »,
comme nous venons de le dire, obéissant aux exigences de la langue fran-
çaise, qui veut avant tout la clarté. Mais ces critiques portent sur des
vétilles, nous adressons nos félicitations tant à M. G. Henderson qu'à VIrish
ie.xts Society.
V.
Dans le tome XX, p. 364, de la Revue Celtique j'ai annoncé l'histoire
littéraire de l'Irlande de M. Douglas Hyde. J'aurais dû profiter de l'occasion
pour réparer à l'égard du très Rév. John Healy, évêque de Clonfert, l'oubli
de la Revue Celtique, qui n'a rien dit, que je sache, de son livre intitulé
Iitsula sandorum et doctoruni, or Ireland's ancient Schools and Scholars. La
première édition de ce livre remonte à 1890. Une seconde édition a paru en
1893. La troisième date de 1897. C'est un volume in-8° de xviii-6)i pages.
Il est consacré presque tout entier aux écoles monastiques d'Irlande pendant
les ve, vie et vue siècles. C'est l'objet de dix-huit chapitres sur vingt-quatre.
Quatre chapitres constituent un préambule consacré à la littérature en Ir-
lande avant saint Patrice et à saint Patrice lui-même. Deux chapitres ser-
vant de conclusion parlent de l'enseignement irlandais hors d'Irlande et
continuent l'histoire littéraire de l'Irlande jusqu'au xi^ siècle. C'est de la
littérature latine qu'il est à peu près exclusivement question dans le livre du
très Rév. Healy. tandis que M. Douglas Hyde s'est occupé des compositions
écrites dans la langue nationale. Le sujet traité par M. Douglas Hyde est
plus intéressant pour la Revue celtique que le sujet choisi par l'évêque de
Clonfert. Mais c'est cependant un fait très curieux que la forte culture latine
de l'Irlande au vi= et au vue siècle, c'est- à-dire à une époque où les études
classiques semblaient être tombées en France dans une irrémédiable déca-
dence.
Une communication faite par M. Louis Havet à l'Académie des Inscrip-
1 . Edition de Guillaume Sturz, 1824, t. IV, p. 50, 58; édit. d'Immanuel
Bekker, 1849, t. II, p. 237, 240.
2. Annales, XIV', 31, 35, 37: Agricola, XVI. Pour les variantes des
manuscrits, voir 4e édit. de Ch. Halm, 1884, t. I, p. 299, t. II, p. 2)).
Cf. Paulys, Rcal-cncyclopaedie, 1897, t. III, col. 796.
Chronique. i i i
tions dans une de ses dernières séances a attiré mon attention sur un détail,
petit en apparence, mais qui jette une lumière nouvelle sur une des prin-
cipales figures du monachismc irlandais au viP siècle. Nous voulons parlcr
d'Adamnanus, abbé du monastère de Hy, ou lona, mieux lova, mort en 704
après avoir écrit une vie de saint Columba plusieurs fois publiée, notam-
ment par Reeves en 1857 ' et par M. Metcalfe en 1889 2 et un traité De locis
saiictis qui a eu aussi un grand nombre d'éditions?. Reeves a remarqué dans
le premier de ces ouvrages un passage qui atteste chez l'auteur la connais-
sance de Virgile. C'est au livre III, ch. 23, p. 229 de l'édition de Reeves,
p. 201 de celle qu'a donnée M. Metcalfe: Vipcrarinii venena trisitlcannii
linguarum. Dans ce membre de phrase on doit vraisemblablement recon-
naître une réminiscence du liiigiiis micat orc trisiilcis de Virgile, Géorgiqiies,
III, 439, Enéide, 11, 475. Or chez Teuffel, Gcschichte cicr roiiiischen Uteraltir,
^^ édition, 472, 13, on lit: « Schol. Bern. zu Virgil ecl. X, fin. (p. 839 H):
« Haec omnia de commentariis Romanorum congregavi, id est Titi Galli et
« Gaudentii et maxime Junilii Flagrii4 Mediolanensis. Der Verfasser selbst
« aiso ist kein Rômer, sondern, wie es scheint, ein Schotte (Adananus)
« ungefâhr des achten Jahrhunderts J . » Adananus doit être corrigé en Adaui-
naniis(>, et il s'agit très problablement de l'abbé d'Iova. M. Teufifel l'a re-
connu dans sa cinquième édition (cf. ci-dessous, p. 124).
Ce n'est pas dans le livre de M. Healy qu'on trouvera celte indication.
Cet ouvrage est écrit avec des préoccupations plutôt littéraires qu'érudites.
Les indications bibliographiques manquent souvent de précision ou font
absolument défout. Ainsi le Liber historiae Francontni, ch. 43, édit. Krusch,
p. 316, nous apprend que Dagobert II, fils du roi des Francs Sigebert II,
perdit sa chevelure en 656 par ordre du maire du palais Grimoald et fut
conduit en Irlande par Didon, évêque de Poitiers: « Didone.mque Pectaven-
« sent urhis episcopum in Scocia peregrinanduni eitm direxit. » Dagobert II
monta plus tard sur le trône?. On a de lui deux diplômes des années 675,
1. The Life oj saint Cohnnla, i. vol. in-40 de LXXX-497 pages.
2. Pitikerton's Lives of tl)e Scottish Saints, tome 1, page 71-209.
5 . On en peut voir la nomenclature chez A. Potthast, Bihliotheca histo-
rica medii acvi, 2^ édition, t. I, p. 20.
4. Lisez Junii Philargyrii.
5 . Y édition, p. 1 1 17.
6. La \a.na.ntc Adaiinaïuis est donnée, me dit M. Havet, par les deux mss.
latins de la Bibliothèque nationale de Paris 7960, f" 5 et 11508, f° 23, tous
deux du xt^ siècle. Je viens d'aller vérifier. Dans le ms. 7960, lignes 2 et 3
à partir d'en bas, il y a bien Adannanns, par double ;/. Mais dans le ms.
1 1308, 1. 5, Adananus avec signe d'abréviation sur l'a de la seconde svllabe.
On peut donc lire Adannianus.
7. Ce fut saint Wilfrid, évêque d'York, qui, sur la demande des amis
et des parents de Dagobert, fit en Irlande les démarches nécessaires pour
retrouver le jeune prince. Vita sancti Wilfridi, chez D. '&o\i(\u&'i., Recueil des
historiens des Gaules et de la France, t. III. p. 601 B. Consulter aussi une
autre vie du même saint chez Migne, Patrclogia latina, t. CLIX,col. 751 B.
I I 2 Chronique.
677 '. Ddgobert II parait avoir passé en Irlande environ dix-huit ans. Dans
quelle partie de l'Irlande? Nous n'en savons rien. Mais le très Rév. Healy,
mieux renseigné que nous, nous apprend, p. 390, que suivant la tradition
Dagobert était à l'école irlandaise de Slane, que dans les salles de cette
école il passa dix-huit ou vingt ans et qu'il acquit pendant cette longue pé-
riode 'te la science des Irlandais. Où le très Rév. Healy a-t-il pris ce
renseignement? Le vénérable auteur est plutôt écrivain que savant. Il y a
quelquefois lieu de contrôler ses assertions.
Naturellement aussi ce n'est pas chez lui qu'on trouvera sur les écoles
ecclésiastiques mixtes d'Irlande pendant le haut moven âge des récits légers
comme l'histoire des amours de Drusticc dont le souvenir a été conservé
cependant par la préfoce irlandaise du Paire domine (Whitley Stokes, Goi-
delica, 2^ éd., p. 96; Bernard et Atkinson, The irish liber hymnoritni, t. I,
p. 22).
VI.
Nous sommes transportés dans un domaine tout différent par le frère
Constantius, des Ecoles chrétiennes, qui, pour faciliter l'enseignement du
français aux petits Bretons, vient de composer un recueil de textes bretons
enfantins qu'il voudrait voir répandre dans les écoles primaires du départe-
ment du Finistère et qui seraient traduits en français par les élèves sous la
direction du maître. C'est un livre très moral : « Celui qui honore sa mère
est comme celui qui amasse un trésor » : An hini a enor he vam a so evel an
hiui a :^asluni eun tensor. « Celui qui honore son père aura une vie lon-
gue )) : An hini a enor he dad en deve^o eur vithe^ hir. On y trouve aussi des
conseils d'une vraie sagesse : « Si tu veux avoir un véritable ami, prends-le
quand tu l'auras connu » : Mar fell d'id kaout eur giuir vignoiin, hemer
aue^han goude ni'a~ pe~o he anave^et. La conclusion, p. 200 et dernière, est
prise dans la Bible, livre des Proverbes, XIII, 24 : Qui pareil virgae odil
filiuni suiiin, qui autem diligit eum instanter erudit, en breton : Neb a espern
ar li'ialen a gasa he vab ; hogen an hini he gar he gelen gand kal:^ a breder.
C'est à un mot près la traduction de Le Gonidec, Bibl santé], t. I, p. 743,
col. I . Ainsi : papas bretons, ayez soin de bien fouetter vos enfants, c'est le
dernier conseil que vous donne le frère Constantius.
VIL
Ce n'est pas pour les petits Bretons que M. de Fovillca écrit son Enquête
sur ks conditions de Thabitalion en France. Le tome II contient, p. 1-97, une
étude sur les origines et les vicissitudes historiques de l'habitation en France
par M. Flach. M. Flach étudie la question de savoir si les Gaulois à l'époque
de la conquête habitaient plutôt par villages que par fermes isolées, et il
critique à ce sujet la doctrine de M. Meitzen, Siedelung nnd Agraru'csen der
Westgermancn und Ostgermanen, der Kellcn, Rômer, Finnen und Slaven, 4_vol .
I. Pertz, DipIoDialuni iniperii toinus I, p. 41, 42.
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Chronique. 1 1 ^
in-8o, dont un d'atlas, Berlin, 1895. Suivant M. Meitzen, le type celtique
serait la ferme isolée, et le village serait le type germanique. Cette thèse
est en contradiction avec le texte bien connu de Polybe, qui nous apprend
que les Gaulois habitaient des villages non fortifiés : (ô/.oOv ok /.azà. y.i-')ij.3.;
àTE'./^(«j-o'j; (1. II, ch. 17, § 9). M. Flach paraît croire que je partage la doc-
trine de M. Meitzen. Je n'ai jamais dit chose pareille. J'ai simplement
affirmé qu'un grand nombre de nos noms de villages, principalement en
-aciis et en -anus étaient à l'époque mérovingienne masculins et juxtaposés
par apposition au mot féminin villa : Victiiriacus villa, Simpliciacus villa, etc.
Ces noms masculins sont d'anciens adjectifs qui, au temps du haut empire,
s'accordaient avec le nom .commun /hh(/hji, tombé en désuétude à l'époque
mérovingienne. Sur \q fuiidus romain, dont l'étendue moyenne pouvait
ressembler au territoire de beaucoup de nos communes, se trouvait cons-
struite une villa qui consistait en une maison habitée par le propriétaire et
en bâtiments d'exploitation, en bâtiments d'habitation occupés par ses ou-
vriers, colons et fermiers. Telle est, suivant nous, l'origine d'un grand
nombre de nos villages. La cause qui a fait tomber en désuétude le mot
fiituhis a été la suppression de l'impôt foncier et la substitution à cet impôt
d'un impôt direct par tête d'ouvriers employés à la culture du fonds. Sur
cette révolution financière on peut consulter Fustel de Coulanges, Histoire
des institutions politiques de l'ancienne Fraiwe, La monarchie fianque, 1888,
p. 264-272.
VIII.
iM. l'abbé Ulysse Chevalier vient de publier une oeuvre posthume de
l'abbé Albanés, Gallia chrisliana novissiiua (histoire des archevêchés, évê-
chés et abbayes de France, t. 1), Aix, Apt, Fréjus, Gap, Riez et Sisteron'.
M. Albanés a tiré des archives du Vatican et inséré dans ce volume des rôles
de décimes qui donnent la nomenclature des bénéfices ecclésiastiques, par
conséquent des cures et des paroisses, au xiv^ siècle. Ces listes sont intéres-
santes à étudier au point de vue de la nomenclature des noms de lieu gaulois
et ligures. Signalons par exemple dans le diocèse de Fréjus, col. 221, in
praepositura Pignacensi, aujourd'hui Pignans, Var, qui nous montre l'équi-
valence des deux suffixes -acits et -anus. Dans le même diocèse, col. 222,
prior de. Lonacis, aujourd'hui Lorgnes, Var, qui nous ofïre un exemple du
suflSxe -acus par a bref atone, lequel est, suivant moi, ligure, tandis que
prior de Brcnnono, aujourd'hui Brenon, Var, paraît être probablement un dé-
rivé du gaulois Brennos. Dans le diocèse de Gap, col. 302, nous signalerons
le prior de Cabannasco, que l'éditeur ne traduit pas, et le capcllamts de Au-
lanco, aujourd'hui Aulan, Drôme, col. 301 ; dans le diocèse de Riez, col.
385, prior de Alhiosco, prior de Artinhosco, prior sancti Martini de Alinhosco,
I. Un vol. in-40 contenant xvi pages et 792 colonnes de rédaction en
français, 550 colonnes de preuves, instrumenta, plus une table des noms de
personnes et de lieu.
Revue Celtique, XXI. §
1 14 Chronicjiie.
aujourd'hui Al'biosc, ' Artignosc, Saint-Martin d'AIignosc, Vàr, autant de
noms de lieu d'origine ligure.
IX.
Les Carlulaires du chapitre de l'église métropolitaine Sainte-Marie d'Auch,
publiés pour la Société historique de Gascogne par C. Lacave La Plagne
Barris, i vol. in-8° de xi-216 pages, sans inde.K, nous transportent du
penchant des Alpes dans le voisinage des Pyrénées. Il y avait là des Gaulois,
et un nom d'homme gaulois y persiste dans l'onomastique du moyen âge,
c'est CeiiliiUiisXp. 46, 55), pour Cintiillos ', forme hypocoristique de Cintu-
gcnos et de Cintiigiiatos. A côté se rencontrent des noms étranges tels que
le nominatif Elefraxarius, le génitif Mancioraxavi. Le suffixe -inciis y est
fréquent dans les noms de lieu. Nous citerons Geiienx, p. 28, Garlencs,
p. 169, 174, Ancengs, p. 189, Taisoeiigs, p. 191,3 côté de nombreu.K noms
de lieu en -acus qui semblent gallo-romains, comme Fidenciaciis, p. 7,
JuUages, p. 25, et d'autres noms en -amis, évidemment romains, comme
Arian, p. 169.
X.
Nous passons dans le centre de la France avec le Recueil gêiicral des chartes
intèressaut le département de l'Indre, vi-xi^ siècles, par E. Hubert, in-8",
p. 81-2722, sans index. Des noms de lieu comme Argentomagus, p. 182,
Uxclodunum, p. 137, nous montrent que nous sommes en pays celtique.
Parmi les noms de lieu on peut relever un grand nombre de formations
gallo-romaines, telles que G«'»?mirtrH5, p. 106, Pardiac!is,p. 107, Valenciaciis,
ibidem, Magniacus, p. 113. Il y eut dans ce département un établissement
breton dans le haut moyen âge : une charte de l'année 927 contient dona-
tion de la chapelle construite à Déols, in Dolis par les Bretons qui sont
partis: post illorumdiscessum, lit-on, p. 113. Ces Bretons étaient des moines;
nous l'apprenons par un diplôme de Louis d'Outre-mer : capellam quant in
conspectu castelli Brittones monachi aedificavenint, p. 132, et ces faits sont
confirmés en 968 par une bulle du pape Jean XIII, p. 134.
XL
M. H.-O. Oestberg, dans son mémoire intitulé : Les voyelles vélaires accen-
tuées, la diphtongue au et la désinence -aviis dans quelques noms de lieu de la
France du Nord, Upsal, 1899, in-8°, 99 p., traite un sujet de phonétique
romane; mais parmi les noms de lieu qu'il étudie, et dont malheureusement
il ne donne pas d'index, un grand nombre sont d'origine celtique. Tels
sont les noms en -avus, p. 49, 50, qui sont annoncés par le titre, les noms
en -hriga, p. 25, 26, en -durum, p. 26, 27, en -iohts, -iola, p. 29, 50, 33,
34, 90 et suiv., en -magus, p. 54, 55, en -diaïuin, p. 61, 62.
1. Holder, Allceltischer Sprachschat^, t. I, col. 23.
2. T\r.\gc à p.\Yt di h Revue archeologiqn: du Ben y, 1899.
Chroni(]ue. i 1 5
XII.
La rédaction do la Revue celtique a reçu un volume grand in -8° intitule
Histoire iUiistrée de la France depuis les plus lointaines origines jusqu'à la fin du
xix= siècle, par le vicomte deCaix et par Albert Lacroix ; tome I, La France
avant l'histoire et la Gaule indépendante, xvi-520 pages, 487 gravures et 21
cartes. Ce volume, écrit avec élégance et facilité, atteste chez les deux au-
teurs des lectures considérables, mais la rédaction a été un peu rapide et en
le parcourant on trouve de nombreuses inexactitudes de détail à relever.
Les deux auteurs sont du nombre de ceux qui croient encore à l'identité
des Cimbri de Tacite, des Ki;j.aipioi d'Hérodote et d'Homère et des Cyniri
du pays de Galles, ignorant que Cyniri, pluriel de Cymro, est une forme du
moyen âge et moderne, qui exigerait à l'époque de l'empire romain un pri-
mitif Com-hroges . Cyniri r= Coni-hrogcs veut dire « compatriotes », l'opposé
à' Allohroges , cf. ci-dessous, p. 127. MM. de Caix et Lacroix ne saisissent
pas la différence qui existe entre le gaulois et les dialectes néo-celtiques.
Ainsi à la page 265 ils disent que Vercingétorix reçut le titre de roi, en
gaulois pen-tiern ; c'est le gallois penteyrn, qui aurait été en gaulois penno-
tigernos. Parce qu'en gallois hrenin plus anciennement brenhin = *brigantinos
veut dire « roi », ils admettent que le nom d'homme gaulois Brennos a le
même sens. Or Brennos est simplement un nom d'homme, probablement un
doublet de l'irlandais brian =^* brénos, nom propre de personne qui, employé
comme nom commun, veut dire « parole ».
A la page 1 1 1 nous lisons que les Ambrons ou Ombres portent un nom
indo-européen qui signifie les « nobles «les « vaillants », les « terribles »,
et que le singulier ambra est encore employé en ce sens dans l'idiome des
Irlandais. Ce n'est pas exact : le mot irlandais est a»/rrt sans b, et ce mot ne
signifie pas « les nobles, les vaillants, les terribles. » M. Windisch, Irische
texte, t. I, p. 363, nous donne les traductions wunderhar, gut, Wiinder.
M. Robert Atkinson, The passions and the honiilles, explique le même mot
par fanions, renoivned. En vieil irlandais, la notation de ce mot était anire ;
anire est un adjectif qui qualifie la grâce de Dieu, dans le ms. de Wùrzburg,
folio 7 d (Prima ad Corinthios, ch. i, verset 4; Zimmer, Glossac hibernicae,
p. 45 ; Whitley Stokes, The old irish Glosses, p. 40). Amre dans ce texte veut
dire « admirable » ' . Il n'est nullement établi qu'il y ait un rapport quel-
conque entre ce mot irlandais d'une part et les "A[j.6pojv£ç de Plutarque,
Marins, XIX, 4, dont le nom est un terme ethnique. Rien ne prouve non
plus que le nom écrit en caractères grecs "A[i.6pwv£; soit identique à celui
qu'on écrit Umbri en caractères latins.
P. 146, nous lisons que la femme d'Ortiagon, outragée par un centurion,
le tua de sa propre main, vengeant ainsi son honneur et ne voulant pas
I . On trouve encore amre employé adjectivement dans le même sens,
folio 17 h du ms. de Wùrzburg (Secunda ad Corinthios, XI, 3 ; Zimmer,
p. 1 12 ; Whitley Stokes, p. 104).
1 1 6 • Chronique .
survivre à sa honte. Il est impossible de réunir plus d'erreurs en si peu de
mots. La femme d'Ortiagon fit tuer le centurion qui l'avait outragée, elle
porta à son mari la tète de l'ofîfîcier romain, elle supporta vaillamment une
honte qui, une fois vengée, devenait une gloire pour elle. « Parmi les
« hommes qui vivent », disait-elle, « il n'v en a qu'un qui puisse se vanter
« de m'avoir possédée ». Ce récit, que nous devons à Plutarque, a été
raconté en détail par Amédée Thierry.
Le tableau qui dans le livre dont nous rendons compte nous représente
Vercingétorix vaincu en présence de César vainqueur est un arrangement
du passage d'Amédée Thierr}- où ce dramatique événement est raconté, et
ii offre une lacune qui se trouve déjà chez Amédée Thierry.
« César était assis sur son tribunal, entouré de ses principaux officiers.
c< Vercingétorix fit caracoler son cheval devant lui, puis il mit pied à terre,
« puis, sans mot dire, se dépouillant de ces armes, désormais inutiles,
« casque, bouclier, épée, javelot, il les jeta aux pieds du proconsul tou-
« jours gardant le même silence dans une hautaine résignation ». MM. de
Caix et Lacroix qui ont écrit ces lignes n'ont pas lu ce que dit à ce sujet
Dion Cassius, XL, 41 : r.hwj ôi è; ydvu, twtc /sXpi -iizxi, ioiî-.o : Vercin-
gétorix (f tombant à genoux, demanda grâce les mains jointes ». Les assis-
tants furent saisis de pitié, mais César resta inflexible, ajoute l'auteur grec.
Pourquoi donner à Vercingétorix en face de César victorieux une attitude
« hautaine » qu'un témoignage antique rejette et que rien justifie?'.
Les cartes et les gravures ne sont pas toutes irréprochables. Ainsi, dans
une carte, à la page 140, les Volcae, ces populations celtiques de la Ger-
manie et de la Gaule méridionale sont transformées en Volsqties \ cette faute
d'orthographe est commise deux fois. A la page 164, nous trouvons repré-
senté le combat singulier du consul Claudius Marcellus avec le Gaulois
Viridomarus; le barbare est à cheval comme le Romain, en dépit des vers
de Properce où sont mentionnées les roues de son char.
. ... fundere gaesa rôtis ^.
XIIL
L'Église celtique indépendante de Rome est une thèse présentée à la Faculté
de théologie protestante de Paris par M. Alfred Lelièvre le 21 juillet der-
nier. C'est un résumé en six chapitres des points sur lesquels la discipline
ecclésiastique dans l'église d'Irlande primitive et dans celle du Pays de
Galles différait soit de la discipline romaine contemporaine, soit de la disci-
pline romaine moderne. Les six chapitres ont pour objet : 1° la célébration
1 . Le passage de Dion Cassius que nous venons de citer a été aussi passé
sous silence par M. Th. Mommsen, qui, comme MM. de Caix et Lacroix,
s'est borné à reproduire le récit d'Amédée Thierry, voy. Roeniische Ges-
chichte, 6^ édition, t. III, p. 291.
2. Properce, 1. V, élégie 10, vers 42.
Chronique. i 1 7
de la Pàque; 2° la tonsure ; 3" l'ordination des évêques ; 4° le mariage des
prêtres; 50 la confession publique des péchés; 6° le rituel et la liturgie. Le
jeune auteur ne paraît pas avoir très bien saisi la question du mariage des
prêtres. Jamais l'église catholique n'a interdit l'ordination des hommes ma-
riés. La question qui s'est posée a été de savoir si l'homme marié et ensuite
entré par l'ordination dans un ordre majeur pouvait continuer à vivre mari-
talement avec sa femme; sur ce point la solution a varié et varie encore
aujourd'hui, puisque les prêtres grecs peuvent garder leurs femmes, et les
gardent même toujours. Mais ce qui a été toujours interdit, c'est le mariage
après l'ordination, et c'est l'ordination du bigame, c'est-à-dire de celui qui,
ayant perdu une première femme, en a épousé une seconde. Celui qui s'est
marié deux fois, ne peut devenir prêtre sans dispense. Sidoine Apollinaire
ayant été élevé à l'épiscopat, quoique marié et du vivant de sa femme, la
seule qu'il eût épousée, sa femme était iixor et soror ', comme il le lui
écrit lui-même, Épistolae, 1. IV, 17: Licet sis tixor hona, soror optinia es.
XIV.
POPULAR STUDIES IN MYTHOLOGY RoMANCE AND FOLKLORE. No 3. OssUlll
and the Ossianic Literatiire. Sous ce titre M. Alfred Nutt a publié une bro -
chure in- 12 de 61 pages, où il résume élégamment ce que l'on sait de la
littérature ossianique, qu'il divise en trois périodes : 1° antérioire au moyen
âge; 2° du moyen âge; 3° postérieure au moyen âge. Suivent deux appen-
dices, l'un chronologique, l'autre bibliographique, puis des notes. Dans la
dernière le sympathique auteur exprime l'espoir que sa publication excitera
des jeunes gens studieux à rechercher les débris inédits de la littérature
ossianique, que la tradition orale a conservés.
XV.
Dans le no 4 des Popnlar stiidies in Mythologie, Uoniance and Folklore, in- 12,
40 pages, librairie David Nutt, M. Jessie L. Wesson résume ce que l'on
sait de la légende d'Arthur et de son histoire depuis le vi^ jusqu'au xiiie
siècle et il en donne une bibliographie. Le titre est : Kiug Arthur and bis
Knighls, a survey of Arthurian Roniance.
XVI.
Le général Pothier s'est livré pendant plusieurs années à l'exploration
des tumulus du plateau de Ger, départements des Basses-Pyrénées et des
Hautes-Pyrénées. Il les divise en deux catégories: tumulus à inhumation,
I. Uxorein Sidonius dnxit iinain (116, 3) Papianillain Arvenmni Avili, iit
diximus, postea Aiigusti filiatn, quae, poslquani maritus episcopiis jactiis est,
secundum régulas pro sorore cinn co vixit. Préface de Tli. Mommsen aux
œuvres de Sidoine Apollinaire, p. XLix.
I |8 Chronicjuc.
qui remouteraient à la période néolithique, et tumulus à incinération, où se
trouvent des objets métalliques, même du fer, tandis que dans la première
catégorie, sauf le fragment d'un collier d'or, aucune trace de métal n'a pu
être trouvée. Parmi les débris d'ossements recueillis dans les tumulus à
incinération, y en a-t-il de gaulois? C'est une question à laquelle on ne
peut répondre avec certitude ni par une négation, ni par une affirmation.
La publication du général Pothier est un volume in-4° de 172 pages, orné
de 42 figures et de deux cartes. Elle a été éditée par le libraire Champion
sous ce titre: Les Tumulus du plateau de Ger.
XVII.
Dans les Otia Merseiana, publication de la Faculté des Arts au Collège
de l'Université à Liverpool, M. Kuno Meyer a donné le texte irlandais et la
traduction anglaise du fragment de la vision de Laisrén conservé par le ms.
B. 512 de la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford, xv^ siècle. Ce texte date-
rait suivant lui du ix= ou du x= siècle. C'est le récit d'une promenade en
enfer, malheureusement le commencement seul du récit existe ; la suite
manque. M. Kuno Meyer a placé à la suite la plainte en vers d'une vieille
courtisane qui cherche à se consoler des privations présentes par le souvenir
des plaisirs passés : il date ce poème du xi« siècle, et il l'a tiré du ms.
H. 3. 18 du Collège de la Trinité de Dubhn, xvi<:-xviie siècle.
XVIII.
Je terminerai par les deux ouvrages par lesquels j'aurais dû commencer,
mais c'est le hasard qui sur ma table a rangé les piles de livres. Quand, il y a
près de cinquante ans paraissait le Dictionnaire raisonné de V architecture fran-
çaise, par Viollet-le-Duc, j'ai entendu dire que cet ouvrage savant, orné de
beaux dessins, mais confus, c'était le hasard par ordre alphabétique. Mes
chroniques a moi, c'est le hasard sans ordre alphabétique et voilà pourquoi
ici arrive au XYiii^ rang le troisième volume de la monumentale histoire de
Bretagne que nous devons à M. A. Le Moyne de la Borderie, iv-622 pages
grand in-80. L'avertissement placé en tête de ce volume en fait connaître
clairement le contenu : « Il embrasse près de quatre siècles de l'histoire de
« Bretagne, de 995 à 1364, et cet espace contient presque en entier deux
« époques de cette histoire: la quatrième époque, remplie par les dynasties
« ducales d'origine bretonne, maisons de Rennes, de Cornouaille et de
« Penthièvre (99)-i2i3); la cinquième époque, tout entière occupée parla
« dynastie ducale de Dreux, d'origine française (12 13-1364). » Personne
ne peut contester la compétence de M. de la Borderie, soit comme paléo-
graphe, soit comme diplomatiste; de plus il sait écrire en français avec un
talent que n'ont 'pas tous les paléographes et tous les diplomatistes. Nous
lui avons reproché d'avoir montré dans ses deux premiers volumes une
confiance exagérée dans les légendes hagiographiques. Ici cette critique n'a
plus d'objet et nous n'avons pas de réserve à faire à nos éloges.
chronique . 119
XIX,
Nous venons de recevoir la douzième livraison de VAltccllischer Sprach-
scbat:( de M. Holder. Il contient les colonnes 769-1024 du tome II, com-
mençant au milieu de l'article Norici et se terminant au milieu de l'article
Poeninus. Il est inutile de répéter ici tout le bien que nous pensons et que
nous avons déjà dit de cette im.portante publication, et de l'utilité qu'elle
offrira pour l'histoire générale et locale, pour la géographie historique, sans
parler des nombreux matériaux qu'elle met à la. disposition des linguistes.
H. d'Arbois de Jubainville.
XX.
Il a été question dans cette Revue, t. XVIII, p. 342, du précieux témoi-
gnage de V Iskndîngabôk sur la présence de moines irlandais en Islande dés
le vin>= siècle. U Islcndingahôh est aujourd'hui devenue accessible aux lec-
teurs français grâce à la traduction que vient d'en publier M. Félix Wagner,
professeur au Collège communal de Bouillon (passé depuis à l'Ecole
moyenne de Virton'). Cette traduction est accompagnée d'un commentaire
abondant, — d'ailleurs fort nécessaire : M. W. ne pouvait, en un pareil sujet,
viser à être bien original, mais l'ensemble, malgré quelques taches, forme
un très honorable travail de débutant. Il est à souhaiter que M. W. con-
tinue dans cette voie : il ne peut qu'y être encouragé par le bruit que son
modeste et méritoire travail a fait en Belgique, où il a été l'objet de
polémiques passionnées 2.
XXI.
M. S. Muller Hzn. a fait tirer à part des VerhandeUngen der Koninklijke
Akademie van Weteiischappen d'Amsterdam (Afdeeling Letterkunde, nieuwe
reeks, Deel II, n" i) un travail étendu sur les cités de Gaule (^De civitates
van Gallië), où il complète et rectifie les résultats de Guérard et de Desjar-
dins, mais sans qu'on voie bien quel parti il a tiré exactement des travaux
de détail plus récents. Il est impossible d'analyser un pareil travail, que
l'auteur résume lui-même en un tableau de sept pages, à la fin de- sa bro-
chure, et en deux cartes, Galliaepost morteni Augusti, et Notitia GalUartan;
nous nous bornons à en recommander la lecture à tous ceux qui s'intéres-
sent à la géographie de la Gaule.
1 . Le livre des Islandais du prêtre Art le Savant (Bibliothèque de la Fa-
culté de philosophie et lettres de l'Université de Liège, fascicule IV).
Bruxelles, 1898 ; 1 vol. in-S".
2. Les brochures publiées pour ou contre M. W, forment déjà au total
trois ou quatre fois l'étendue du livre d'Ari.
120 Chronique.
XXII.
Dans sa tlièse (Quid ad fabulas herotcas Gervianontiii Hiberiii conliilerint,
Tours, 1897), M. Charles Andler s'attaque à quelques-uns des problèmes
les plus délicats de la littérature comparée. Il étudie successivement la lé-
gende de Weland, celle des Nibelungen, celle de Waltharius, et, y appli-
quant les mêmes méthodes critiques que M. Sophus Bugge a appliquées à
l'Edda, il propose de voir dans ces cycles héroïques de simples transfor-
mations de légendes irlandaises.
Nous devons rendre tout d'abord hommage au talent de l'auteur ; son
exposition est un modèle de clarté et de logique. Mais les questions qu'il
aborde dans son livre sont de celles que de telles qualités ne suffisent peut-
être pas à résoudre : il expose brillamment une thèse, en l'appuvant de
nombreux et intéressants arguments de détail, mais en laissant dans l'ombre
trop de circonstances dont il eût été nécessaire de tenir compte. Et parmi
les coïncidences curieuses qu'il signale entre les légendes irlandaises et ger-
maniques, beaucoup sont dénuées en elles-mêmes de vraisemblance et ne
devraient être indiquées qu'accessoirement, et comme susceptibles d'être in-
voquées à titre surérogatoire, une fois sa thèse établie sur des fonde-
ments plus solides. Sans doute Cnalaiid a pu s'altérer en Veland (et encore
ne faudrait-il pas sembler dire que cette altération est phonétiquement ré-
gulière : suhstittitis soîito more litteris), Dé Daniian a pu se confondre avec
Daedalus, Ot/xÀfa 'Izapi'a avec Egill, Ailill avec Attila. Si l'identité était
plus clairement prouvée par ailleurs, de telles confusions ne seraient pas
pour arrêter, mais il est bien hasardeux d'en faire état, si peu que ce soit,
pour établir l'identité des mythes.
Nous souhaitons que M. A. reprenne à nouveau une question qu'il con-
naît si bien, en la traitant moins sommairement et avec une méthode un
peu différente. D'ailleurs les faits eux-mêmes sont différents suivant qu'il
s'agit du Waltharius ou des Nihehingen. En outre, s'il est probable à priori
que la culture irlandaise a laissé une trace profonde sur les littératures ger-
maniques, on ne peut supposer que les Germains n'aient eu avant leur
.contact avec les Celtes, ni littérature, ni folk-lore: et c'est pourtant à cette
conclusion que conduirait l'exagération des théories récentes sur l'Edda.
Nous n'avons pas été surpris de voir que M. A. citait, sans les traduire,
des textes norrois et irlandais : cela s'explique par la destination de son
ouvrage, thèse présentée à la Faculté des Lettres de Paris, où les juges
compétents à la fois en ces deux matières ne manquent sans doute pas.
Mais si, comme nous l'espérons, il reprend en sous-œuvre son travail, que
M. A. n'oublie pas qu'il sera surtout lu par des celtistes peu ou point ger-
manistes, ou par des germanistes qui ne lisent l'irlandais qu'en traduction :
les uns et les autres suivront plus facilement ses raisonnements s'ils ont
sous les yeux la traduction de tous les textes cités.
L. Duv.\u.
Chronique. 121
POSTCRIPTUM.
XXIII.
On annonce que la Clareiidon press va publier un ouvrage de M. John
Rhys sur le Folk-Lorc du Pays de Galles. On v trouvera d'abord un re-
cueil de contes de fées que le savant auteur a publiés dans Y Cyiiiiiiroilor il
y a environ vingt ans. On y trouvera aussi les mémoires plus récents lus
par lui à la Cyminrodonoii Society sur la chasse de T-wrch Trivjth, sur les
puits sacrés et sur les légendes de cavernes du Pays de Galles. Un chapitre
sera consacré au folk-lore de l'île de Man.
XXIV.
Le volume intitulé Musée Cahet. Inscriptions antiques, par le capitaine
E. Espérandieu^ tirage à part des Mémoires de l'Académie de Vaucluse, ne
contient guère que des monuments publiés dans le tome XII du Corpus
iiiscriptionum latinarum. Mais l'auteur a renouvelé ce sujet par les dessins
dont il accompagne les monuments, et de temps en temps le commentaire
contient des critiques des lectures et des doctrines de M. Hirschfeld.
XXV.
La société des gradués de l'Université du Pays de Galles a décidé la pu-
blication de textes gallois. Les deux premiers volumes doivent contenir le
recueil des œuvres de Morgan Llwyd, ecclésiastique puritain, originaire
de Merioneth dans le nord du pays de Galles. Morgan Llwyd vivait au
xviie siècle : pendant la guerre civile entre le Parlement et Charles l' s il
paraît avoir été chapelain dans l'armée du Parlement et, une fois la paix
rétablie, il devint ministre à Wrexham, comté de Denbigh dans la partie
septentrionale du Pays de Galles. Le tome premier a paru, mais ne nous
est point encore parvenu ; son éditeur est M. Thomas E. EUis, mort avant
l'apparition de ce volume.
XXVI.
La librairie Foniemoing mettra prochainement en vente le t. IX du Cours
de littérature celtique. Ce volume, qui a pour auteur M. J. Loth, doyen de
la Faculté des Lettres de Rennes, traite de la métrique galloise.
XXVII.
MM. K. Brugmann, A. Leskien, K. Meyer, W. Foy, F. Sommer,
L. Chr. Stern, R. Thurneysen, E. Windisch, vont offrir une Festschrijt à
notre savant collaborateur M. Whitley Stokes, qui, sur le point d'atteindre
le soixante-dixième anniversaire de sa naissance, a conservé avec la jeunesse
du cœur une infatigable activité scientifique, la même, plus grande même
peut-être aujourd'hui, qu'il y a quarante ans quand il a commencé à faire
paraître la première de ses érudites publications.
H. D'A. ueJ.
PÉRIODIQUES
I.
A une obligeante communication de mon savant confrère M. Levasseur,
membre de l'Institut, professeur au Collège de France, je dois l'intéressante
note qui suit:
« Dans le 54"= volume de la nouvelle série du Rheixischex Muséum fur
Philologie, M. Julius Beloch, professeur à l'Université de Rome, a donné
un article sur Die Bevôlkening Galliens :{^iir Zeil Cacsars. Auteur de Die Beivl-
kert/ng d:r grieschisch-rômischm Welt, M. Beloch est un des savants qui ont le
plus étudié la question de la population en Gaule. L'évaluation de la popu-
lation de la Gaule à l'époque de la conquête romaine ne peut être qu'une
hypothèse très contestable puisque les documents précis font défaut. Sur
les 634,000 kilomètres carrés du territoire jusqu'au Rhin, M. Beloch propo-
sait dans son ouvrage 10 millions d'habitants; M. Levasseur, dans la popu-
lation française, 8 millions. Dans son article M. Beloch donne comme
maximum très douteux 9 millions et demi, comme minimun 4 millions,
comme moyenne 6 millions trois quarts. »
Un certain nombre ''e savants s'imaginent que la propriété foncière était
à cette date constituée comme aujourd'hui. Se sont-ils demandé ce que
vaudrait la propriété foncière dans le même territoire si la population était
réduite au cinquième du chiffre actuel? (cf. ci-dessus, p. 10b).
IL
Zeitschrift FiiR CELTISCHE PHILOLOGIE, herausgegebeu vonKunoMeyer
und L. Chr. Stern, t. III, première livraison, 1899. ^e numéro débute par
un des morceaux les plus courts et en même temps les plus intéressants de
la littérature épique irlandaise, Orgain Dind Rig, « la destruction de Dind
Rîg ». Les événements racontés dans ce morceau seraient, suivant les
historiens irlandais, des faits historiques, et même les faits historiques les
plus anciens dont la littérature épique irlandaise nous ait conservé le sou-
venir. Le récit dont il s'agit se termine par la mort de Cobthach le Maigre
de Brégia, fils d'Ugaine le Grand, Cobthach côcl Bng mac Ugaine Môir. Ti-
gernach, dont la chronologie pour ces époques reculées manque un peu de
précision, commence par considérer la mort de Cobthach comme un événe-
Paiodii]iics. -125
ment contemporain du règne de Perdiccas !<;'■, roi de Macédoine, 69J-647,
et du règne de Romulus, 753-715 (?) '. Plus loin, revenant sur cette pre-
mière assertion, Tigernach place en l'année 18 de Ptolémée I", roi d'Egypte,
c'est-à-dire vers l'an 306 de notre ère, le règne d'Echu Buadach, père
d'Ugaine qui fut lui-même père de Cobthach, licet, ajoute-t il, praescripsi-
mus oliiii Ugaiiie iinperasse, et, dit-il, pour expliquer cette contradiction,
oninia monumeiita Scottoruni iisqiie Ciiiibaed incerta eranl-. Suivant lui Cim-
baed est contemporain d'Echu Buadach père d'Ugaine et grand-père de
Cobthach. La dernière des deux 'dates approximatives ainsi données par
Tigernach s'accorde à peu près avec la date indiquée par le texte que publie
M. Whitley Stolies, c'est-à-dire par le Livre de Leinster ; la mort de Cob-
thach le Maigre serait arrivée 300 ans avant la naissance de Jésus-Christ.
La chronique intitulée Flaithiitsa hEretid (Livre de Leinster, p. 22, col. 1,
1. 49-col. 2, 1. 2) met la mort de Cobthach le Maigre en l'année 308
avant J.-C.
Un des plus anciens textes où nous trouvions mentionnée la triste fin de
Cobthach le Maigre est le poème de Cilla Coemain, hEriii ard, iiiis na rig,
où on lit que ce personnage régna 10 ans « jusqu'à ce que le feu le brûlât
« dans la maison en buvant au festin chez Labraid w.
Co roloisc tene isin tig, ic 61 na flede ic Labraid 3.
Cobthach avait fait périr traîtreusement Loegaire son frère, et le fils de
son frère, Ailill Aine. Labraid, fils d'Ailill Aine, et par conséquent petit-
neveu de Cobthach, vengea ce double crime en brûlant Cobthach tout vif
dans une salle de festin construite en fer 4 et où il l'avait enfermé avec trente
autres rois invités en même temps. Dans cette salle se trouvait la propre
mère de Labraid ; avant de mettre le feu, son fils hésitait : « Ne t'inquiète
pas de moi », lui cria sa mère, « rappelle-toi que tu as ton honneur à
venger! » Et elle mourut avec Cobthach et les trente rois.
Suivent une liste d'anciens auteurs irlandais, la plupart imaginaires, pu-
bliée par M. Whitley Stokes d'après le Livre de Ballymote; puis des mé-
langes extraits de trois manuscrits irlandais, Raiclinson B 502, 512, Luiid
610, d'Oxford, par M. Kuno Meyer : la plupart de ces extraits appartiennent
à la littérature ecclésiastique ; citons cependant trois poèmes, le premier sur
1. Voir l'édition de M. Whitley Stokes, Revue Celtique, t. XVI, p. 578.
Cf. Chronique de saint Jérôme, chez Migne, Patrologia latiua, t. XXVll,
col. 373.
2. Wh. Stokes. Revue celtique, t. XVI, p. 394.
5. Livre de Leinster, p. 128, col. 2, 1. 33. Cf. Livre de Ballyuiote, p. 47,
col. I, 1. 40-42.
4. Cette idée d'ennemis enfermés dans une maison de fer où on les brûle
reparaît dans le Mesca Ulad, édition Hennessy, p. 44, 45, et dans le Mabi-
iiogi àt Branwen, traduction de M. Loth, Cours de littérature celtique, t. III,
p. 76-78; éd. de Charlotte Guest, t. III, p. 88 et suiv., ni et suiv.; éd.-
de J. Rhys et G. Hvans, p. 31 et suiv.
1 24 Périodiques.
Tûan mac Cairill, le second sur le cochon de Mac Dathô, le troisième sur
Ciirôi mac Dâri.
La mort de Cùrôi, tué par Cûchulainn, Aided Conroi, est le sujet d'un
poème que publie ensuite M. Kuno Meyer sous le titre de Briniia Percher tne,
« Vision de Ferchertne ». Ferchertne était le poète de Cûrôi; il prévoit et
annonce la fin tragique de son maître. Ce poème qui paraît dater du yfi siècle
est tiré du Ms. d'Oxford, Laud 6io.
M. Thurneysen étudie l'âge des gloses de Wùrzburg. Revenant sur une
opinion qu'il a exprimée dans la Revue celtique, t. VI, p. 318, il croit
aujourd'hui que la prima mantis du ms. de Wùrzburg doit être contempo-
raine du texte irlandais copié entre 763 et 790 dans le ms. de Cambrai et
qu'elle semble par conséquent dater soit de la seconde moitié du vue siècle,
soit du commencement du viii^. Q_uant à la seconde main, elle serait du
viiie siècle comme le'ms. de Cambrai. M. Thurneysen considère aussi
comme contemporaines du texte irlandais copié dans le ms. de Cambrai et
comme datant de la fin du vii^ siècle les gloses irlandaises sur les Buco-
liques publiées par M. Whitley Stokes dans la Zeitschrift de Kuhn, t. XXXIII,
p. 62-80, et dans la Revue celtique, t. XIV, p. 226-235, d'après le ms. de
Florence, Laurentianus, Plut. XLV cod. 14, et d'après le ms. de la Biblio-
thèque nationale, latin 7960, un des deux ms. dont nous avons parlé plus
haut, p. III, note 6. Cet article est le développement de principes posés par
M. Thurneysen dès 1897 dans le Grundriss de M. Brugmann, t. I, 2e édit.,
p. 188 et 199, où le savant professeur de Fribourg traite de Ve long et de
l'olong en vieil irlandais.
Viennent ensuite deux articles aussi exclusivement grammaticaux, l'un de
M. Strachan sur quelques-unes des gloses de Wùrzburg et de Saint-Gall,
dont il discute et précise le sens, l'autre de M. Zimmer sur des formations
verbales modernes en irlandais.
M. Nicholson étudie l'origine de la collection des canons irlandais. Sui-
vant lui, elle a été formée dans le monastère de Hi, Lj vulgairement lona,
et par l'abbé Adamnan (cf. ci-dessus, p. m). Uexplicit du ms. latin 12021
de la Bibliothèque nationale
Hucusque nuben et eu . cuiminiae . et du rinis
doit être corrigé ainsi :
Hucusque Rubcn et Cû-cuimni lae et Darinis,
c'est-à-dire que le Breton Arbedoc, qui a écrit le ms. latin 12021, copiait
un ms. irlandais, oeuvre de deux scribes connus des annalistes irlandais,
qui mettent la mort de l'un, Rubin, en 724 ou 725, celle de l'autre Cû
Cuimni entre 742 et 747. Suivant M. Nicholson il faut supposer : un original
écrit à lona, probablement par Adamnan, mort en 704 ; une copie de ce
ms. faite à lona par le scribe Ruben ou Rubin ; cette copie, transportée à
Darinis, y aurait été transcrite, par Cû-cuimni, et la copie de Cû-cuimni
ou une copie de cette copie venue sur le continent y aurait été recopiée par
le breton Arbedoc au lx-^ ou au x= siècle.
Périodiques. 125
Le même M. Nicholson discute la valeur du ms. de Chartres publié dans
la Revue celtique, t. XV, p. 175-180 par M. l'abbé Duchesne. Suivant lui,
le ms. de Chartres contient non pas Nennius, mais un ouvrage qui serait une
des sources de Nennius. La rédaction ne remonterait pas au delà de l'année
752, mais une partie des matériaux mis en œuvre aurait été extraite d'une
vie de saint Germain d'Auxerre écrite par un filius Urbagen, qui serait pro-
bablement identique à Paulinus, archevêque d'York, 62J-644.
Dissertation de M. W.-H. Friedel sur neuf vers latins qui se trouvent
dans deux mss. de Nennius.
Continuation par M. Anwyl de son mémoire sur les quatre branches des
Mabinogi. Nous avons déjà mentionné ce mémoire dans la Revue celtique,
t. XVIII, p. 359 et t. XIX, p. 89. Les premiers articles de M. Anwyl ont
paru dans la Zeitschrift fïir celtische Philologie, t. I, p. 277-293, t. II, p. 124-
133-
Les deux derniers articles de fond que cette livraison contient émanent
de M. L. Chr. Stern. Le premier traite des degrés de comparaison en gal-
lois : comparatif proprement dit, superlatif et comparatif d'égalité. Le se-
cond est une étude sur les visions du Bardd civsc, composition d'EUisWynne,
un ecclésiastique né en 1671 et mort en 1734, qui fit paraître en 1703 l'ou-
vrage étudié par M. Stern, dont le titre en gallois est Giuckdigactbeu y bardd
cicsc. On ne peut guère traduire ce titre en français autrement qne par
« Visions du barde endormi j). M. Stern préférerait k barde dormeur »,
Schlajbarde au lieu de eiii geschlafener barde ou Schlafender barde.
m.
Archiv fur celtische Lexikographie, publié par MM. Wli. Stokes et
Kuno Meyer, t. I, 2^ livraison.
Collation par M. Whitley Stokes, du livre de Norris, Ancienl coniish
drama, Oxford, 1859, avec le ms. 791 de la bibliothèque bodiéienne d'Ox-
ford.
Second article de M. Eugène O. Growney sur le dialecte irlandais parlé
dans les îles d'Aran. Le premier article a paru dans la première livraison
de y Archiv, voir ci-dessus, t. XIX, p. 78.
Recueil, par M. John Lyons, de mots irlandais extraits d'un traité du
moyen âge sur la déclinaison latine. A rapprocher du bel ouvrage de
M. \Vhitle_\- Stokes : Irish Glosses. A iiiediaeval Tract on latin Decknsion
with exemples explained in Irish, Dublin, 1860, in-4.
Recueil alphabétique par M. Anscombe de 305 noms d'homme gallois
tirés des généalogies contenues dans le ms. Harléien, no 3859.
Cantiques bretons publiés par M. Ernault d'après le Doctrinal ar christenien
imprimé à Morlaix en 1628, texte et traduction, fe partie.
Corrections au comique des Spécimens of Cornish provincial dialect, by
uncle Jan Treenoodle. L'auteur de ces corrections est M. J. Loth.
Note de M. J. Strachan sur le vieil irlandais afrithi^i, « de rechef, de
nouveau ». Ajrithissi tiendrait lieu d'un ^nm\x\i ar-frithissi, dont le sens
1 26 Périodiques
littéral serait « notre course de retour ». Fritbissi est l'accusatif ou le datif
d'un substantif féminin /n7/;-m5^, composé dont le second terme est esse,
« trace, vestige ». Ce composé exprime l'acte de repasser sur les .traces
qu'on a laissées sur le sol. ^r dans ar-frilhissi serait le pronom possessif
pluriel de la première personne. Dans doridissi, même sens, nous aurions
le pronom possessif singulier de la deuxième personne. Peut-être pourrait-
on supposer que dans les deux cas la particule initiale serait une préposition.
Le morceau le plus considérable de la livraison est l'édition, par
M. Whitley Stokes, du glossaire irlandais attribué à O'Mulconry. Cette
édition occupe 95 pages, les p. 232-324 de la livraison. Le glossaire est publié
d'après le livre jaune de Lecan, col. 88-122, qui date du xrve siècle; la
compilation dont il s'agit remonte probablement au xiiie ou au xive. Le
nombre des articles est de 874. Cette publication est un complément du
Glossaire de Cormac et des autres publications de textes lexicographiques
faites par le savant auteur, telles que le glossaire d'O'Davoren et le Mediae-
val tract on latin dedension ivith examples cxplained in irish.
La livraison se termine par les pages 35-80 des Contributions to irish Lexi-
cography, par M. Kuno Mever. Ce fragment commence au mot ai et finit
au mot ahnout. Les pages 1-5^ ont paru dans la livraison précédente (voir
ci-dessus, t. XIX, p. 78).
5'-' livraison. Les deux premiers articles sont dus à M. Whitle)' Stokes. Le
premier comprend trois glossaires médicaux irlandais, les deux premiers
tiré? du ms. H. 5, 15, xyi^ siècle, du Trinity Collège de Dublin; le troisième
provient d'un ms. appartenant à lord Crawford. Le nombre des articles est de
556. Dans le second article M. Wh. Stokes coUationne la seconde édition
du glossaire d'O'Clery {Revue celtique, t. IV, p. 349-428, et t. V, p. 1-69)
avec l'édition originale qui a paru à Louvain en 1645.
M. E. Ernault continue son édition des cantiques bretons du Doctrinal
dont il a publié les premiers dans la livraison précédente.
M. Loth étudie : i" les formes hrodir, broder et brodorion, pluriel du gallois
brau'd, « frère »; 2° le gallois bal, qui désigne le cheval au front ou à la
face blanche. Il termine par des notes sur les mots irlandais abardal, « très
noir, très obscur, grande obscurité », alani, « troupeau » et coscath,
« obscur ».
Un second article du même auteur est un recueil d'additions et de remar-
ques au dictionnaire gallois de Silvan Evans. Ce travail, qui a 71 pages,
est celui qui occupe le plus de place dans la livraison.
Une note de M. Strachan traite du mot irlandais ail (Windisch, Irische
texte, t. I, p. 350, 351 ; Ascoli, Glossariuni palacohibernicum, p. xxi; Atkin-
son, The passions and honiilies, p. 527; Whitley Stokes, On the Calendar of
Oengu<:, p. ccxii), dont le sens ordinaire est « ce qui plait, agréable ». Il
expose que le sens primitif de ce mot doit être « convenable, à propos », et
il maintient une étymologie déjà proposée par lui, qui consiste à comparer
ce mot avec le gothique fagrs, « propre, utile, bon », en grec cjÔ£to;
(saint Luc, XIV, ^5) traduit dans la Vulgate par utile, dans la « Revised
version » par//. Cf. Brugmann, Grundriss, t. I, 2'^ éd., p. 630.
Périodiques. 127
La livraison se termine par dos corrections et additions de M. WI1.
Stokes à son édition du glossaire d'O'Mulconry (livraison 2 du même vo-
lume), par des corrections de M. Kuno Meyer à son édition des Macgni-
viartha Finit (Revue Celtique, t. V ,p. 197-204), par des additions et correc-
tions de M. J. Loth à ses critiques du dictionnaire gallois de Silvan Evans,
enfin par des Contributions to irish Lcxicography de M. Kuno Meyer,
p. 81-112, commençant au mot almii et finissant au mot arba\ ces Contri-
butions, dont déjà deux parties, pages 1-80, avaient paru dans les livraisons
I et 2 de VArchiv, sont un travail considérable, appelé à rendre de grands
services.
IV.
The transactions of the honourable society of Cymmrodorion
pour l'année 1898-1899 contiennent quatre mémoires. Le premier, par le
Rév. S. Baring Gould, traite des plus anciennes fortifications du Pays de
Galles. Suivant l'auteur les forteresses construites en pierre sans mortier
sont l'œuvre de la race qui a précédé les Celtes dans les îles .Britanniques,
quand même certaines d'entre elles seraient postérieures à la conquête
celtique.
Le second mémoire, par M. David Brynmôr Jones, traite de l'état social
dans le Pavs de Galles à l'époque la plus ancienne à laquelle nous puissions
remonter, c'est-à-dire depuis le départ des légions romaines jusqu'à la con-
quête normande. Ce travail commence par l'observation que voici, et qui
devrait entrer dans la cervelle de bien des savants français :
« Aucune des tribus qui habitait la Grande-Bretagne n'a jamais pris le
« nom de Cymrv. Le mot «c Cvmro » veut dire « compatriote », et ne
« devint en usage qu'après le départ des légions, qui laissèrent l'île se dé-
« fendre comme elle put. II semble que ce mot fut employé pour désigner
« les tribus et les familles celtiques qui reconnurent Cunedda comme leur
« chef après qu'il eût conquis le nord du Pays de Galles » (cf. ci-dessus,
p. 115). Le travail de l'auteur a pour base principalement les trois codes qui
forment la partie la plus importante des Ancient Laws and Customs ofWales
publiés par Aneurin Owen en 1841. M. Brynmor se sert aussi de Giraldus
Cambrensis, Itinerariuni Kambriae.
Le troisième mémoire est une étude sur Geoffre}' de Monmouth par le
professeur W. Lewis Jones. Suivant l'auteur, VHistoria Britonum était déjà
rédigée en 11 39, mais c'était un premier jet, et l'édition définitive était ter-
minée avant la fin de l'année 1 147. Quelle en a été la source? Est-ce un
livre breton aujourd'hui perdu? Est-ce pour une partie la tradition bretonne,
et pour une autre partie simplement l'imagination de l'auteur? La seconde
hvpothèse est certainement vraie, sans qu'il y ait certitude absolue, qu'on
doive complètement exclure la première. M. Gaston Paris est un des prin-
cipaux écrivains dont l'auteur cite et discute le témoignage.
Le volume se termine par une étude de M. Isaac Foulkes sur les impri-
meurs, éditeurs et libraires du Pays de Galles.
128 Périodiques.
The journal of the royal society of AxnauARiES of Ireland, 5e
série, tome IX.
2^ partie. Des mémoires, tous fort intéressants que contient cette livraison,
celui qui semble le plus devoir attirer l'attention des archéologues du con-
tinent est l'exploration archéologique des îles occidentales de l'Ecosse, qui
occupe près de moitié du fascicule, et qui est ornée de nombreux dessins,
parmi lesquels plusieurs représentent des croix monumentales, les unes un
peu rustiques, les autres très ornées, et qui sont de véritables oeuvres d'art.
Quinze pages sont consacrées à la description d'Iona, mais il semble bien
qu'on n'y trouve rien aujourd hui qui remonte à l'époque de la fondation
du monastère.
3e partie. Nous signalerons dans ce numéro : 1° un mémoire sur l'abbaye
de Durrow; l'auteur y reproduit la traduction par M. \Vh. Stokes d'un
poème attribué à saint Columba et conservé dans un ms. delà bibliothèque
bodléienne, mais il ne donne pas le texte de ce morceau ; 2° une étude du
D"" George U. Macnamara sur les croix de pierre de Ui Fearmaic en Irlande
dans le comté de Gare ; neuf planches insérées dans le texte illustrent ce
travail. La continuation de l'exploration des îles occidentales de l'Ecosse
occupe une grande partie de cette livraison, et dans le compte rendu on
trouve décrits et reproduits par la gravure, outre beaucoup de monuments
du moven âge, des monuments préhistoriques d'un haut intérêt. On voit
aussi racontée dans cette livraison la découverte d'une inscription ogamique;
M. J. Rhys a étudié cette inscription, qu'il a lue maq.ui cagileb[i].
4e partie. Monuments préhistoriques de Burren, en Irlande, comté de
Clare, par Thomas J. Westropp : — Croix monumentale de pierre à Moone,
par lord Walter Fitz Gerald. — Mémoire de M. John Rhys sur les ogams
de Drumloghan: 1° manumagu nogati mocoi macorbi ; 2° calunovica
M.\Q.UI MUCOI LIT0S;30MAQUI IXIs[SIONAS] [MaJtTEAS ; 4° CUXALEGEA MAQ.UI
C...NA LARCEDIAVE Q.UECL\ ; 5° BIGU MAQ.UI; 6° BIR-MAQUI MUCOI ROTTAIS ;
7° M.\Q.ui ne[ta-sego.mo\]as; 8° den.\vec[a] [m]ocoi medali ; 9° [corr]-
BRi; 10° DEAGOS MAQ.UI MUCo[i] TOTRAi. — Notcs sur un craiiiiog Q\. d'autres
découvertes dans le comté de Wexford par sir Thomas H. Grattan Esmonde.
■ — Mémoire par M. Robert Day sur des ornements d'or trouvés près de
Cloyne dans le comté de Cork. — Note sur une inscription ogamique trouvée
à Cairan ; M. Rhys lit : covagxi maqui mucoi luguni.
VIL
Annales de Bretagne, publiées par la Faculté des Lettres de Rennes,
t. XW, no 4, juillet 1899. ^- E^ile Ernault traite de l'épenthèse des
liquides en breton, comme dans ersqina, « agacer », du vieux français «-
qnigner. — Suite des chansons de la collection Penguern publiées par
M. Pierre Leroux. Les morceaux publiés dans cette livraison sont au nombre
Périodiques. 1 29
de quatre: « Le fils ingrat », « Le père dénaturé », « Le fils libertin »,
« La veuve ». — M. Loth, sous le titre de « Recherches dialectales bre-
tonnes », nous donne un échantillon du breton de Plogoff, « La chan!^,ûn
de Jeanne Normand », Gwer^ Jaiick an Normand.
Tome XV, n° t, nov. 1899. Notes d'étymologie bretonne par M. E. Er-
nault: 1° Ach-amen, expression de mépris; c'est un mot composé dont le
premier terme est l'interjection ach et dont le second terme amen est emprunté
à la langue ecclésiastique. — 2° hein gar, « le devant, littéralement le dos
de la jambe, par opposition à kof gar, le gras, littéralement le ventre de la
jambe. — 3° Ket, « pas, rien », particule qui renforce la négation, est un
mot breton étranger aux autres langues celtiques. — 4° Khipen, dans la for-
mule consacrée klupen-gar, « le devant de la jambe », est identique à khipcn,
« crête de coq ». C'est une variante de kribeti, en gallois cribyn, « crête,
arête, sommet », dérivé de crib, « peigne » et aussi « crête ». — Suite
des contes irlandais publiés en irlandais par M. Dou^'las Hyde et traduits en
français par M. G. Dottin. « Finn mac Cumhaill et la femme rouge ». —
Chansons bretonnes de la collection Penguern, publiées par M. Pierre Le
Roux : Quatre malheurs ; Le goëmon de Trebeurden ; Givers de Plestin ;
Gwers du gâteau.
vm.
BoLETiN DE LÀ REAL ACADEMIA DE LA HiSTORiA, t. XXXVI, première li-
vraison, janvier 1900. Dans un article du marquis de Monsalud sur les ins-
criptions romaines inédites d'Estramadure on peut remarquer celle-ci :
Luhacnus Tancini J(ilius). Apana Leiiri f(ilia) h(ic) s(ita) e(sl). S(it) t(ibi)
t(erra) l(evis). Tanciniis f(acicndtim) c(HravU). Le nom d'homme Leuros
peut être identique à l'adjectif irlandais hiir, leôr, lôr « suffisant ».
IX.
Archaeologia Cambrensis, 5e série, t. XVI, no 65. Notice sur la forti-
fication celtique connue sous le nom de Caynhani camp. C'est une enceinte
en terre qui a 680 yards de long sur 140 de large, soit 621 mètres sur 128.
La contenance n'atteint pas neuf acres. Elle est d'environ 3 hectares et
demi.
Mémoire de M. R. W. Llewellyn sur les antiquités trouvées à Pen-y-fai,
près de Bridgend. Le premier monument étudié est une chambre circulaire
souterraine précédée d'un couloir et qui présente une certaine analogie avec
des monuments préhistoriques ; mais il est certain que cette chambre a été
habitée au xvii^ siècle, serait-elle de cette date? Citons encore les débris
d'une croix monumentale beaucoup plus ancienne. — Exploration par le
colonel W,-L. Morgan d'une forteresse antique à Bishopston, Gower. Sui-
vant l'auteur cette forteresse serait postérieure à l'invasion normande. —
Notice sur des bijoux de l'époque romaine trouvés à Carregwynion Rocks,
Radnorshire ; ce qu'il y a de plus curieux est un bracelet dont le dessin est
donné ; ce bracelet paraît de travail celtique.
Revue Celtique, XXI. 9
MO
Périodiques.
X.
Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung, t. XXXVI, 3" li-
livraison. Études celtiques par H. Zimmer: 1° le breton mar, arvar
« doute ». en comique mar ; 2° l'irlandais eneclann « prix de l'honneur »
littéralement « prix du visage » en gallois gwynchiverth, en v. breton enep-
niterth; 30 comique arlitit « seigneur », gallois arlwydd, arghvydd; 4° irlan-
dais cirdiib « très noir », gallois /)»ri«; 5° gallois Sais, au pluriel Seison
« anglais »; 6° irlandais c.iin, « tribut », gallois, ceiniog, employé pour
traduire l'anglais /f^Hv, cf. irlandais r/andt^, « menue monnaie »; j° vieil
irlandais bagim « je combats », bJg « bataille », gallois beio « blâmer, cen-
surer », bai « faute, erreur, vice, crime »; 8° M. Zimmer conteste l'exis-
tence d'un verbe celtique *skaiid; suivant lui, le verbe est *karto, et s le
débris d'une préposition préfixe.
4e livraison. Suite des études celtiques de M. Zimmer. 1° Nominatif-
accusatif duel des thèmes en u- en vieil irlandais. Suivant l'auteur tri-giun
« par la bouche », dans le ms. de Milan, veut dire littéralement « par les
deux mâchoires yi,etgiun tient lieu d'un primitif ^^^^Hf/, nominatif-accusatif
duel ; 2° le vieil irlandais asbert et asrubart. M. Zimmer contredisant
M. Thurneysen, pense qu'asbeii « il a dit » a sens d'aoriste, et asrubart
sens de parfait ou même de plus-que-parfait, « il avait dit ».
XI.
Mémoires de i.a société de linguistique de Paris, tome XI, 4^ fasci-
cule. Sous ce titre « De l'imparfait du subjonctif en moyen-gallois »,
M. J. Vendryès étudie dans les textes moyen-gallois un temps secondaire
caractérisé par un suffixe dont la consonne est /;, qui souvent disparaît,
mais après avoir assourdi l'explosive sonore qui précède. Ex : geinghci, « il
entrât », de geiiigio, « s'introduire »; cretei^ « il se confiât », de credu
« croire ». Cet /; est le représentant moderne d'un ancien s devenu aussi b
en vannetais, mais /en léonard ; ce serait le subjonctif de l'aoriste sigma-
tique indo-européen.
XII.
The classical review, tome XIII, p. 522, et tome XIV, p. 51, discus-
sion entre M. F. Haverfield et M. Alfred Gudeman sur la question de savoir
si Agricola a fait une expédition en Irlande. M. Haverfield croit que non,
M. Gudeman prétend que si. Le texte de Tacite, Agricola, 24, me paraît
formel dans le sens négatif et donner complètement raison à M. Haverfield.
XIII.
La parole, revue internationale. Les articulations irlandaises étudiées
à l'aide du palais artificiel, par M. l'abbé Roussclot. L'auteur explique par
Pcriodiijues. 1 5 1
quels mouvements de l'appareil vocal se produisent les sons si variéb de
l'alphabet irlandais. Des figures nombreuses font comprendre la doctrine de
l'auteur.
XIV.
The scottish review, t. XXXIV, n" LXVIII, octobre 189g. Étude par
M. W. A. Craigie sur la ballade ossianique depuis les temps les plus anciens
jusqu'à nos jours, tant en Irlande qu'en Ecosse. Voici la conclusion de l'au-
teur : ceux qui de nos jours font des recueils de ballades ossianiques rendent
plus de services que James Macpherson avec sa réputation européenne, bien
affaiblie aujourd'hui, mais qui cependant n'est pas encore inoffensive.
XV.
Revue archéologiq.ue, tome XXXV, juillet-août 1899. Répertoire épi-
graphique des départements de l'Aisne et de TOise par M. Seymour de
Ricci. Nous y signalerons quelques noms de potiers intéressants, bien qu'ils
aient été signalés ailleurs, comme Divkatits, Doveccits, Andecanis, Conii-
niiis, qu'on trouve dans V AUceltischer Sprachscbali de M. Holder, enfin
Caïuiaciis, qui y fait défaut.
Septembre-octobre, même année. Zagreus, le serpent cornu, par M. Sa-
lomon Reinach. La légende sacrée de la naissance, du meurtre et de la
résurrection de Zagreus fait le fond de l'orphisme, dit le savant auteur :
deux serpents divins s'accouplent; il naît un œuf divin, de cet œuf sort un
serpent cornu, qui est un dieu. Cet œuf de serpent serait identique à Voviun
anguinum tenu en estime par les druides, Pline, Histoire nahirelle, I. XXIX,
§ 52, et le serpent cornu dont nous venons de parler se retrouve sur les
monuments de la mythologie celtique. Le mythe de Zagreus est d'origine
thrace ; il semble y avoir entre les Thraces et les Celtes à ce point de vue
une incontestable parenté. On sait qu'au deuxième siècle avant J -C, il y
eut en Thrace un royaume celtique (L. Kontzen, Die ÏFandentngeii de)-
Keheii, p. 209-220; Cary, Hisioire des rois de Thrace, p. 44-47).
Novembre-décembre. M. Cagnat, Revue des publications e'pigrapbiques,
n° 184, signale dans Iq Journal of hellenic studies, 1899, p. 82, une inscrip-
tion grecque trouvée à Yokarou où on a lu le nom d'homme ZMEPTQN;
c'est un père dont les enfants s'appelaient AOMNA et AAA.\. Dans les
Noti:(ie degli scavi di antiquitâ, 1899, p. 209, il relève un fragment d inscrip-
tion de Turin DONNi régis ... cotti. De qui s'agit-il ici? N'est-ce pas du
père et du fils, de Marcus Julius Donnus, et de Marcus Julius Cottius qui
vivaient à la fin du premier siècle avant J.-C. et dont le second donna son
nom aux Alpes Cottiennes? Voyez les textes réunis sur eux par M. A. Hol-
der, ^//cf//w/:'('j- 5/'rrt<;/«6:/;af:;;, t. I. col. 1144, 1507.
XV.
Preussische J.\hrbucher herausgegeben von Hans Delbrûck, t. 99, li-
1 ^ 2 Périodiques.
vraison 5. Étude sur le mouvement celtique contemporain dans la Bretagne
française, par M. H. Zimmer.
XVII.
Revue ÉPiGRAPHiaf e, livraisons de juillet, août, septembre 1899, et
d'octobre, novembre, décembre de la même année. Continuation du travail
de M. Allmer sur les dieuK de la Gaule celtique : Mercurius Victor Magnia-
ciis Veilaiiniis ou Vellaiinus, Maires, Mairoiiae, Meiiniandittae, Minmaiitiae,
Mercurius Moccus. Suite de la traduction du mémoire de M Hirschfeld sur
les Eduens et les Arvernes.
XVIII.
Beilage zur Allge.meinem Zeitlkg, Munich, 18 et 19 décembre 1899.
Étude sur le rameau celtique des langues indo-européennes : Der kelliscbe
Sprachslaiiuii, par Ferdinand Sommer. L'auteur n'a pas de parti pris entre
deux hvpothèses, l'une que par l'effet d'un long voisinage les Celtes et les
Italiotes se seraient fait mutuellement des emprunts à une date très an-
cienne, l'autre que les Celtes et les Italiotes seraient deux sections d'un
groupe d'abord unique. Il ne paraît pas convaincu que le changement de
la gutturale vélaire sourde q en p ait été en gaulois une loi sans exception :
petor-rituni « chariot à quatre roues » en est pour lui le seul exemple cer-
tain. La lettre/) de V Allceltischer Sprachschat\ de M. Holder n'a pas encore
paru ; quand elle sera publiée, les idées de M. Sommer se modifieront pro-
bablement sur ce point. Il est du reste instruit et judicieux. Instruit, par
exemple il connaît la doctrine de M. Thurneysen sur la date des gloses irlan-
daises de Wùrzburg, qui seraient antérieures au ms. de Milan (voir ci-
dessus, p. 124). Il est judicieux dans son appréciation de la littérature irlan-
daise : si Macpherson a fait beaucoup de dupes, M. Sommer croit avec
raison que la riche littérature conservée par les mss. irlandais récompensera
largement la peine de ceux qui étudieront ces vieux monuments d'une civi-
lisation originale, bien mal connue par nos contemporains.
H. u'Arbois DE Jlbaiwille.
THE BODLEIAN AMRA CHOLUIMB CHILLE
Revue Celtique, loiiie XX.
CORRECTIONS AND ADDITIONS.
P. 45, last line, before said insert had
47, 1. 2, before ordered insert had
I. 3 3, for cooked rend broiled
49, 1. 7. The word corr, hère and in pp. 41, 51, rendered by
« crâne », probablv mcans « héron ». The jeu de mots
in p. 49 might be in imitated in sanskrit, baka-s « ardca
nivea », meaning also hypocrite, deceiver.
134. 1. 12, ro naisc co roloinm, according to Prof. Henebry, means
« bound this tightly » — adverbs often accommodatiiig
themselves to the meaning of the verb. Thus rtig se go
diibh ar a sgôruach « he caught him tightly. Ht. blacklv,
by the throat. »
155, 1. 4, ^i(i As some one says:
136, 1. 5, for saeguî sdr seems to mean « on the world » (Henebry).
138, note i,for a rend A
141, 1. 23, for as he was straying read by error
142, 1. 3 from bottom, correct tabar Xo tabair (imperat. sg. 2), and
translate tabair iiniuach bv « bring out », (Henebr)').
144, 11. 14, 19, 24, dek [t], [th], [ath]
14). 1. 2, for because ... Praise read for adulation, or for (his) eagcr-
ness to make the Praise », (Henebry).
II. 16, 19, 23, 28, for renarration, redoubling, renarrating, rei'ol-
ding n'(/(/its narration, itsdoubling, narrating it, folding.
146, 1 I, dele [th]
1.J7, 1. I, for renarration read its narration.
150, 1. 3, for .iii. read .iii[ij.
131, last line /or example read dechned
155, 1. 3, « ?Yfl(/ or to signify that what is an idol is not God. » Prof.
Henebry thinks that diajis is hère équivalent toKeating's
diî chur i océill.
1 34 Corrections diui Additions.
P. 156, 1. 3, from end; 0»/;/ |Ieg. a olcc]
157, 1. I, for from read at (Hencbry).
11. 10, i}, for behind clouds ri'ad aftcr clouds, i. e. after having
passed through clouds (Henebry).
1. 5 from bottom, read: iho « 1 will go to the bad in the palace. »
160, note 9, add sceo = Cymr. heihio, bret. hebiou « outre » (Victor
Henry).
165. That ccis means some kind of lute seems clear from the fact that
in the Brudeii Da Choga it is thrice accompanied by the
epithet a'HK/o// « hole-headed ».
169, 1. 18, for un to read unto.
1. 22, read i. e. Colomba was an eminence, i. e. such was his de-
light Ifotni cogn. with Germ. woiitie?] in teaching the
Law. With ivpo dia foiin cf. ro bôi du chensi Duaid « such
was David's clemency », Ml. 55'' 4.
171, 1 . 5 , hefore it insert he owned
173. Perhaps « laudations » is hère put for the blessed spirits, as in the
Divina Commedia, Par. xix, 37: quel segno, che di
lande Délia divina grazia era conteste.
175, Uist line, read: more iiterally : a restive horse runs a\vay: (he)
under whom it is fell and broke his bones.
179, List linc, « death he went to », more literallv: « journey (intecb)
he went. »
248, 1. 6, dele the comma after larraid.
1. 8, dar, darcenn should hère, perhaps, bc translated by « in
return for. »
I. 2 from bottom, t7;/oJ for rWo//;.'' The meaning perhaps is « thou
hidest thine hospitality {cloth .i. enech, Ir. Texte, III,
290) as ivv hides a wall or tree ».
251, note 3 . luchna is called ri Fer Falgai « king of the Men of Falga »
(the Isle of Man r), in YBL., p. 123''.
252, 1. 6. Prof. Henebry says that /t,'//;(:rtt'i7;raeans « one eye asquint. »
« The first Beresford », he also says, « who came to
Curraghmore and married Caitlin de Poer, Countess of
Tyrone, had a son who later was called the Tigheartia
Caoch, because one of his eves was crooked. »
with caecli « squinting « cf. Skr. lieliara-s.
255, 1. 2, for coming to read resorting to.
II. 7, 8, i. e. « He would as lief read the books of John Cassian
as the books of the Law », (Henebry).
257, 11. 12, 13, iS, for read read studied (Henebry)
261, note I, 1. 4, /or in read is
266, 1. 2 from bottom: hère diiine is Middle-Irish spelling for diiini
(gen. sg.), Henebry. Translate therefore thus : in the
place where he used to perform his dévotion he used not
to hcar a human bcing's cry.
Corrections and Additions, 1 3 5
267, 1. I, Cl/ter 81 iiisert he was gtntle, i. e. leiiis
269, 1. 7, for diseases rcail labours
1. 17, for K we trust » Prof. Henebr\- would say « \ve put ourliope
in )).
1. 24, aftcr i. e. inserl i. c. Christ will give liim thc reward ofliis
service. Or
271, § 94, for (but) net of idols rend notan idolater. That t'dal or iiuhiJ
(borrowed from Lat. idîdiiin, idôlinii, pi. iiidida Ml. 42-'> 1 2)
means « idolater » as well as « idol » is clear from the
gloss iudalib (gl. superstitiosis) Ml. 60^ i, and from
thc followingquotations ; tre thuaith nan-idal, bîbdanas
na n-idal. Rev. Celt., XX, 278. Maith Molaisi, ar
Fursa, cia noemh fil isin mhonaid ? Idhul fil ann, or
Molaisi .i. deman cailligi « Well, Molaisse, d quoth Fursa,
« who is there in the bog? » « An idolater is there », savs
Molaisse, « a devil of a nun. » Book of Lismore, fo. 42'' 2.
Is omun leamsa, ol se, saethar na menmanradh do chai-
thimh fria gnimradh idhul 7 ainchreitmech « I ani
afraid », says he, « to spend mental labour on the decds
ofidolatersandunbelievers », Marco Polo, Celt. Zeitschr.,
I, 246. Impôidhid na hidhla na longa cona seola a n-
agaidh ghaeithi la a ngeinntleacht « the idolaters, by
their magie (lit. heathenism) turn ships under sail against
the wind. » ibid., I, 422. In the Gaelic Maundeville
(ibid., II, 2, 14) and the Irish bible (Matth., 27, 29)
idbal means « Jew ». Iiihhal (pi. dat. iiibalaib, LB.
280!^ 40) is a phonetic corruption of ludbal.
273, note 5, add and the gloss ar in tinvûegiui .i. sechis ar ind forcetul
(gl. pro-mulgatione) Ml. ■]i^ 18.
note 8, add Conversely we find allaich for allaid and faih'ch for
fiiiid.
276, note 6, for nalc read ndte
277, 1. II, Perhaps we should read in the text Kddi- in niacc, and then
translate : Truly he is the son. Compare Wb. 2^1 1,24^^11.
1. 15, for he is not read truly he is
1. 18, read ... seest without sin did not ...
279, note 4, 1. i,for dl. read pi.
281, 1. 21. Columba was first buried in Hi: his relies were afterwards
translated to Saball (Said) in the Co. Down, and then
to Downpatrick, Hence he is hère said to hâve been
« thriee buried ».
406, 1. 2, crocbi for croche, gen. oîcroch, is hère used in a figurative
sensé for « mortification of the flesh », « self-denial ».
Fr. Henebry refers to Luke, IX, 23.
411,1. 9, for went not read would not go.
415, 1. 20, for for read oL
1 5 6 Corrections and Addilions.
P. 415, 1. 10, Prof. Henebry takcs foc as referring to the saint, not the
culogv, and would render thus : « glorious was the
course inspired unto him from above ».
41 j, note 5,1. 3, before future insert sigmatic
421, 1. 21. Roih croi may perhaps mean « Wheel of Death », i. e. a
circular brooch or fîbula, passing on the death of its
royal owner to his successor. crô a. bas, O'Cl.
423, 1. 22, Ro dannaigsedar « they muUiphed » (Henebry).
424, 1. 23, addls amlaidh sin ro hictha na tri cesta sin ar a Xaimc Co-
htm cille anair.
425, 1. 29, for read rcad studied
427, II. 7, 8. A punctum delens seems under the 0 of aireochî^.f, and
« a a cheill » is a misprint for « 7 a cheill ». Rcadthere-
fore : Ociis ro bean in clerech rigi de 7 airech;/.s' air 7 a
cheill, etc.
450, 11. 4, 5. « Armenia » is probably a scribal error for « Armorica ».
433, 1. 2, for « under » read to (Henebry).
1. 23, for Moreà read Morca..
435) 1- 7) fi'' 'i^ killed Cumâin, son of Colm.in read Cumâin, son ol
Colmân, killed him; and see Reeves, Cohimha, p. 255,
citing Keating.
436, 11. 7, 8, for to be etc. read that their résurrection might be in the
sanie place (i. e. that they might be buried together,
Henebry).
Whitlev Stokes.
Le Propriétaire-Géraul : Veuve E. Bouillon,
Chartres. — Imprimerie Dukand, rue Fulbert.
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CALENDRIERdeCOLIGNYCAIN)
Aise^é/a^e d,s Fragments parMM.Dissard et fyir-andieu
Complémenli par M. EspérandieLj .
S^Maixent, Sefitemhre 1900
Fac-slm/le d'un Fragment
Teie de statue c/écou\ferée parmi
les fraç/fy^enéi cJu CaJendrier
ÉTYMOLOGIES VANNETAISES
I. ARI; BA.
Dans une liste de mots recueillis en pays vannetais par
M. l'abbé Buléon, qui m'a fait l'amitié de me l'envoyer, se
trouve cette phrase : has eurvuoh ari cr stag, conduire une vache
par la corde, en laisse. Ct. en an\ id., trccorois hcli, breton
moyen e ry, etc., Glossaire iiioy. bret., 2" éd., 220.
L'explication, proposée à cet endroit, du petit tréc. Dwùd
helihini, aller à qui mieux mieux, par *e ry peb-ini, a quelque
appui dans ce passage du même manuscrit Buléon : ind ou des
ha unaù, ha :^('w, ils en ont chacun un, chacun deux, où ha
est pour heh a, usité en Tréguier. Sur l'aphérèse, on peut voir
Gloss., 324-327; cf. encore en léonais rao ■ii'ar-n-e:{haii ! rao
d'e:{lmn ! « honte à lui ! (parlant à un enfant) », Nouvelles con-
versations, Saint-Brieuc, 1857, p. 122, de ]}arao (Mémoires de
la Société de Linguistique, XI, 92, 93), d'où araou~, querelleur,
Bleuniou-Brei:^, 182; en bas Tréguier araous veut dire « qui
coupe la parole », comme me l'a appris un bon connaisseur
de la langue actuelle, M. François Vallée.
La réduction de * heli-pehini à helihini serait, d'ailleurs, de
môme nature que le traitement du français capable, en petit
Tréguier : kdh dé, capable de, à côté de kâpabl, habile, qui a
de la capacité. Le P. Grégoire donne capapl, van. id. ; le Dic-
tionnaire vannetais de l'A. capabe ; on lit capabl da, Gregor
Messala, Landerneau, 1846, p. 71, etc.
2. BERLOBIEIX.
Ce mot, traduit « déraisonner », Buléon vis, a été mal ex-
Revue Ctllicjue, XXI. 10
I jS E. Ernault.
pliqué, Mém. de la Soc. de Liti^., XI, 95 ; une meilleure ét}'-
mologie en est donnée ^4;/»^/^^ de Bretagne, XIV, 530, 531.
3 . BRE.
Goleuen-bré^ chcindelle de résine, Bul. ins. Ce dernier mot,
signalé par M. Loth en van. de Quiberon, Revue Celtique, XVI,
334, vient du français hrai.
4. DIGOUPEIX, DIBOUKEIX; DIBUSQUEIX ; POUFF ; FOÛl;
DEOUIEIX; DEFOUI.
I. Digoupein est traduit « arriver, apparaître brusquement «
dans le petit index dont M. Buléon a fait suivre son Histoér
santèJ, Vannes, 1896. Sa liste manuscrite ajoute: « Dans le
haut pays on dit diboukein ».
Je crois que ce dernier vient du franc, déhouqiier, et est de-
venu digoiipein par métathèse. Sur ce phénomène phonétique
en breton, voir Gloss., 456-458; ^/z^/.Jf T^rcf., XIV, 53 1-534 ;
et plus loin, n° 10.
II. Un fliit semblable s'est produit hors de Vannes dans un
synonyme : dibonffa « débucher, ou débusquer, sortir du bois,
d'un lieu qu'on occupe »; « s'esquiver, s'enfuir avec légèreté »
P. Grégoire de Rostrenen; dihoitfa, déboucher, sortir d'un dé-
filé, etc., débucher, sortir du bois. Le Gonidec ; v. a., trouver
quelqu'un que l'on cherche depuis longtemps; v. n., en Cor-
nouaille s'esquiver, débucher, Troude; v. a., débucher, dé-
busquer, dénicher, chasser d'un poste, v. n., sortir d'un trait
et subitement (avec exemple de Combeau), notes manuscrites
de G. Milin ; débucher, sortir du bois, du Rusquec. Dans la
phrase citée par Troude comme familière, diboiifa he nei:(^ da
euiin dcn, finir par découvrir la demeure d'une personne, Milin
ms note la variante difoiipa; le même auteur a employé ce mot,
MarvaiUou grac'h-k\, 61: he skoiiani a lifoupa:^. . . he begih er
n2ea~, un petit bout de l'oreille de l'âne s'échappa (de la peau
du lion).
Difoupa est une métathèse de diboiifa, lui-même composé
Pjymolooies rannctaiscs. \ 39
d'une interjection poiif qui se montre dans la plirasc vanne-
taise oeit égiiitt' eau en des groeit pouf « il a mis la clef sous la
porte », Mcin. Soc. Lini^., XI, 104. Une formation voisine est
l'anglais to pop in, entrer subitement, de pop, crac ! onoma-
topée qui, comme nom, désigne un bruit soudain et aigu (d'où
popgiin, canonnière). Cf. en franc, pouffer, bouffer, ancien-
nement s'eshouffcr à rire, s'chlnffer de rire (Eveillé, Glossaire
saintongeais , 139), etc.
III. Une autre interjection vannetaise a un emploi analogue
à celui de pouff' : ctsifoiïi, fi! dans ...a lare e vatineseu d'er
giilop, d'cr foi'ti, (il) était un grand débrideur de matines, Châ-
lons ins.,\. débrideur. Cette locution d\r foi'ti, à la hâte, pré-
cipitamment, a peut-être donné lieu au composé deouiein, se
dépêcher. Chai., TA., deoui, là.; m., presse, empressement,
l'A., expliqué autrement, Gloss., 154, et qui serait pour * de-
iioui-ein, de*defouiein. L'influence française a dû maintenir 1'/
dans dcfouïen, defouiale, défier, defoui, id., et s. m., défi, l'A. ;
le changement de ce son en u consonne a lieu, par exemple,
dans diîtcnn, défendre; pour sa chute, voir Gloss., ^66.
IV. Cf. encore dijoual, dichoual , en van., selon Troude,
« v. n., crier pour chasser les poules et les oiseaux «; Milin
ms a cet exemple en dialecte de Léon : « dichoual ar brini di-
luar an ed, renvoyer, chasser les corbeaux des champs de
blé » ; de chou! interjection pour chasser les poules et les pou-
lets en Tréguier, Goello et Cornouaille, Rev. Celf., IV, 148 ;
chou « cri ... pour chasser les poules et autres oiseaux » [en
Léon], iMilin nis; « chou, v: dicho », Roussel iiis, sans tra-
duction (v : est l'abréviation de vel, ou ; il n'}- a point d'article
dicljô); dichou! dichou ! en breton, Sauvé cité par xM. Rolland,
Faune popuhiire de la France, VI, 27; ancien franc, chou!
chou ! usité en divers endroits, messin chô ! etc., ibid.
V. Des verbes de son et de sens voisins de dibouhein, di-
goupein, sont :
r° en van. dibusquein « débuter une boule », Châl. ms, du
franc, débusquer ;
2° hors de Vannes dibourcha, déboucher d'un lieu où Ton
était caché, en sortir, Troude, Moal, du franc, déboucher ; sur
l'épenthèse de Vr devant ch, voir Aun. de Bref., Xl\\ 524-5 26 ;
140 E. Ernaiill.
3° âifonrcqa « débucher, ou débusquer, sortir du bois, d'un
lieu qu'on occupe », Grég., difourka, déboucher, sortir d'un
défilé, etc. ; débucher, sortir du bois; débouquer, sortir d"un
détroit. Le Gon.; v. a., débusquer (une béte sauvage), Trd;
débucher, sortir du bois; débouquer, sortir d'une impasse, du
Rusquec ; probablement d'un descendant roman da fuira (cf.
moy. bret. dijforch, partir, qucnt- ... c-difcrcbiff, avant que je
quitte la place) ;
(3° bis) dibourka, v. n., déboucher d'un défilé, Trd; mais
cette forme est fausse : Troude l'a insérée au dictionnaire
bret. -franc. (1879) parce qu'il la lisait dans son dict. fr.-bret.
(1869), p. 241 ; comme là il l'a fait suivre d'un G, abréviation
de Le Gonidec, et que Le Gonidcc ne l'a pas, ce ne peut être
qu'une erreur pour difourka (et non pas pour dibourcha, comme
l'a corrigée Moal, p. 44);
4° difoucha, débusquer. Suppléaient aux dict. bretons, Lan-
derneau, 1872, p. 80; se déblottir, Moal, doit être une combi-
naison de difourka avec le suivant;
5" di:{oucba, débusquer, SuppJ. aux dict., 80, se déblottir;
déboucher, sortir d'un lieu où l'on s'était caché, Moal, di~ou-
cha, dijoucha, se montrer, se faire voir, après s'être caché der-
rière quelque chose, Gon., sortir du heu où l'on s'était tapi
ou blotti, soit en jouant, soit autrement, Trd, disoucha, pa-
raître, se montrer, se faire voir après s'être caché, Roussel
ms, =^ disoucha, éveiller, P. Maunoir ; de soucha, se blottir, se
tapir, dormir légèrement, Gr., dormir, Maun., pet. Trég.
chouchah, se blottir; cf. choucficq, chouchoucq, (faire) dodo, Gr.,
van. chouquein, s'asseoir, souf^ er goug, la nuque du cou,
Châl., etc., Gloss., 104, 181;
6" mo}'. bret. discoa:;caff, débusquer (une béte), cf. pet.
tréc. diskoach, découvert, qui n'est pas caché, 'n iin diskoach, se
découvrir; de scoacha, se blottir, Gr., tréc. koachet 'n bokoan^e,
asse3'ez-vous, etc., Gloss., 176, 608.
5. HOL.
Peira e bol doh ton « qu'est-ce qu'il a ? qu'est-ce qui le
Êlymologics raimetaiscs. 141
prend ? » Bul. )iis, se dirait en petit Tréguier: pcra c'hoar cfan?
Hol répond à c'hoar, proprement « il arrive », infinitif moy.
bret. hoanioiil. Pour 0 de oa, d. horri, se débattre, gronder,
Ircii aori-ger, du bien en abondance, Bul. dis, de hoari, jeu;
voir Rt'v. Celt., XIX, 199, 209, etc.
Le changement d'r en / est fréquent en breton ; nous en
avons vu un exemple plus haut, v. ari. Souvent c'est le ré-
sultat d'une dissimilation : tréc. prcspoUte, prospérité, etc.,
\o\rGloss., 435, 451, 484, 572, 687, 692; Rev. Celt., XVI,
190; XIX, 201, 361; explication qui peut être étendue à cer-
tains cas où un autre /' se trouve dans un mot voisin uni par
la prononciation: pet. tréc. niwâl-dii, des mûres, léon. inotiar,
de ar iiiouar-dn, les mûres, etc. ; de même ici le van. Ijol de
petra * bor? Dans ce fragment populaire à Trévérec :
O! lest ail ôr diôl, diôl,
O ! lest an or diôl, niar plich ;
Evcl iiian 'c'his gaùt dôr an osfis,
O ! lest an ôr diôl, inar plich !
« oh ! laissez la porte ouverte, ouverte, oh ! laissez la porte
ouverte, s'il vous plaît ; comme c'est l'habitude pour la porte
d'un hôtelier; oh ! laissez la porte ouverte, s'il vous plaît »,
c'est sans doute la syllabe ôr qui a fait changer exceptionnel-
lement di(g)ôr en diôl .
Les rimes de r et / sont assez communes : chétal, doar,
Choces, Vannes, 1835, p. 198; fur, ::^nl, Gwer:^io!i Brei:^-I:{el, I,
324, 328; daol, enor, 428, skol, dor, 434; sellier, mcl, 426, 432;
bal, douar, 424; en cm four, ar c'hoiiinoul, Ricou, Fahlou, "115.
Dans stourni, V c'houhn, (le nœud), ibid., 23, l'auteur a pu
s'appuyer sur la prononciation du pet. Trég. slcounn, noeud (cf.
kourni, pigeon, léon. houlni). Car / peut devenir aussi r, voir
Étude sur le dialecte ... de Bat~, 13, 14; pet. Trég. dar, tiens,
déret, tenez ; cf. a four = franc, en foule, rimant avec dour, Ricou,
114, etc. (souvent par dissimilation, comme dans les termi-
naisons d'infinitif -cT, et van. -ar, Zeitschrifi fiïrcelt . Philologie,
II, 514, 516, cf. de beillar, à piller, V'^ H. Le Gouvello, La lé-
gende populaire de Kcriolet, Vannes, 1888, p. 8; tréc. gourinihel,
la Saint-MicliL-l, de gonel-, Rev. Celt., XVI, 226, etc.).
142 E. Erninit.
LETTAT.
Le van. n'a pas gardé seulement le moy. bret. lact « lai-
dangie », dans cancin Jet, chanter pouilles, Châl. )iis, GIoss.,
348; le verbe Ictiat « gronder, insulter, couvrir d'injures »,
Bul. iiis est le moy. bret. hictal, vitupérer.
7. MISSI.
Le Dict. de l'A. donne missi, m., surprise ; missl brass vehai
guenein. « j'en serois fort surpris ». Un sens un peu différent se
trouve dans cette phrase : itr missi c ma'n de dcit kour:^ arhoal
« c'est un bonheur qu'il soit arrivé assez tôt », Bul. vis.
Je crois que ce mot vient de * niiscbi et est le moy. bret.
mechif, méchef, malheur, qui aura pris l'acception générale
d'« événement inattendu », même heureux; cf. léon. ciiiicbans
(e niichaùs), michahs, tréc. uicchans, sans doute, je pense, du
moy. bret. medmncc, méchanceté, malheur.
Pour la chute de Vf, on peut comparer sponti, scoiiti, peu-
reux = sconiihuë, craintif, l'A. ; senti, obéissant, saiilihuë, sen-
sible, l'A., Gloss., 597, 623 ; hoûiiti, envieux, désireux, l'A. ;
pet. tréc. ~od-iuii, fou à lier, cornouaillais id., Bombard
Kenie, 104, soi-naï, Moal, 70 (et sot-miik, ibid., diot naik,
Troude), franc, naïf. La confusion des deux suffixes / et //
se m-ontre en franc, dans naie et naïve, joli ex joli f (bret. moy.
iolif, Gloss., 343, 345); apprenti et -///,, ententiiis et -/y (B. Des
Périers, éd. Lacour, II, 369).
Quant à -ss- de -scb-, cf. pet. tréc. dainesdt, apprivoiser, du
v. franc, doniescher, voir A nn. de Bret., XIV, 516.
8. MORISCLEU.
Chàl. nis traduit « grimace » par niorisele/i dans les phrases
« qu'il fait une laide grimace! » echeiiehet nwriscleu ara ean;
/C/v.7)o/ol;(c5 luinnctjises. 145
« (hi taussc dévotion n'est) que grimace », iiciiuit inoiisckii;
« fliire la grimace à (quelqu'un) », obcr morisclcii d(c) ; cf.
Loth, Dict. hrct. -franc, de Châlons, 103.
Ceci est différent de l'argot trécorois de La Roche-Derrien,
ûber iiioris, faire le foinéant, travailler mollement, flâner, qui
vient du nom propre Maurice, cf. Quellien, L'argot des no-
mades, 45, 52; Rev. Celt., XV, 344, 355 ; XVI, 217.
Cependant niorisclen me paraît être une variante de *iiioriceii,
mot identique au lorrain morilles, mariges, en bonne part " po-
litesses », en mauvaise part « grimaces et façons », iiionrrih,
grimaces, etc., que M. Horning rapproche du franc, morgue (en
Normandie « manières affectées », en Flandre « grimaces de
dédain ») et tire de *inoritia par changement de suffixe pour
*inorica, dérivé de mores (Zeitscbrift fur rouianische Philologie,
XXI, 457).
Le rapport de niorisclen à *moricen est le même qu'entre le
bret. meliscr, mélisse, et le franc, melice, cf. Aiui. de BrcL,
XIV, 525.
9. pestueg; beziù.
Pestueg, maladroit, Bul. ms, est composé de hiek, adroit, en
tréc. Trd, mot dérivé de ///, côté; cf. tréc. didu, maladroit,
Moal. Le préflxe pes- doit répondre au roman bes-, latin bis.
Pour le changement de b en p, cf. dans le sous-dialecte
vannetais de Batz pela, jusqu'à, pokef, bouquet de la mariée
{Elude, 13); van. poc, bogue (de châtaigne), grosse enveloppe
(de noix), Châl. ms, Zischr. f. celt. Pbilol., I, 240; potig et
boug, (temps) lourd, étouffimt, Bul. ms, de boug, mou ; voir
Loth, Vocabulaire vieux-brelon, v. bocion. Des renforcements de
d en t, à l'initiale, signalés Gloss., 680, sont dus principalement
à l'analogie, cf. Mcm. Soc. Ling., X, 343. L'A. ne donne que
coug, m., cou; il résulte de ses propres exemples que la forme
radicale est goug. Dansgorsou, corsou, montants de la charrette,
Rev. Celt., XIX, 361, 362, gor:;^, f. pi. gorsou, gorchou « ques-
seu » Moal, le g doit être antérieur, bien que la comparaison
avec le gallois gorsin, montant de porte, ne soit plus soute-
nable, voir An}}, de Birt., XI\', 532.
144 ^- Ernaiilt.
Be:^iù, atterré, sîupide, d'où be:{iùet, ahuri comme un homme
qui s'éveille brusquement, abruti, Bul. tns, pourrait venir de
bes- avec la terminaison -if(Gloss., 597, voir n"" 7), mais rap-
pelle bien, d'autre part, le norm. besin, b\é, à moitié ivre, voir
Mêm. Soc. liiig., ni, 387; IV, 273, 274.
10. PRAUTAD.
Pranlad « époque », index de VHisl. saut., « une durée, une
époque : er pmhtad-hoht , en ce temps-là, chomet iir praùlad benag
genemb, demeurez quelque temps avec nous », Bul. vis, me
semble être une métathèse de en drcbad-hont , en ce temps-là, en
drebadma, pendant, dans le temps que, Gloss., 215.
Au point de vue phonétique on peut comparer surtout le
bret. moy. trabell et bratell « tartenelle de moulin » ; voir plus
haut, V. digoiipein. On a dû partir d'une forme comme celle
que H. de la Villemarqué a écrite ehdra-badsc. Le sens littéral
de cette expression est « tandis que cela dure ». Le change-
ment plus ou moins complet de catégorie grammaticale était
tacilité par la coupe en-drebad-(sc), constante dans les textes van-
netais, et qui suggère l'analyse « dans ce temps-(là) ».
II. SILEX, CHILF.X.
Ce mot est donné, avec l'exemple ar hé silen, (poser un
livre, une brique) « sur champ », Bul. nis. Il dérive du van.
sciir tranchant (d'épée), Chàl. iiis, cf. ciUartt « pierre posée
... debout sur son tranchant », mot plus commun en Tréguier
qu'en Vannes selon le Dict. de l'A., voir Rev. Cdt., XI, 359.
Ces formes silen, chilen témoignent d'une prononciation cil,
çilart, sans / mouillée. Cela ne détruit pas la comparaison de l'ital.
ciglione, franc, sillage, etc. Le breton peut provenir d'une forme
ayant l, comme l'anglais to seel, pencher d'un côté ; il y a aussi
des exemples de / venant de //; : dial. de Batz chaleh, sortir =
van. saillein, sauter, l'A. ; chuleh =: fr. souiller. Cf. bret.
moy. fol Icnn, feuille de livre, xan. foleenti, feuillet, TA., mod.
fehi-uior, algue, v. fr. feula de mer (normand fieiile, feuille,
Kijmologics vannetaiscs. 14J
Gloss., 249) à côté de bret. moy. foillex, feuillée, etc., Gloss.,
241 ; mod. soleil, sole, et van. scillen, 621 ; voir aussi 198,
et Rcv. CeU., XIV, 284, 285.
12. BLAOUAIl, BLAOHH ; ANCOEHA.
I. M. Buléon traduit bhtoch « merveilleusement, énormé-
ment », à hi suite de son Hislocr sahtél ; il l'emploie p. 118:
safar c oé gelé blaocb, ils disaient beaucoup de bruit; p. 35;
tiid ffalloudiis, ha blaoeh ker bras, des hommes puissants, et ter-
riblement grands ; cf. blaoèhns, (douleur) terrible, 143. L'A.
donne blaoïuib, m., horreur; adv. terriblement; blaouahuss,
horrible ; blaouaheiii, avoir horreur, etc. Ces mots répondent
au gcill. h ràwch, m. pi. brawychion et hrewych, m. pi. ait, terreur,
braïuychu, effrayer, /'mu')'r/;//5, terrible ; cf. Gloss., 69; Beitrà^e
de Bezzenberger, XXIII, 50. Ils contiennent un suffixe de plus
que le gall. braw, terreur; terrible; braïuu, effrayer: c'est le
même que dans bradweb, m., trahison, bvadychit, bredycbu,
trahir, bradychiis, bredycbus, perfide, à côté de brad, bradu,
bradus ; cbiuanniucb , convoitise, chwennycbu, cbwennycb, con-
voiter, fréquentatifs de cbiuani, cbiuantu. La priorité de Viu est
admise à tort, Rev. Ce! t., VI, 390 : cbiueniiycb don être l'ancien
nom, comme breiuych ; cbwanniuch , bràwch des innovations
d'après l'analogie de tnucb, trycbu, et bradycbu un compromis
entre bradiucb et bredxcbit. Le suffixe est *-/Vr-, qui paraît venir
de *-i-sc-, cf. Loth, Rev. Celt., XV, 221. Le vocalisme de
blaïueb =■ brezuycb <^si régulier, cf. bret. moy. et mod. cabesîr,
licou, baleguenn, saule = gall. cebystr, belygen.
II. Le même élément se trouve en van. dans ancoéba, oubli,
ancoiieljonni , oubliance, etc., Gloss., 29, ancouéat, oublier,
Châl., de * aii-colf-eeb-, à côté de ancoa, oubli, et ancoat , ou-
blier, Chàl., moy. bret. ancofna, ancoffbat. Le moy. bret.
aiicoffiiecbat, oubliance, au xv!!*^ siècle anconech, oubli, il oublie,
a la même origine; pour 1';/^ cf. ancojfne^, oubli, voir Gloss.,
600, 520^ 521. Hors de Vannes, Grég. donne, entre .autres
noms, ahcounec'ha, ancouncc'hamand; ancounah, anconnac'bacnn,
aÙLOHUc'baiiuvid (ce dernier peut représenter *aii-ioJf-eib-a-); et
146 E. ErnaiiU.
comme verbe, ancounechaat, ahcoiuiec'hât ; Le Gonidec, ahkou-
nac'h, ahkounécb, s. m.; ahkounac'haat, ahkounéc'baat, v. a. On
peut voir, Rev. Celt., XI, 108 et suiv., combien tout ceci dif-
fère du traitement habituel des verbes en -abat : ainsi ancoiina-
cbaën, oubliance (xvii^ s., Gloss., 29), mais giiéllabémi, amélio-
ration, Gr., giiellahen, guéllaénn, id., guérison, l'A., etc.
Il y a lieu de modifier en conséquence la remarque sur brou-
tac'b, chaleur étouffante, Gloss., 85. Le verbe correspondant
au gall. brytàii, chauffer, aurait donné comme nom * brouta.
Broiitac'b peut être un mélange de celui-ci avec *brouâcc'b ; cf.
gall. cbiuanlacb, concupiscence, à côté de chiuania et cbivennycb,
désirer ?
III. Reste à parler du changement breton d'r en / dans
blaoeb. Nous avons vu (n° 5) le même fait, mais dans d'autres
conditions. Des ctvmologies celtiques données à ce propos,
Études grai}imaticales sur les langues celt., I, 23, et concernant r
en contact avec une consonne, la seule qui semble prouvée est
celle de daelou, larmes, {daëlou, daërou, darou, van. darcu, Gr.,
moy. bret. da:{}-ou et daî^lou^. Parmi les faits de ce genre indi-
qués dans mon Etude sur le dialecte ... de Bat-{, 13, il n'y a à
mentionner ici que eur vlch, une femme, à Tressignaux. On
peut ajouter : clei:^ni, cicatrice, P. Maunoir, Roussel, uis, D. Le
Pelletier, clei~enn, m., Gr., hki:ien, f., Gon., du Rusquec,
klei:(euii, f. , Troude, du moy. brct. crei:ienn ; léon. cribenn et
clypenn, devant (de la jambe), cribenn, crête, van. kriben,
kripen, klipen, pet. tréc. khipen, cf. Rev. Celt., XXI, 129 ;
darc'bo, darcbao,dercbau, dercbavi, darcbavi,dalc'bavi, frapper,
Roussel, ms; pet. tréc. gwelc'b, vierge, adj.
Le bret. blencbou, sommets, extrémités, qui a été identifié
au gall. breiniau, privilèges, cf. Gloss., 70, me paraît tenir
plutôt à blaeiuiu, blaenion, extrémités, qu'il est, d'ailleurs, na-
turel de rapprocher du v. gall. bréui, proue, irl. broine.
13. CHI150UT, SIBOUDEX.
I. L'A. donne cbiboutt, m., de la piquette; boisson de marc;
çlnbouft connéll ou cbiboutt pire-bili boisson de cormes ; cbibon-
f'.tymologus rannctahes. 147
âcnn, f. pi. eu, piquette; cbiboiidcnu, siboudêiin, piscantinc. En
dehors du van., se trouvent les formes voisines :
chiboudik « interj. Debout. Levez-vous. On le dit plus ordi-
nairement ... à un chien auquel on veut apprendre à se tenir
sur ses pattes de derrière », Gon. Troude ne cite que ce dernier
emploi ; Milin iiis ajoute la variante siboiidik ;
obcr chiboiidou « fliire la coquette », en Tréguier, selon Trd,
Dict. brct.-fr., 87, 770. Cette indication de dialecte est erronée:
on attendrait -0 iinal ; Moal reproduit l'expression, sans men-
tion de provenance; Mil. uis porte la variante siboialoii, qui
vient certainement du Léon ;
hstcii chibout ! se dit familièrement^ en Tréguier, aux petits
enfiints court-vètus, qui commencent à marcher. Lostcn veut
dire « queue de chemise ».
II. L'origine de tout ceci est le v. franc, sus bout, debout,
resté dans l'Ille-et-Vilaine {subou, Ann. de Brct., XV, 388).
Pour le traitement de la syllabe initiale, cf. tréc. silaouret, chi-
laourct, cornouaillais sclaourci, sulaourct, doré (van. soul-
alcurct, surdoré), v. franc, surorc, scur-, ser-, sor-, sour-, etc.,
voir GIoss., 6}6, 637.
Le diminutif siboudik, chiboudik, s'est appliqué spécialement
à l'ordre donné à un chien de « Elire le beau 0 ; le plur. chi-
boudoa, (faire) des grâces, des manières, a une nuance analogue.
IIL Quant au sens van. cfe « piquette », je suppose qu'il
est venu à chibout et à son dérivé chiboudeii de ce que cette
boisson se fait dans une futaille placée debout.
Les dérivations bretonnes d'adverbes et d'interjections sont
fréquentes, voir n" 4; Mcui. Soc. liug., XI, 92, 93, 96-106.
Cf. encore le cornou. jûiiic-cn, piquette, boisson qui ne di-
minue jamais (janh\) parce que, quand on la tire du fût, on
a soin de la remplacer par une égale quantité d'eau.
14. KALPEK, KALPIREN.
L Kalpér est traduit « petites poires sauvages », Bul. }ns. On
trouve par ailleurs en van. er galpiren goudask, le poirier sau-
vage, GIoss., 252; Bolcalpcr, Kcrgalpcr, Cal périt, Calpirit, Cal-
148 E. Einault.
péric, noms Je localités du Morbihan (Rosenzweig, Dict. topo-
graphiqiic), qu'on peut traduire « lieu planté de poiriers
sauvages » : cf. Botquesten, Botquistin, Oiiistinii, Oiiistenic,
Oiiistinic, ibid. = châtaigneraie, Gloss., 558, avec le diminutif
Onistinidan.
Kalpcr contient les deux premiers éléments de calprus, m.,
merisier, prunus avium, Lin. dans l'Hérault (Mistral), com-
posé de perus (languedocien), pnis, pnich (dialecte des Alpes),
poire ronde, poire sauvage, poire d'angoisse, poire d'étran-
guillon, et du préfixe péjoratif cal-, gai-, gar-, etc., cf. Nigra,
Archivio glollologico, XIV, 273, 274.
II. Le nom de lieu morbihannais Galpcrouc (forme fran-
cisée), en 161 1 le Galperouct, est synonyme de Calpc'rit;
cf. Gloss., 45, 234, 480. On attendrait *G7/ptTt)//c/, comme le
Oucrisouet (xvi^ siècle, Morbihan), à côté du nom d'homme
Onéri'it, Gloss., 550 {Kcrisoitet, localités actuelles du Morb.);
mais il n'est pas nécessaire de rattacher Galperouct à la variante
gai- du préfixe; le g peut tenir à la mutation initiale des mots
féminins après l'article, comme dans le Gastéiiouct, le Gasteaouc
(Morb.), = Qiiistinit, cf. Galve:;jt = Icilvid, coudraie,
Gloss., 533.
III. Chàl. DIS traduit « poire sauvage, poire de haye « par
goal bir, pir tag, pir coudasqu ; la première expression, qui
signifierait « mauvaise poire »,• est probablement un rema-
niement de kalpér, ar galpiren, par étymologie populaire.
IV. Le fait s'est reproduit pour plus d'une autre forme citée
Gloss., ICI, 252. Peut-être caiit- de *calt-, cf. kilt-, 480, doit-
il son / à caiit, *calt, bouillie, colle. De là on aboutissait pho-
nétiquement à cot-, cos- et co-, qui rappelaient cot-, silvestre,
sauvage (cf. coudasqu , voir Rev. Celt., XIX, 209, 363), et
ro:^-, vieux, mauvais; on a aussi coc'h- d'après cauc'h, hoc'h,
ordure, et col- d'après col, colle (ou par combinaison de cal-
ct co-').
Pel. cite un haut breton goberaii, poire sauvage. Il dit que
Roussel tenait pour la forme colper, cotperen; cependant le iiis
qui porte son nom ne donne que cosper, cosperen. Mil. iiis a au
plur. hosper, koper.
E. Erxault.
DA CHOCA'S HOSTEL
When Conchobar, king of Ulaid, treacherously killed the
sons of Usnech, his predccessor, Fergus, and his son, Cormac,
migrated in disgust to Connaught, wliere they were hospi-
tably reccived bv the warrior-queen Medb and lier husband
Ailill; where, also, Fergus became Medb's paramour, and
Cormac won the love of Scenb, the wife of Craiphtine. a fa-
mous harper.
On Conchobar's death, the Ulaid resolved to make Cormac
their king. They accordingly sent envoys to solicit his return.
He and his three hundred followers set out for Ulster; but
Craiphtine foUowed him vengefully, and in the course of his
journey he violated his tabus and broke his promise to keep
peace with Medb. The following taie tells of the conséquent
destruction of Cormac and almost ail his men by the troops
of Connaught at Da Choca's Hostel, now Breenmore, in the
co. Westmeath, about six miles N. E. of Athlone. It ends
with a lament by Fergus, who had been hindered, by Medb's
allurements, from marching to rescue Cormac.
The taie is found in two MSS. — H. 3. 18 and H, i. 17
— belonging to the library ofTrinity Collège, Dublin. The
former (A) was written in the sixteenth, the latter (B) in the
seventeenth century. Both copies are often corrupt, especially
in the metrical portions, which I hâve omitted. Neither is
complète, but each, to some extent, suppléments the othcr. It
has been noticed by O'Donovan, Four Masters, A.D. 141 5,
p. 822, note I, O'Curry (Lectures, 260, Maivicrs, III, 254),
Denis H. Kelly, Proceedings of the Royal Irish Academy, 1879,
p. 251, and d'Arbois de Jubainville, Essai d'un catalogue, 243.
But so far as I am aware, no part of it has been published,
save the passage quotcd in the Revue Celtique, XVI, 82.
150 Whitley Stokes.
BRUIDEN DA CHOCAE.
(H. 3. 18, p. 708).
I. (B)atar Ulaidh hi comairle iar ndith G';/cobair dia fis cia
dia tibcrdais righe. Bator foirend oc a radh had he Fergn^
mac Roich ba coru dighdi righ occa. Ro dedmetar[?] do;/o
iilca Ferg//.va friu airet ro boi for loinges, 7 atbrrtsat na bad ri
oco hc'. Ro raidsit ïoir'mn aile bad n-e Corbmac Conloinges
mac Conchohair ba cora di rigad occx. Boi ComW Cernach ic
ierraid na rige dia dalta .i. C/z^craid [Menn Mâcha mac Con-
cub^/r. Ro foibredar \J\aid carh do tab^/Vt do cheile umi sin,
7 ro dhiult Cumsgraid in cath do thaba/Vt ar uamhan co tuit-
fedis clanna Riidraigi re'roile, 7 ni raibhi Corail Gvrnach do
lathair annsin. Ro imdn-g 7 ro cairigh a dhalta tritsin .i.
Cumsçraidh.
2. Adubairt Genann Gruaidhsol//^ mac Ca|th]b^7£/ ; « Is
aithni damhsa in damhnarigh a nEriiiii anosa .i. Cormr/c Coii-
lo'mges mac Coiicuhair, saermrtcamh Erenn, 7 atait na huile
buaida foir- .i. buaidh ndeilbh[e] ocus gaiscidh ' 7 n-einigh 7
firinne et caetera, 7 fôs is dô ro erb Conciihar m righi do ta-
b^7/;t re hiàacbl a bais, uair is e fa sinnsir aigi4; 7 is daltn
ochta d'Fergus mac Rosa [leg. Rôichj he, 7 ni ndi;;gna fo-
ghail foraib ni 'sa mô da roibhi ag Corm^fc. »
3. OcKS ro aentaighcd(7r Ulaid in t-aithesc sin Gcnaind —
4. Faoidsit ieromh tccbta uaidib co Corh(mac) i coic^^
Olnccmacht dia i:\hain cuca dia rigadh .i. [Gtnann Gruaidh-
solus mac Cathfath, 7 B] Aimirg/// in file 7 Imbrinn j mac
Pa Choca's Hoslel. 1 5 1
THE HOSTEL OF DA CHOCA.
1. After Conchobar's dcath, the Ulaid were liolding a
coLincil to know unto whoni thcy should give the kingship.
Somc were saying that Fergus mac Roich were fittest tor tliem
to ask to be king. But they had sulîered evils from Fergus
while hc was in exile, and they decUired they would not hâve
him as their king. Others said that it should be Cormac Con-
loinges, son of Conchobar, who was fittest to reign over them.
Conall Cernach was seeking the kingship for his fosterhng,
Cuscraid the Dumb of iMacha, (another) son of Conchobar's.
Tlie Ukiid prepared to deliver battle to each other on account of
this, and Cuscraid refused to give battle tor fear that the clans
of Rudraige would mutually fall. Conall Cernach was not
there to tempt : he blamed and reproached his fosterling for
the refusai.
2. Said Genann Brightchcek, son of Cathbad : « Now I
know the makings of a king in Erin, to wit, Cormac Conloin-
ges, son of Conchobar, the noble youth ot Erin, and he is en-
dowed with ail the gifts, to wit, gift of shape and ot valour
and of hospitalitv and of truth, and so forth. 'Tis to him,
moreover, that Conor, in expectation of death ^, commanded
choba the kingship to be given, for Cormac was the cldest
of his sons, and he is the bosom -fosterling of Fergus who
never plundered us when he was with Cormac. »
3. And the Ulaid agreed in this say of Genann's.
4. Then they sent envoys to Cormac in the province of
Connaught, to fetch him to them to be crowned — Genann
Brightcheek, son of Cathbad, Amirgin the Poet, Imbrinn son
I . Sec Irische Texte, II, 88, 95.
1 5 2 Wliitley Stokes
Cathbaitt 7 Uathechtach mac Feradfl/V. Lotor ieromh dirimh
cairptech co mbatar i Cruachfl/;/ Ai. Ailill 7 Medb 7 Fcrgus
arce(na) [ann, 7 ro fersat foilti friu — B.]. IMafoacht^ Medb
scela dib. Adfiadat / ierom ctvnd ïor cenn Cor(bmaic) dilotor
dia ngad a n-inad a athrtr.
4. Bretha fis co Corbm</r. Boi ic tofond ^ ic Sith Nentae ier
n-iisce, Didechaid Corbm^r co Cruachain 7 ferais Medb
esomne9 fris. « Ba coir duit », ol si, « les do denam duin.
Ro cuingis gaire ar mbid 7 ar n-etaigh : is dalta dun tu. Ba
hoc h'fiallach?/j intan dodeochad cucond. »
« Bam gor-s:t duit », or Coïl'Diar : « ni bia hera na cuin-
geda oconn. Ba fo lith duin a tabi/zVt duit.
5 . [Ro innis Genann do Cormi/c in toise ima ttainicc — • B.].
Bretha fis o Cortiiac d'indsaig/V/ a muint/re batar tor coindmcd
sechnon Co)idacht, [7 tangadar cuigi co prap a hirrus '° Dom-
nonu 7 a forthuathaibh Cii//nacht, id/r mnai 7 tir 7 macamh
6. Robdar ietsic doiio ercailti a hsacguil .i. geis do eister/;/
fri ceis cenntuill " Craiftin(i) '-. Geis do foraini for enhuthe
Moighe da ceo. Geis do imrim a cch dar cuing uindsend. Geis
do conisnam'"' fri henlaithe Locha Lô. Geis do bandai for Sen-
ath Mor. Geis do cloenmila iMoighe Sainb do topund. G^/.f do
teacht cosaib tirmaib tar Sinaind 7 saiged Bruidne'-t da Cocx\
[Ociis rob iatsin gesa Gormaic ro tagaibh Cathfzdh drai do
ind aidhchi rucadh hé — B. 2'].
7. Tarcomla'î Gormac iernabarach a Cruachainiu amach di
ucht ior set. Tri cet lacch i Hn a n-egmais ban [7 m^/camh —
B.] 7 con 7 gilla.
8. Diroinc Gormac tri luirg de oc urht a Cruachain. IN
cetna lorg dibsidhe, bruid gorma gablacha^''- umpu, co mile-
chaib arcait [p. 709] innta, accus ïorû berrtha foraib, 7 gerr-
leinti co gluinib leou,. 7 manais mor il-hiim nacb fir dib.
Sceith luibnccha brecca, 7 cloidme benndornach:\.' foraib '".
9. IN lorcc tanaisi, lenti esnadacha fric cnesaib leou. Bruit of
Da Choca's Hostel. 1 5 ?
Cathbad, and Uathechtnch son of Feradach. So tlie troop of cha-
riotecrs farcd forth till they were in Cruachu Ai, Aililiand Medh
and Fergus besides were there, and they madc thein welcomc.
Medb asked tidings of them. Then they announce that they
had corne for Cormacto make him king in place of his father.
4. A messenger was sent to Cormac, wlio was (then) hun-
ting at Sid Nenta be3'ond the watLT. Cormac came to Crua-
chan, and Medb made him welcome. « It were meet for
thee », quotli she, « to benefit us. Thou didst seek for kindly
service of our food and our raiment. Thou art a fosterling of
ours. Thou wast treated hospitably when thou camest to us. »
« I will be serviceable to thee », saith Cormac. ft No refusai
of request shall be made bv us. It will be a gladness to us to
grant it to thee. »
5. Genann related to Cormac the design with which he
had corne. So a messenger was sent by Cormac to his people
who were billeted throughout Connaught, and they corne to
him quickly from Irrus Domnann and the outlying districts of
Connaught, both woman and man and bov.
6. Now thèse were Cormac's life's prohibitions, to wit : a
tabu to listen to Craiphtine's hole-headed lute : a tabu to pur-
sue the birds of Mag dd ceo : a tabu to drive iiis horses over
an ashen yoke ; a tabu to swim with the birds of Loch Lô :
a tabu to tryst with a woman on Sen-ath Môr : a tabu to
hunt the hillslope-beasts of Mag Sainb : a tabu to go with dry
feet over the Shannon and to visit Da Cocâ's Hostel.
And thèse were Cormac's tabus, which Cathbad the wizard
left him on the night he was born.
7. On the morrow Cormac set forth from Cruachan to
proceed on his way. Three hundred warriors was his number,
besides women and boys and hounds and servants.
8. On going out of Cruachan Cormac made three bands of
his people. The firstofthe bands wore blue forked mantles,
with brooches of silver therein, and over them short capes, and
they had briet kilts to the knees, and in the hand of each man
a mighty spear. Shields fringed and spcckled thev bore, and
swords with pointed hilts.
9. The second band had ribbed shirts at their skins.
Revue Celtique, XXI. 1 1
154 ■ ^^hitlcy Stokes.
breicligda inipa co inilecliaib findruinc. Mogga ^^ tara cenda
siar. Sceitlî geala 7 sleaga coicrinde 7 calga dét ^'^ drcchsoillsi
leou.
10. IN t;rs lorc do;z()^ Icnti culpatacha 7 inair srollsnaithi -°
impu. Sceith donda dimora^ foraib. Cloidmi co )i-ecriis nestx-(?)
foraib fora crcsaib. Sleg ochtshlision il-laim cecb fir. Bruit cor-
cra coicdiebuil co niilfr/;aib arcaitt 7 oir impu. Oclaocii foilt-
find foiltlebar, nertcoimsid cuniar/;/ach, co toirm rig 7 co sci-
seilbe sochaide, i n-eit/Vmedon na buidne sin .i. Cormac
fesin.
ri. Ro bator tra na druid ic mifoc//l 7 ic micelmaine (do
Chormac). Itbtvtsat na bud reidh 7 na bud sceinmnech -= in
turiis. Ro collad dno geisi^- Cormaic isind lo sin .i. ro thoif-
netor a cho'vi for Mag Sainp. Boi dno ic foraim ior cnlaith
Moige da cheo .i. Loch na n-en aniu.
12. Didechaid dno Craiptine cruitire chuicce co ro sheind
a qds cendtuill do di collad a fhlathit 7 a shaeguil-', ar ba
lennan di Cormac Scenb, ingen Sceithirn ^4 drûad di choicced
Olnecmacbt , ben Craiphtini cruitiri. IS hi in Scenb sin ro dal
na teora dala for ^5 Cormac ic Ath luain, 7 is si ro shaid fedas
Âtha-^ luain .i. Bron, Dub, Dordibeoil, occiis Olur 7 Meith
7 Miscais i n-anmond, dia n-epairt :
Anmand na lîdh, foram sceoil,
Bron is Dub is Dur-dibeoil.
im romag reidit a rais 27
Olar, Meith ociis Miscais.
13. Lotar iartain dar tid tarrsna.'. Ro bhris-^ r//ing carp^/V
Corm///c and, coiild de dogarar Fidh CungX' ô sin ille. Dora-
tad iarsin cuing uindsinn fo a carpat.
14. Loutr iarsin for eraim ... dar Crich Maine [Fir da
Da Citocas Hosiel. ■ 155
Mantlcs spccklcd and bcautiful thcy worc, with broochcs of
white bronze. Mânes over tlieir heads backwards. Bright
shields and five-barbed javelins they had, and shining-faced
ivoi'v-hilted swords.
10. The third band, then, wore hooded shirts and tunics
of satin tliread. Shields brown and huge they bore. Swords
with ... on them at their beks. An eight-edged javelin in the
hand of each man. Mantles purple, fîve-folded they wore,
with brooches of silver and gold therein. In the very midst of
this group was a warrior, £ur-haired, long-tressed, a strong
and mighty guardian, with the noise of a king and the cla-
mour ofa host, even Cormac himself.
11. New the wizards were foreboding evil and uttering ill-
omens to Cormac. They declared that the journey would be
neither easy nor speedy. So on that (very) day tabus of Cor-
mac were violated, namely, his liounds hunted on Mag Sainb,
— and he was pursuing the birds of Mag dd cheo — today
(called) Loch na n-én « the Lough of the birds ».
12. Moreover, Craiphtine the harper w^ent to him, and
played his hole-headed lute to him in order to ruin his reign
and his lite; tor Craiphtine's wite, Scenb, daughter of Sce-
thern, the wizard of the province of Connanght, was Cor-
mac's paramour. 'Tis this Scenb that trysted the three trysts
with Cormac at Athlone, and 'tis she that planted the Trees
of Athlone, to wit, Grief, and Dark, and Hard-dimib. And
Olur and Meith and Miscais were their names, whereof she
said :
The names of the woods — motion of tidings — Gire) Sadness and
Dark and Hard-dumb. Round the great plain they run their race, Olar,
Mcith and Miscais (« Oihness, Fat and Hatrcd »).
13. Thereafter they wxnt athwart over the wood. The
yoke of Cormac's chariot broke therein, so it is called thence-
forward « The Wood of the Yoke. » Then a voke of ash is
put under his chariot ^
14. Thereafter they fared forward over the District of
I . Another tabu viohited !
1^6 iVhiiley Stokes.
ghiall — B.|, cor-rancatar Loch Lou. Luid Connue isin loch,
7 boi lu comsnam fri hcnaib in locha. |IS annsin ro foillsiged
do Craiftine a mbr//h-9 air bru a comsnamh fri henlaith Locha
Lo. Delbrt/V Craiftine tri. L. macaim a rec/;/aibh en 7 bric/;/
n<'/;/e ina n-eitibh, co tangad^ïr air hnn Locha >° Lo, 7 gur'-
craithsit a n-eitedha ïor na sluagaib. Bad^r 'na coll^Jh iairsin
a farradh in locha ag urnaidhi >' a muintt'/i, co tainic Scenb >^
cucii a fuath thseige, g//;T//5-marbh na heoin uli acht madh
aenen nania — B. IT. 2''-3^].
15. Dollot^r asside co Druim n-Airthir, frissa raittT in Gar-
man [intan-sa — B.], for bru Atha Luain. [p. 710] Scuirit a
cairpthiu annside. A mbat^ïr ann ronflicatar mnâi ndeirc for
ur ind atha, 7 si ag nige a fonnad 7 a fortche 7 a fodbx.
INtan no toirned a laimh sis ba derg sruthair na haku di
chrû 7 d'fuil. INtan mvnorro no togb^^ al-làim oss ur na
habx', ni bid bannœ isin abainn na lochad a n-airde, cor-
rachta; cossaib tirmaib tar sruthair na habre.
16. « Is forgranni\2 'na ndenann in heu », for Corm^r.
« Tait wech ôaib die athconinrc qidh digni. » [Teit nech ann
ian/m. Vochtais di cidh dorinde. — • B.] Ocns is anns/de ro cha-
cain si for lethchois 7 Icthshuil dôibh annso, co n-epcrt :
« Nigim fodb rig dobeaba », etc.
17. [Tainic in ter/;/uire co Cory//ar 7 ro indis do in droch-
fiiistine dorinde in Badhbh') dô. « As toigh is fochunn uilc
moir do thoidhccht 54 sin «, air Cormac. Teit Corniac iairsin
co huir in atha dia hagallaimh, 7 fochtais di cuich'» na flidh-
bha bai si do nighi 36- 7 adubairt an laid and :
« A ben, ca fiidb neigisi ? etc.
in Bailh. « T'fadhbh fessin 37 sin, a Cormaic,
ocus fadhbh t'aesa grûdha, etc. — [H. i. 17]
Da Cliocas Hostel.
M7
Maine Fer di giall (« man of two hostages ») till they rea-
ched Lough Là. Cormnc cntered the lough and was swim-
ming with the lake-birds '.
There it was revealed to Craiphtine ihat they were on the
brink swimming with the birds of Lough L6. So Craiphtine
shaped thrice fifty youths into the forms of birds, with a poi-
sonous spell in their wings, and they came on the water of
Lough Lô, and shook their wings on the hosts. Thereafter
the}- were asleep beside the lake, awaiting their people, till
Scenb came to them in the semblance of a hawk, and killed
ail the birds save onh' one.
15. Thence they went to Druim Airthir, which is now
called The Garman, on the brink of Athlone. Then they
unyoke their chariots. As they were there they saw a red wo-
man on the edge of the ford, washing her chariot and its
cushions and its harness. When she lowered her hand, the
bed of the river became red with gore and with blood. But
when she raised her hand ovcr the river's edge, not a drop
therein but was lifted on high ; so that they went dryfoot
over the bed of the river.
16. « Most horrible is what the woman does ! « savs Cor-
mac. « Lei one of you go and ask her what she is doing. »
Then someone goes and asked her what she did. And then,
standing on one foot, and with one eye closed, she chanted
to them, saying :
« I wash the harness of a king who will perish » etc.
17. The messenger came to Cormac and told him the evil
prophecy which the Badb had made for him. « Apparently
thy coming is a cause of great evil », says Cormac. Then
Cormac goes to the edge of the ford to hâve speech with her,
and asked lier whose was the harness that she was a-washing.
And then he uttercd the lav :
« O woman, what harness washest thou? » etc.
The Badb. « This is thine own harness, O Cormac,
And tlie harness of thy men of trust, » etc.
I . Anoiher tahu violatcd !
158 Whitley Stokes.
18. « Ni dat niaithe na célmaine 5^ condaige duin », ar
Cormac. « Is dudig ^/irchana; duind. »
19. A mbaM;- and '9 co)i(àci\uir iiid ingen coemh cruthach
ina ndochum. Brat uainide i forci p/// impe. Bretnas-i° dcrscaig-
thech isin hrat for a bruindib. Lene gelculpatach ôrsnaiih i
ciisml a cnis4'. Di maolasa; findruine ittT a traigthib-^^ y tal-
main. Caelbarr cumdaf/;/a for a cenn. Deisid i tail Coniiaic,
7 krais Cormac esomne43 f/ie.
20. « INtige in turgraig [liumsa ■ — B], a ingen ? » for
Cormrtc. « Natho », ar in ing^'/z; « ocus robud ferr lium na
digtea-siu, ar tanic timdibe do sliaog////. Duaigh in for dot-
ruachtt imbuarach, Craiptine cruit/re, dier' seind a ceis cend-
tuill duit, Is do didechaidh, do coll do geisi, comad garsecle
dit, ardaigna comrismais [ar aen co brdth44 aris. • — BJ Ludsa
dono fodesta, daig ni rt^nrictam tadcsni^. »
Is ann isbrrt sia inso sios :
Masa tus^ Cornii/o ccin, etc.
21. Luidh uaidib ind ingen iersin, 7 timnais celebr^/J doib,
f()//id ro CAchiiiii inso :
« Ardomragat geisi cmanem, a mo pupa, etc.
22. [Codlais Cormac edh bec a cenn in atha, 7 ro taibri-
ghed fis ad/m//;mar dô — B.] Diuchtrais Cormac iersin.
23. IS andsin ro gabsat drecht de Coiidachtàih longp/;c»rt i
Maig Dt'rg iar n-orccuin 7 iar n-indrad fairne di Vltaibh. Hitiat
dom) bator andsin .i. Sanb mac Ceit m/c Magach, 7 Bairenn
Brec mac Ceit, occiis Dub 7 Coibden Cuindsclech, da mac
Lamfada, di brathair do Loniach^^, 7 Maine Athremail mac
AlIcWo 7 Mcdkx, 7 Garman46 Gablec mac Damain, 7 Buidech-t?
ingen Forgemen in bangaiscedach, occ//5 Eochaid Beg mac
Eochacb Ronn, ri Ferc/'aibe .i. ri an tn's Condacht é, occiis
slog adhbul imaille friu.
24. Asbfrtator Ulaid fri Covmac : « Xi coir duin », ol siat,
Da ClioCiVs Hostel. 1 59
18. « Evil arc thc oiiicns that thou askcst for us », says
Cormac. « Grimly thou chaiitest to us ».
19. When they were there, they saw a damscl, dcar aiid
shapcly, coming towards them. A light grecn mantlt- foldcd
round lier. In the mantle a precious brooch on lier breasts. A
smock bright-hooded, goldthreaden, next lier skin. Two blunt
sandals of white bronze between lier feet and the earth. An
ornamented curch on her head. She sat down close to Cor-
mac, and Cormac made her welcome.
20. « Art thou coming on the journey with me, O dam-
sel ? » says Cormac. « Nay », replies the danisel, « and I
were foin that thou wentest not ; for the ruin of thy life has
corne. Grim is the man wlio reached thee this morning,
Craiphtine the harper, when he played his holeheaded lute to
thee. For this did he come, to violate thy tabu, so that thy
life may be short, and that \ve may never come together
again. I hâve gone this tinie, because henceforward sve shall
never nieet. » Then she spake as foUows :
If it is tliou, O Cormac, etc.
21. Then thc danisel quitted them, and bade them farewell,
and chanted this :
« Tabus will come to me », etc.
22. Cormac slept for a little space at the end of the tord,
and an awful vision was shewn to hini. Thereafter Cormac
awoke.
23. 'Tis then that a division ot Connaughtmen pitched a
camp in Mag Derg after wrecking and raiding a party of Ulaid.
Those who were there were Sanb, son of Cet, son of Maga,
and Bairenn Brecc, son of Cet, and Dub and Coibden Cuind-
sclech, two sons of Lànifota and brothers of Lontiach, and
Maine Athremail, son of Ailill and Medh, and Garman Ga-
blec, son of Daman, and Buidech, daughter of Forgemen, the
she-warrior, and Eochaid Becc, son of Eochaid Ronn, king ot
Fir-craibe, i. e. king ofone of the three Connaughts, and a
huge host along with them.
24. The Ulaid said to Cormac : « It is not mcct for us »,
i6o Whitley Stokes.
« mna \J\ad occiis a mbuar de beth ag cchtrandaib inar fiad-
niiisl cen cath do tab^/rt doib impa. »
25. c( Ni dlegam », tor Cormac, « sarugm/ Medbaj 116 a
muintirc, ar ni for ar ng;rs ro hoirced in tir. »
« Maire rachas i ngnas-4^ UW do gabail ir-righe », forDub-
thach -19, « ociis a n-orcain de leiccian die naimdip bunaidh
sechu, ar nidat carait iar fior tuathaj Olnecmucht. »
« Dentor anila/V/ », or in t-aes denma uilc 7 aidmilte. « Tia-
goimnee feisin », or in t-oes uilc, [p. 71 2 | « cen co ti Cormnc
frind nô lind. »
26. Atracchot iaroni UL/zW 7 tocboit idlin;e cathaj forru, 7
lotar ind agh^?/d locht^e na haircne co Mag nDcirg A. Derg
Dohiir d'Fomorchaib dirocha/r and la Tuatha de Danann hi
toichcstal f^ithct Moige TuinJ, coind aire dogaror Mag nDcirg
de. At iet so na hairich catha bator i fail Cormaic .i. Illann
Finn 7 Fiachra Coech, da mac Ferg//.fa. Aimhirgin an file.
Uathechtach mac Feradaig. Tri mnic Traiglethain [.i.] Si-
duatb, Ciiirrech occus Carm(7/z. Naoi maie Sciuil .i. tri Floinn,
tri Find, tri C//ind. Tri Foelain, tri maie Xeill, tri Colla. Tri
maie Sitgail, Luan 7 Iliacb^o [7 Eochaid. — B] Da mac Sua-
maigh maie SamgubcÇ, da comalta do Cor iiiar. Bator ann nôi
celle 5' Cormaic [À.] tri Dungais, tri Doelgais, tri Dondgais.
Oeeus Duhihacb [Dael — B] UW 7 a da ni^Tc [.i.] in da On.
Occus noi maie Lir maie Etirsciuil. Finn, Eochaid, Illann, na
tri cuislendaig. Da Oed 7 da Feirgne, na cethra cornaire.
Drec 7 Drobel occus Athairne, na tri druid. Finn occ//.^Eruath
7 Faithemain, na tri dailemain. Tri iichletig52j Uait5> 7 Muit
7 Aislinge. Aod 7 Eochaid, da mac Bricrind. [Ocus] Ilgablach.
Occus Cainleach ingcn Gainigcalta '^, nuiime Cormaic, 7
Cainleacb ingen Sarbct )^, ben Duhthtiig. Cacht [Fuilech — B]
niflc Ilsuine >'^\
27. Lotar sin t/'a cosaib tinnaib tar Ath Luain cech ndi-
Da Chocd's Hosici. l6i
riicv SIX, « that women of the Ulaid and their kine sliould be
hcld by outlanders in our présence without our delivering
battle for them. »
25. « We ought not », answers Cormac, « to outrage
Medb or her people, for the country bas not been wrecked in
an attack upon us. »
« Woe », says Dubthach, « to him who shall go before the
Ulaid to be taken into kingship, and who lets them be wrecked
bv natural enemies ! for the tribes of Connaught are not truly
triends. »
« Thus let it be done ! » say the evildoers and destroyers.
« We ourselves are going », say the evildoers, « whether
Cormac cornes against us or with us. »
26. So the Ulaid arise and uplift their banners of battle,
and marched to Mag Deirg against the wreckers to the Plain
of Derg, i. e. Derg Dolair of the Fomorians, who fell there
by the Tuatha dé Danann at the mustering of the battle of
Mag Tuired : wherefore from him it is called Mag Deirg. Thèse
are the battle-leaders who were with Cormac, nameh', II-
lann the Fair and Fiachra the One-eyed, two sons of Fergus:
Amirgin the Poet : Uathechtach, son of Feradach : three sons
of Traiglethan, namely, Siduath, Cuirrech and Carman :
nine sons of Scél, namely, three Flanns, three Finds, three
Conns; three Faelans : three sons of Niall: three Collas: three
sons of Sithgal, Luan and Iliach and Eochaid : two sons of
Suamach, son of Samguba, two of Cormac's fosterbrothers.
Nine comrades of Cormac were there, namely, three Dun-
guses, three Doelguses, three Donnguses, and Dubthach the
Chater of Ulaid and his two sons, namely, the two Ons. And
nine sons of Ler son of Etirscél. Find, Eochaid, Illann the
three pipers. Two Acds and two Fergnes, the four horn-
players. Drec and Drobel and Athairne, the three wizards.
Find and Eruath and Faithemain, the three spencers. Three
l'ichJctcchs, Uait and Muit and Aisiinge. Aed and Eochaid, two
sons of Bricriu. And Ilgablach. And Caindlech, daughter of
Gaimgelta, Cormac's fostermother. And Caindlech, daughter
of Sarba, Dubthach's wife. Cacht the Bloody, son of Ilguine.
27. Thcy marched with dry feet over Luan's Ford {Athloiic)
102 WhiiUy Stokes.
rech sair i n-aigh/cf in lochtn oile, occus condrcca'it m da idhna
insin, 7 ferait 5" imairecc aith amnas and. Anaid cach dib fri
leod occtis f/'i letrad 7 fri tuasU'ad^^ a chele. Ba imoerad 59 aesa
[anjaithnigh 7 fuab^nrt bidb.ïJ for bidbada in gleo sin. Ro
s[ra]ined tra fodeoid6° in cath tri ncn imgona 7 imbualuis for
feraib Olnecmacbt.
28. Dicer Dub 7 Coibden Cuindsclech, da mrtc Lamfati'e,
da brathair di Loin[f]iach la Dubtbach occus la IWaiin mac
Ferc;//.fa hi Cruaich Duib, coind uaide rait/r Duibtir occus Tir
Coibden. Ro bith Bairenn Brec mac Ceit im-Maig Bairend la
Fiacha mac Fir Febe, coind de dogarar ind ainm forsin mag.
Docer da;zo Garm^n Gaihlecb mac Damain .i. toisccb teglaich 6'
M.edbi 7 Oi//lla, la Corm^c Co/zdloinges isin ei/zg ^- fri ath
anall, conad de degaror Eng Garmain Gaiblich^^ meic Damain
.i. toisich [p. 713] teglaigh Meadbx'. Druim n-airth/r a ainm
cosin anall. D'irochair dna Ercail mac Coiidrach lasin Flann ba
siniu, coind uaide raiuv Sligi Ercail, 7 atbath ¥\aiiJi i Tulaigh
Vhlaiini. Doroch^nV Uat[h]echW(:/; mac Feradhaich i frith-
guin la Sanb mac Ceit meic Magach 7 la Maine Athremhail
mac AiMla 7 Medba, comd uada rait^r Mag n-Uathie^'^ din
magh. Mag nDnVg a ainm o cath Moighi Tuired 7 o aimsir
Tuaithi de Daiiaïui cus'm cath sin^>. Mag n-Uathasa ainm on
cath sin co haimsir Coluiiu cbillc. Magh n-Ura immorro a
ainm die.roscail Col///// cille uir Chiarain meic in tsair [ann —
B.] d'indarba na ndemna ass. Dorocha/r Caindiech, ingen
Gaimgeltôe [in bhanghaisg(ed)e'h — B.] oc Muine Cainndli^'^f
.i. muime Coruiaic [la Maine mac A/7illa 7 Medba — B.] Ro
bith Luan m//c Sua/ïaigh oc Ath Luain, conïd uaid ainmnigter
ind ath^^. Buidech^? ingen Forgeimin ron-bi Luan. Marbthair
doua lUann Finn 7 loUann Dond, emon rue Camall ingen
Magach di Eoch///),^ Ronn, ocoiid ath. Is de asberar ind Emain
forsind abainn o sin, ar is hé ainm atUv-tx- f/iu sin na hEmain.
(To be cQntiuueâ.)
Whitlev Stokes.
Dtî Choca's Hostcl. i6^
due eastward against thc other force, and the two armics meet,
and there they fight a sharp, hard combat. Each of thcm re-
mains hacking and mangling and striking the other. That
hght was a ... of unknown folk and an attack of foes on
foes. At the kist, by dint of mutual sLaughter and smiting the
battle was gained ovcr the men of Connaught.
28. There fell by Dubthacli and by Illann, son of Fergus,
Dub and Coibden Cuindsclech, two sons of Ldmfota, two
brothers of Lontiach, at Cruach Duib, whcncc it is (now)
called Duib-thir and Tir Coibden. Bairenn Brecc, son of Cet,
was shiin b_v Fiacha, son of Fer Febe, on Mag Bairenn,
whence the pkain is called by that nnme. Then Garman Gai-
blech, son of Daman, Medb and Ailill's majordomo, fell bv
Cormac Conloinges in the angle on the hither side of the
ford, whence it is called Garman s Angle : Druim n-Airthir had
been its name till then. Then Ercail, son of Condair, fell by
the elder Flann, whence it (the road on which he was slain)
is called Slige Ercail, and Flann died on Tulach Flainn
(« Flann's Hill »). Uathechtach, son of Feradach, fell in the
counterstroke by Sanb, son of Cet, son of Maga, and by Maine
Athremail son of Ailill and Medb : hence the plain (on which
he fell) is called Mag n-Uatha. « Mag nDeirg » was its name
from the battle of Mag Tuired and from the time of the Tuath
dé Danann down to this battle. Mag n-Uatha was its name
from this battle down to the time of Columb cille. « Mag
n-Ura » was its name when Columb cille scattered the mould
(///;■) of St. Ciardn mac in tsdir there, to expel the démons
thereout. Caindlech, daughter of Gaimgelta, the she-warrior,
Cormac's fostermother, fell at Caindlech's Brake, by Maine,
son of Ailill and Medb. Luan, son ofSuanach, was slain at Ath
Luain {AtlAone), so that from him the ford is named. Bui-
dech daughter of Forgemen, slew Luan. Also Illann the Fair
and Illann the Brown, twins whom Camall, daughter of
Maga, bore to Eochaid Ronn, are killed at the ford. Hence the
river is called na hEniain (the Twins »), for « The Twins » is
the name bv which thev were called.
164 Wliitlcy Sîokes.
NOTES
1 . This sentence is misplaccd in H. 5. 18, where it cornes next alterna
be in simlser he.
2 . fiiair H. I. 17.
3. gaisgaisgidh H. i. 17.*
4. Roaontaiged Ulaid uile fodeoig an rige do Corbmac, arbado ro fàcuib
Conchobar fri hidacht mbais, 7 ba he in sindsir lie. H. 3. 18.
5 . Imgrinn H. i. 17.
6. fochtais H. i . 17.
7. atbertsat H. i. 17.
8. ag fi'adhach H. i. 17.
9. failli H. I. 17.
10. hirr H. i. 17.
11. sic H. I. 17. centuill H. 3. 18.
12. Craipthine H. i. 17.
1 3 . sic H. i. 17. cosnam H. 3. 18.
14 . bruigne H. 3. 18.
I). t3rcomliî(5 H. 3. 18. Ro gluais H. 1. 17.
16. gabaltac/ja H. i. 17.
17 Sci'ath luaimncch lethanb;eacc (or cliu gacb tir acu. cloideam imdain-
gen imellgtr for cns gacb curadh dibh, H. i. 17.
18. raonga H. 1 . 17.
19. calca det H. 3. 18. colga déda H. i. 17.
20 srolnaide H. 3. 18. sroilsnaithi H. i. 17.
21 . scimnech H. 3. 18.
22. do coll a geisi 7 do timdibhe a saogail H. 1. 17.
23 . gessa H. i. 17.
24. sgeithirne H. i. 17.
23. fri H. 1 . 17.
26 athu H. 3. 18.
27. rois H. 5. 18. ruis H. i . 17.
28. sic H. I. 17. uris H. 3. 18.
29. nibeith H. i. 17.
50. loca H. I. 17.
3 I . iirnaighi H. i. 17.
32. Scenmb H. i. 17.
35 . Babh II. 1 . 17.
34. thoiglur/;/ H. i. 17.
35 . cuidh H. 1. 17.
36. righi H. i. 17.
37. Tfludhbh fein H. i. 17.
38. ct'/baine H. 3. 18.
39. adn. H. 3. 18.
40. Bratnas H. 3. 18.
41 . chnis H. 3. 18.
Da ChoCit's Hostel. l6^
42. traigtib H. 3. 18.
43 . failti H. I. 17.
44. air aoin co brach H. i. 17.
45 . Loinfiach H. i. 17.
46 . Carman H . i . 17.
47. Luighech H. i. 17.
48. a {iadnaisc H. 1. 17.
49. duthach H. 5. 18.
)0. Ilfiac H. I. 17.
51. coigceil H. i. 17.
52. uacleitig H. 3. 18. huclichleitliigh H. i. 17. ûchletig LU. 127I'.
53. uath H. I. 17.
54. Daimgelta H. r. 17.
55 - Urbadha H. i. 17.
56. Findgaine H. i. 17.
57. ferat H. 3. 18. feruid H. i. 17.
58. tuastrad H. 3. 18.
39 timrubud H. i. 17.
60. fodeoig H. 3. 18.
61. teglaic H. 3. 18.
62. druim H. I. 17.
63. gaiblech H. 3. 18.
64.. n-itha H. i. 17.
65. H. 3. 18 adds : Moighi Dc/rcc.
66. sloinnttT iair foirind H. i. 17.
67. Buigech H. 3. 18.
I E P X H II () A 1" X m () :£
LES CROISSANTS D OR IRLANDAIS
(Suite.)
Revenons maintenant à la question que nous avons déjà
abordée, celle de la production de l'or eii Irlande à l'âge du
bronze.
L'Irlande semble avoir été, vers l'an 1 500-1000 av. J.-C,
un véritable Eldorado. Le souvenir de cette richesse n'était pas
perdu à l'époque historique, bien que les textes grecs et ro-
mains n'en parlent pas. Au xif siècle, le livre de Leinster
mentionne l'extraction de l'or, dont les premiers lingots au-
raient été fondus par le roi milésien Tighearnmas dans les
forêts situées à l'est de la rivière LifFey ^ Au siècle dernier en-
core, on exploita avec succès de l'or d'alluvion dans le comté
de Wicklow, à la suite de la découverte, due au hasard, d'une
pépite pesant 22 onces, dans un affluent de l'Ovoca. Pendant
si.>î: semaines, toute la population des alentours, abandonnant
le travail des champs, accourut vers le placer. Bientôt le gou-
vernement intervint et institua lui-même des recherches qui,
de 1796 à 1798, donnèrent pour plus de 100,000 francs de
métal; les particuliers en avaient retiré, dit-on, pour plus de
250,000 2. Depuis 1795, le produit du même district, irrégu-
lièrement exploité, a été évalué à 750,000 francs-. Il paraît
1 . Wilde, Cataïogue, Gold, p. 6.
2. Eucychp. Brit., 8^ éd., art. Irelaiid, p. 218. Voir aussi Wilde, Cata-
lo^iit', Gold, p. 2 et suiv., et les mémoires cités par Coffey, Origins, p. 40,
notamment Journ. Roy. Geol. Soc. of Irelaiid, t. VI, p. 147. L'or irlandais
Les Croissants d'or irlandais. 167
évident que l'or deWicklow constituait mic ^onc de poche, né-
gligée, par hasard, à l'époque de l'exploitation préhistorique ;
ces deux ou trois cents kilogrammes d'or recueillis à la surface,
dans quelques vallées, donnent une idée de ce que pouvait
être la richesse naturelle de l'île entière avant que les hommes
n'eussent commencé à y recueillir le précieux métal. L'Irlande
préhistorique, comme Mycénes, a été r.zK'jyyjzo: ; mais, à la dif-
férence de Mycènes, elle produisait son or elle-même et, loin
de le tirer du dehors, semble l'avoir exporté au loin.
Humboldt a fait cette remarque profonde que l'or, à toutes
les époques, est venu de pays qui sont comme les marches de la
civilisation ^ Il paraît ainsi reculer devant elle, parce qu'elle se
rue sur lui et l'épuisé. L'or est peut-être, de tous les métaux,
le plus répandu, bien qu'il se trouve partout en quantités re-
lativement fiiibles. Il n'v a guère de pays qui ne possède de
fleuves aurifères - ; ceux de la Gaule roulaient autrefois de l'or
en abondance 5. Ne s'oxydant pas, se présentant sous l'aspect
de paillettes brillantes ou de pépites, lor devait attirer de très
bonne heure l'attention des hommes. Je suis convaincu qu'on
l'a recueilli tout d'abord et que la métallurgie si simple de l'or
a ouvert la voie à celle du cuivre, qui est autrement diflicile et
compliquée. L'idée que l'or a été le premier métal connu et
qu'il peut être question d'un âge de l'or contemporain de la tin
de l'âge de la pierre a été développée dès 1861 par Fournct
dans son excellent livre De l'influence du mineur sur les progrés
de la civilisation 4, Reprise depuis (sans mention de Fournet)
est au titre.de 21 3/8 — 21 7/8 carats et allié d'argent, métal qui, comme
le plomb, est fort répandu en Irlande. En 1854, date de l'apogée de l'in-
dustrie minière dans ce pays, 10 compagnies tirèrent d'Irlande 2,210 tonnes
de plomb et 18,000 onces d'argent.
1. Cf. L. de Launay, Revue générale des sciences, 1895, p. 363.
2. Fournet, De V influence du mineur sur les pivgrès de la civilisation (Lvon,
1861). p. 116.
3 . Diodore, V, 27. Sur la richesse en or de la Gaule, attestée par Strabon,
Diodore et Pline, voir Ridgewav, Origins of metallic currency, p. 88 et suiv.
Strabon signale de l'or en Grande-Bretagne ; il v en a encore dans le pays
de Galles et en Ecosse (Ridgewav, p. 9)).
4 Fournet, Le mineur, p. m : « On est inévitablement amené à penser
que l'orfèvrerie naissante, que le premier âge de l'or sont contemporains de
celui de la pierre. »
l68 Salomon Rein.ich.
par M. Ridgewav ', elle me semble conforme à la fois au bon
sens et aux fliits archéologiques connus.
Non seulement l'or a été, parmi les métaux, le premier que
l'homme ait recueilli^, mais il a donné l'idée de travailler les
autres, notamment le cuivre, qui, une fois dégagé de son mi-
nerai, ressemble à l'or par son éclat. Certaines traditions reli-
gieuses prouvent que le cuivre a cté longtemps considéré
comme métal sacré, à l'exclusion du ter, qui est d'emploi plus
récent 3 ; mais il y a aussi des traditions — comme celle où
paraît kl fciucille d'or des Druides 4, à rapprocher de la fiucille
de cuivre de la magicienne de Virgile 5 — d'où l'on peut con-
clure que l'emploi de l'or est encore plus ancien que celui du
cuivre. La rareté et le prix de ce métal aux époques historiques
expliquent qu'il se soit conservé très peu d'objets d'or remon-
tant à une époque très lointaine ; on connaît toutefois des
colliers et des clous d'or recueillis, en France même, dans des
monuments appartenant à la fin de l'époque néolithique^\ C'est
1 . Ridgeway, The on'gin of vietallic ciirrency and îveight standards (Cam-
bridge, 1892), p. 58.
2. FoLirnet, p. 112: « Le métal précieux se rencontre quelquefois en
masses passablement volumineuses, dans des positions tout à fait superfi-
cielles. Il se trouve aussi au milieu d'anciennes alluvions, composées de sa-
bles et de graviers dont l'exploitation fut amenée par la simple raison que
les pluies, les ravines, les torrents et les rivières mettent continuellement en
évidence ces grains, ces paillettes, ces poudres d'or de plus en plus atté-
nuées. Il ne s'agissait donc pas ici de travaux miniers comme pour obtenir
le silex. Le métier d'orpailleur se borne d'abord à imiter la nature qui,. avec
ses eaux, emporte au loin les parties terreuses ou sableuses des dépôts en ne
laissant sur place que les matières lourdes, au milieu desquelles le métal
précieux s'arrête naturellement à cause de sa grande pesanteur. «
3. Cf. Bertrand, Archcol. cdtique et oraiibise, 2^ éd., p. 22, qui propose
d'ailleurs, pour ces faits, une explication inadmissible. Le texte capital est
celui de Macrobe (V, i): Oiimino ad rem divinani pleraqiie aeiiea adhiberi so-
lita, milita iiulicio siiiit.
4. Pline, XVI, 250: Sacerdos candida veste ciilliis arborem scaiidit, falce
anrea demetit, etc.
5. Virg., Aeii., IV, 513 : Falcibiis et iiiessae ad hiiiain qiiaeriiuliir ahenis
Puhentes herbue...
6. A l'intérieur d'un tumulus de la Loire-Inférieure, il y avait des perles
d'or en forme de tubes, un vase caliciformc, une admirable pointe de flèche
en silex et une tige de bronze (L'Anthropologie, 1894, p. 329). — Fournet,
p. 109 : « Dans la' Suisse on a trouvé, comme appartenant à l'âge de bronze,
de petites tiges (d'or) curoulées en tire-bouchons et, de plus, une fine la-
melle cannelée qui indique l'emploi du laminoir, instrument vraiment re.
Les Croissants d'or irlandais. 169
une chose très digne de remarque que l'or s'est rencontré avec
cette substance d'origine mystérieuse, la callaïs, qui est fré-
quente dans les grands dolmens armoricains, mais ne paraît
jamais dans les dépôts ou cachettes de bronze. En Grande-
Bretagne comme en Armorique, de petits rivets d'or employés
comme clous se trouvent dans des monuments de la fin de
l'époque néolithique -. On a recueilli de l'or, dans desharrows
anglais, avec des perles d'ambre et des poignards de bronze-;
ces derniers objets caractérisent nettement les débuts de l'âge
du bronze dans nos pays, puisqu'ils se sont rencontrés quel-
quefois dans des dolmens d'où, en revanche, on n'a jamais
exhumé ni une perle d'ambre, ni une épée de bronze, ni une
épée de fer.
Un autre métal, l'étain, se trouve aussi sous la forme de
paillettes brillantes qui ont dû de bonne heure appeler l'at-
tention 5. Or, précisément, on a recueilli dans les stations la-
custres de la Suisse d'assez nombreux objets en étain pur4,
ainsi que des fragments de poterie comme damasquinée avec
de l'étain, preuve que ce métal fut employé d'abord sans alliage
et qu'il n'a pas été importé, dans l'Europe occidentale, par je
ne sais quelle tribu de bronziers venus du tond de l'Asie. En
second lieu, il est remarquable que l'étain se trouve souvent
associé à l'or dans les mêmes gisements, notamment en Saxe '>
et dans le centre de la France, où la plupart des anciennes
mines d'or s'appellent encore Lauricre ou L'Auricrc. Il y a des
traces d'étain, en Irlande même, dans le district de Wicklow,
qui est précisément le plus riche en or 6. N'est-il pas naturel
de conclure de là que la recherche de l'or mit sur la voie de la
découverte de l'étain", puis que l'épuisement de l'or donna
marquablc pour une si haute antiquité, mais qui se conciliait fort bien avec
les damasquinures d'étain déjà mentionnées pour les poteries. »
1. Archaeohgia, t. XXXIV, p. 254 ; Revue archcoL, ii^go, II, p. 520.
2. Greenwell, British Barrows, p. 55.
5 . L'argent, qui ne se rencontre presque jamais à l'état pur, n'a été re-
cueilli et travaillé que plus tard.
4. Parmi ceux qui se trouvent aujourd'hui au musée de Lausanne, il y
en a dont l'antiquité m'a paru bien suspecte.
5. Fournet. op. laiid., p. 115.
6. Corte\", Orii^iiis of prehist. onuiniciil, p. 59.
7. Fournet, op. hitid., p. 119: « Les alluvions (aurifères) peuvent aussi
Revue Celtique, XXI. 12
i-o Salomon Reinacli.
l'idée d'extraire le cuivre de ses oxydes et que le nouveau métal
fut allié à l'étain, dont on avait bientôt reconnu le peu de ré-
sistance ? Tout cela put et dut se faire, indépendamment, dans
l'Europe occidentale, dans l'Europe centrale, en Asie, partout
où existent à la fois de l'or, du cuivre et de l'étain et où les
hommes furent assez doués pour profiter de ces heureuses cir-
constances. Des trois métaux que nous venons de nommer,
l'étain est celui dont les gisements sont les plus rares, ce qui
explique le petit nombre des centres de fabrication du bronze
préhistorique. Mais l'hypothèse d'un centre asiatique unique
devrait être enfin abandonnée, comme inconciliable avec la
vraisemblance et avec les faits.
J'ajoute que ce n'est pas seulement en Gaule, mais dans
bien d'autres pays, que la recherche et même l'extraction de
l'or appartiennent à l'époque préhistorique. Dans des travaux
souterrains effectués, en Sibérie, pour l'extraction de l'or,
Pallas a signalé, au siècle dernier, des objets tranchants en
bronze, antérieurs, par suite, à la connaissance des outils de
fer dont le bronze ne put soutenir la concurrence ^ Agathar-
chide racontait que, de son temps, vers l'an loo avant J.-C,
on trouvait dans les anciennes mines d'or de l'Egypte les ci-
seaux de bronze des ouvriers d'autrefois, qui, ajoute le géo-
graphe, ne connaissaient pas encore l'usage du fer-. Plus an-
ciennement, les Egyptiens avaient tiré leur or, à l'état de pépites
et de poudre, de la Nubie, dont le nom {Nub = or) correspond
exactement à celui ^'£"/ Doraâo. Sur les bords de la mer Rouge,
les Anciens mentionnent un peuple, les Debae, qui possé-
daient de l'or et n'étaient pas encore métallurgistes, car ils
échangeaient leur précieux métal contre du cuivre, du fer et
être stannifères et l'or étant même quelquefois demeuré soudé aux cailloux
d'oxvde d'étain, on conçoit comment ces enchaînements facilitèrent les dé-
couvertes respectives. Enfin j'admets que si For a été connu dès l'âge de la
pierre, l'élain a dû être obtenu, sinon au même moment, du moins peu de
temps après. Le retard relatif ne provient que de la difficulté qu'il y eut
d'inventer les procédés pour réduire son minerai à l'état métallique. ;>
1. Pallas, Voyages, t. IV, p. 6oi ; Congrès internat, de Budapest, p. 319.
2. Geogr. minores, éd. Didot, t. I, p. 128-129 : E6;(^x.ov:a'. o=- ï-<. -/.al xaO'
fjjjLàç £v TOÎç ypyjEiO'.; xoî; C"' Èy.îfvtov y.aTaay.cvaaOîîat XaTOaiôî; [xÈv '/7.\y.x~.,
Les Croissants d'or irlandais. 171
de l'argent ^ Presque toutes les mines d'or situées sur les rives
de l'Archipel étaient déjà abandonnées du temps de Strabon ;
mais on conservait en Grèce le souvenir d'une époque, corres-
pondante à l'âge du bronze, où elles avaient fourni d'immenses
richesses à Tantale, aux Pélopides, à Priam, à Cadmos, à
Midas-. Hérodote nous dit qu'au V siècle encore avant J.-C.
certaines tribus scythiques avaient des vases d'or, mais ne se
servaient ni d'argent ni de cuivrer. Ainsi l'exploitation des
filons, toujours postérieure à celle des alluvions et des placers,
semble avoir été surtout florissante à l'époque du bronze et
l'on peut approuver cette conclusion de l'ingénieur Zannoni :
« L'or me paraît caractériser le maximum du développement
de la première période des métaux. Mon idée sera-t-elle étrange
en disant (sic) que l'âge du bronze a passé à l'âge du fer sur un
tout petit pont d'or ? -^ »
Mais partout où les hommes ont renoncé à la vie nomade
pour la vie sédentaire, ils ont rapidement épuisé les quantités
d'or éparses sur leur sol 5 ; d'où ce résultat, encore constaté
de nos jours, que l'or se révèle seulement dans les pays où la
civilisation vient de pénétrer. Ce qui se passe aujourd'hui dans
l'Alaska et dans le sud de l'Afrique a dû se produire bien des
fois dans l'antiquité. La découverte de l'or a été le plus puis-
sant stimulant de l'industrie naissante et du commerce, mais
aussi une cause de luttes meurtrières et de guerres d'extermi-
nation. Toutefois, l'or épuisé ou devenu rare, la région aurifère
a gardé, d'une manière plus ou moins durable, le bénéfice de sa
fécondité métallique. D'autres produits du sol ont été recherchés
comme objets d'échange ; les relations commerciales, une fois
créées, se sont maintenues en se transformant; l'industrie s'est
tournée -vers l'exploitation et la mise en œuvre des autres
1. Strabon, p. 661, 45 ; Diodore, III, 4s, 4
2. Ridgewav, op. laiid., p. 72.
3 . Hérodote, IV, 71.
4. Congres inteniationul de Budapest, p. 319.
5 . Sur la rapidité avec laquelle les gisements d'or s'épuisent, voir L. de
Launay, Rei'.gén. des Sciences, 1895, p. 365. En Australie, il suffit de 23 à
30 ans pour que l'or ait disparu à la surface d'un district. Les mines mêmes
se vident très vitj, témoin celles de la Californie, qiii produisaient 356 mil
lions d'or en 1853 et 64 seulement en 1891.
172 Sdlomon Reinacli.
métaux ; en un mot, la civilisation s'est implantée, avec la ri-
chesse durable qu'elle apporte, dans les régions dont les ri-
chesses superficielles avaient été rapidement épuisées.
L'épuisement de l'or irlandais, ou, du moins, de la quantité
d'or facile à recueillir, doit être bien antérieur à la conquête
de la Grande-Bretagne, car les Romains ne savaient pas qu'il
y eût de l'or en Irlande et ils l'auraient probablement conquise
s'ils l'avaient su. D'autre part, quand on constate, dans les
Musées, le grand nombre des bijoux d'or irlandais vers l'an
1000 av. J.-C. et la pénurie relative d'objets en or appartenant
à l'époque du fer, on est tenté de croire que l'épuisemeiit du
métal jaune a dû se produire même avant le v'' siècle. Cette
hj'pothèse, qui se présentait avec force à mon esprit dans les
salles du musée de Dublin, permettrait d'expliquer ce qu'il v
a de singulier dans le développement de la civilisation maté-
rielle en Irlande tel qu'il nous est actuellement permis de l'en-
trevoir. Avant l'an 1000, une grande richesse, des monuments
magnifiques, une céramique très développée, des relations
commerciales suivies avec la Scandinavie et la Gaule, peut-
être même la prise de possession, par des Vikings irlandais,
de quelques points de notre littoral. Puis une décadence
brusque, une quasi-disparition de la civilisation matérielle,
comme si une invasion de barbares venus de l'Ecosse ou de la
Scandinavie avait étouffé la civilisation du bronze et celle de
l'or. De la première époque du fer, presque rien; de la se-
conde, des objets remarquables, mais d'un style tardif et sans
originalité propre, qu'on pourrait croire fabriqués en Grande-
Bretagne ou en Ecosse, parce qu'on y trouve les mêmes objets
en plus grand nombre. A l'époque romaine, presque rien, nou-
velle écHpse; enfin, la grande Renaissance irlandaise, qui com-
mence vers le v'^ siècle et, sous l'influence de Byzance jointe
à celle de la Scandinavie, produit un art nouveau, d'une per-
fection technique admirable, dont le Musée de Dublin montre
avec orgueil le chefs-d'œuvre, en particulier la châsse pyrami-
dale en or et en argent qui abrite, depuis le xi^ siècle, la cloche
de saint Patrice.
Il semble bien que l'Irlande n'ait pas été la seule victime
d'une décadence que l'on peut placer vers la fin de l'âge de
Les Croissants d'or irlandais. 17 j
bronze, aux environs de l'an 1000, et dont les effets se firent
sentir pendant des siècles. Quand un archéologue, flimilier
avec le développement de l'âge du bronze en Grande-Bre-
tagne, lit dans César que les Bretons doivent importer leur
cuivre ou leur bronze % alars que les minerais de cuivre et
l'étain sont très communs dans l'ouest de la grande île, il
hésite d'abord à ajouter foi au témoignage du conquérant
romain. Mais il n'est vraiment guère admissible que César eût
représenté les Bretons comme vivant dans un état aussi pri-
mitif si l'activité industrielle dont témoignent les restes de l'âge
du bronze n'avait pas été alors arrêtée depuis longtemps. Là
aussi, comme en Irlande, bien qu'a un moindre degré, il y eut
un recul de la civilisation, un retour vers la barbarie, pareil à
celui qui se produisit en Asie Mineure à la suite de la conquête
turque. Un phénomène analogue est très apparent dans l'est
de la Gaule. Les stations lacustres de l'âge du bronze dispa-
raissent en pleine prospérité, comme frappées par une catas-
trophe soudaine; le premier âge du fer témoigne d'une civili-
sation plus rude, dont le caractère est plutôt guerrier qu'in-
dustriel. En présence de ces faits, nous songeons naturellement
à la ruine de la civilisation achéenne par l'effet de l'invasion
des Doriens et sommes tentés d'admettre une corrélation his-
torique entre des événements à peu près contemporains et ayant
présenté le même caractère. On a parlé avec raison d'un pre-
mier moyen âge grec, l'époque où s'élabora l'épopée homérique;
je ne suis pas éloigné d'admettre au même moment, et sous l'in-
fluence de causes analogues, un premier moyen âge celtique.
N'est-il pas permis de rattacher le début de ce moyen âge à
la première invasion, dans les îles Britanniques, des tribus qui
y ont introduit les langues celtiques ? Les données chronolo-
giques auxquelles on est arrivé par d'autres voies concordent
bien avec cette hypothèse. En 1892, j'ai émis l'opinion que le
mot hassitcros, signifiant l'étain, qui est déjà dans Homère,
était un vocable celtique, désignant la région éloignée d'où
provenait ce métal ^. Deux ans après, dans la seconde édition
1. Ct'S.ir. DcU.î;all., V, 12: Acre iilunliir iin^wlato.
2. L'.-iiithropolû^ie, 1892, p. 275.
174 SMomon Rcinach.
de son livre Les Premiers habitants de l'Europe, M. d'Arbois de
Jubainville écrivait ^ : « Si l'on admet la doctrine nouvelle
émise par M. Salomon Reinach, si l'on croit que kassiteros,
nom grec de l'étain, déjà dans ïlliade, est en même temps un
nom celtique de la Grande-Bretagne, il faut conclure que les
Celtes du premier ban sont arrivés dans cette île avant la pé-
riode homérique, 950-800 av. J.-C, et que la chute du /) indo-
européen en celtique a précédé cette date. » Je crois toujours
que kassiteros est un mot celtique et que, par suite, il y avait
des Celtes en Bretagne, ou du moins sur la côte opposée de la
Gaule, vers l'an 900 av. J.-C. Il est donc raisonnable d'attri-
buer à une époque un peu antérieure, c'est-à-dire aux environs
de l'an 1000, la première invasion celtique en Bretagne; or,
cette invasion s'est certainement étendue à l'Irlande, dont la
langue dérive de celle des Celtes « du premier ban )).
D'autre part, M. d'Arbois de Jubainville a montré que les
Celtes du second ban, les Belges, qui envahirent la Grande-
Bretagne vers l'an 200 av. J.-C, sontallés, eux aussi, jusqu'en
Irlande-. Car Ptolémée cite dans l'Irlande du Sud la ville de
Menapia % qui rappelle singulièrement le nom des Meiiapii,
peuplade belge qui habitait aux environs de Cassel, dans le dé-
partement actuel du Nord. C'est à cette seconde invasion qu'il
faudrait attribuer l'introduction, en Irlande, d'objets du style
de La Tène (le Marnien des archéologues français), dont nous
avons signalé plus haut le caractère tardif et le manque d'ori-
ginalité. En effet, les origines du style de La Tène remontant,
en Gaule, aux environs de l'an 500 avant J.-C, il est naturel
que les spécimens de ce style, recueillis en Grande-Bretagne et
en Irlande, appartiennent à l'une des dernières phases de son
évolution décorative. C'est ce qu'il est flicile de constater,
quand on connaît le st^'le de La Tène sur le continent, en
examinant les objets analogues tant au British Muséum qu'au
Musée national de Dublin.
Ainsi l'Irlande, à la tin de l'âge de bronze, a été violemment
1 . D'Arbois de Jubainville. Les premiers haUtaiils de l'Europe, 2^ éd., t. II,
p. 283.
2. Ibid., p. 297.
3. Ptolémée, II, 2, 7.
Les Croissants cVor irlandais. 175
cchiscc, et l'on n'a pas le droit de qualilier de celtique la civi-
lisation primitive de ce pays, dont les affinités sont plutôt ibé-
riques. C'est la barbarie qui fut celtique.
Antérieurement à cette crise, la civilisation du bronze et de
l'or fut aussi florissante dans le nord-ouest que dans le sud-est
de l'Europe ; l'Irlande d'alors put presque se comparer à la
Grèce mycénienne. Après Tan 1000, la civilisation européenne
rétrograde ou s'étiole, tandis que la région orientale de la Mé-
diterranée, grâce à la proximité de l'Assyrie et de l'Egypte,
reprend rapidement son essor, pour introduire plus tard, dans
l'Europe occidentale restée ou redevenue barbare, la civilisation
gréco-romaine. En Irlande, cette civilisation ne pénétra qu'avec
le christianisme et y trouva un terrain propice. Mais ce n'était
pas un terrain vierge. Les couches profondes de l'ile récelaient
et nous ont rendu les monuments d'un passé lointain, alors
complètement oublié, où l'Irlande avait joué le rôle d'un foyer
industriel et commercial, peut-être aussi — car le Druidisme
a pu naître là où il est allé mourir — d'un centre religieux et
philosophique.
Salomon Reinach,
O. Ir. TELLAIM, TALLAIM
A verb Icllaim appears in scveral passages of tlie Wùrzburg
Glosses.
5'-" 13 nilclla doiieuch and moiâon aariltc.
25'' 18 non praeueniemus cos qui dormierunt. quoniam ipse
Dominus in iusu, et in uoce archangili, et in tuba Dei
discendet de aelo etc. i. nitclfea cotiud dochàch and.
25'' 2 tune repentinus eis superueniet interitus, ... et non
efugient .i. nithelfea doib.
26^2^ nitellfea doib irchoimled in hora iudicii...
In the last three instances in the Grammatica Celtica the verb
is translated loosely by « non iuuabit » ; it is, however, pos-
sible to arrive at a more accurate translation. A clue is furnished
by LU. i2r\45 nothcUtis imviorro Jàith gaile fer n-Ulad ... isind
rigtbig sin, which clearly means « the ^varriors of Ulster used
to find room in that palace », i. e. it \vas large enough to
contain them. This at once suggests that tcllaiiii is identical
with the well known verb tallaiin, cf. 2 tallaiin Wind. Wb.,
tallaiin I Atkinson PH., Transactions of the London Philolo-
gical Society, 189 1-3, pp. 289 sq. For the variation in vocal-
ism compare tallaiin « I take away » by the side oi tcUaim.
And îallaim is found in expressions similar to the above. In
Wb. 2)''2 the aspiration shews that there is an inhxed neuter
pronoun ; compare w'nh ihisfcib dii-n-d-alla ^ indib xMl. 30' 12.
In do-t-allfa-sn LL. 249'' 46 there is a similar infixed pronoun
of the second person ; in YBL. 57'' 32 it is corrupted into
I. The neuter pronoun hère is awkward, and \ve shoulJ probably read
du-n-da-aîla.
0. Ir. Tellaim, Tallaim. 177
dothaiUfc-sc, as though it were thc 2 sg. fut. of a verb * do-
taUa'nn. With niieUa do neuch etc. cf. nithalla neindirgc (jieni-
dirgi YBL.) dô arnab tusledach, Cormac s. v. droichd. With /or
\ve iind Sg. 90^*2 difficillima rccusatio gl. ni Jtalla ohbad fair
itir.
In the foregoing sentences -Ici la etc. might be cxplained
from an earlier sensé of « there is room for », which with a
négative would corne easily to express impossibility. Thus
fcrb duiid[a]allii indih would mean Hterally « as there is room
for them (piaiia) in them; so nitella doneuch and nwidcin aarilte
might be translated « there is no room therein for anyone to
boast his merit. » In the other passages the meaning is more
clearly that of impossibihty. Thus nithelfea doih ht. « there
will be no room for it to them », i. e. « it will be impossible
for them, nitJjalla (recte )ii talla) nemdîrgi dô arnab tusledach
« it does not admit of unstraightness that it may not be un-
stable », nbtalla obbad fair itir « it does not admit of excuse at
ail ».
As for the construction, where there is no accompanying
noun, the verb is used impersonally with an infixed pronoun.
What is the construction where there is an accompanying
substantive ? In Wb. 5'-' 13 nwidem seems to point to a nomin-
ative, but this is not certain, cf. diamôidem Wb. 14'' 37. In
other texts there are clcar instances of the accusative : — ini
chair i i talla bôin co tinnc « with a cauldron which can contain
a cow with a salted pig » Laws, IV, 326, bothar, talla di boin
fair, alanae for fot, alailc fortarsnac, aratalla al-loigii 7 a n-
gainnui inna farrad « bôlhar, it contains two cows, one length-
wise, the other athwart, tliat there may be room for their
calves and their yearlings along with them ». Cormac s. v. rôt.
In this last passage there is a variant foratallut a keig nô an- .
gânina, which is clearly an adaptation to the personal cons-
truction which prevailed later. In LU. 11 2'' 9 hitallat ;^;^, nga-
mna, the accusative indicates that we hâve hère corruption of
an original hi talla trichait nganinac'. In later Irish the personal
I. Another iQxl Rev. Cdt., XIV, 450 has ilatte triclmit n-^aiiuia, which
continus the abovc suggestion.
lyS J. Sir.ichan.
construction is the regular onc ; examples will be found in
Atkinson. But if \ve observe how old texts hâve the imper-
sonal construction while later texts hâve the personal, and
further that in MSS. there is a tendency to substitute the per-
sonal construction for the impersonal, we shall hardly be
wrong in assuming that the impersonal construction was the
original one, the personal construction a later development.
For the change a parallel may be found in the transition of
the impersonal fil to a personal inflexion.
In a paper in tlie Transactions of the London Philological
Society cited above I compared Ir. talhniii with Lith Ici pi)
« raum worin haben », a comparison which has met with
some favour, cf. Brugmann, Grundriss 2, pp. 516, 686, Zu-
pitza, KZ., XXXV, 263. At that time I was acquainted only
with the personal construction in Irish, and tlie similarity
between the personal construction in Irish and the use of the
Lithuanian tclpii is very striking. If, however, the Irish per-
sonal construction be developed from an impersonal, the
strong resemblancc disappears, unless indeed a similar deve-
lopment is to be postulated in Lithuanian. Whether there be
an)' grounds for such an assumption Lithuanian scholars
must décide. Meanwhile one might throw out for considé-
ration the suggestion whether this -fclla -talla may not after
ail be some peculiar idiomatic development of the other tel-
laini, tallaim. If so, then of course the sensé of « room » with
which we started above would be a secondary development.
J. Strachax.
ÉTUDES DE PHONETIQUE IRLANDAISE
(suite).
II.
LES GROUPES DE CONSONNES.
(Fin).
5 IV. — Parlicnhiritcs relatives aux groupes consoiuvitiques
dans les dialectes irlandais.
Dans les dialectes modernes, on retrouve les mêmes phéno-
mènes que dans les textes du vieil et du moyen irlandais ; ré-
duction ou modification des groupes de consonnes ; création
de groupes nouveaux sous l'influence de l'accent.
a) Consonnes doubles.
L'irlandais moderne n'a pas conservé dans l'écriture les an
ciens groupes ce, gg, it, dd, fréquents en vieil et en moyen ir-
landais. Il semble d'ailleurs que en irlandais on n'ait ancien-
nement employé les occlusives doubles que comme un artifice
d'écriture, et qu'on ait cessé de bonne heure d'y attacher une
signification étvmologique. Ainsi ce en particuUer a, si nous
nous reportons aux sons de l'irlandais moderne, les valeurs les
plus variées. Voici d'ailleurs les équivalents en irlandais mo-
derne des anciennes doubles de l'irlandais :
ce =^ c: macc (mac), peccad (peacadh), olcc (olc), brocc
(broc), brecc (breac), glicc (glic), icc(ioc), iccim (iocaim),
çroccenn (croiceann), mucc (mue)
i8o G. Dotiin.
ce r= g : hecc (beag), beccan (beagan), bocc (bog), clocc
(clog), lace (lag), leicc (leig), sluccaim (slugim), ticcim (ti-
gim), tuccim (tuigim), pckc (pôg)
ce = eh : buadacc (buadach), imacc (amach) '
ce = gh : Lucc (Lugh), baoccul (baoghal) -
n= t: littir (litir), aitt (ait), bratt (brat), ette (cite), slatt
(slat)
// =rr d: crettes (creideas), nett (nead)
gg =^:g^^i'gg(garg)
dd = d: arddu (âirde), ordd (ord).
L'orthographe de l'irlandais moderne, en conservant par-
tiellement les liquides et les nasales doubles notait un foit im-
portant de phonétique. Dans la plupart des dialectes en effet,
une voyelle devant II, nu, mui est traitée d'une manière spé-
ciale, dans les monosyllabes accentués.
En Dèsi, il y a diphtongaison ^ :
a devant U, tiii, mm > iiii: baiil (bail), aiiji (ann), kaiiiii
(camm), klauii (clann)
0 devant II, un, mm >> on: koiil (coll), hoiiii (bonn), drouDi
(dromm)
/ devant U, un, mm >> ai, ai : koil {c'ûl), bain (binn), aii)i (imm),
lain (linn)
En Aran4, il y a allongeni'int, et quelquefois diphtongaison:
devant //: mal (mail), hâl (bail), dâl (dall), kaul (coll), paid
(poil)
devant////;/: krûm (cromm), //// (imm), ^/-//// (druimm), hàm
(camm), trfim (tromm), ////// (tomm) ; // représente ô.
devant //// : k'qn (ceann), bîh (binn),////î (tonn), glân (gleann),
krân (crann)
devant rr: g'âr (gearr), kâr (carr), Jâr (fearr), bâr (bar»").
De plus, tandis que /// > v, lu en irlandais moderne, //////
>> ///: //(uc (neamh), /("/îc (Idmh), //v/// (tromm), kam (cAmm).
1. Book of Dcir, Wh. Stokes, Goidelica-, p. 112.
2. Revue Celtique, t. XII, p. 54.
3. Henebry, The souiids of Munster Irisb, p. 13, 14, 16, 17.
4. Finck, JVdrtcvbuch dcr auf den Araninschi gcsprochciien wcstin'schcn
Mundart.
Études d(' phonctii]iie irlandaise. i8i
b) occlusive ou fricative -+- liquide.
f/' initial > kii d:ins kiiev (cruimh) à Aran^
> k diins kt'd il II en Dcsi-. Cf. ioinarcadh =^ iomar-
cradh
cr intervocalique > gr: /ôi.T.' (togradh, v. irl. tôcrad) \
Un groupe kr d'origine récente est dû à un déplacement de
l'accent dans kixd (creud) dont la forme ordinaire en Con-
naught est kcrd = ce red « quelle chose ? »
gr initial > dr: dras (gréas) en Connaught. O'Leary en
rapproche à tort pour le changement de o- en d: d ual = gual
« charbon » ; car dans ce dernier cas il y a étymologie popu-
laire ; dual a été créé sous l'influence de dubh « noir » ^.
On remarque un gr d'origine récente et dû à la place de
l'accent dans gréidh = go réidh à Béara'>.
rfr intervocalique > J en Connaught dans /;/rtJj(madradh)'5;
mais la chute de /' provient sans doute de la dissimilation ;
c'est dans le composé iiiadJr !!■.'> (madradh-ruadh) que Vr est
tombé d'abord.
dr est dû à un déplacement d'accent dans : il'râhr (dearbh-
bhrâthair), d'rauhr (deirbhshiûr) à Aran et Gahvay^ drehar,
drchur en Connaught et Ulster.
Ir intervocalique > dr > r dans Pârig (Padraig, v. irl. Pa-
traic).
//;/■ > /;;-: rt/;r//-/ (athrach) > r après une consonne : àdrw/^
(eadarthnith) en Dêsi/.
> rJj: arhfi (athrughadh), ârhl (aithrighe).
sr > str en développant, comme il arrive en français, un t
1. Finck, Wôrterhuch, p. 155.
2. Henebry, p. 75.
3. Finck, lFôrteibiich,p. 240.
4. O'Leary, Sgcuhtidheacht Chuige Munilkvi (Dublin, 1895), p. 26, 1. 17
note.
5.. O'Leary, ihid., p. 15, L 27.
6. O'Growney, § 335.
7. Henebry, p. 74, 57.
i82 G. Doiun.
entre s et r dans d' fiostraigh = d' fiosrnigh; cf. straid
= srdid^ gall. ystryd, lat. straïa.
Le groupe spr est dû à un déplacement d'accent dans sprid
(spiorad) à Aran et en Dêsi^.
Un tbr d'origine récente > i à Kilkenny dans hôsîn (bôthrin
= bôthairin) ; r palatal est devenu dans ce dialecte ^ (/ fran-
çais) : Af(T~^ (Maire) 3.
trdthar4 =r tarrdthar à Béara, trasna = tarsna en Dêsi5
offrent un groupe tr dû au déplacement de l'accent. Le
Livre de Lismore et le Martyrologe deGorman offrent quel-
ques exemples de phénomènes analogues: airdric^ =:^
airdic avec une intercalation de r qui rappelle le français
perdrix du latin perdicem; fedraissi = fetairsi;
cf. martralaic du latin mar ty r ologi u m, Sathrann
du latin Sa tu mu m 7.
Au contraire, à Aran et Galway, //• a été disjoint par l'inter-
calation d'une voyelle ou la vocalisation de r dans tPiiiçnâ, tJr-
iiihw (trathnôna).
Le groupe br a été disjoint par un déplacement d'accent
dans borluy^ (brollach), bgrlîn (bratlin)^.
/';■ > bbr > vr > r en Dèsi : kîniy^ (cuibhreach), lînj (cuibh-
reann), aurljj (anbruith) 9.
Un nouveau groupe fr est dû à l'accent dans /m/ (fuireach)
en Dèsi ^°.
On remarque un groupe pr d'origine obscure dans prâti, va-
riante en Munster de fâtî, angl. potatoes".
cl intervocalique > gl : agJj (eagla, v. irl. ecla), âgl^s (eaglais,
V. irl. eclais)'^
1. The Gaelic Journal, VI, 146.
2. Finck, Wôrterhich, p. 226; Henebry, p. 49.
3. Henebry, p. 74.
4. OXeary, Sgeuhddheacht Chuige Miiiiihaii, p. i, 1. 8.
5. Henebry, p. 7^.
6. Wh. Stokes, Felire hUi Goniiàiii, p. 140, 21 f.
7. Stokes, Lives oj saints froin the Bo^k of Lismore, !. 2299, 3754, 4374-
8. The Gaelic Journal, V, 133; Henebry, p. 75.
9. Henebry, p. 53, 51.
10. Henebry, p. 46.
11. The Gaelic Journal, VI, 137.
12. Finck, JVorlerbuch, p. 31.
pAudes de phonétique irlandaise. 185
cl est disjoint par un déplacement d'accent dans kilk'ay^ (duig-
theach) en Dèsi ^
dl initial développe un 3 entre d et / dans d^dij (dlighe), djlilh
(dlighte), d.d'un (dlighim) à Galway et Aran -
dl initial > gl dans les mêmes mots : glïiii (dlighim), glith
(dlighte) à Aran 3 ; ali (dlighe) en Dèsi +
// initial > kl dans kli (t-slighe) en Dèsi >
//intervocalique > dl, y II ^l: koU (codladh, v. irl. cotlad),
Âv///// (codlaim, V. irl. cotlaim) à Aran, Galway et en Dèsi 6;
«oM' (nollag, V. irl. notlaic) à Aran 7, nolig a Galway. On
trouve la graphie colla = codla dans le ms. de Rennes*^;
nolloce= natalicia dans le Livre de Deir9
tel > // : Piirtlay^ (Portcladhach) en Dèsi '«
bhl > / en Munster : Elîii (Eibhlin) "
Un groupe hl s'est formé sous l'influence de l'accent dans
5M7/ (Baile-atha-cliath)
c) occlusive ou fricative H- nasale.
en initial développe un <> entre c et 11 : Iwiôk (cnoc), kjiigv
(cndmh), kJims (cneas)^-.
Il en est de même de ,^^;/ : gJtioÇgnà) ^3.
en intervocalique >> gn: agnJ (eagna, v. irl. ecne).
en initial > kr à Aran : hrok (cnoc), yris (chneas) h ;
en > hr et gn > gr en Monaghan : croc = cnoc, grai-
theach = gnaitheach^). Cf. Crochubhar = Conchobhar.
1. Henebry, p. 75.
2. Finck, Worterbuch, p. 65, 66.
3. Frinck, Wôrterhuch, p. 66.
4. Henebry, p. 56.
5. Henebry, p. 56. ,,
6. Henebry, p. 59; Finck, Wôrterhuch, p. 156, 1)7-
7. Finck, Worterbuch, p. 202.
8. Revue. Celtique, t. VII, p. 75, 1. 35.
9. Stokes, Gûidelica^, p. 112.
10. Henebry, p. 56.
11. O'Grownev, § 275.
12. O'Growney, § 356.
13. O'Growney, 5 356.
14. Finck, Worterbuch, p. 156; The Gaelic Journal, IV, 172, 231 ; VI, 146.
15. The GaeJic Journal, \\, 146.
i84 G. Dottin.
Le déplacement de l'accent donne lieu à un groupe kn dans
knôyûr (Conchubhar) '.
yn > n à Aran dans droîii (droichni).
On trouve yn produit par un déplacement de l'accent dans
ynik (chondairc) en Dêsi^.
in >■ dn > nn ^ n : kênd (ceudna, v. irl. cétna) à Galway
et Aran 5, klanJ en Dêsi4, niiuan'J (maidne, v. irl. maitne),
muinne = muidne en Meath5. Un scribe du ms. Har-
leian 5280 considère dfi comme équivalent à nn et écrit cradn ,
ferodn = crann, ferann^.
thgn > ibn > bn : ahniin (aithnim) à Galway et avec une
voyelle intercalaire hvi, hïii : dh'kviJs (deithncas), aJfmJ
(aithne)"en Munster; gniiii, afiini, aiu, gJiP a Aran.
SDih intervocalique > sic, et le -w se combine avec la voyelle
suivante, kosill (cosmhail, v. irl. cosmal), kosnJjyî, kosPwhyt
(cosmhaileacht)^.
chtnih > ■// : saytn (seachtmhain)9. Cf. oc m ad = ocht-
mhad dans le Livre de Deir"^.
ghiiib > v: briiw (brioghmhar).
tbmb > bv > /: li'ipr (luthmhar), afél (aithmhéal), sga-
faire = sgathm haire '■ à Galway et en Dèsi.
bb)i > vn > n en Dêsi : îiiis (aoibhneas) '^, SiuJ (Suibhne)
et, avec une voyelle intercalaire, Jv'inPs (aoibhneas) à Galway.
d) liquide + occlusive ou fricative.
Il se développe un <' ou, en Dèsi, un // entre la liquide et la
consonne dans les groupes suivants :
1. O'Growney, § 422.
2. The Gaelic Journal, VII, 77; Henebry, p. 75.
3. Finck, Worterbiicb, Y>. 172.
4. Henebry, p. 59.
5. The Gaelic Journal, IV, 109.
6. Rei'ue Celtique, t. XII, p. 54.
7. 0"Gro\vney, § 478 ; O'Donovan, A gratnniar of the Irish langna^e, p. 58.
8. Finck, Wôrterhuch, p. 162.
9. Finck, Wôrterhuch, p. 229; O'Growney, § 877.
10. Stokes, Goidelica^, p. 112.
11. O'Growney, §455 ; Henebry, p. 52.
12. Hcnebrv, p. 53 ; O'Growney, 5-75-
Éludes de phonétique irlandaise. 185
rc dans sarpk (searc), or^k (orc) à Aran ; mais dans le même
dialecte on dit k'arJc (cearc) ^
rg:farJg (fearg), lorJg (lorg), far'<?gJ (fliirge), niarJgJ (mar-
gadh), d'ariig (dearg) ^
rch : donyP (dorcha), donlMi i s (dorchadasy^, MorJyp (Murchadh)
rh : g'ar^''h (gcarb), horsh (borb), kar<^b,hl (carbad)
rhJj : mar?v (marbh), iiiarJvJiii (marbhaim), serdvim (soirbhi-
ghim), sardv (scarbh), tam'3-y (tarbliach, v. irl. torbach); à
Rathlin : ar^vor (arbhar)-*. En général Jiud > u : Diarfi (mar-
bhadh) en Dési ; .' est devenu 11 au contact dei': niaruv,
saruv en Dèsi 5 .
le : obk (pic) à Aran, fobb (folcadh) en Dèsi
Ig: bobg (bolg), sabg (sealg), iôl^gj (tolgadh)
Ib : Abbiuin (Albain)
Ibh : sabv (sealbh), babv (balbh)
Ip: hoÏJpJ (colpa), skaJ^p (scalp).
A Aran ^ J sq place après le groupe consonantique dans :
^Vt/oV (deircc); en Dési, peirse (angl. perch)'
Un groupe /// d'origine récente est constitué par l'addition
d'un / à // final dans tamallt = tamall en Donegal^.
rc intervocalique > rg : maragj (margadh, m. irl. marcad),
sarsgïin (seargaim, v. irl. sercim)9
le ^ Ig : dwigjs (dnalgas, v. irl. dualcus)
rc final > k: yônik (chonnairc) à Aran '°, hanik b. Galway ^^
ynik en Dési ''-
1. Finck, JVôrtcrhuch, p. 230, 207, 175.
2. Finck, JVdrIerbtcch, p. 107, 181, 190; Henebry, p. 74.
3. O'Growney, § 563 ; Henebry, p. 47, 63.
4. Tbe GaeJic Journal, VI, 139.
5. Henebry, p. 47. O'Donovan, A grainiiiar of the Irisb laiie^uage, p. 58.
6. Finck, Z)/t' Armier Mniidart, ein Beitrag zur Erforschung des Westiris-
chen, t. I, Grammatik, p. 37. Le second volume est constitué par le dic-
tionnaire que suivent des remarques et un bon index. Le tout est publié à
Marburg, 1899.
7. Henebry, p. 73.
8. Tbe Gaelic Journal, V, 80.
9. Finck, JVôi tcrbucb, p. 190, 230.
10. Finck, Worterbucb, p. 177.
11. Cf. Tbe Gaelic Journal, Ul, 60: \'l, 146.
12. Henebry, p- 73.
Revue Celti(]ue, X)^^ 13
i86 G. Doitin.
rch > r, et y palatal se combine avec la voyelle suivante pour
donner 7 : kiimr'i (comairche) ^
rd > rh > ;■ dans paris (v. irl. pardus, parrdus) - à Aran ;
parvins en Dèsi 3
rd > ;7 dans g air lin ^ gairdin en Monaghan -^
rd > rg dans inilrgJ (môrda), ôrg3 (orda). Cf. R. C, XX, 319.
rs > 's dans ('■'i >, h (ar-sa, v. irl. or, ol) ; à Gahvay 1'/' est à
peine sensible.
rb ^ rbh > rb : marJhl (mearbhal) en Dèsi ^
rbhth > ;7; : beirithe = beirbhthe en Munster/
rb > rbh > ;/: /^2;v/c? (tairbhe, v. irl. torbe), en Dêsi^.
Le plus souvent rbh > nu et -w se combine avec la voyelle
suivante: searbhas '^ sa ni s, miorbhuil > iniruil.
Le groupe rb a été disjoint par un déplacement d'accent
dans rsbal (earball) forme ordinaire en Connaught 9, r'Hbl à
Aran 1°.
L'/du futur et du conditionnel actif > /; et cet /; subsiste
dans le sud de l'Irlande après /, ;■.
//> //; : gii vilhig (go bhlîllfidh), luarJ ddiJhiù (muna dtuill-
finn), (7 sûlhih (dd siubhailfinn) ^'
rf ^ rh: en Dèsi marhiiy (mairfeadh), hirJh'' (cuirtidh) '- ; à
Galway ni vèrhàd (ni bheurfad).
On a de même '5 fîrhig (tiartaig) 2^ p. sg. impér. de iar-
faigim .
Id > // déjà en moven-irlandais. Le ms. de Leyde (xvi^ siècle)
écrit W pour //: ai Id, tald, muldach, comaldnud'4
1. Henebry, p. 63.
2. Finck, JVdrterbuch, p. 210. Lhuyd, Archaeohgia, p. 300, col. 2.
3. Henebry, p. 49.
4. The Gacli'c Journal, VI, 146.
5. Revue Celtique, t. XIV, p. 122, 1. 6; 124. 1. 12; t. XVI, p. 428, 1. i;
436, 1. 6; 442, 1. 10.
6. Henebry, p. 50.
7. The Gaelic Journal, VIII, 50 b.
8. Henebry, p. 51.
9. D. Hyde, Beside thefre, p. 6, 1. 8 note.
10. Finck, JVdrterbuch, p. 217.
1 1. Henebry, p. 50, 51.
12. Henebry, p. 51 ; Revue Celtique, t. XIV, p. 124, 1. 8.
13. Henebry, p. 52.
14. Reviw Celtique, t. XIII, p. 27.
Études de phoncûqiu irUindaise. 187
c) nasale -f- occlusive ou fricative.
Quelques groupes intercalent J. Ce sont :
iich : saïiciyJs (seanchus), Dônsyp (Donnchadh), indhih (inchinn)'
ng au milieu et à la fin des mots en Thomond et Kerry, d'après
O'Donovan -
nh]}-. iaiumvi (seanbhean).
En Dès!, au contact de b, bh, .'>//: 5^/;;///'.' (Banha), banuv
(banbh) 5, /^hwi' (leanbh, déjà en v. irl. lenab).
nf, nv: ansvis (ainbhfios) 4
A Aran^, d se place après le groupe consonantique dans :
banh (bank), beùs^^ (bench) mots empruntés à l'anglais; en
Dêsi : stauiiipJ (angl. stump)^.
ng final > c : tarrac = tarrang à Béara
> g : thùirlig = thuirling à Béara "
ng intervocalique > y et tombe : iJiiUs (ingantas), /<'»/<'■/ (ion-
gantach) à Aran ^ ; auiitis, l'intis, amituy, iPiituy en Dêsi 9 ;
ke9l (ceangal), teJ, iiV (teanga), e^l, î4 (aingeal) en Mona-
ghan'O; pin (pingin) à Galway et Aran " ; daighean =
daingean , 1 uighe = luinge à Antrim'^. Ce phénomène
se produit encore en Louth, Cavan et quelques parties de
Meathi3
7ig intervocalique > ;/ ^4 à Aran dans : dai'in (daingean), t'ans
(teanga) à côté de fuifig^^, on? (ionga)^^^ et en Dêsi : Vafû,
1. Henebry, p. 63.
2. A grammar of the Irisb laiigiiage, p. 36.
3. Henebry, p. 47, 53.
4. Henebry, p. 68..
5. Finck, Granunatili, p. 37.
6. Henebry, p. 49.
7. O'Leary, Sgeiihtidheacht Chitiae Mumhaii, p. 5, 1. 5 ; p. 2, 1. 7 ; The
Gaelic Journal, t. V, p. m, 119.
8. Finck, Wôrkrhiich, p. 140.
9. Henebry, p. 41.
10. The Gaelic Journal, VI, 146.
11. The Gadic Journal, VI, 170. O'Growney, § 512.
12. The Gaelic Journal, IV, 68.
13. O'Donovan, A grammar oj the liish language, p. 35.
14. Sorte d'H guttural; l'occlusion est formée par le dos de la langue et
le milieu du palais mou. Finck, Wôrlerhuch, p. v; Grammalil\ p. 62, 65.
15. Finck, Wôrterlnich, p. 244; Grann)iatik,p. 62.
i88 G. Dottin.
saiin (seang), /m;/.'/;/;' (thangamar) '. On a de même Jc'anli7H
(ceanglaim) à Aran.
ng palatal > n : anl (aingeal), tilrliù (tûirling), asliù (aisling),
far'sin (fairsing) en Dêsi^; dhîn (ingean) à Galway
ng > n après /'dans tarhiim (tairngim). Cf. taniV^-> (tarraingt,
m. irl. tarraing)
ngn > 11 : iun^ (iongnadh) en Dêsi 4, innu en Ulster et Con-
naughtî; hûnim, hônim (congnaim), /i7/;;<? (congnamh), en
Connaught hunu, dind (diongnadh) en Munster 6.
Un grand nombre d'infinitifs offrent un ;;/ final d'origine
récente ; le t est soit une création analogique d'après le mo-
dèle tabhairt, labhairt, soit un développement phonétique
en nd, nt de un final : fï^ynV (feuchaint, feuchain), Ugnt
(leigint, leigean) ; cf. rinV (roinn) à Aran et Galway " ; dhini'
(écin) à Aran^.
nd > nn > n: grand (grdnda), mç (indé), mu (indiu) à Aran 9
et à Skye'°, niuv en Dêsi^' ; cette assimilation se produit en
Munster pour grdnda, daonda, crionda; mais «^sub-
siste dans seanda, banda et le composé sandim (sean-
duine) '-^
nbh ^ nv '^ n: l'anîm (leanhWm) en Dêsi^>.
L'/du futur et du conditionnel actif > /; et cet /; subsiste
souvent après les nasales :
nf >> nh dans le sud de l'Irlande : faiih (fimfaidh), yauhny^
(dh'ianfadh) ; dans xanfiV-^ (doghéantha) l'/est analogique;
1. Henebry, p. 70, 74.
2. Henebry, p. 70.
3. Finck, IVàrterhiich, p. 238.
4. Henebry, p- 43-
5. The Gaelic Joitrna] , VII, 52 ; VIII, 107.
6. Henebry, p. 56. O'Growney, 5 434.
7. Finck, Wôrterhiich, p. iio; The Gaelic Journal, VII, 29.
8. Finck, Graïuiuatih, p. 56.
9. Finck. Wôrterhiich, p. 98.
10. The Gaelic journal, V, 80.
1 1. Henebry, p. 54.
12. The Gaelic Journal, VI, 134. Henebry, p. 68.
15. Henebry, p. 53.
14. Henebrv, p. 52; O'Donovan, A Graminar of the Irish language, p. 193.
Etudes de phonétique irlandaise. 189
à Aran on dit d'iiiâ; à Galway /; est tombé: enà (dheun-
ÎMhy
nf > nh avec intercalation de o : iDubi (anfadh) -; au futur >
n : dûndd (dùnfad)
mch > /;//; > iiiph > iiip : ômpr (iomchur), ômp^rim (iomcliu-
raim), /'//;//>/ (timchioU) à Aran 5, Galway, Beara-+, aiimpr,
hoimpl en Dèsi 5 .
nib > mm > m: Ini (imb, imm, im), iiiu (uime, v. irl. im-
bi)^, dinia (diombdidh), dunulis (domblas) 7. Un scribe du
ms. Harleian 5280 écrit i)ib pour iiDii final: armb, pre-
simb = breisim. Il est possible que cette notation soit
phonétique. Cf. Egerton 93 : frimb^.
mp > /;//; en Dêsi dans le pluriel haumhi, de l'anglais camp 9.
mt > ind '^ ni dans coinnleacht= coi mdeach t^°.
nid > wd, vd : kûdhii (cumhduighim, m. irl. cumdaigim) ^^
mth > /// '- : iiiiôhid, iiiiôd (imtheochad), iuiig (imthigh)
nihch > t'-/ > /y_ à Aran : nafyinUy^ (neamhchiontach) '5
7)ihth > vh > /'4: lïfo (Yiomhtha), //</.' (naomhtha), nlfir
(naomthar)
mhf'y vh >/: ifipd (naomhfad)
;;//;/ > / après voyelle longue : snatJ (sndimhte) '5
mhs > s: //'é'/j.' (treimhse) ^^
1. Revue Celtique, t. XIV, p. 120, 1. 12.
2. Tlje Gaelic Journal, V, iioa.
5. Finck, Wôrterbuch, 209, 243.
4. The Gaelic Journal, VI, 8.
5. Henebry, p. 63, 72, 75.
6. Finck, Wôrterbuch, p. 141, 144.
7. Henebry, p. 52, 73.
8. Revue Celtique, t. XII, p. )). Irische Texte, I, p. 305.
9. Henebrv, p. 50.
10. TIk Gaelic Journal, III, 106.
11. Finck, Wôrterbuch, p. 165.
12. Henebrv, p. 63, 64.
15. Henebrv, p. 52, 73 ; O'Growney, §4) 5 ; Hayden, Irish pronu)iciation,
p. 24, 1. 2, 10.
14. Finck, Gramuiatik, p. 142.
I ). Henebry, p. 72.
16. Henebry, p. 73.
190 G. Dottin.
f) Combinaison des liquides et nasales entre elles.
Plusieurs groupes finals donnent lieu à une intercahition de
9. Ce sont :
7'i)i : korhni, kôrhn (cuirm), gor.'>i)i, gorni (gorm), Konmak
(Cormac)^
Souvent nn > rmh > rv, nu: âarfid (dearmhad) en Dèsi^.
m: doron, dorn (dorn), karJu (carn), kô}\m (corn) 5
Im : kokin, hôhn (colm)
Ing : fubhhn (fuilngim) à Aran.
nm : andni, anni (ainm), siiun (seinm) à Aran, sihiui à Galway
wr : c);;/.';v (iomramh, v. irl. immram)
mn: nunà (mnâ)^ ; mais uniâ à Aran.
A Aran 5, j termine quelques groupes finals : dauiiu (dorn),
galdvJ (galar).
Souvent, c'est une assimilation qui se produit :
In > // > l^: alh (ailne), gliiyt (ailneacht), (colna)7. Cf. le
changement inverse de / en n en Monaghan : ddin = dail,
et en Ulster ain =ail'^. Le ms. de Rennes offre essain
= asail, cristann ■=^ cristal 9.
ni 'y II y 1 : mih'> (mionla), mâli (mania), m/.' (eanlaidh),
nulluy^ (muinleach) •".
En Dêsi un a précédent se diphtongue en au : banluv (ban-
lamh), aiihi (anlan) '^
nr > rr > /' : criid (aonrud). En Dêsi un a précédent se diph-
tongue en au : sgaurJ (sganradh), branrJ (branradh), k'aurJy
(ceannrach), haunn (ban-rioghan) '-
1. O'Grownev, § 352.
2. Henebry, p. 21.
3. Finck, IVorterhuch, p. 68. O'Grownev, ^5)5; O'Donovan, A Grain-
mar of thc Irish lancruage, p. 58.
4. O'Growney, § 352 ; Hayden, Irisb proniiuciatioii, p. 24, 1. 23.
5. Finck, Grauiiiiatik, p. 37.
6. Lhuvd, ArchacoJogia, 500, col. 2.
7. Henebry, p. 68. O'Donovan, A Granimar of the Irisb language, p. 34.
8. The Gadic Journal, VI, 146; VIII, 119.
9. Revue Celtique, t. VII, p. 73, 1. 39, 40.
10. Henebry, p. 68, 71.
11. Henebry, p. 13, 68, 71.
12. Henebry. r>. 12. 68. The Gaelic Journal, V, 119.
Études de phonétique irlandaise. 191
/;■ > ;/■ ^ r : siniy^ (siolrach). En Dèsi, comme précédem-
ment, il y a diphtongaison de a : daiir (dealradli) ^
mr, ml, mn > iiihr, iiihl, mhn > vr, vl, vn > r, l, n en
Munster dans gire (geimhreadli), sgile (sgeimleadh),
gîleach (geimhleach), keniiy^ (caomhnacli) ^.
Le plus souvent mr, ml > mr, ml > vr, vl : gïvr3.
L'assimilation est incomplète dans :
m > r/ : bérlagar^ emprunté à l'anglais vernacular et où
l'étymologie populaire a vu bérla = bélra « langue
étrangère ».
mh après n, l s'unit à la voyelle suivante pour donner // : inus
(ionmhas), siiiûnl' (seinmhint), tahui (talmhan), c//?.' (uU-
mhughadh)4.
Il y a dissimilation dans :
nm > nit: ar'Jni (ainm) à Moynalty et Rathlin 5
mn > tiir: mra (mnd) à Renvyle et à Achill^. Cf imb-
rollaig = im Nodlaig", mruichille = mnuichille
= muinchille ^.
111)1 >> )iil : siiiulçr emprunté de l'anglais chimney 9
uni intervocalique > ?imh >■ nv, nio: /mwr (lionmhar, v. irl.
linmar) ^° sans doute par analogie
mn intervocalique > nihn > vn, lun : kivne (cuimhne), kivnû
(cuimhniughadh), kûnJ (comhnaidhe), Ikimuyt (leamh-
nacht), ^(Zi'rc' (samhradh), sîvn^y (suaimhneach), sJvnû (suai-
mhniughudh), sîvn^s (suaimhneas) ".
A Aran, on a repris aussi les anciennes formes : k''imn:> (v.
irl. cuimne), kimnn (v. irl. cuimniugud), l'cmndyt (v. irl. léi-
1. Henebry, p. 71.
2. The GaeVic Journal, V, 125, 133; VI, 89; Henebry, p. 72.
3. Revue Celtique, t. XIII, p. )0).
4. Henebry, p. 72.
5. The Gaelic Journal, IV, 76 a; VI, 139 b.
6. Larminie, p. 239, 1. 2 ; 241, 1. 30.
7. The Gaelic Journal, VI, 25 b.
8. O'Growney, § 422.
9. Finck, Worterbuch, p. 231.
10. Finck, Worterbuch, p. 188.
11, Finck, JVôrterbuch, p. 152, 167, 185, 219, 221.
192 ■ G. Dottin.
mnech), suiim-/^ (v. irl. suaimnech), slmnii (v. irl. suaimniu-
gud), simiiBs (v. irl. suaimneas)^ ", on trouve à GaKvay k^innu
(cuimne), PemnJ-/_ (leimneach).
nir intervocalique > mhr > vr, tt»;' : ^/yr'^ (geimhreadh, v. irl.
gemred), kôrâ (comhrâdh, v. irl. comrdd) ; inr ancien est
conservé dans fimra (iomramh) -
w/ intervocalique > ;;//;/ > vl : avias (aimhleas, v. irl. am-
less) 3.
inn est dû à un déplacement d'accent dans mnuichille =
muinchille; il en est de même de nu dans corm =
comhthrom-*.
On remarque un nouveau groupe Ir dans iolra = iolar>.
g) Combinaison des occlusives et fricatives entre elles.
■// final développe un J à Aran <"'' dans liëyiJ (m. irl. cecht).
fi- intervocalique > 5: Sus^up, de l'anglais Saxony7.
es intervocalique > r : f a i c i n n =z fa i es i n ^. De même gs > g
dans les mots composés en Meath et dans le sud de l'Ulster,
d'après O'Donovan 9.
se intervocalique > st : feastar = feascar^^.
se final > s: siiias, mas (imeasg), à Aran, à côté de ciiiask^'
et > -// dans le mot emprunté doyfiir', angl. doctor, à Aran '^
eht '^ ht y> t en Monaghan : bot (bocht), cuidedta = cui-
deàchta, teat = teacht, banât (beannacht). Dans ce dia-
lecte, d'ailleurs, le 7 tend à s'affaiblir en /; : hwuhs (buidhea-
chas), rahi (rachaidh), rahs (rachas), isteah = isteach,
même à l'initiale dans chonnaic, cha, chomh, chu-
gam, ou à tomber avec ou sans allongement compensatif:
1. Finck, Wôrterhiich, p. 152, 186, 221.
2. Finck, Wôrterhuch, p. 154, 159, 208.
3. Finck, Grammatih, p. 64.
4. The Gaelic Journal, IV, 88 a ; O. Growney, £ 422.
5. Tlie Gaelic Journal, V, 95, 1. 5.
6. Finck, Granimatik, p. 37.
7. Finck, Wôrtcrbuch, p. 219.
8. The Gaelic Journal, V, 189.
9. A Grannnar of the Irish language, p. 54.
10. The Gaelic Journal, VI, 146.
11. Finck, Wôrterhuch, p. 97.
12. Finck, Wôrterhuch, p. 67.
Ëtitdcs de phonélh]ue irlandaise. 193
iiciiâ (daighneach), dira (direach), na (nach), idg (chuig),
/;/ (chum) '. D'aprcs O'Donovan, la chute de •/ devant t et
l'affaiblissement de ay en ah se produirait aussi en Louth et
Meath ; le cb vélaire initial deviendrait /; en Ulster -.
cbt > 7 en Monaghan dans ay (acht). Ce -/ > /; qui tombe
après allongement de la voyelle précédente dans enâ (aon-
teacht)3. On dit de même en Dêsi ay ou nay (acht) 4 ; à
Aran ay ^ .
gtb > kb et développe un j intercalaire dans tohbj (tôgtha) ;
généralement^ > k : l'ah (leagtha) 7.
dcb > / dans li'qrtd (ceardcha) à Aran^
dtb > t: seVe (sèidthe)9.
btb > pb et développe un d intercalaire : lup^bj (lubtha) ^°.
Vf du futur et du conditionnel actif donne lieu à diverses
combinaisons. Cet/ est devenu /, puis /;. Cet /; s'unit à la so-
nore précédente pour donner une sourde".
W;/ > vb >/: skrJfin (scriobhfliinn) ^-
gfy>gb > k: J yiikuy (do dhiugfodh), ni brckih (ni thréigfinn)
lakm (leagfam), cf. faks (fagfoidh) ; sUkih (sloigfinn), t'Uikis
(tiogfas), tokyc (tôgfaidh)'?
df > db > / : driUd (druidfcad), gii ûitJ /;/t' (go ngoidtidh mé)
;// etifi (ni fheudfainn) '4
bj 'ybb'y p: rcpin (raobfainn), tepis (teibfeas), ////)c>(/(lubfad)'5.
Au passif/ subsiste ; en Dèsi : ircyfr (traochfar), liàifr (shé-
1. The Gaclic Journal, \l, 146, 151, 166.
2. O'Donovan, A graiiiiiiar of Ihe Irish hingiiage, p. 48, 49.
3. The Gaelic Jottrnal, VI, 148.
4. Henebry, p. 56, 69.
5. Finck, Worterhuch, p. 6.
6. Henebry, p. 66.
7. O'Growney, §45 5-
8. Finck, IVôrterbiich, p. 171.
9. O'Growney, § 45).
10. O'Donovan, A Graïuiiiar of the Irish langiiage, p. 57.
11. Henebry, p. 50.
12. Henebry, p. 52.
13. Henebry, p. 52, 66. Finck, p. 244. Revue Celtique, t. XVI, p. 428, 1. 4.
14. O'Grownev, § 1251, 1257; Henebry, p. 59; Revue Celtique, t. XIV,
p. 124, 1. I.
13. Henebry, p. 52; Finck, Graïuiiiatik, p. 142.
194 C. Dottin.
idfear) % lakfr (leagfar) ; à Aran : yjfr (chifear), fckfr (faic-
fear), vêrfï (bheirtîdhe) -.
f/ > kh > k : akin (acfuinn) en Dèsi 3
c//> -//; > h:féà-/à (feuchfoidh) 4
//;/ > /; : /:«% (caithtidh) en Dèsi', kahi (caithtidh) à
Galway^
sf > 5-/; > j, ]■ : nî vrisin (ni bhrisfinn), v/'^/T/ (dh'ios-
fainn) 7, ^^^a (seasfadli) ^.
A la deuxième personne du conditionnel, — ftbâ > fâ dont
ly subsiste toujours : uvlfâ (mholftiid)
chb, g bb ^ g: f agi m (i^ïghhïim, v. irl. flicbaim), tôghii (tôg-
bhaim, v. irl. tocbaim), à Aran et Galway ; turisgàl (tuaras-
cbal) en Dèsi. Le bb tombe de même à Aran dans/n/w (fag-
hbhaim), kônàl (congbhdil) où ngbb > n9
//; > d: dkniii (adeirim, v. irl. atberim)
îbcb > /;:/;: fah (faithche) '«, dûbJ (duithclic) en Dèsi
//;/'/;>/;: m o t lui i 1 = mothbhdil"
chth >/dans rôifâ (rachthd) '- si -fa n'est pas dû à l'analogie
de la désinence ordinaire de la 2^ p. sg. du conditionnel.
Cf. ci-dessus.
thch > /: À'/zp (cluitlîche) à Aran '5 et Galway, si l'on admet
l'orthographe moderne ; mais cette orthographe semble ne
reposer sur rien; le vieil irlandais écrit cluche.
Le changement de //; en / a été constaté dans certaines par-
ties du Connaught dans les mots guth, cruthuig, sruth,
1. Henebrv, p. 51, 64.
2. Finck, p. 178.
3. Henebrv, p. 51.
4. Revue Celtique, t. XVI, p. 444, 1. 8.
5. Henebrv, p. 59.
6. Revue Celtique, t. XIV, p. 122, 1. 5.
7. Henebrv, p. 52. O'Donovan, A Graiiniuir oj the h ish laiiguage, p. 193.
8. Revue Cellique, t. XIV, p. 130, I. 10.
9. Finck, Wàrterhuch, p. 103, 160, 240; Henebrv, p. 54; The Gaelic
Journal, III, 128 ; IV, 55 ; VI, 59.
10. Henebrv, p. 50, 62.
11. The Gaelic Journal, V, 133.
12. Henebry, p. 63.
13. The Gaelic Journal, VI, 11 ; Finck, IVorterhuch, p. 154.
Études de phonétique uLindaite. 195
futha% à Aran pour brif'nii (hruithini) et à Skibbcrccn pour
guth-. Cf. ci-dessous.
Quant au changement de cb en /, il se produit dans fivî
(chuaidh) en Ulster et Connaught? du Nord;//? quelquefois
en Dèsi^ ordinairement hiviU-^.
thgh^f: lofâr' (luthghiiir), /(//rV'/ (luthghâireach) à Aran.
On dit aussi dans le même dialecte levâv', Ic-iuày\ Icvâr\^y_, le-
ît'rt ;-'-'-/ 5 .
Cf. gbtb >/: top (toghtha)6.
tbbb > /: kofjr (cathbharr), ilrfa.uiy^ (uathbhdsach), defir (dei-
thbhir) à Aran 7 et Galway. On trouve dethfir == dethbir
dans le ms. de Leyde^; cf. deichfer dans le ms. de Rennes9.
bbtb > / : lofwi (loblitha), èkrâpyi (éagcràibhtheach), gofi (gab-
htha), skrJp (sgriobhtha) ^°, vôïfâ (bhfuighbhthâ), O Dôfï
(O Dubhthaigh)".
st interne ou initial > sd : /(/.fJ^?/ (teasdail, v. irl. testail), Iqs-
dïin (teastaighim), sdaid (steall), sdalo (stealladh) '-.
Mais st final subsiste : last (last).
st > sd > si dans baisleach = baisdeach en Monaghan^j.
Un groupe st d'origine récente s'est constitué à la fin de
quelques mots terminés par .y, i; le t semble d'origine phoné-
tique : gu duhdïsl (go dtioctiidis) '+ en Dési, Jrist' (aris) à
Aran ^5, dorust = dorus en Donegal '^\
1. The Gaelic Journal, VII, 108; d. VI, 11 ; OXearv, p. 56, 1. 11 note.
2. The Gaelie Journal, VU, 156.
3. O'Donovan, A Graïuiuar oj ihc In'sh laiiguao-e, p. 48.
4. Hencbry, p. 46.
5. Finck, Wôrterlntch, p. 180.
6. Revue Celtique, t. XX, p. 317.
7. Finck, Worterhuch, p. 77; Henebrv, p. 75 ; O'Growne}', § 478.
8. Revue Celtique, t. XIII, p. 27.
9. The Gaelic Maundeville, edited b)' Wh. Stokes, ^ 26 (Zeitschrijt Jiir
Celtische philologie).
10. The Gaelic Joui-nal, VIII, 84: Finck, IForterbuch, p. 93, 180, 235 ;
Henebrv, p. 60.
11. Henebrv, p. 52. O'Growney, ^4)5-
12. Finck, Worterhuch, ip. 239; Henebrv, p. )>, )8.
13. The Gaelic Journal, Yl, 146.
14. Hencbry, p. 56.
I). Finck, Worterhuch, p. 100.
}6. The Gaelic Journal, V, 80,
196 G Dot tin.
se initial et intérieur > sg, sg: sgial (sgeul), sggrt (sgairt),
' masgim (measgaim) ; mais se final subsiste, tâsk (tasg, v. irl.
tasc), rûsk (rûisg, v. irl. rùisc '.
Dans les mots empruntés à l'anglais d^, îs initial > s :
Sémus = James, Seaghdn =: John, Séoirse= George;
^/~ intérieur >> sd : lôisdin = lodging, cisdin = kitchen,
damaisde = damage, carraisde=: carriage, pdisde = page
(enfant), côisde =:: coach, Risteird ^ Richard; > sk:
pitrisc =■ partridge^.
sp initial et intérieur > sh : shal (speal).
RESUME.
Il convient de rassembler maintenant les renseignements
épars dans notre étude et de les classer d'après ce qu'ils four-
nissent d'intéressant pour la phonétique générale.
Les groupes initiaux sont de beaucoup les mieux conservés.
Dans les groupes atteints on remarque :
i) La suppression du premier élément^: pi > / (p. 60),
pr > r (p. 60), st > / (p. 60). C'est un phénomène très an-
cien qui n'apparaît, semble-t-il, qu'à l'époque vieille-celtique.
Cependant, dans les emprunts latins /ij > s (p. 73)
2) La suppression du second élément: dv > d (p. 61),
sv > 5 (p. 61), kr > k (p. 181).
3) La modification du premier élément : gr > dr (p. 181),
dl >A^/(p. 183), tl>kl(p. 183); mlybJ {p. 61); mr> hr
(p. 61), pr > kr (p. 73), pi > kl (p. 73),;/ > si (p. 73),
/;■ > sr (p. 73), vr > fr (p. 61), vl > / (p. 61).
4) La modification du second élément : Ât > Âv; (p. 181),
kn > kr (p. 183), gn > gr {p. 183), /;/;/ > nir (p. 191).
Quant aux groupes intérieurs de deux éléments, ils sont
sujets à :
i) La suppression du premier élément : fin > // (p. 188),
1. Henebry, p. 66.
2. Henebry, p. 76.
Études de pnonéùque irlandaise. 197
kn > 11 (p. 62), on > n (p. 63), /;// > n (p. 184), /// > ;/
(p. 63, 184), dn > » (p. 184), pn > » (p. 60), l'n > n
(p. 184), 5;z > 11 (p. 63), -/« > " (p- 184), hn > m (p. 63),
gm > m (p. 63), Jw > m (p. 63, 64), 5m > m (p. 63),
/cr > ;- (p. 62), .,^r > r (p. 62), /r > r (p. 62), ^r > r (p. 62,
64), br > r (p. 62), sr > r (p. 62, 64), nr > ;- (p. 190),
/;- > r (p. 191), /;;- > r (p. 181), vr > r (p. 182, 191),
kl > / (p. 62), gl > / (p. 62), // > / (p. 62, 73), ^/ > /
(p. 183), /;/ > / (p. 62), ;// > / (p. 190), si > / (p. 62, 64),
vl > / (p. 183), rs > s (p. 186), /zj > s (p. 73, 62, 68),
h > 5 (p. 63, 67, 192), A'-^ > -^ (p. (>i), ys > 5 (p. 67),
/w > 5 (p. 67), /j > i (p. 63, 67), ds > 5 (p. 64), vs > j
(p. 189), rk > /r (p. 185), nk > /; (p. 62), dk > /o (p. 64),
nt > ^ (p. 62, 68), '// > / (p. 192), vt > t (p. 189), gd > ^/
(p. 63), ng > ,<^ (p. 187), sv > t' (p. 63).
2) Lci suppression du second élément: iid > 11 (p. 62,
73, 188), 11g > n (p. 188), ni; > ;/ (p. 188), ;//; > ;/ (p. 189),
inb > m (p. 62, 189), ;///; > /;/ (p. 189), rs > r (p. 61),
ry > r (p. 186), rd > r (p. 186), In > / (p. 62, 190),
Ici > / (p. 62, 74, 186), ks > k (p. 192), AT > k (p. 60),
ai> > A^ (p. 194). 7/ > 7 (P- 193)' ''•'^' > ^^ (P- 194). •^'' > ^
^P- ^92)-
3) La modification du premier élément qui de sourd devient
sonore: kl > gl (p. 182), kr ^ gr (p. 181), kn > gn (p. 183);
de sonore devient sourd : vy ^ fy, (p- 189); de labial devient
nasal : bn >■ mn (p. 63) ; d'occlusive devient fricative: kt > yt
(p. 73, 63, 192), gt > yt (p. 63), /J^ > kt > y/ (p. 60); de
fricative devient occlusive: ;^? > dg (p. 63) ; de nasale labiale
devient fricative labiale : uni > vn?{ip. 191), mr > vr(p. 192),
77// > 'Z''/(p- 192), ///^/ > vd (p. 189); de nasal devient liquide:
mn > r;n (p. 191).
4) La modification du second élément qui de sourd devient
sonore : le > Ig (p. 185), sk =sg(p. 196), st > sd (p. 195);
de guttural devient dental : sk > 5/ (p. 192) ; de dental de-
vient guttural: rd > rg (p. 186); de dental devient liquide:
sd >> si (p. 193), rd > ri (p. 186); de nasal devient liquide :
m > ri (p. 191), mn > ml (p. 191); de fricative labiale se
réduit à une aspiration: rv > ;•/; (p. 186), r/' > rb (p. r86),
198 G. Dottin.
hfyhh (p. 194), sf>sh (p. 194) //> Ih (p. 186), nf> nh
(p. 188).
5) La combinaison des deux éléments pour donner une
sourde: gh > k (p. 193), dh > t (p. 193), ây y db y t
(p. 193), bh > /) (p. 193), hv > /(p. 184, 195), vh > /
(p. 189, 193), dg > Â' (p. 64), db > /) (p. 64), :id?> t
(p. 63), tb S d (p. 194), -f/' > /) (p. 64); une fricative du
même ordre: dt ^ s (p. 63); d'un autre ordre: h-; >/
(p. 195), yh > / (p. 194); ^ine aspiration: hy > /;/; > /;
(p. 194), 7./-? > /■'(p. 194); une nasale: ng > //, /7 (p. 187),
les deux éléments sont modifiés dans md > ni (p. 189).
6). L'intercalation d'un nouvel élément consonantique
/;r/ > nih > ;»/)/; > mp {p. 189), et par un phénomène con-
traire w/? > w/;(p. 189); Ir > W;-(p. 190);^;- > 5/;- (p. 181).
Dans les groupes intérieurs de trois éléments :
i) Le premier élément est supprimé : Jxsk > sk (p. 6^),
dsk > sk (p. 63), psk > ^/c (p. 72). Après la chute du pre-
mier élément il y a réduction des deux éléments restants :
nsm > ;;/ (p. 62), gsm > m (p. 6^), ngm > ;;/ (p. 63),
ngn > ;/ (p. 188), ndm > m (p. 62), Â'j-;z > ;? (p. 62),
/ri/ > /(p. 62), «^T^i- > ^ (p. 67) ou accommodation : //<,^/ > 7/
(p. 68).
2) Le second élément est supprimé: rsc > rc (p. 61),
rct > ;■/ (p. 61, 68), rsm > nn (p. 61); /r/ > // (p. 183),
hgn > hn (p. 184), /-« > rs (p. 67), /a > Is (p. 67) ; il y a
réduction des deux éléments restants: rgs y- rr (p. 61); ac-
commodation de ces deux éléments : /;.s7 > /-/ (p. 63, 73).
3) Le troisième élément est supprimé: rdv > rt/ (p. 61),
yj-v > yt (p. 184), ngv > n (p. 194).
Enfin il£iut signaler l'usage fort répandu en irlandais d'in-
tercaler une voyelle à l'intérieur de certains groupes :
i) Dont le premier élément est une liquide ou une nasale.
rc (p. 185), r7 (p. 185), r<^ (p. 185), r^P- 185), rc (p. 185)
le (p. 185), /,a(p. 185), /Kp- 185), /^(P- 185), //'(p. 185)
«7 (p. iS7),nv(p. 1^7), ng (p. 187), «^p. 187), ;//j(p. 189)
2) Dont le second élément est une liquide ou une nasale :
dl (p. 183).
kn (p. 183), cr,?(p. 183).
ËHides de phonétique irlandaise, 199
bn (p. 184).
3) Dont les deux éléments sont des liquides ou des nasales:
;•;// (p. 190), ;-;/ (p. 190).
//;/ (p. 190), /// (p. 190).
nm (p. 190).
vir (p. 190), ///;/ (p. 190).
4) Dont le second élément est /;;
kh (p. 193), pb (p. 193).
Dans quelques dialectes, un .' s'ajoute à un groupe final de
deux consonnes :
i) dont le premier élément est une liquide ou une nasale :
m (p. 190), rk(p. 185)
Ir (p. 190, 192)
nk (p. 187), us (p. 187)
w/)(p. 187).
2) Dont le premier élément est une fricative:
yt (p. 192).
De nouveaux groupes consonantiques sont constitués :
2° par un déplacement d'accent: kr (p. 181), dr (p. 181),
spr (p. 182), /r(p. 182), //- (p. 182), pr (p. 74), ;;/r (p. 74),
bl (p. 183), kn (p. 184), yji (p. 184), iiin (p. 192), rni
(p. 192), /r(p. 192),,^;- (p. 181);
2) par l'addition d'un t final: // (p. 185), ;// (p. 188),
st (p. 195); ou d'un s initial: sp (p. 74).
Enfin certains groupes sont sujets à être disjoints : Ir
(p. 182), br {p. 182), kl (p. 183).^
Nous avons laissé de côté les phénomènes d'interversion et
de dissimilation que nous nous proposons de traiter à part.
(A suivre.)
G. DOTTIN.
TRACCE CELTICHE NELL' ASTURIA*
Non mancano indizi di conservazione di tracce lasciate dalla
venuta e dallo stabilimento dei Celti nella Penisola Iberica^,
anche nelle région! dcl Nord-Ouest, e propriamente Astu-
riche.
Senza occuparci délie varie, confuse e infondate opinioni che
fanno dei Celti la gente del bronzo, o i costruttori dei monu-
menti megalitici etc., né addentrarci nelle questioni relative
aile antiche razze che avrebbero popolato tali paesi -, notiamo
solamente che — tolto qualche indizio desunto da rappresen-
tazioni in iscrizioni 3 — dall' onomastica dell' etâ romana
possiamo ricavare qualche traccia, sia quanto aile -divinitd, sia
rispetto ainomi etniciedi luogo, sia finalmente quanto ai nomi
personali. In ciô sono di aiuto principalmente le iscrizioni.
I) Nomi di dei.
Di una dea denominata in dativo Dec^antc (C. I. L., II,
n. 5672; Holder, Altcelt. Sprachschatz, I, 1249).
Di un dio Ladicns (C. 2523 — in Nemetobriga, sulla quale
citta V. sotto).
*. Il présente articolo é estratto dalla mia opéra Storia cicW Asltiria, Bar-
cellona 1900, tip. L'Avenç.
1. Cf. il mio lavoro « I Celti nella Penisola Iberica », in mia Rivista
bimestrale di Antichita Greche e Romane, a. I, fasc. 1-2-5.
2. Dell' assenza di « Celtismo Astur » tratta la recentissima cassai inté-
ressante « Monographia de Asturias » dell' illustre Rettore dell' Università
di Oviedo Prof. F. de Aramburu y Zuloaga, Oviedo 1899, p. 42 sgg.
3 . Cioé che in iscrizioni sepolcrali di questo paese si vede il segno délia
luna, che si trova spesso nelle regioni Celtiche délia Penisola (cf. HiJbner
in C, II, p. 91 5).
Traccc Cellichc nelF Asturia. 20 1
Di un altro dio Menoviacus (Ephcm. Epigr., VIII, 3 (1898),
p. 407. — E anche C. 2628. 5649 e p. 909, dov' é: Men...
viaciis, cioé Men\ti\viaciis(?), corne vorrebbe leggere l'Hiibncr,
ibid.)
II) NOMI DI POPOLI E DI LUOGHI.
Una gente Asturica Arronidacci (C. 2697'; Holder o. c,
I, 221. Cf. AiTotrebae nella vicina Callaecia)^.
Forse un' altra gente (?) i CaJIctcs (C. 5694).
E l'altra, abitante verso i confini tra l'Asturia c la Ganta-
bria, e in parte probabilmente anche qui, OijciioiiwsciK
Inoltre le localitâ : Bergiduin Flavium4,
Brigaccium (Brigaecini) 5 .
Nemetobriga (Nome composto di due parole Celtiche)^.
Ocelum (od « Ocelum Duri » degli Itinerari) ".
E imonti: McdiiUiits (Flor. II, 33, 50 [Oros. VI, 21]).
E V'nidiiis (o Vinnius)^.
III) NoMI DI PERSONA.
Ainhaius (q Anihala: C, 2709. 2856)9.
1 . L'altro nome cii gente, messo nella stessa iscrizione (Coliacini), non
ci pare celtico.
2. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, in Revue Celtique, XV (1894), pag. 4.
3. Cf. Orgetorix in Gallia — Vedi perô nella mia Rivista citata, nota 144.
4 Su questa radice Berg — cf. Humboldt, Prûfung der Untersucli. ûber
die Urbewohner Hispaniens, trad. fr. Marrast, p. 61 sg — Kiepert, in Mo-
natsber. d. K. Akad. d. Wiss., Berlin, 1864, p. 151, n. 2.
5. Cf. H. d'Arbois, in Rev. Celt., cit., p. 36.
6. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe,
II2, 261 sg.
7. Il quale nome si présenta anche in paesi senza dubbio Celtici.
8. Cf. mia citata Rivista, n. 144. — Per questi ultimi nomi tralascio di
indicare le fonti, perché citate in altra parte dell' opéra.
Si potrebbero aggiungere i nomi di alcune gentes, terminantiin -u (Cioé
J'eliagu, Veronigoru : C. 5714. 5715). — Q.uanto ad altri nomi, cui il dot-
tissimo Maestro H. d'Arbois (in Rev. cit., XV, p. 37 sgg.) dâ carattere cel-
tico, cioé per lnter;atia, Orniaci ..., nulia si puô dire.
9. Cf. « Ambadus », « Ambada » (C, 5709, 2908 sg.)
Revue Celtique, XXI. 14
202 F. P- Garôfalo
Arquius (C, 2633; Holder, I, 220) ^
Canialus (C., 5076, 5662)-. Cf. « Camalodunum » in Bri-
tanniaî.
Cehiiis (C, 5310).
CelticaÇC, $66j [2902]).
Cloutus (C. 2633. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, in Revue
Celtique, XIV, p. 37).
Clutamus (id.).
Magilo (C, 2633). Cf. « T. Magilius Rectugeni f. » (C.
2907) nel conventus Cluniensis.
Pentius {C., 2712. 5719).
Pentilius (C, 2633).
Pentovius (C, 6338 K).
P intaius (Bramhàch, Inscr. Rhénan., 478; Orelli, 154)'*.
Segeius (C., 2698).
Segisamus (C, 5713, 5741- Cf. la cittâ « Segisamo » nel
conventus Cluniensis).
Vindius (C, 2612).
Vindiricus (C, 5747).
Virnanaius? (C, 5697).
Vinmus (C, 5713. 5720, 5724, cf. 5654)3.
ViriusÇC., 5745. E anche altrove : 5250)^.
Francesco P. Garôfalo,
prof, neir Atcneo di Madrid.
ÇA suivre,)
1. Cf. anche altrove (C, 2465, 2834, etc.)
2. Che si présenta spesso altrove (V. l'Index del C, II, p. 1080).
3. Ovvero : Camulo-dûnon. Cf. col nome di persona Camulates (Inscr.
Hisp. Christ., 195).
4. Cf. « Pintamus » (C, 2378 — nel vicino conventus Bracaraugus-
tanus) Vedi H. d'Arbois, o. c, 11^, p. 289. 291.
5 . Cf. altrove C. , 5723 . 5827 — E anche 6298 (nel conventus Cluniensis),
dove si fa menzione di « Vironus « e di « Celtigun ».
6. Quanto ad altri nomi che il Prof. H. d'Arbois {Rev. Celt., XIV, 388,
e XV, 37) pone fra i Celtici, cioé Arausa, Blecaenus, Bodecius, Burralus,
Docius, Elaesus e Turaius, io nell' incertezza li ho messi fra i puri iberici.
LA METRIQUE DU MOYEN-BRETON
La métrique du moyen-breton, malgré de judicieuses re-
marques dans la Gramniatica ccJtica et de consciencieuses ana-
lyses de M. Ernault', est encore en grande partie à faire.
Certains textes, comme les Anciens Noëls bretons -, n'ont pas été
suffisamment utilisés. Les lois de cette métrique, connues
surtout par les travaux de M. Ernault, gagneraient à être com-
plétées et présentées d'une façon plus synthétique. Il reste à
en donner les raisons et à en démêler l'origine. C'est ce que
je me propose de faire dans ce travail.
La comparaison avec la métrique des autres langues cel-
tiques, notamment avec celle du gallois, éclaire singulière-
ment son histoire, lui enlève ce qu'elle paraît avoir de bizarre,
et lui assure une importance qu'on ne lui a pas reconnue jus-
qu'ici. J'ai aussi trouvé dans l'étude de la métrique des chants
populaires bretons l'explication ou la confirmation de certaines
particuLu'ités intéressantes. Au point de vue du nombre des
syllabes dans le vers et des vers dans la strophe, ces chants
offi-ent un grand intérêt.
La métrique du moyen-breton repose essentiellement sur le
nombre des syllabes, sur la rime finale et la rime interne, à
des places déterminées.
1. Gr. Cclt.2, p. 962 et suiv. — E. Ernault, Dictionnaire étymologique
du viown-bretoii (Introduction), Rcviic Celtique, 1892, p. 228 et suiv. : sur
la rime intérieure en moyen-breton.
2. Revue Celt., 1889, p. i, 2S8 ; 1890, p. 46; 1891, p. 20; 1892, p. 126,
334-
204 ■^- ^^^^^
I. — Le vers d'après le nombre des syllabes.
D'après le nombre des syllabes, il y a dans la métrique du
moyen-breton, en tenant compte de tous les textes publiés,
des vers de 4, 5, 6, 8, 10, ri, 12, 13, 13, 16, 17, 18 et
20 syllabes.
Vers de 4 syllabes. — Le vers de 4 syllabes est isolé ; il
ne forme jamais de strophe ou système : Grand Mystère de
Jésus, p. 19, V. 2-3 :
secret bezet.
Annas
na doutet quet.
Ibid., p. 1 10*' I et 3 :
Poes gant an baz se. Chede so;
Ha ny a froeso e clopenn.
GARDIFFER.
Ro dif un peiin
DRAGON'.
Ibid., p. 201 :
Ha ny gant homan ahanenn.
Croc en ben se.
na pe cla Ira
AN SERVICHER.
Da ober bec da Rebecca > .
Vers de 5 syllabes. — Gr. M., p. 179 :
Pan oa daczorchet
Ha gloriffiet
Roen bet da quentaf
Ez leuzras tizmat
Gabriel cannât
En ambassat scaf.
I . On trouve même des vers de ce genre de trois syllabes (Gr. Myst.,
p. 57). H y a aussi quelquefois des exclamations complètement isolées, ne
rimant pas avec les autres vers {Gr. M., p. 41, 21, 40, 4))-
[.a Mélr'u]iie du tnojcn-brclon. 205
VhRS DE 6 SYLLABES (ilud., p. iSo):
Quac, lavar hegarat
Tizmat, na dcbat quct
Da mam clouar Marv
Goude pep vileny
Ez ouf ressuscite!.
Fie ih' Sainte No)ine, v. 809 :
Orcza cza tut ma ty
Tut a brut a study
Un sourcy am gruy bras
Oz cleuet en bet man
Ez duy sascun unan :
Causit brcmàn a'n cas.
Vers de 8 syllabes (Gr. M., p. 182) :
Ma mab clouar, ho trugarez !
Convertisse! eu a nevez
Ma queuz ha'ni tristez, gouzvezet,
En mil levenez en guez man
Ouz ho guelet daczorchet glan
Goude ho hoU poan oar an bet.
Vers de 10 syllabes {Mystère de Sainte Barbe, p. ^6.^
str. 410) :
Me roy gardiz doz guis he punissaff
Dirac an dut ha he persecutafî ;
Ma ne car scaff renonçaff, quentaff prêt,
He Doe nevez hac an fez anezaft"
Espres presant ha he sacramantatï,
An poent quentaff, ni'e groay dreizaff claffvet.
Vers de i i syllabes (ne se trouve pas seul et n'apparait que
dans les Anciens Noëls : Revue Celtique, 1892, p. 157 : l'air
n'est pas indiqué) :
1 1 Un clezev guen a diouz ho pen a tennat.
1 1 Evit hon die pell cre en hoz chaceat
10 Goal huanat gant Doue'n tat debatat
10 Nouel quenomp entromp, na fellomp quet.
2o6 J. Loth.
Ibid., Revue Celtique, 1892, p. 135 (;x[r : Iste confesser'):
Q.uenom cuff vuhel Nouel dan buguel frez
So deuet da bout den don ren da levenez ;
Parfet, credet bel, bon gray Roue'n aelez
Un guez aneze.
La rime finale du petit vers parait isolée, mais il faut cor-
riger a ne:^ en a neve^.
Vers de 12 syllabes (Sainte Nonn, p. 233, str. 5) :
Autronez an vez man, | pazomp ' glan voar an bet,
Roue an ster prederomp | entromp na fellomp quct;
Gant Doue anterin ] ez voe prédestine!
Pep tra gret en bet man | quent[mazl crouet an bet.
Vers de 13 syllabes (Anciens Nocls, Revue Celtique, 1891,
p. 21 ; sur l'air : Quand l'empereur de Rome arriva dans Paris
— ou Marseille lajolie^ :
Pan voa ha corff hac eneff | Doue an enff concevet
Mary en dougas dinam | ne deffoue blam en bet ;
Pan voa entre'n bedis | pen an nao mys fournysset,
Ez ganas Roue'n nouar j joa en douar preparet.
Ibid., Rev. Celt., 1892, p. 335 : quatrain composé de deux
vers de 13 syllabes et de 2 de 12 (noël nouveau et excellent,
l'air est joli) :
Nouel, Nouel, Nouel | quenomp bel da roue'n aelez
duenomp devotamant | bac ardant dre carantez
Ha bep goap d'e map quer | bon salver éternel
So deuet entre'n bedis | e languis a isel.
Vers DE 15 syllabes (Ancients Noëls, Rev. Celt., 1890, p. 47 :
air : Urbs beata Hierusaleni) :
Quenomp Nouel da roue'n aelez | gant feiz ha carantez pur;
Ganet eo sur gant eûr mat | begarad un crouadur
Gant un mercb scier so prcservet | a pep pecbet, bezet sur.
Cf. ibid., Rev. Celt., 1892, p. 137-138, des triplets de
15 syllabes sur l'air : Pange lingua gloriosi.
I . Ms. paiidomp corrigé par M. Ernault en paiomp.
La Mctri(]uc du moyen-breton. 207
Vers de 16 syllabes (Gr. Myst., p. 77):
Lavar, den fais, ac evclse | oz rcspontez te dan prellat?
Rac se pront dre da respont | cz vezo dan drot un chotat.
Sainte Nonn, vers 241 :
Breman ez eo aes ma esper [ am oa pell amser prederet,
Ma studi ma opinion | voa c religion monct ;
Da servichaff Doe roe'n bet | ez of cm laquet apret mat,
Lesel an bet me a preder ; | ne'm deur nep amser lie merat.
Cf. Anciens Noëls, Revue CeJt., 1889, p. 9, sur l'air : Con-
ditor aime sidernm; la strophe est ordonnée en vers de 8 syl-
labes ; p. 33 : strophe composée d'abord de deux vers de 16
ordonnée en 4 vers de 8, puis strophe sénaire ordinaire de
6 vers: sur l'air: Noiiel spES da Jésus); cf. Rev. Celt., 1891,
p. 41 ; Rev. Celt., 1892, p. 141.
Vers de 17 syllabes {Anciens Noëls, Rev. Celt., 1892, p. 13 3 ;
quatrain composé de deux grands vers, l'un de 17, l'autre
de 18 syllabes, suivis de deux vers de 10; la finale du
deuxième rime avec la césure du troisième; l'air, dit le texte,
est répandu :
Goude an poan han doan han huanat | a préparât don tadaou
Dre'n aval glas, allas, a debras flam | Eva hac Adam a tammaou
Guyr roue'n goulaou | so deuet dan traou laouen
Da douen hon blam | bon sam bete amen.
Ibid., p. 147 (deux vers de 17 syllabes ordonnés en vers de
8 et 9 syllabes, suivis de deux vers de 8 ; le deuxième grand
vers rime avec la césure du troisième ; c'est, d'après le texte,
un noël nouveau et excellent).
Nos Nedelec goude'n regret | maz oa bet retardet an bedis
Hac arretet an profifcdet | han patriarchet ho covetis
Dalchet voamp gardis en prison
Oz gortoz avance hou rançon.
Vers de 18 syllabes (cf. plus haut, vers de 17 syllabes ; ce
2o8 J. Loth.
vers apparaît encore dans une strophe de 4 vers ; les deux
premiers ont 16 syllabes, le troisième 18 syllabes et le qua-
trième 8 syllabes; l'air n'est pas indiqué, Rev. CeU., 1892,
p. 153-154):
Goude pep anquen, estrcnvan | syouaz, hon boa ha poan calet,
Allas, dre fet pechet Eva | hon mam quentaff ez oamp clavct;
En Kaer a Bezleem ez deuz deomp remet | pan voue ganet, na laquet
Jesu roue'n douar gant Mary. [sy,
Vers de 20 syllabes {Ste Nonn, v. 233-234) :
Coniant ot'net bepret da comprct poan, | joa ameux glan pahozcux diou-
[ganet,
Me he dougo un dro hac em profit | an guir amit hoz eux dif recitet.
Anciens Noëls, Rtv. Celt., 1891, p. 50-51 : sur l'air : Oue-
nomp NoiŒL viiIjel da NedEwc) :
Pan voa ganet roue an bet, guelhet tra,
Ez dileuzrat gant un stat ebatus
Muy guet mil eal peur santel da guelet,
Roue an princet, deuet en bet quenedus.
Si on met les petits vers en face des grands vers, a priori les
premiers semblent bien n'avoir été à l'origine que des mem-
bres des seconds, devenus indépendants par l'introduction
de la rime. C'est un fait pour les vers de 8 et de 10 syllabes,
puisqu'ils existent encore à l'état d'hémistiches, respective-
ment, des vers de 16 et de 20 syllabes. Il a dû en être de
même pour les vers de 5 et de 6 syllabes ; ce sont probable-
ment des hémistiches d'anciens vers de 10 et de 12 syllabes.
La coupe, il est vrai, en breton, des vers de 10 syllabes, ne
partage pas le vers en hémistiches de 5, c'est-à-dire par la
moitié, comme cela a lieu pour le vers de 16 et de 20. Celui
de 12 est coupé en vers de 6 syllabes, mais il est fort possible,
à en juger par le gallois, que cette coupe soit récente et soit
le fait de l'analogie.
Le comique et le gallois confirment l'hypothèse du petit
vers hémistiche ou membre d'abord du grand.
Le comique possède un vers de 14 syllabes, divisé en hé-
La Mcîriquc du moycn-brcton. 209
mistiches de 7 syllabes. Le Pascon agan Arluth est composé de
qiuitrains de vers de 14 syllabes :
Joscp thc Grist a vvnnas | y arrow hay theffregh whek
Yn vaner del ve yn whas | hag as ystynnas pur dek ;
Adro thy gorff y trylyas | sendall rych yn leiies pleg ;
Ha Maria kun a ras | ganso trest ha morethek.
On pourrait à cause de la rinie de la césure de la septième
syllabe de chaque premier hémistiche ordonner la strophe en
rimes alternées et nier qu'on ait réellement affaire à des vers de
14 syllabes, si on n'avait la preuve directe du contraire en
gallois et en irlandais ^
Il y a, en gallois, un système connu parles métriciens sous'
le nom de cywydd odliaidd ou awdl gyiuydd, consistant en vers
de 7 syllabes, dont la syllabe finale du premier rime avec la
coupe du deuxième qui lui porte la rime dominante du
poème ; la syllabe finale du troisième rime avec la coupe du
quatrième vers. En voici un exemple tiré d'un court poème
de Meilir composé en l'honneur de Gruffudd ap Cynan, mort
en II 37 (Afyr. Arch., p. 142, i) :
Gwolychaf ym Rhen, rex awyr
Arglwyt a wyr vyni pr\-der ;
Pryder pryderaf yn fawr
Ani vy- arglwyt llawr Uyw niver.
En réalité, on a afiaire à deux grands vers de 14 syllabes,
1 . Le breton nous montre les deux types à côté l'un de l'autre dans les
Anciens Noëls, Rcv. Cclt , 1889, p. 9 (les vers sont de 16 syllabes):
Pan deuez davet y Gabriel | plesant santel pa he quelas
Ne fallas pas dan cas, astut, ] hep ober brut, he saludas.
Même type avec hémistiche rimant :
Nouel, quenomp, joaeusomp glan \ gant diboan brcman, pobl an bet,
Greomp meuleudy don map bihan | a so en bet man deoni ganet.
La strophe est ordonnée en quatrain dans le texte:
Nouel quenomp, joaeusomp glan
Gant diboan breman pobl an bet,
Greomp meuleudy dan map bihan
A so en bet man deom ganet.
2 . lege v'arglwyt
210 J. Loth.
et c'est ainsi qu'on trouve ce système ordonné dans d'anciens
textes : Livre Xoir (Skene, II, poème il) :
Breuduid a uelun neithuir | vs celuit ae dehoglho,
Ni ritreithir v reuit | nis guibit ar nuy gelho.
Livre de Taliessin (Skene, p. 199, poème xliv) :
Eneit Owein ap Uryen ] gobwyllit y ' ren oc eneit,
Reget ud ae ciid tromlas j nyt oed vas y gywydeit.
Venglyn iinodl cyrch, également en vers de 7 syllabes, est un
quatrain dont les premiers vers riment entre eux et avec la
finale du quatrième, le troisième ne rimant à sa Hnale qu'avec
la coupe du quatrième :
Hawd ammawr i Gwni Br\v\nawg-
A'r tei a'i' terfynau enwawg
A lie ni llyssir cynnrann
A'r llan oduch llys Fadawg.
Le dernier distique est ordonné comme les deux hémis-
tiches du cyiuydd odliaidd.
Le vieil-irlandais nous reporte à une étape plus ancienne,
celle où les hémistiches ne rimaient pas :
Piitraïc pridchais do Scotaib ] roches môr seth illethu,
Immi contissat do bràth | in cach dosfuc do bethu ^
Le vers de 4 syllabes en gallois est incontestablement sorti
du vers de 12 syllabes. C'est une des trois tranches de ce vers,
arrivée à l'indépendance par la rime. En voici un exemple du
xiii" siècle conservé dans un manuscrit du xiv^4 :
Dvret yspryt | sant Kreawdvr byt, | bydoed eurnaf,
Yn calonneu | a'n dwyvronneu, [ vreinyawl hynaf;
Gofwy an bryt, | tro yn kyngyt, i kcingadr waessaf.
1 . Supprimez y.
2. Cynddelvv a Madawc ab Marcdudd (mort en 11 59), ap. Myv. Arch.,
p. IS5, 2.
5. Gramm. Cclt.^, appendice, p. 958.
-(-. Morris Jones et J. Rhys, EliiciJariiDit ami othcr Tracts, p. 99.
La Métrujuc du moyen-breton. 1 1 i
Il n'y a pas de rime, en revanche, dans ce vers du poème
àw Livre Noir adressé à Hywel ab Goronny, tué en 1103:
Yth arkiucir | arpcnnic penn | 0 plant ncuuy.
(cf. L. AiicHrin, Gorchaii Tutvwlcb).
Le type le plus archaïque est dans Taliessin (Skene, Ane.
R., p. 173-175, XXIV): il n'y a pas de rime à la césure dans
cinq vers sur vingt :
Kyn perissit | bci my pr\'d6n | periwlawt,
meint dy godet | boct im dy rat | gwyeil lesse.
Newyd anaw | ny mawr glywant | dynyadon .
Le vers de 20 syllabes a son pendant dans le distique gallois
de 10 et 9 syllabes.
L. Noir, I, p. 4 :
seith tan vvelin, | seith kad kyvcrbin
seithued Kinvelin | ym pob kinhuan
seith guacw gowanon | seith loneid awon
o guaed kinreinon | y dylanuan.
Le distique suivant de la deuxième moitié du xii^ siècle
n'a pas de rime à la césure du premier hémistiche (Myv.
Arch., p. 149. I — 150. I, à Owein Giuymdd) :
Gweleis rag Penfro | penadur digard
Gweleis rag Penard | pen ar digrain.
On a l'équivalent, en gallois, du vers de 16 syllabes dans
le distique de 16 syllabes qui forme le paladr cnglyn unodl
unsaiii, au moins dans les strophes ou laisses de vers de 8 syl-
labes. Les coupes, il est vrai, sont plus variées qu'en breton :
Brenhin guirthvin guirth uchaw yssit'.
Yssi pen plant Adaw.
Yssi per gadeir gadarnaw.
Yssi hael diwael diweirhaw 1
I. Livre Xoir, XIII, p. 14, Fac-similé 21 r". Les points sont ceux du
nianuscrit. Au lieu de Brenhin, lisez Breenhin
212 J. Loth.
Yn y wuyw v Duv in din digerit.
O'r devnit y diallaw ' .
O pechu a pechuis Adaw.
O pechaud kin braud prvderaw.
Erbin oed y dit y del paup oe bet
In y deuret in devraw -
Mal y bu ban fu oreuhaw
In un llu in un lie teccaw
Gueleis ban llyvneis y llentir
degwch a weluch y medi.
Sevv a wnaethant plant Kai
Yvrth V medel ymchueli 5.
On remarquera que les deux premiers vers coupés, semble-
t-il, dans les trois premières strophes en vers de lo et de 6 syl-
labes, forment, en somme, r6 syllabes. Dans la quatrième,
ils forment vraiment un tout métrique indivisible. L'origine
du genre toddaid caractérisé dans la première strophe paraît
avoir été le rejet. De là, le fait que le gair toddaid ou mot exo-
métrique n'a pas de rapport métrique avec le premier vers ou
vers de lo syllabes où on le met mais ri)ne ou al! itère réguliè-
rement avec le vers de 6 syllabes suivant : que l'on mette yssit,
dans la première strophe, au second vers, et on a deux vers
réguliers de 8 syllabes.
Les chants populaires bretons confirment de la façon la plus
nette cette manière de voir. La rime interne en a disparu,
mais ils conservent la plupart des types de vers exposés plus
haut et même quelques-uns que le moyen-breton n'a pas. On
y trouve le vers de y syllabes 4, de 9 syllabes). Le vers de
II syllabes qu'on ne trouve guère que dans les Aiicieiits Noëls
y est rare 6, mais non sans exemple.
1 . V ne compte pas dans la mesure.
2. Jbid., p. 14. di'UT vaut une syllabe.
3 . Ibid., p. 16.
4. Luzel et Le Braz, Soniou on Chansons popiihiircs de Basse- Bretiig ne, I,
p. 8, 10, 14, 24, 28, 118, 124, no, 268; II, p. 12, 154. — Bourgault-
Ducoudray, Trente )nèlodies populaires de Basse-Bretac^ne, p. 38.
5 . Sonion, I, p. 8 (un vers de 9 avec d'autres différents), 254. — Bour-
gault-Ducoudray, Mélodies, p. 3 (vers de 9 et 8 syllabes). — Luzel, Gwer-
liou Breii-Ixel, I, p. 286 : II, p. 159, 292, 406, 428, 448.
6. Sonion, I, p. 144; II, p. 102 (coupés à la sixième syllabe).
La Métrique du moyen-breton. 1 1 ^
On trouve le distique de 1 1 syllabes brisé en quatre vers
inégaux dans les Soniou (I, p. 126) :
O retorn deuz ar chasse,
Me a gavaz
Eur plac'hic he bleo melen,
Daoulagad glaz.
Le vers de 13 syllabes est un des plus communs. Il est régu-
lièrement divisé en membres de 7 et 6 syllabes'. On trouve
le distique de 13 syllabes brisé régulièrement dans les Soniou
(II, p. 274) à la 7^ syllabe, et formant un quatrain de vers de
7 et 6 syllabes à rimes alternées :
Pa vec'h-c'hui, va niestrezik
'n eur guele cousket mad,
Me a ve, ma mestrezic
o lavigan, 'n eur vag.
Le vers de 14 syllabes, dont nous avons constaté l'existence
en gallois et en comique, n'y est pas inconnu.
Ar iaouankis zo eur bouquet | ar haera zo er bed,
Mez cozni en diskarie, | vit c'hoaz ne raio ket^.
Bars ar ger euz a Rudon | war ann hent pa ber da Rom,
Zo zavet ur gouant newez | zo en-hi menec'h o chom.
Zo zavet ur gouant newez | zo en-hi menec'h iaouank
Ha noz na de na sessont | o tibouch ar merc'hed koant 5.
Il y a quelques exemples du vers de 15 syllabes ■+. En voici
un assez curieux qui nous montre comment s'est développé
le quatrain de vers alternant de 8 et 7 syllabes. Il est ordonné
en petits vers ; je rétablis les grands vers :
Me'm oa bet eur bichic bihan | ha n'hen doa nemet tri miz
Hac hen c'hassas d'ann davarnic | hac e varvas gant kingis,
(Soniou, I, p. 18).
1. Soniou,!, p. 32, 160, 166, 196, 200, 204, 212, 234, 268-270, 272,
280; II, p. 8, 42. — Bourgault-Ducoudrav, Mélodies, p. 31, 41. — Luzel.
Gweriioit, I, p. 50. 1 16, 194, 358 ; II, p. 164 (coupé à la sixième syllabe).
2. Bourgault-Duc, Mélodies, p. 15.
3. Luzel, Gweriiou, I, p. 272; le vers est coupé en deux hémistiches
égaux de 7 syllabes. Les variantes de ce chant ont 1 5 svllabes (7 + 6).
4. Soniou, I. p. 124 (vers divisés en hémistiches de X et 7 syllabes); II,
p. 48, 188. — Bourgault-Ducoudrav, Mélodies, p. 14.
21 1 J. Loth.
De même (Bourgault-Duc, Mélodies, p. 80):
C'houi zeuio ganc, va mestres,
Na da droc'ho ar guiniz,
— Ho ne dan ket, ma zerwicher
Rac troc'ho a rinn ma biz.
Si on ne trouve plus le vers de 1 7 syllabes, on a en revanche
le distique de 9 et 8 svllabes (Bourgault-Ducoudray, Mélodies,
P- 3). " . ,
Les vers de 11, 13, 15, 17 syllabes n'apparaissant que dans
les Anciens Noè'Is, on pourrait élever quelques doutes sur leur
celticité : ils avaient pu, jusqu'à un certain point, être inspirés
par certains types de l'hymnologie latine qui a fourni, comme
on l'a vu, un certain nombre d'airs à ces Noëls. Les chants
populaires ne permettent pas, à détaut d'autre argument, de
s'arrêter à cette hypothèse.
IL — La strophe.
Comme l'a montré M. Ernault S les vers de 5, 6, 8 et
10 syllabes forment des strophes de 6 vers dont les rimes sont
ainsi réparties : aab, cch, ou des demi-strophes. « Dans la Vie
de Sainte Nonne, les vers de 8 syllabes, ordinairement, ceux
de 12, toujours, forment soit de ces strophes, soit des qua-
trains monorimes. Les vers de 16 et de 20 syllabes n'ont que
des rimes plates ». Dans le Grand Mystère de Jésus, les qua-
trains monorimes sont très rares. La Vie de Sainte Barbe n'a
guère que des vers de 5, 8 et 10 syllabes, ordonnés en
strophes.
Quelquefois le dialogue est coupé en demi-strophes curieu-
sement construites (Sainte Barbe, str. 77, 78, 79).
An eil Mecheroiir.
Lest hoz saffar ha darbaret,
Ne ret en certen tra en bet,
En effet, nemet quaquetal.
I . Ernault, Dict. èlym., Introd., p. vi.
La Métrique du moyen-breton. 21^
An qiientaff darharenr.
Pe gounezet hiiy ouz criai
Nac ober tourmant na scandai ;
Pan dlehech flirczal cvalhen.
An trecle viccherour.
Cza ! travellet, labouret ten,
Dizouguct affo oar hoz pen
Mein ha raz guen, pa goulennaf.
An cil darbareur.
Dalet, hastet, labouret scaf.
Aman ecan an iiwcheronrien :
1 1 Evelhen eu gounit gloat | hac ebataff
7 Evelhen eu gounit gloat ;
7 Mar da mouez dan marchât,
7 Ha caffout compagnun mat,
7 Hac e reo da evaff
Evelhen eu gounit gloat | hac ebataff.
Au point de vue de l'ordonnancement des vers, les Anciens
Noëls occupent, dans la métrique du moyen-breton, une place
particulière. Les vers forment surtout des quatrains de vers de
même longueur, soit monorimes, soit à rimes alternées, soit
divisés en deux distiques par la rime :
Quatrain de vers de 8 (Rev. CeJt., 1889, p. 13) :
Q.uenomp Nouel da roue'n aelez
Joaiusamant dre carantez,
Pan eo deuet Jesu dre truez
Evit bon ren da levenez.
Quatrain de vers de 10 syllabes {ihid., p. 29, sur un air
connu) :
Quenomp Nouel, vuhel daNedelec
Ha dan maestres, guerchez, Rouanez chuec
A ganas Doue hon Roue : ha ne voe chuec ?
Bras eo he gloar e memoar pep cloarec.
2l6 J. Loth.
Quatrain DE vers de 12 {ibid., p. 3) :
Dre pen hon tat Adam | ez viomp condamnet,
Allas, bras ha bvhan j quement a voue ganet
Da bout en ifern yen | en anquen ha penet,
Pa na deuzye'n ' mcrchic | ha"n mabig bcniguet.
Quatrain de vers de 13 syllabes {Rev. Celt., 1 891, p. 21 :
V. plus haut, I, p. 206).
Pour les vers de 15, 17 et 18 syllabes, v. plus haut.
Les quatrains peuvent être formés de vers d'inégale lon-
gueur (Î^^t. Celt., 1892, p. 135; air: Istc coiifessor).
Quenomp cuff vuhel, Nouel, da'n buguel, frcz,
Se deuet da bout den don ren da levenez ;
Parfet, credet hel, hon grav Roue'n aelez
Un guez a neze -.
Rev. Celt., 1889, p. 3 (l'air n'est pas indiqué) :
Ouz an fest man greomp glan damany,
Joaou meurbet bepret ha meuleudy,
Ouz map Mary son entromp ny arryvet
Evit hon prenaff glan quement maz omp ganet
Le refrain est composé de deux vers, le premier de 10 et le
deuxième de 12 syllabes 5. Les autres quatrains sont de vers
uniformément de 12 syllabes.
Revue Celt., 1889, p. 45 (sur un air connu) :
Dezy gant Gabriel
a perz Roue'n ebestel
Ez voue revelet
Ez vyse mat ha din [ quifin an Drindet.
1 . Texte : detiiy en .
2. A corriger, sûrement, en a iieve^.
3. Il est vrai que le premier vers aurait également 12 syllabes en ajou-
tant Nouel:
Nouel, Nouel, [Nouel], c quentel don guelct.
C'est justifié par d'autres passages.
La Métric]iie du moyen-breton. 217
Cf. Revue Celt., 1892, p. 133 : v. plus haut, p. 206; le qua-
train est composé d'un vers de 17 syllabes, d'un de 18 et de
deux vers de 10; ibid., p. 153 : deux vers de 16, un vers de
18 syllabes et un quatrième de 8: v. plus haut, p. 8; ibid.,
p. 157: le quatrain est composé de deux vers de 1 1 et de deux
de 10, monorimes; ibid., p. 335: le quatrain se compose de
deux vers de 13 et de deux de 12 syllabes, rimant deux par
deux.
Il y a des strophes plus compliquées et plus longues.
Nouel quenomp na fellomp quet
Dre vuheltet a gaoudet lietus
Da Jésus quer, salver an bet
'Ha d'e mam apret so quenedus ;
Q.uenonip joaius hep refus tam ;
Lamet omp a rest hac estlam.
On remarquera que le quatrième vers rime avec la coupe
du cinquième.
Voici un exemple de strophe sénaire de vers de 6 syllabes
(Rev. Celt., 1889, p. 33; sur l'air: Noiiel spes dû Jésus):
Nouel, nouel, nouel !
E languis a isel
Doue vuhel hon quelas ;
Tudaou, quehezlaou mat
Deompny proficiat ;
Doue an tat en gratas.
La strophe suivante se compose de deux vers de 12 syl-
labes, et de quatre vers de 6 (Revue Celt., 1889, P- 19; sur
l'air : Courtes Itronesel) :
duenomp cufï [hac] vuhel | Nouel da roe'n velly
Ha dinam d'e mam chuec | choantec hep dieguy.
He deveus, n'en deux sv,
Ganet Doue hon roue ny ;
Desy ez voe bryet
Gant an eal revelet.
La strophe sénaire se trouve combinée avec un quatrain de
Revue Celùque, XXI. i ^
2l8 J. Loth.
vers de 8 syllabes ou mieux un distique de vers de i6 dans
l'exemple suivant {Revue Celt., 1889, p. 33) :
Hon quentaff tat Adam
A estlam so lamet
Hac eat da levenez
Ma edi'n aelez pepret
Brcman cz eo ganet
Q.uer map Doue roue an bet,
Guen e bet en credas !
Un verch so guerch ha glan
A pechet an bet nian
An map m an a ganas.
La strophe suivante a sept vers inégaux {Rev. Celt., 1889,
p. 43 : sur un air connu) :
6 Nouel, nouel, nouel !
3 E quentel gueluomp
1 1 Rouanes an tensor, cosquor enoromp !
6 Don guir advocades,
6 Merch caezr, impalaezres,
5 Hon maestres nessaf
1 1 Ny a die révérant en em presentaft.
Les deux premiers vers ne font qu'un et valent un vers de
12 ou II syllabes.
La strophe suivante a dix vers de 6 syllabes (Rev. Celt.,
1889, p. 37; sur l'air : Nouel spes da Jésus) :
Truez ouz hon bezaff
Dre'n tat quentaff claffet
En defFoue roue'n glen,
Pan eo cren disquennet
Breman da vont ganet,
Gant un merch he guerchdet
Parfait a croudet net
Gracius dreyst mesur
Hegarat dreyst natur
Merch illur so furmet.
Les quatre premiers vers peuvent se réduire à deux vers de
12 syllabes.
La Métrique du moyen-breton. 219
Il y a quelques rares exemples de triplets. J'en relève un
dans les Anciens Noël s (Rev. Celt., 1890, p. 47), mais il est
fort probable qu'il est dû à l'influence de l'hymne latine dont il
a emprunté l'air.
Les strophes ou systèmes du moyen-breton, rapprochées des
S3^stèmes gallois et comiques, ont, pour la plupart, une origine
claire : certains distiques ont été amenés par la rime au
membre amenant ainsi l'indépendance de ce dernier; dans le
grand vers, le quatrain sort du distique composé de deux
grands vers à deux membres chacun ; la strophe de six vers à
rimes régulières dans l'ordre aah, ccb, a pour origine le dis-
tique de grand vers à trois membres ; ou, d'une façon plus
simple, le distique à petits vers sort du grand vers à deux
membres ; la demi-strophe à trois vers, du grand vers à trois
membres. Certaines strophes galloises ont une autre origine;
elles viennent de la diminution progressive de la grande ti-
rade monorime et de sa réduction à un nombre fixe de vers ;
par exemple, la cyhydeâd naïuhatin, strophe de 4 vers monorimes
de 9 syllabes chacun.
Nous avons établi plus haut l'origine du disiique de 7 syl-
labes ; celle de la strophe sénaire à vers de 4 syllabes. Le
moyen-breton, seul, notamment par les Anciens Nocls rap-
prochés des chants populaires, suffirait à l'établir. Le quatrain,
dans certains cas, est encore visiblement un distique de deux
grands vers (Rev. Celt., 1889, p. 9) :
Pan deuez davet y Gabriel
Plesant santel pa he guelas,
Ne fallas pas dan cas astut,
Hep ober brut he saludas.
On peut l'ordonner en un distique de deux vers de r6 svl-
labes :
Pan deuez davei y Gabriel 1 plesant santel pa he guelas,
Ne flillas pas dan cas, astut | hep ober brut he saludas.
Si les membres riment entre eux, on a le quatrain à rimes
alternées ÇiluiL, p. 9) :
2 20 J. Loth.
Nouel ! duenomp, joaeusomp glan !
Gant diboan breman, pobl an bet,
Greomp meulcudv dan map bihan
A so en bet man deom ganet
Nouel ! Q.uenomp, joaeusomp glan ! | gant diboan breman, pobl an bet,
Greomp meuleiidy dan map bihan | a so en bet man deom ganet.
Quelquefois la résolution du distique n'est pas complète
(Rev. Ceh., 1889, p. 9):
En un merch guerches maestres net
Ez voue concevet competant
Salver an bet het ha ledan
Don ober glan hac avanant
Les deux premiers vers peuvent se réduire seuls en un vers
de lé syllabes.
Cf. Revue Cclt., 1 891, p. 43 :
Evel an sclerder dre'n guezren
Hep bizcoaz courrompaff goazen
Ez ganat Doue, guir roue an glen
En craou un asen voar fouen pur.
Pur ne rime avec aucune finale. Deux des quatrains pré-
cédents, au contraire, sont reliés par la rime :
Nouel quenomp, na fellomp quet.
Pan eo deuet Doue, roue'n proffedet,
Voar an bet man da bout ganet,
Maz omp salvet, lamet a poan.
Ganet eo Doue, guir roue'n ploucaou.
Gant rouanes an guerchesaou,
Evit lamet bon pechedaou,
Reiff deomp goulaou a disaouzan.
La strophe à vers inégaux s'explique facilement par l'iné-
galité des membres dans le grand vers. Le vers de 13 syl-
labes, par exemple, se brisant à la coupe, devait donner
deux vers de 7 et 6 syllabes; celui de 15, deux vers de 8 et
7 S3'llabes, etc. C'est ainsi que le vers de 12 syllabes, en gal-
lois, a donné naissance à la strophe dite hiipunt byrr; elle est
composée de deux demi-strophes, chacune de trois vers de ^syl-
La Métricluedu nwycn-brcton. 22 i
labes, parce que le vers de 12 était divisé en trois membres de
4 syllabes. Nous avons signalé plus haut, p. 208, l'existence
d'un vers de 18 syllabes divisé en deux membres, l'un de
10 syllabes, l'autre de 8 ; or, dans les Soniou, p. 24, on re-
marque un vers de 10 syllabes, suivi d'un vers de 8.
Hn dehors de toute influence étrangère, comme par exemple
dans les Ancients Noëls où certaines strophes ont été calquées
sur l'hymne latine dont elles empruntaient l'air, il y a une
autre cause d'inégalité dans les vers que les chansons populaires
nous révèlent : c'est la mélodie. Certains vers qui nous appa-
raissent plus courts ou plus longs d'une syllabe que d'autres
chantés sur le même air et dans la même mesure, sont, en réa-
lité par suite d'une pause ou d'un prolongement de la der-
nière syllabe, de même longueur. En voici un exemple em-
prunté aux Mélodies de M. Bourgault-Ducoudray, p. 87 (la
chanson lui a été chantée par moi) ; je la donne avec les
reprises :
Me m zve cbiOy'ed çr vestres
çr plahec a da'sen, gç !
me' m wé chvçjed çr vestres
çr plah^c a dasen :
Tarie, tarie, là la,
Hi lare d'eu, ïa, hç !
Tarie, tarie, là la,
Hi lare d'en, ïa ^
Les vers, en laissant le refrain de côté, sont de 7 syllabes,
mais à la reprise le second vers n'en a que 6. On n'a qu'à con-
sulter la musique, on verra que, dans les vers de 6 syllabes,
la finale de da'sen et celle de ïa sont prolongées de telle sorte
qu'en réalité, musicalement, ils égalent en longueur le vers
de 7 syllabes.
En revanche, la quatrième strophe de la même chanson dé-
bute par un vers de 8 syllabes. Mais- le premier mot, qui a
2 syllabes, se chante dans le même temps que la première syl-
I. Le tilde sur la voyelle indique la nasalisation : »'' = in français dans
vin; le signe sous n indique le mouillement.
222 J. Lotll.
labe de la première strophe. C'est là une des raisons du grand
nombre de vers irréguliers qu'on remarque dans les chansons
populaires, par exemple dans les Gu'cr~iou Brei::^-I:^cl de Luzel.
Dans les chansons populaires, les formes habituelles sont le
distique et le quatrain, surtout de vers de 8 syllabes : les vers
riment, généralement, deux à deux. Mais il est rare que dans
le distique l'un des vers, sinon les deux, ne soient pas repris
ou qu'un refrain n'y soit pas joint. C'est ainsi que dans les
Sonioii, p. 170, deux vers de 7 syllabes sont accompagnés du
refrain suivant de 14 syllabes :
Ledabadi | dabadell |j Lampati | lampatourel.
Dans les Mélodies de M. Bourgault-Ducoudray, où le chant
est joint aux paroles, on peut dire qu'en réalité le distique
n'existe pas. Chaque fois que les paroles constituent un dis-
tique, ce qui est fréquent, un des vers, au moins, est répété,
et un refrain ou une ritournelle y est joint. Dans le triplet,
un des vers est répété. Dans le quatrain, un des vers peut être
également repris. Il y a quelquefois des strophes plus longues.
Je relève dans les Mélodies, p. 3, une strophe de six vers de 9
et 8 syllabes. Il v en a de plus comphqués, notamment dans
les berceuses, les chansons de danse, les formules chantées ou
récitées d'après un certain rythme.
Si les strophes, dans les langues brittoniques_, ont pu sortir
toutes des grands vers et s'il est prouvé que telle est l'origine
de plusieurs d'entre elles, il serait néanmoins imprudent de les
en faire sortir toutes. Nous voyons chez les Gallois, du xii* au
xiV' siècle, la strophe dite hiippiait byrr (strophe de six vers de
4 syllabes, demi-strophe de trois vers), naître du vers de
12 syllabes à trois membres. Nous constatons, chez eux, au
xii^ siècle et antérieurement, l'existence de la laisse plus ou
moins longue de vers monorimes de 8, 9 et 12 syllabes. Or,
à la même époque, ils avaient des strophes parfaitement for-
mées. Au xii% la strophe de XEnglyn unodl /insain est aussi
régulière qu'au xvi^ Dès le ix% ils ont le triplet, témoin les
deux petits poèmes du manuscrit de Juvencus, à Cambridge.
Voici un triplet très clair du premier de ces poèmes :
La Mctri(juc du moyen-breton. 22?
Ti dicones remcdauft]
Elbid, an guorit an guoraut:
Ni garu gnini molim trintaut.
« C'est toi qui a fait les merveilles
« du monde, qui nous sauve, qui nous a sauvés :
« ce n'est pas une rude tâche que de louer la Trinité ' . »
La Strophe est plus appropriée au chant; la laisse ou la
grande tirade convient mieux à la déclamation, à l'épopée, par
exemple, accompagnée ou non d'instruments de musique. Les
vers inégaux que l'on remarque, en gallois, dans les tirades,
doivent vraisemblablement leur existence à la musique. L'in-
fluence de la musique chantée ou instrumentale a dû être d'un
grand poids, chez eux, dans le développement ou la disparition
de certains genres, et cela à toute époque. C'est ainsi que
Gaiffith Roberts nous dit que si les vers de 4 syllabes comme
le cywydd detiair fyrrion, n'ont pas fiiit fortune, c'est qu'ils ne
se prêtaient pas à la musique, aux modes gallois.
Les Irlandais ont le distique, et par le distique à grands
vers, le quatrain, ainsi que d'autres strophes. Les Bretons-
Armoricains et ceux de la Cornouailles anglaise ont surtout la
strophe, et aussi le quatrain; le distique ne leur est pas non
plus inconnu, non plus que le triplet dans la poésie populaire.
Les Gallois ont le distique, le quatrain, la strophe et en parti-
culier la grande laisse à vers monorimes qui du xii'^ au xv^ siècle
a une tendance marquée à se réduire de plus en plus pour
aboutir à des strophes d'un nombre de vers fixes.
IIL — La rime et la coupe des vers.
En ce qui concerne la rime et l'allitération, les Néo-Celtes se
scindent en deux groupes : d'un côté les Gaëls et les Gallois
qui tout usage de la rime et de l'allitération ; de l'autre les
Bretons de la Cornouailles insulaire et de l'Armorique qui
n'ont que la rime. Les Armoricains ont cependant conservé un
I . Ce serait en gallois moderne, à peu près:
Ti ddigones ryfeddawd
Eltydd, an gweryd an gwarawd :
Ni garw gnif moli Trindawd.
224 J- Loth.
type de rime interne qui n'existe pas en comique et qu'on re-
trouve chez les Gallois.
La rime finale, en breton, consiste dans l'accord, la conson-
nancc de la voyelle et généralement de la consonne qui la suit.
Comme la syllabe finale n'est pas accentuée, il s'ensuit que
dans la plupart des cas, en exceptant, par exemple, les mono-
syllabes, la syllabe rimante est atone; il en est de même en
comique et en gallois. La rime interne est moins exigeante
que la finale. C'est ainsi que nous voyons Jesu rimer avec
unan dans le Mystère de Sainte Barbe (strophe 184).
Voici les trois règles données par M. Ernault pour la rime
interne :
1° L'avant-dernière syllabe d'un vers doit rimer avec une ou
plusieurs des syllabes précédentes finissant un mot ou formées
de la finale d'un mot et du commencement du vers suivant ;
2° La finale des deux premiers vers d'une strophe doit rimer
avec l'avant-dernière syllabe du troisième vers% et la finale
du quatrième et du cinquième vers avec l'avant-dernière du
sixième; le troisième et le sixième vers riment entre eux;
30 Dans le vers de 8 syllabes, quand il y a une rime à la
première ou à la deuxième syllabe, cette rime ne se trouve pas
seule; elle en exige une autre avant la rime obligatoire de
l'antépénultième.
Voici des exemples de ces diverses règles :
Vers de 16 syllabes (première règle) :
Pan gouzafenn garv an marv yen
gant nep sceurt den nen soutenaf.
Vers de 6 syllabes (première et deuxième règles) :
Orcza cza tut ma ty
Tut a brut a studi
Un soury am gruy bras,
Oz clevet en bet man
Ez duy sascun unan :
Causit breman an cas.
I . Il faudrait ajouter : et avec la césure de ce vers dans les vers autres
que ceux de 5 syllabes, où assez souvent la règle de la rime interne n'est
pas appliquée.
l.x Mi'lriquc dn nwycn-breion. 225
Vers de 10 syllibes (première, deuxième, troisième règles):
Me guel un merch hcrvcz he derch guerches.
Oa he study dont don ty alics
Maz vacq certes courtes de oreson ;
Me a ia 1 partout da gouzout diouty
Petra a mat a gra en abaty
Ha he sourci ha lie ompinion.
{Vie de Sainte Noiiu, v. 760; cf. pour le vers de 20, ibid.,
V. 233).
Dévotion he deveux da donet.
V. 194:
Leueret spes | ac ef so hoz esper.
(Non 11, p. 119).
Ibid., V. 227 :
Ret vezo iun oberalusunou
Dirac roen tron ober oresonou
Dre'n vertuziou devotionou bres.
Gr. Myst., p. 10 B
Quentaff, hep gou, entre mcneziou tan
Ez eux rodou gant poanyou ha souzan
Ouz an re man, | credet glan pep manyer
Eo ez staguer en un hirder flaeryus
En fane ha strouill an re so orgouillus ;
Digracius, | outragius, | ez ruser.
Sainte Barbe, str,
Gruet houz gallout, nep rout nen em doutiff,
Lequet hy fresq hep bout bresq da desquiff,
Hac ouz quiriff, crédit diff , ne riff quen ,
M'ouz contante, pep tro, huv guelo gnou,
Me roy dich gloat | en houz grat | ha niadou,
Ouz holl poanyou, hep gou, ouz gruiff louen.
I . Lisez me ta
226 J. Loth.
Strophes de vers de 5 syllabes (deuxième règle) :
Carguet a prenden
Juzas oa ho penn
Hac ho quelennas ;
Neuse tut he ty
Gant aoun ha studi
En renoncias.
On pourrait ordonner la strophe en un distique, ainsi :
Carguet a prenden | Juzas oa ho penn \ hac ho quelennas ;
Meuse tut he ty | gant aoun ha studi | en renoncias.
Vers de 8 syllabes (troisième règle et première) :
Duet em rcquet, na tardet muv
Digracc voar an place discascun.
Gr. M., p. 182:
En mil levenez en guez n:an
Ouz ho guelet daczorchet glan.
A lie ic ni S Noël s, Revue Celt., 1892, p. 131 :
Pan guelas Satan damany
Adam furmet, da monet dv,
Dre un aval a drouc aly
En trompas dre un fantasv.
On le voit, il suffit d'une rime quand c'est la troisième ou
une des syllabes suivantes, presque toujours la quatrième,
quelquefois la cinquième qui rime avec la pénultième. En réa-
lité, cette loi n'est qu'un cas particulier d'une loi générale
dans les vers à rime vocalique aussi bien en gallois qu'en
breton. On peut la formuler ainsi et y fondre les lois précé-
dentes: dans levers moyen-hrcion, la pénultième rime toujours avec
la césure principale du vers; il peut y avoir d'autres rimes.
Cette loi s'étend à la strophe : la pénultième des vers portant
la rime principale et qui probablement formait anciennement
le troisième membre du grand vers, rime avec les finales des
vers précédents, finales qui dans le grand vers étaient des cé-
sures. On peut examiner toutes les espèces de vers, cette loi
La M cil it] lie du moyen-breton. 227
sera vérifiée pour toutes. Je prends comme type le vers de
10 syllabes". La césure principale est à la quatrième syllabe ou
à la cinquième; la rime de celle syllabe, précisément, avec la pé-
nultième suffit :
Sainte Nonn, v. 182 :
Da gouzout scier | a lui}' vc qucmeret.
Ibid., v. 165 :
Ha hc sourcy ha hc ompinion.
Dans le vers de 9 syllabes, il en est de même ; la césure
principale est à la quatrième syllabe :
Ancients Nocls, R. C, 1892, p. 149:
Han pastoret se so diredet ;
Rouanez try diouz Orient
A het an lient no devez lentet.
Dans les grands vers, la césure principale rime toujours avec
la pénultième.
Q_uelle est la raison d'être et l'origine de cette loi ?
Le comique ne peut guère nous aider à comprendre l'his-
toire de la métrique brittonique.
Sa métrique est asse;^ remarquable par la variété des
strophes, mais il ne fait guère rimer que les hémistiches dans
les vers de 14 et 8 syllabes, et dans les strophes les finales des
I. Ancients Noëls, Rcv. Cell., 1892. p. 127 :
Ganet eo Roue'n sent da quez quenient so,
Jesu Doue ha den, nep hon dazpreno,
Pan eo deuet en bro, ne refuso den.
Joa plen en effaou, quehezlaou laouen.
C'est quelquefois la coupe dans les Nocls pour ce vers. Cependant, on
trouve aussi la coupe à la quatrième syllabe, mais dans ce cas il y a une
autre rim : c'est l'histoire de la rime du vers de 8 {Ancients Noëls, Rev.
CclL, Il 91, p. 49- 50) :
Sant Gabriel santel pan he quelas
Hen saludas pan lavaras ave
Dren guiryaou se neuse ez concevas, etc.
La coupe principale devait être à la cinquième syllabe.
2 28 J Lot h.
vers (3 ou 6 dans les strophes sénaires; 4 ou 8 dans les stro'
phes de 8) :
Ena un lowarth cse ] ha ynno navn io parvs
Den marow rag receva | byth newyth, nyn io usijs ;
Corff Jhus Crist yntrethe | then logell a ve degvs
Hag a heys the wrowethe | ynno ef a ve gesys.
Gr. M., 1907 :
Ov arluth ker | na vyth serrvs
Kettotli a'n ger | my a there thys
yn pup teller | thym may fo res
Prest hep danger | vethaf parys
V. 1305
Tan ha clethc | vma gens
Lemmyn parys ;
Dun alemma | rag offrynna
an sacryf\-s.
(cf. vers de 12 en gallois).
Il est à remarquer que le comique possède le vers de 7 syl-
labes, soit comme hémistiche du vers de 14, soit comme vers
indépendant.
Pour comprendre les rapports et les différences de la mé-
trique galloise avec la métrique bretonne, un mot sur ce que
les écrivains gallois appellent cynghanedd est nécessaire.
La cynghancdd (= * concaniâ) est en réalité au moins, de-
puis le xii^ siècle, non la rime ni l'allitération, mais la liaison
des membres du vers par la rime ou l'allitération et, en général,
par les deux à la fois. Il y a deux sortes de cynghanedd : la voca-
lique : odl sain (2 syllabes sont unodl unsauï) ; la conson-
nantique : prost, proest ; cyiii^haiicdd, seul, désigne plus spécia-
lement Tallitération.
Cyngh. vocal ique: il y en a deux sortes, i" l'une (cyngh. sain
rywiog), comporte deux rimes internes, mais exige l'allitéra-
tion entre le deuxième membre terminé par la rime et le der-
nier contenant la rime finale.
Bod hynod | \vi\v glod eglwys.
Il faut qu'au moins la consonne qui précède immédiatement
La Métrique du moyen-breton. 229
la syllabe finale allitère avec une consonne du deuxième
membre ou c^orddarn :
Gwynn i byd, llawenbryd Uiw
2" cynyhanedd lusg : elle comporte deux rimes internes, la
dernière est à la syllabe précédant la rime :
I hwyneb yn gynhebig.
La première est toujours à la césure. J'ai relevé un grand
nombre d'exemples du xii'' au xiv'' siècle : il n'y a pas une
exception :
Vers de <) syllabes (la césure principale est à la cinquième
syllabe) :
Myr. Arch., p. 141, i :
Cyn myned mur ced | yn dawedawc
Torressid gormes \ yn Ilynghessawc.
P. 142, 2 :
Pryd y bo cyfnod | yn cyvodi.
P. 218, 2:
A ddaroganer | a gymmery.
P. 231, 2 :
Gormot yw bychod j 0 bechodcu
Gwedy gvvasanaeth j y pennaetheu.
Vers de 8 syllabes :
P. 199, 2 :
Ef digawn dyhet | a hetwch.
P. 222, I :
Neud ei hoed | ar ei gyfoedion.
P. 229, I :
Caryat didwyll ] a giybwyllaf.
2^0 j. Loîh
La pénultième du vers est toujours une syllabe accentuée ;
c'est la condition essentielle de ce type de vers. Si elle n'est
pas remplie, si par exemple la finale est un monosyllabe, il
n'y a pas de cynghanedd lusg ; on a, avec les deux rimes internes,
la division en trois membres et l'allitération obligatoire du
monosyllabe avec le mot rimant précédent, c'est-à-dire la cyn-
ghanedd sain ryu'iog :
Nid rhaid i'm ammeu llyfreu lien.
Cynghanedd consonnantique: elle consiste essentiellement
dans la diversité de la voyelle et dans l'identité de son des
consonnes initiales ou de la syllabe et même du mot allitérant.
Il y en a deux variétés principales: i" la cynghanedd groes ou
croisée; 2° la cynghanedd draws.
crées : Aucune des consonnes du premier membre n'est sans
allitérer avec celles de deuxième, excepté celle qui termine la
rime finale et le membre :
Dali i'm cof I dy liw o'm cwsg
yn wyrdd las liw | wrdd Iwys lan.
draws: Des consonnes se trouvent sans allitération : il faut
que la première consonne accentuée allitère avec la consonne
la plus proche de la voyelle de la rime :
o'r awr | i'th welais | erioed.
Il ressort de cela, en somme, qu'il suffit que deux mots
allitèrent dans le vers ou, en d'autres termes, que chacun des
deux membres soit relié à l'autre par une allitération.
Les syllabes allitérantes sont, en général, des syllabes ac-
centuées, sinon, des syllabes initiales.
Plus on remonte loin, plus on arrive à cette loi : au
xii^ siècle, il suffit que deux mots allitèrent ; il n'est nulle-
ment nécessaire que la consonne avant la rime finale allitère,
avec le premier mot accentué du vers. Il arrive fréquemment
que les deux mots allitérant soient rapprochés : Varsis la plus
forte est évidemment sur le mot allitérant du dcu.sième
membre :
Yr arynaic llew | llaw diferiawc
as rotvvv fy ren ] rann dragywyt
Gwakhmai ym gelwir ] gelyn y Sacsson.
»
La Méiiicjiie du moyen-breton. 251
C'est évidemment le mot saillant qui porte l'accent, accent
de mot souvent et généralement accent oratoire :
ac i gynnwrf Uu | luid wyf llofrut.
La répétition ici est instructive :
Balch ei fenwin | bcilch ci faon
P\- vyt cedwallaw | val Cadwallawii.
Dans ce dernier exemple, il fout se garder de croire qu'on
est en présence d'un cas de cynghaiicdd lusg : c'est proprement
un procédé pour faire saillir la syllabe accentuée, analogue à
l'allitération. Cf. :
Myr. Arch., p. 169, i, xii^ siècle :
Parawd oe adaf kyn noe adaw
O Gadell ener 0 Gadelling.
P. 217-218:
Gwr a wnaeth lléwych or gorlléwin.
P. 230, 2 :
Yr wyf prydenis vel Pryderi.
L'allitération n'existe pas obligatoirement dans la cynghanedd
lusg.
Si on rapproche les coupes des vers gallois de celles des
vers du moyen-breton, on arrive à des résultats fort instructifs.
Je laisse de côté les vers de 12, 16 et 20 syllabes dans les-
quels, en breton, la coupe par hémistiches égaux n'est pas
bien ancienne. Dans le vers de 9 syllabes, en gallois, la césure
principale est à la cinquième syllabe; il en est de même dans
le vers de 10 syllabes. Pour le vers de 9 syllabes, il y a une
autre coupe usitée, mais beaucoup plus rare; elle partage le
vers en trois membres de trois syllabes, la troisième et la
sixième rimant entre elles. En breton, la coupe principale dans
le vers de 10 syllabes est à la quatrième, qui alors j'iiiie régu-
lièrement non seulement avec la pénultième mais encore avec
une autre syllabe du second iuend>re, généralement la troisième
2 32 J. Loih.
ou la deuxième. Je n'ai trouvé d'exemple de coupe différente
que dans les Anciens Nocls (1892, p. 127-129); là la coupe
principale est à la cinquième syllabe, et dans ce cas il peut
n'y avoir d'autre rime qu'entre la cinquième et la pénultième
du vers (cf. plus haut, p. 43, note) :
Allas drouc a mat | a perz on tadaou,
a yea dan Ifern | syouaz, a bergnaou,
Deuet eo roue'n effaou | ha goulaou da den,
Joa plen en effaou | quehezlaou laouen
Collet voa hon stat | dre emdvvater,
Dre hon tat Adam | ifam oamp blamet ;
Breman oump prenet | nen cm douetet den;
Joa plen en offaou | quehezlaou laouen.
Il est probable qu'anciennement la loi pour le vers de 10
était la même que pour le vers de 8 syllabes ; la rime de la
césure nrincipale avec la pénultième suffisait. Or, en gallois,
dans le vers de 10 syllabes ainsi que dans le vers de 9 la césure
principale est justement à la cinquième syllabe.
Dans le vers de 8 syllabes, en gallois, la césure peut être à
la troisième, la quatrième ou la cinquième syllabe. Or, en
breton, la rime de la troisième syllabe, ou d'une des S3'llabes
suivantes, c'est-à-dire sans doute anciennement la quatrième
ou la cinquième (c'est ce qui a lieu d'ailleurs presque toujours)
suffit : dans le cas contraire, c'est-à-dire s'il y a une rime à la
première ou à la deuxième syllabe, une seconde rime, sans
compter la pénultième, est indispensable, ce qui revient à dire
que la coupe était en breton aussi à la troisième ou à la qua-
trième ou à la cinquième, comme en gallois : c'est une nou-
velle confirmation de la loi générale: la césure principale rime
toujours avec la pénultième, et cette rime suffit.
C'est là, en résumé, le trait le plus saillant des deux mé-
triques comparées : la rime obligatoire de la coupe principale
avec la pénultième dafis tons les vers chez les Armoricains; dans
un type de vers à rime (le nombre des syllabes est indifférent),
chez les Gallois.
Il y a aussi un type de distique à rapprocher, vraisembla-
blement, en gallois, du type armoricain : c'est le type dit cyiuydd
deuair hirion (cî. irl. cubhaidh = * con-we'So- ; cyiuydd = *rc)-
La Métrii]iic du moyen-breton. 253
■uctio-). Le trait caractéristique de ce distique, de deux vers de
7 syllabes, c'est que l'une des finales est accentuée et par con-
séquent monosyllabique ; l'autre non accentuée et par consé-
quent polysyllabique (l'accent, en dehors des monosyllabes,
est sur la pénultième) :
Gwen curaid, liw gwawn oror
Gwelaf ddydd drwy gil y ddor
— Llcuad newydd sydd a sef
a'u pcl_\dr drwy bob piler
(Dafydd ab Gwilyiii).
LIcuat newydd sydd a ser | a pclydr drwy bob piler
Il est probable que primitivement le monosyllabe terminait
le premier vers.
Il semble qu'ici on soit en présence d'un type plus archaïque,
de l'époque où on sentait moins le besoin de la rime, pour la
pénultième accentuée, d'autant plus que l'allitération y était
en usage. Je reconnais cependant que le cyiuydd dcitaiy hirion
peut avoir une autre origine.
Un autre trait commun, général celui-là, c'est que le gallois
comme l'armoricain, marque les césures ^ : le premier, par la
rime et l'allitération ; le second, par la rime. Il y a naturel-
lement, en cas d'allitération, cette différence, c'est que l'alli-
tération frappe la syllabe accentuée, c'est-à-dire à Yarsis; la
rime, en général, en exceptant la rime de l'antépénultième, la
syllabe à la thésis. Ainsi, dans le vers de 8 syllabes, l'armori-
cain fera rimer la troisième syllabe, la quatrième ou la cin-
quième; en gallois, ces coupes existent aussi; mais s'il n'y a
pas en gallois de rime, c'est l'initiale de la quatrième syllabe
ou de la sixième qui portera l'allitération.
QjLielle que soit l'idée que l'on ait sur l'origine de la rime,
il est certain qu'avant la séparation les Bretons insulaires
étaient en possession de deux moyens de faire saillir les syl-
labes ou les coupes importantes de leurs vers : la rime et l'al-
litération. Les Gaels et les Gallois font usage des deux, les
I . Ou au moins la césure principale.
Rivue Ccll'ujue, XXI. \6
2^4 ^- Loth.
Bretons de- h Cornouailles anglaise et de l'Armorique n'ont
que la rime.
La rime finale est devenue un ornement nécessaire chez les
Gallois; elle ne dispense pas de l'allitération. Même avec des
césures rimantes, l'allitération existe; elle devient même obliga-
toire après une rime interne dans le dernier membre du vers,
entre le mot rimant et un des mots qui précèdent la rime finale.
Paham y can y fran fry
mae cwn ar lef y dref draw.
On peut dire qu'il n'y a pas de poésie galloise sans allité-
ration. Chez beaucoup de poètes, dans le plus gr^nd nombre
des vers, il n'y a d'autre rime que la rime finale. La tendance
à relever la première syllabe accentuée du mot en vedette se
marque bien dans les proverbes gallois.
Voici comment on peut se figurer l'histoire de la métrique
à l'époque de l'unité brittonique et, plus précisément, au mo-
ment de la séparation des trois groupes. Il y avait deux tvpes
de vers : le vers à rime et le vers à allitération; le premier, em-
prunté, au moins quant à la rime ; le second, indigène, cel-
tique. Le vers à allitération a essentiellement deux syllabes ac-
centuées allitérantes, une le plus souvent dans chaque membre
des vers: le vers à allitération n'avait guère que deux membres.
La rime avait déjà, dans beaucoup de cas, remplacé l'allité-
ration. Nous en avons un témoignage frappant dans le vers
breton-moven et dans le vers gallois à cynghanedd lusi^: il exige
deux rimes internes, reliant les deux membres du vers, comme
le vers indigène allitérant exigeait deux initiales accentuées alli-
térantes, reliant également les deux membres. Levers à rime a
dû avoir une fortune rapide. Chez les Armoricains et chez les
Cornouaillais, il a tué l'autre. Chez les Gallois, il a été très en
faveur. Dans les poèmes les plus anciens, assez souvent la rime
interne paraît suflire. Mais néanmoins, le vers indigène
coexistait avec ses traits essentiels. Finalement, il y a eu un
compromis entre les deux. L'allitération, eu exceptant levers à
cynghanedd ius^i^, est devenue nécessaire dès le xii*^ siècle dans
les vers à deux rimes internes. C'est en grande partie ce qui
s'est passé chez les Anglo-Saxons. Il y a d'ailleurs entre le S3-s-
La Métrique du moyen-breton, 235
tome du vers indigène celtique et le vers germanique les plus
frappantes ressemblances, avec de graves divergences, il est
vrai .
Une conclusion qui s'impose, c'est que la métrique du
moyen-breton remonte, dans ses traits essentiels, à l'unité
brittonique; qu'elle éclaire bien des points obscurs dans l'his-
toire de la métrique celtique, et qu'elle a infiniment plus
d'originalité et d'importance qu'on ne lui en attribue généra-
lement. Elle a été en usage jusqu'au milieu du xvii^ siècle.
Une autre conclusion assez inattendue peut encore en être
tirée : c'est qu'aucun des chants prétendus anciens du Bar::^û~-
Brcix^ ne peut remonter aux anciens bardes, sans parler des
druides : dans aucun, on ne trouve trace de la métrique en vi-
gueur jusqu'au xv!!*" siècle.
C'est d'autant plus frappant que cette métrique prouve l'exis-
tence dune tradition bardique ininterrompue depuis l'émi-
gration bretonne.
J. LOTH.
CHRONIQUE
SOMMAIRE: 1. Le Glossaire étymologique breton de M. V. Henry. — II. La Chrono-
logie du latin vulgaire de M. F. G. MohI. — III. Les Celtes dans le mémoire de
M. 0. Bremer sur l'ethnographie germanique, t. III du Grundriss der Germanischen
Philologie. — IV. Le nom antique de Q^uimper et les causes qui ont contraint une
partie des Bretons de Grande-Bretagne à se transporter sur le continent, suivant
M. l'abbé Duchesne, Fastes cpiscopaux de l'ancienne Gaule, t. II. — V. Les poèmes
du Dindsheanchas publies par M. E. Gwyn. — VI. Nouveau Guide du musée de
Saint-Germain, par M. S. Reinach ; un Ubius avec nom gaulois. — VII. Le tome XIII
du Cymmrodor. — VIII. Le Livre du maître écrit pour l'enseignement du breton
dans les écoles primaires par le frère Constantius. — IX. La mythologie celtique
dans l'œuvre de Shakespeare suivant M. A. Nutt. — X. L'enseignement de l'irlan-
dais en Irlande d'après le récent rapport de M. J.-J. Macsweeney à la Society for
the Préservation ofthe Irish Language. — XI. Les odes et chansons de M. Douglas
Hyde. — XII. Encore un mot sur la Festschrift de M. Whitley Sîokes.
I.
Sous le titre de Lexique clymolo^ique des termes les plus usuels du breton mo-
derne I, M. Victor Henry vient de nous donner un dictionnaire dans lequel
sont remises au point, et au courant de la science la plus récente, les doc-
trines exposées en 1881 dans le volume intitulé : « Etudes grammaticales
« sur les langues celtiques, première partie, introduction, phonétique et dé-
« rivation bretonnes. » Ce nouveau livre est le pendant français du Gaelic
Dictionary publié en anglais par M. Macbain en 1896 ^. Nous nous borne-
rons aujourd'hui à cette courte annonce d'un ouvrage dont nous comptons
donner plus tard un examen critique et détaillé.
II.
Dans son Introduction à la chronohf^ie du latin vulgaire, Paris, Emile Bouil-
lon, in-8, 189g, M. F. George Mohl touche à un certain nombre de questions
qui concernent les études celtiques. Il le fait avec une compétence variable.
Cette compétence est nulle dans une note de la page 53, qui est ainsi
1. Rennes, Plihon et Hervé, in-8, 1900.
2. Revue Celtique, t. XVII, p. 298.
Chronujuc. 257
conçue : « A l'égard de l'Espagne la présence de populations celtiques mc-
« lées aux Ibères n'est, semble-t-il, qu'imparfaitement prouvée, excepté
« peut-être pour le nord-ouest de la péninsule. L'existence de populations
« celtiques en Espagne ne repose guère en somme que sur la vieille tra-
« dition grecque, cf. Strabon, III, 2, 11 ; 4, 12 et sq. Quant à l'onomato-
« logie géographique elle n'a donné que des résultats fort incertains,
« puisque les prétendus noms celtiques relevés par la géographie ancienne
« se trouvent aussi bien dans les régions données comme foncièrement
« ibériques que dans les parties signalées comme celtibériennes ou purement
« celtiques. » Je répondrai que les noms de lieu celtiques relevés dans des
régions ibériques s'expliquent par la nécessité pour les Celtes conquérants
d'avoir des forteresses dans ces régions ibériques pour maintenir dans l'obéis-
sance des populations vaincues, mais non expulsées ou détruites : M. Mohl
paraît ne pas connaître la géographie de l'Algérie contemporaine. On ne
peut contester que hriga « château », « forteresse », ne soit un mot cel-
tique, l'équivalent du substantif burg qui, en allemand, a le même sens, et
hriga est dans la péninsule ibérique le second terme d'un grand nombre de
noms de lieu depuis Scgobriga, aujourd'hui Segorbc, près de la côte orien-
tale, jusques à Conimbriga, aujourd'hui Coimbra, près de la côte occiden-
tale. On peut voir chez Holder, AUceltischer Sprachschat^, t. I, col. 533, la
nomenclature des noms de lieu en briga connus par des textes de l'anti-
quité. Ils appartiennent la plupart à la péninsule ibérique, mais Mageto-
briga, Boudo-briga, Eburo-briga étaient des localités situées en Gaule, et
Arto-briga se trouvait à l'est du Rhin. On peut augmenter la liste de
M. Holder à l'aide des noms de lieu modernes; ainsi en Espagne Fillobre,
Illobre, Izobre, Pantifiobre, Pczobre, Sillobre, Tiobrc, Voebre, province de
Coruna, et Zezobre, province de Ponievedra, paraissent être autant de noms
composés dont le second terme a été originairement -briga, aujourd'hui ré-
duit à -brc, sans cette métathèse de l'r qui défigure Segorbc pour *Scgobre,
Ancxcnntm.&ul Scgobriga . La finale espagnole -o-bre = -o-briga ', de Fillobre,
Illobre, etc., est, en français, -euvre, dans Vendeuvre ouVandeuvre=:*^/'H(/o-
Z'/7■^a, Deneuvre = * Donno-briga, etc. En Espagne on peut citer aussi comme
certainement celtiques les noms de lieu dont diinuiii est le second terme
(Revue Celtique, t. XIV, p. 385, 386; t. XV, p. 7).
Q.uand Pomponius Mêla, au milieu du premier siècle de notre ère, par-
lant de l'Espagne septentrionale, dit : in ea privnun Artabri sunt, etiam nunc
Celticae gentis (1. ÏII, c. i, § 15), on a tort d'en conclure que les Artabri
fussent de race celtique, prétend M. Mohl, p. 59. J'accepterais difficilement
aujourd'hui cette manière de voir. Dans la variante Arro-trebae (Pline, 1. IV,
§ III, 114, 119) de leur nom, le second terme est évidemment celtique.
J'ignore sur quels textes se fonde M. Mohl pour soutenir, p. 63, qu'on
parla encore celtique dans les campagnes de la Gaule au nord de la Loire
jusqu'au milieu du vue siècle; mais il expose d'une façon intéressante,
I . Suivant M. Leite de Vasconcellos, la finale moderne -hre peut repré-
senter non pas le nominatif briga, mais le \ocAX\ibrigae.
238 chronique.
p. 66-71, comment par les écoles, par le service dans les légions et dans
toutes sortes d'emplois civils, notamment dans ceux qui avaient pour objet
la perception des impôts directs ou indirects, les populations celtiques, ibé-
riques et autres de l'empire romain, se familiarisèrent avec le latin. A propos
des écoles le savant auteur exagère un peu quand, s'appuyant sur le Code
Théodosien, 1. XIII, titre m, 1. 11, il écrit, p. 68 : « Nous restons positi-
« vcment stupéfaits devant le nombre de graminatici que l'administration
« impériale entretenait jusque dans les moindres villes et bourgades de la
« Gaule. » Je suis moins stupéfait, et pour cause. Le passage précité du
Code Théodosien est un rescrit adressé en 376 au préfet du prétoire des
Gaules parles empereurs Valens et Valentinien. Ce rescrit commence ainsi:
Per omncvi diocesbn comniissaiii niagnificentiae itiae freq.uextissimis in civi-
TATIBUS, Q.UAU POLLENT ET EMIXENT CLARITUDIXE, ptacCCptonim Optiiui, quiquc
eriidiendae praesiâeaut juventuti, rhctores loqiiiiiiiir et graiiuiiaticos Atticae Ko-
inanaequedoctrinae. Et plus bas : ut siiigulis iirbibiis, qiiae ^ietrovoles itniicu-
pantur, iiohiliiuii professoriim electio cdehretitr.
Dans ce rescrit il n'est pas question des « moindres villes » et des « bour-
gades » comme M. Mohl le prétend, il s'agit seulement des métropoles,
c'est-à-dire des dix-sept cités principales sur les cent quinze que la Gaule
contenait.
De ces métropoles, qui seules auront des professeurs salariés par TEtat,
la seule nominalement désignée dans le rescrit est Trêves, alors en fait ca-
pitale de la Gaule; elle aura: 1° un professeur de rhétorique payé plus cher
que ceux des autres métropoles, — trente rations au lieu de vingt-quatre; —
2° un professeur de grammaire latine qui recevra vingt-quatre rations, au
lieu de douze attribuées à ses collègues des autres métropoles ; 5° un pro-
fesseur de grammaire grecque, si l'on peut en trouver un capable, 5/ qui
dignus reperiri potuerit, mais celui-ci ne touchera que douze rations.
Ce rescrit est du nombre de ceux que la Lex roiimna Visigolhoruiu a re-
tranchés ; la conquête barbare a eu pour effet la suppression des traitements
des professeurs et par conséquent la suppression des professeurs eux-mêmes;
la plupart probablement moururent de faim, les autres allèrent en Irlande
chercher les élèves et les appointements que les barbares conquérants leur
avaient ôtés.
Mais avant cette conquête nous avons la preuve par Ausone qu'au
ive siècle l'enseignement de la grammaire latine et grecque et celui de la
rhétorique se donnait dans certaines villes autres que les métropoles, par
exemple l'enseignement de la rhétorique à Toulouse, trois professeurs
(Cannina, XVI, 17, 18, 20); celui delà grammaire à Poitiers, un pro-
fesseur {Cannina, XVI, 1 1). Si Ausone ne parle que d'un professeur de
grammaire dans la métropole de Narbonne (Cannina, XVI, 19), il nous
montre dans celle de Bordeaux l'enseignement organisé beaucoup plus
complètement que le rescrit de 576 ne le décide pour la métropole de
Trêves. Au lieu de deux professeurs, l'un de grammaire latine, l'autre de
grammaire grecque, qu'en 376 les empereurs veulent établir à Trêves, nous
en trouvons à Bordeaux au même siècle neuf en même temps, quatre de
ChroiU(]uc. 239
grammaire grecque (Carmini, XVI, 9), autant de grammaire latine (Car-
viina, XVI, 11), plus un maître élémentaire (Caniiina, XVI, 10). Mais
Bordeaux est la métropole de la deuxième Aquitaine, ce n'est ni une
« moindre ville » ni « une bourgade » comme dit M. Mohl. Ausone nous
parle de six professeurs de rhétorique, oratorcs. à Bordeaux (Carmina, XVI,
2, 5, 4, 5, 6, 7). Je ne pense pas qu'ils aient tous professé en même temps,
mais plusieurs ont dû être contemporains. II y avait donc à Bordeaux, au
quatrième siècle de notre ère, une sorte de lycée ; si nous supposons pour
la rhétorique un nombre de professeurs égal à celui des professeurs de
grammaire grecque, nous pouvons dire que treize professeurs y enseignaient
en même temps le grec, le latin, la rhétorique. Nous ne voyons pas que
les sciences mathématiques ou physiques y aient tenu aucune place. On
concevait alors l'enseignement autrement qu'aujourd'hui, mais l'enseigne-
ment existait, un enseignement laïc, comme on dit maintenant; il a duré
jusqu'à la conquête barbare, qui n'a laissé subsister que l'enseignement des
écoles épiscopales et des monastères.
Cet enseignement laïc est une des causes principales qui ont fait dispa-
raître le celtique encore parlé en Gaule au commencement du v^ siècle,
comme le dit Sidoine Apollinaire, qui, s'adressant à son noble beau-frère,
l'arverne Ecdicius, rappelle que ce personnage, plus tard patrice, a étudié le
latin à l'école pendant son enfance et qu'alors pour effacer la tache que la
langue celtique avait faite à son intelligence, il s'occupait de discours et de
vers latins sous la direction des maîtres •.Sernionis cdtici squammn depositiira
nobilitas, nuiic oratorio stilo, mine ctiaiii caiiicnalibiis vwdis imhiiebatur (Epis-
tohic, III, 3). C'était au commencement du v^ siècle. On ne peut guère en
conclure qu'on parlât encore gaulois en Gaule au milieu du vif siècle,
c'est-à-dire environ deux cent cinquante ans plus tard.
Nous ne terminerons pas sans dire un mot de la thèse de M. Mohl,
p. 289 et suivantes, sur l'assibilation de la gutturale latine c devant les
voyelles c et /. Suivant l'érudit professeur, ce phénomène serait antérieur à
notre ère. Je suis un homme arriéré sans doute, car je m'en tiens encore
avec l'entêtement des vieux à la vieille doctrine de Corssen (JJcber Aus-
spniche, t. I, p. 48 et suivantes, 1868), qui croyait qu'en latin c, devant c ou
/ immédiatement suivis de consonne, se prononçait encore k au vi^ siècle
de notre ère, et que la confusion du c avec le /, c'est-à-dire leur assibilation,
s'est produit plus tôt seulement dans les cas où ces lettres précèdent un / im-
médiatement suivi de voyelle, c'est-à-dire un i consonne; dans ces cas l'as-
sibilation commence dans les inscriptions au me siècle de notre ère, sans
être cependant dès lors un fait général ni régulier. Les objections faites à
cette doctrine ne m'ont pas convaincu. Au v^ siècle après J.-C, les Ro-
mains de Grande-Bretagne prononçaient h le c devant / immédiatement
suivi de consonne; de là par exemple l'irlandais cis « redevance, revenu »
arrivé de Grande-Bretagne en Irlande avec le clergé chrétien et le triomphe
du christianisme. Cis suppose une prononciation latine hisiis, du latin
ciiisiis, variante de censiis dans \alex jiilia iimnicipaJis, antérieure à l'ère chré-
tienne, et dans divers documents postérieurs (Schuchardt, Der Fokalisiiuis
240 Chronique.
des Vitlgârlateins, t. I, p. 348; cf. C. I. L., t. I, i'"« édition, p. 125, col. 2).
L'h de ciitsus, census, tombé dans la prononciation romaine dès l'époque ar-
chaïque, fut savamment rétabli par les grammairiens du haut moyen âge
vers la date de l'assibilation, d'où le français « cens » et l'allemand liiis
(vii^-viii^ siècle, Kluge, Etymologiscbes Woerlerbuch, 5e édition, p. 418). Deu.K
faits concordants avec l'irlandais cis sont la notation brittonique des mots
latins: céra, koar en breton, cwyr en gallois, en français « cire »; et céna,
en breton koan, en gallois civynos « souper », en français « cène ». Citons
encore le latin cella, en irlandais ceall, église (monastique) ; le c initial de
ce mot est le c mince qui se prononce comme en anglais k dans king (O'Do-
novan, A Gramniar of ihe Irish Langiiage, p. 28). On peut même ajouter
qu'au vc siècle après J.-C, les Romains de Grande-Bretagne prononçaient
encore k\c c précédant i suivi immédiatement de voyelle, puisque c'est la
prononciation Patrie de Patriciiis, qu'ils ont à celte date introduite en Ir-
lande, et que nous trouvons aussi en vieux gallois Patrie, comme l'attestent
les Annales Catiihriac (édition du maître des rôles, par John Williams ab
Ithel, p. 97), en gallois moyen Padric dans le Brtit y tyœysogion (éd. du
même auteur, même collection, p. 346 '). Ma doctrine est celle de M. J. Loth,
Les mots latins dans les langues brittoniqiies {i8g2), p. 29-31.
De ce que la prononciation régulière, c'est-à-dire scolaire et sénatoriale,
du c fut /;, même devant i précédant voyelle, jusque vers le vie siècle de
notre ère, il ne se suit pas que le populaire, surtout en Italie, sous l'influence
de l'osque et de l'ombrien, n'ait pu quelquefois ou même souvent de très
bonne heure assibiler le c devant voyelle palatale, en dépit des professeurs
et des gens bien élevés; il en est de ce phénomène phonétique comme de
la prononciation 6 de la diphtongue au. On peut citer la notation Clodius
pour Claudius; ainsi, au premier siècle av. J.-C, P. Claudius Pulcher, de-
I . Notons que Patrie, Padrie ont pour point de départ la prononciation
latine régulière, Patrikius, de trois syllabes avec accent sur la seconde, tri,
et non la prononciation celtique, Patrikiius de quatre syllabes avec accent
sur la troisième, ce qui aurait donné en gallois Padrigydd et en irlandais
quelque chose comme Catrehc, d'où le nom populaire Cothraige de Patrice
dans l'hvmne deFiacc. Comparez le gallois ncwydd, l'irlandais //(/V de HO/r/c.?
en trois syllabes, avec accent sur la seconde.
Le nom propre Amhrosius, Entras en gallois (Mommsen et Zimmer,
Chronica minora, t. III, p. 186, col. i, 1. 11), A n:br os en vieil-irlandais
(Todd, The irish version of the uiSTORiA britonum of Nennius, p. 96, der-
nière ligne) est traité en néo-celtique de la même façon que Patricius.
On trouvera des exemples analogues à. l'irlandais Patrie chez H. -G. Gû-
terbock, Benierkungen iiber die lateinisehen Lehiiivorter ini Irisehen, p. 4, 5, 6,
15, 29, 34, 36, 47, 48, 65. 67, 7), 81, 96, etc. Pour des exemples de
traitement des mots latins conformément à la loi celtique, voir ibid., p. 5.
Parmi les exemples d'accent latin maintenu en irlandais dans les mots em-
pruntés, se trouve bendaeht = bcnedietio, prononcé sans assibilation du /.
En créant l'irlandais pairehe = -a;3o;/.;a, les clercs irlandais ont conservé
l'accent grec battu en français par l'accent latin dans « paroisse ». Dans
l'irlandais eclais « église », c'est l'accent latin qui l'emporte.
Chronique. 241
venu de patricien plébéien, s'appela dès lors Clodius, en remplaçant la pro-
nonciation sénatoriale par la prononciation populaire (Suétone, Tibère, 2).
Parlons aussi de plostrum pour plaustrum, faute commise par l'empereur
Vespasien, bon soldat, mais homme de petite naissance et sans éducation.
Cette faute fut relevée par le consulaire Mestrius Florus, qui, s'érigeant en
pédagogue, donna publiquement un mauvais point à son souverain (Sué-
tone, Vespasien, 22). Vespasien, qui aurait pu faire couper la tête à son cri-
tique, mais qui, sans être fort en grammaire, avait de l'esprit, se borna
pour toute vengeance à l'appeler Flaiire au lieu de Flore.
Il est bien possible qu'en Italie, au v^ siècle de notre ère et même beau-
coup plus tôt, les gens mal élevés aient prononcé déjà Patritsius ou Patrit-
sbiiis, mais les magistrats, les sénateurs et les professeurs disaient Patrikius,
et c'est leur prononciation que la conquête romaine a importée en Grande-
Bretagne, au premier siècle de l'ère chrétienne, et que la domination ro-
maine a conservée ensuite en cette île.
Le français et l'espagnol proviennent du latin scolaire et sénatorial, non
de l'osque et de l'ombrien, ni des fautes qu'en Italie le peuple, parlant latin,
commettait sous l'influence de ces deux patois, et en conservant tel ou tel
usage archaïque condamné par les grammairiens et abandonné par la langue
des gens bien élevés. Les emprunts faits par cette langue au vocabulaire vul-
gaire, tels que testa « vase de terre, coquille », en français « tête » pour
caput, ne peuvent être invoqués contre cette doctrine : les faits de ce genre
échappent à l'autorité des grammairiens.
J'ai donc sur quelques points une manière de voir différente de celle de
M. Mohl. Il ne se suit pas de ces critiques qu'il n'y ait beaucoup de rensei-
gnements utiles à prendre dans son livre. Par exemple je ne me rappelle pas
avoir vu nulle part à propos de phonétique celtique citer, comme le fait cet
auteur, p. 73, un passage du grammairien Consentius, qui concerne la pro-
nonciation des Gaulois de son temps, c'est-à-dire du v^ siècle: lotacisiiiinn
dicuiil vitiiim, qitod per'i litteramvel pingiiiusvel exilius prolatam fit. Gallipin-
gnitis banc uluntur, ut, cnni diciint ite, non expresse illam proferentes, sed intcr e
et \ pingiiioreni sonum nescio queni ponentesK On sait que r« indo-européen,
qui devient / en latin -, est représenté par é en celtique 5 et que l'e long indo-
européen conservé en latin 4 se prononce i long en celtique S ; telle est la règle
qu'on enseigne aujourd'hui ; il semble résulter du passage de Consentius
que de son temps les Gaulois, prononçant 1'/ latin = ci, lui donnaient un
son qui se rapprochait de celui de Vê; en effet chez eux à cette date 1'/ de
1. Keil, Graniiiialici lutiiii, t. V, p. 594, 1. 11-14. M. Mohl renvoie non
à Keil mais à Cramer, Ars Consentii, p. 19, Berlin, 18 17, dont le texte est
moins bon que celui de Keil. La seconde phrase de ce texte a été reproduite
par M. Holder, AltccUischer Sprachsdiatl, t. I, col. 1734.
2. Brugmann, Grundriss, t. I, 2"= édition, p. 184.
3. Brugmann, Grundriss, t. I, 2^ édition, p. 187.
4. Brugmann, GriDidriss, t. I, 2'^ édition, p. 134.
5. Brugmann, Grundriss, t. I, 2^ édition, p. 135.
242 Chronique.
île cité par Coiiscntius tient lieu de ci ' qui se serait prononce en gau-
lois ê 2 .
III.
J'aurais toutefois moins à reprendre dans le mémoire de M. Otto Bremer
sur l'ethnographie germanique (Grumiiiss dcr gernianischen Philologie ;, 2^ édi-
tion, t. III, p. 735 950). L'auteur constate qu'à l'époque la plus reculée à
laquelle l'histoire puisse remonter, la plus grande partie de l'Allemagne mo-
derne était occupée par les Celtes. Antérieurement il n'y a que des hypo-
thèses. Ces hypothèses, les voici. Quand les Indo-Européens ne formaient
qu'un seul peuple, c'est-à-dire entre les années 3000 et 2000 avant notre
ère, ils habitaient la Russie méridionale, à l'ouest de la mer Caspienne, et
la partie de l'Asie située à-l'est de cette mer (p. 757) ; puis arriva la sépa-
ration des peuples : les Germains s'établirent dans les bassins de l'Oder et
de la Vistule, les Ariens dans le nord-est de l'Iran, les Grecs dans la pénin-
sule des Balkans, aux environs de Dodone, les Italo-Celtes au nord des
Karpathes, dans le bassin du m03-en Danube, les Slaves près de l'embou-
chure du Danube. Bientôt les Italiotes se séparèrent des Celtes et se diri-
gèrent vers le sud ; les Celtes s'étendirent au nord et à l'ouest.
M. O. Bremer consacre une dizaine de pages (771-782) au domaine cel-
tique : 1° dans l'Allemagne du sud, 2° dans l'Allemagne du nord-ouest,
3" dans les bassins du Weser et de l'Elbe et en Thuringe, 4° dans l'Alle-
magne orientale, 5° sur la haute Vistule et plus à l'orient.
Parmi les faits dont il parle, il y a une observation philologique que je
n'avais pas rencontrée jusqu'ici, c'est le rapprochement entre le nom d'une
chaîne de montagnes de la Saxe prussienne, Fiiiiie, et le gaulois peu ito-s =
* queiino-s, en vieil irlandais a'?/;/ « tête », « bout », « sommet », aujourd'hui
ceann (M. Bremer suppose un thème féminin celtique, * peiina, qui me
semble imaginaire).
La chaîne de montagnes appelée Finnc est située dans le bassin de la
Saale qui est un affluent de gauche de l'Elbe. Le thème peuuo- apparaît
dans l'onomastique de la Gaule et de la Grande-Bretagne au temps de l'em-
pire romain, témoin Penuo-litcus, aujourd'hui Villeneuve, en Suisse, canton
de A'alais, et Penno-cniciiiin, station située en Grande-Bretagne sur la
route qui allait de la limite septentrionale de la Bretagne romaine, c'est-à-
dire du valliiin au porlus Riliipis sur la Manche. Nous citerons dans le
Pa\s de Galles Pen-niaen-niauT « tête de la grande pierre » (Caernarvon),
Peu- niytiyd « tète de montagne (Anglesev), etc. Les Bretons émigrés sur le
continent se sont servis de ce thème pour la formation de noms géogra-
pliiques: Paimbœuf (Loire-Inférieure), Pf';/;/-of/;«;/ « têiedebœuf »; Paimpol
(Côtes-du-Nord), Penii-poiil « tête de lac » ; Paimpont (Ille-ct-Vilaine),
Pein: pont « tête de pont», (Morbihan); Penniarck (Finistère), mieux Pcii-
1. Brugniann, Giuiidriss, t. I, 2'^ édition, p. 178, 184.
2. Brugniann, Gnindriss, t. I, 2<: édition, p. 187.
3. Heraiisgegeben von H. Paul, Strasbourg, Trùbner, 1900, in-8, 995 p.
chronique. 245
marc'h ou mieux encore Pi'ttii-nmrc'h « tête de cheval », etc. En Irlande on
trouve ccaiin emploj'é de la même façon ; ainsi : ceaiin-na-faithche « tête de
la pelouse », dont la notation anglaise est Caiinafahy; Kincoii pour Ceanii-
con « tête de chien » ; Kinard pour Ceann-ard « tête haute » (P. Joyce, Tbe
Origin and History of irish Names of Places, y édition, p. 522).
Pour désigner les hauteurs, on employait aussi dans la langue géogra-
phique des Celtes le thème benna, henno- « corne », d'où le second terme de
Caitto-hoiiinm, aujourd'hui « Chantoin », nom d'un faubourg de Clermont-
Fcrrand (Longnon, Géographie de la Gauh au sixième siècle, p. 497), elle vieil
irlandais Beiin Etair. Or en Holstcin, à peu de distance au nord de l'Elbe, se
trouve une localité appelée P/7/Ht'-/vro', dont le premier terme peut être identique
au mot celtique dont nous venons de parler ; pi germanique égale be celtique.
Tout en admettant avec M. O. Bremer le très ancien établissement des
Celtes dans l'Allemagne du nord-ouest, j'ai peine à accepter, comme preuve
de ce fliit historique, la finale apa d'un certain nombre de cours d'eau alle-
mands, qu'on explique par un celtique aba ou par un gaulois apa =^ aqiia.
Je voudrais connaître quelques exemples certains de noms de cours d'eau
celtiques composés dont -aba ou -apa serait le second terme. C'est une critique
de détail qui ne m'empêche pas de recommander vivement la lecture du mé-
moire de M. O. Bremer.
IV.
Dans un volume intitulé: Fastes cpiscopaux de F ancienne Gaule, t. II',
p. 241 et suivantes, M. l'abbé Duchesne étudie de nouveau l'histoire des
évèchés bretons dont il s'était déjà occupé dans le volume dont le titre est :
Les anciens catalogues èpiscopaux de la province de Tours -.
D'accord avec M. A. Longnon, Atlas historique, p. 5 et 27, et âwc
M. Alfred Holder, Altceltischer Sprachschati, t. I, col. 11 27, il considère,
p. 242, comme bonne leçon dans la Notilia Galliaruni, civitas Coriosopituni
au lieu de civitas CoriosoUtuni préféré par M. Mommsen, Chronica minora,
t. I, p. 586, 587. Coriosopituni désigne l'évéché de Quimper. Coriosopitum,
par un p et non par un /, est la leçon des plus anciens mss. de la Wotitia
Galliarun dont le premier remonte au VF siècle ; la seconde leçon Corioso-
litutn par î a été inspirée par César, De bello gallico, 1. II, c. 54; 1. III,
c. 7, II ; 1. VII, c. 7), où est mentionné le peuple des Coriosolites (mot
écrit aussi, mais à tort, par un u,Cur!osolitcs), nom antique du bourg appelé
aujourd'hui Corseul, arrondissement de Dinan, Côtes-du-Nord. La leçon
Coriosoliles dans la Notitia Galliaruni est l'œuvre d'un savant du ix^- siècle
qui connaissait les classiques latins ; un effet de l'érudition est quelquefois
de faire déraisonner les gens, quand chez eux la fatigue produite par le tra-
vail empêche la réflexion. J'en ai fait l'expérience personnelle.
Coriosopitum civitas, Q.uimper, qui doit être distingué de CoriosoUtuni ci-
vitas, Corseul, peut être considéré comme la bonne leçon de Corstopiluni en
1. Paris, Fontemoing, in-S, 1900.
2. Xovez Revue Celtique, t. XI, p. 3SS-589.
244 Chron'ujuc.
Grande-Bretagne, aujourd'hui Corbridge dans le comté de Northumberlatid,
nom fort altéré dans la plupart des mss. de V Itinéraire d'Antoiiin, 464, 3. Il
y a eu en Grande-Bretagne, à l'époque romaine, plusieurs noms de peuple
d'origine continentale : Atrcbates, Parisi, Catiivcllauiii, Belgae, sont au-
tant de témoignages attestant la conquête de l'île par les Gaulois conti-
nentaux à une date indéterminée vers l'an 200 avant J.-C. (?) ' . Corstopihun
en Grande-Bretagne serait une mauvaise lecture pour Coriosopitiuii, nom
qu'auraient importé dans cette île des Gaulois continentaux.
Il y a un point sur lequel M. Duchesne me semble émettre une doctrine
nouvelle, c'est sur la question de savoir à quelle date précise a commencé
l'émigration des Bretons de l'île et leur établissement en Gaule dans la
péninsule armoricaine vers les débuts du moyen âge. Suivant l'opinion
générale cette émigration a été causée par la conquête saxonne qui com-
mence au milieu du v<^ siècle. Il faut laisser de côté le roi Riotamus, dont
l'établissement près de Bourges au v^ siècle est confirmé par le souvenir
persistant en 927 d'un monastère breton existant antérieurement, à Deols
(Indre), comme nous Tavons dit plus haut, p. 114. Nous parlons ici de la
Bretagne maderne et non du Berry.
Or voici ce qu'a écrit M. Duchesne, p. 251 : « Deux dénominations in-
« troduiies en Armorique par les nouveaux venus, celles de Dumnonia et
« de Corimhia 2, paraissent indiquer que le gros de l'émigration provenait
« des pays occupés dans l'île par les Dumnonii et les Cornovii. Aucune lé-
« gende n'explique ces termes, beaucoup la supposent en usage. Or les
« Dumnonii et les Commit ne furent menacés par les Saxons que dans le
« courant du vi^ siècle. Il est donc possible que l'émigration remonte par-
ce tiellcment du moins à une autre cause que celle qui est communément
« acceptée. La crainte des Scots et des Pietés aura eu ici son rôle à côté de
« l'invasion saxonne. Peut-être le déplacement des Dumnonii et des Cor-
« novii est-il en rapport avec l'abandon de l'île par les troupes romaines ».
La Grande-Bretagne fut abandonnée par les troupes romaines de 387 à
396, de 402 à 406, et définitivement en 407 5. Un certain nombre de textes
attestent l'établissement des Irlandais en Grande-Bretagne, même antérieu-
rement à ces dates. Suivant l'article Miigcime du Glossaire de Cormac,
presque toute la Grande-Bretagne aurait été sous la domination irlandaise
du temps de Cairbre Musc au iii^ siècle de notre ère ; et, sous le règne de
Crimthan le Grand, roi d'Irlande, 366-379 environ, une partie de la Grande-
Bretagne méridionale, jusqu'à la Manche faisait partie du royaume d'Ir-
lande : Glastonbury, dans l'ancien territoire des Belgae, voisins immédiats
au nord des Dumnonii, était alors une ville irlandaise 4. Les expéditions des
1. Voyez Elton, Origins of Engliih History, 2^ édition, p. 102.
2 . Dans Cornubia le b doit se prononcer v.
3. J. Rhvs, Early Britain, 2^ édition, p. 95.
4. Voir le texte irlandais chez Whitley Stokes, Three irish Glossaries,
p. 29-30, et la traduction anglaise dans Sanas Cormaic, Cormac's Glossary
du même auteur, p. 111-112.
chronique. 245
rois d'Irlande en Grande-Bretagne au commencement du v^ siècle sont men-
tionnées dans les textes irlandais.
Ainsi Niall Nôigiallach fut tué vers l'an 405 sur les côtes de la Manche '.
La mort de Dathi ou Natlii son successeur, tué d'un coup de foudre sur
une montagne d'Elpa, c'est-à-dire d'Alba ou de Grande-Bretagne, vers
l'année 428, se rattache à une autre expédition d'Irlande dans la grande île
voisine 2. Deux passages de Nennius mentionnent un établissement irlandais
dans le pays de Galles vers la fin du iv^ siècle. Suivant la chronologie un
peu suspecte de Nennius, les Irlandais auraient été chassés de ce pays cent
quarante-six ans avant le règne de Mailgwn 3 qui mourut, dit-on, en S47'^'
Cunedda, qui chassa les Irlandais, était le bisaïeul de Mailgwn ; il y a eu
donc entre eux un intervalle de deux générations; en comptant Cunedda et
Mailgwn, on trouve quatre générations et, à trente ans par génération,
120 ans, qui, ôtés de 547, nous donnent l'année 427 pour la fin de la do-
mination irlandaise dans le nord du pavs de Galles. Si l'on compte quatre-
vingt-dix ans, soit trois générations, au lieu de 427, il faut lire 457, ou,
en nombres ronds, 460.
L'existence de la domination irlandaise dans la partie sud-ouest de la
Grande-Bretagne pendant les premiers temps du moyen âge est attestée
par les inscriptions ogamiques si nombreuses qu'on y a découvertes. On
peut remarquer que trois de ces inscriptions appartiennent au pays occupé
par les Diunnonii pendant la période romaine, c'est-à-dire aux comtés de
Devon et de CornwallJ, et qu'une de celles qui ont été trouvées dans le
comté de Devon, le no 25 de M. Hiibner, paraît antérieure à l'année 500;
les deux autres inscriptions, le no 24, comté de Devon, le no 17, comté de
1 . Niall N6igialL?c/.i xxvi co-toxchair la Eochaid mac Ennae Censelaio [c Muir
Icht. Flatbiiisa Ereiid, dans le Livre de Leinster, p. 24, col. i, 1. 57-58; cf. Aii-
nals of the Foui' Masters, édit. d'ODonovan, t. I, p. 126, et la pièce intitulée
Aidecl Nt'ill dans The Yelhiv Book oj Lecan, édité par R. Atkinson, p. 126.
2. Nathi XXIII ai«-erbailt ic-sléib Elpa iarn a-béim o-thenid shaignén.
Flathiiisa Erciid, dans le Livre de Leinster, p. 24, col. i, 1. 59-40. A com-
parer la pièce intitulée Aided Nathi, dans Lebor nah-Uidre, p. 58-59; Book
of Ballyiiiote, p. 248.
3. Filii autem Liethan obtinuerunt in regione Demetorum et in aliis re-
gionibus, id est Gui?- Cetgueli, donec expulsi sunt a Cuneda et a filiis ejus ab
omnibus Britannicis regionibus. Mommsen, Chronica Diinora, t. III, p. 56.
— Mailcunus, magnus rex, apud Brittones regnabat, id est in regione Gue-
nedotiae, quia atavus illius, id est Cunedag, cum filiis suis, quorum nu-
merus octo erat, venerat prius de parte sinistrali, id est de regione quae
vocatur Maiiaii Guotodiii, centum quadraginta sex annos antequam Mailcun
regnaret, et Scottos cum ingenti clade expulerunt ab istis regionibus et
nusquam reversi sunt iterum ad habitandum, ihid., p. 205-206; cf. Rhvs,
Celtic Britain, 2^ édition, p. 118 et suivantes.
4. Annales Cambriae (Collection du Maître des rôles), p. 4.
5. Rhvs, Lectures on welsh Philology, 2^ édition, p. 285-285; Hûbner,
Inscn'ptiones Britanniae christianae, nos 24 et 25 pour le comté de Devon, et
no 17 pour le comté de Cornwall.
246 chronique.
Cornwall, seraient postérieures à cette date'. Il est donc très vraisemblable
qu'une invasion. celtie]ue et non saxonne, a forcé les Dumuouii k gagner le
continent dès le v^ siècle, comme le suppose M. Duchesne; cette invasion
a commencé avant l'année 500, avant laquelle a été écrite l'inscription oga-
mique no 25 ; et une population irlandaise est restée établie dans le terri-
toire des Dumnonii après cette année. On peut en supposer autant des Cor-
uovii, qui voisins immédiats de la région septentrionale du paN's de Galles,
ont pu être fort malmenés par les Irlandais établis sur les côtes occidentales
de la Grande-Bretagne; il est naturel que les Cormvii aient commencé dès
le ve siècle à quitter leur patrie et à organiser une émigration qui s'est con-
tinuée au VI'' siècle sous la pression des envahisseurs saxons; une partie
des fuyards s'est arrêtée à moitié chemin dans le comté de Cornwall,
portion de l'ancien territoire des Duiiinoiiii. Voyez ci-dessus, t. XVIII,
p. 4)4, l'analvsc du mémoire de M. K. Mcycr, Gael aud Brython.
V.
Je reçois à l'instant de l'auteur, M. Edward Gwyn, un livre intitulé : Royal
Irish Acadewy. Todd Lectures séries. Vol. VIL Poenis froiii ihe Dindsheuchas,
Text, Translation, and Vocalmlary. On sait que le Dindsheanchas est un traité
de l'étymologie des noms de lieu irlandais ; ce traité, peu scientifique, est
précieux au point de vue des notions mythologiques, épiques et peut-être
quelquefois historiques qu'il contient. Il a été rédigé partie en prose, partie
en vers 2 . On trouve en général et sauf quelques exceptions la prose seule dans
l'édition que la Revm Celtique, t. XV et XVI, 1894-1895, doit à la bien-
veillance et à l'érudition de M. Whitley Stokes, et qui, sauf deux supplé-
ments, nos 151-153 et nos 154-161, empruntés, l'un au livre de Lecan,
l'autre au livre de Leinster, est une reproduction du ms. de Rennes. Le
nombre des articles de cette édition est de cent soixante et un. M. E. Gwyn
a entrepris de publier les poèmes. Il nous en donne onze. En voici la liste:
I" Ralh Esa, Livre de Leinster, 165(7 26; cf. Rev. Cell., XV, 290, no 3.
20 Faffand, — 191 /'i; — XV, 306, no 13.
30 Almu, — 203^120; — II, 865.
40 Ath Cliath, — 194/^18; — XV, 328, no 28.
50 Ath Fadat I, — 195'' 36; — XV, 422, no 36.
60 Ath Fadat II, — 195 /' 5 3 ; — ^V, 424, n" 36.
70 Ard Lemnacht. — 196(712; — XV, 427, no 39.
80 Ailech L — 164(76; — XVI, 41, n» 91.
90 Ailech II, — i8ia6; — XVI, 41, no 91.
100 Benn Etair L — 161a i: — XV, 330, no 29.
iio Benn Etair II, — 194/' 35 ; — XV, 330, no 29.
1. Hûbner, ihid., p. xx.
2. Voyez plus bas, p. 250.
^. Publication de ^L Hennessv.
Clirpniijiic. 247
De CCS onze morceaux, un, le cinquième, avait été publié par M. Whitlcy
Stokes, Revue Celtique, t. XV, p, 422-424, avec une traduction, ibid.,
p. 424-425-
J'ai eu trop peu de temps cette publication entre les mains pour pouvoir
en faire une critique détaillée et approfondie : je dirai toutefois que l'auteur
me paraît avoir mal traduit la première strophe de la page 16, 3e morceau,
vers 29-52. Il y est dit que « Cumall enleva de force Murni, fille de Tagd,
« et, - — acte honteux, — la garda pendant un an i" sans droit, cert, 2° sans
« victoire, déd ». M. Gwyn traduit clôd « victoire », par 7-apc « rapt ».
Voici le sens juridique du texte : Cumall avait enlevé Murni, à l'insu du père
de cette fille, 1° sans avoir le consentement du père, par conséquent sans
avoir payé au père le prix réclamé par celui-ci pour sa fille, 2° sans avoir
fait ce qui était nécessaire pour se passer honorablement du consentement
paternel, c'est-à-dire sans avoir livré bataille au père et sans l'avoir vaincu ;
1° « droit », cert, c'est le consentement du père et le paiement du prix;
2° « victoire », clôd, c'est le succès dans la bataille livrée au père récalcitrant,
auquel on fait grâce de la vie moyennant livraison de sa fille (cf. Aucient
Laivs and histitutcs of Irclaud, t. II, p. 404).
Le livre de M. Gwyn est le résultat de son travail pendant un an : rien
n'est plus difficile à traduire que les vers irlandais. Souhaitons de la persé-
vérance au savant auteur : en travaillant avec la même activité il pourra dans
treize ou quatorze ans avoir fini l'édition des ^^oèvats au Duuhheancas; mal-
heureusement, quand il terminera, nombre de ceux qui auront lu son
premier volume seront partis pour aller habiter un monde où l'on s'occupe
peu, pensons-nous, de la vieille littérature irlandaise. (Cf. p. 250).
VI.
Le Guide illustre du iiiusce tiational de Saiiit-Geriimiu ' , par M. Salomon Rei-
nach, est un petit chef-d'œuvre. En un peu plus de cent pages in-12 il
nous donne une histoire de l'archéologie française depuis les temps les plus
anciens jusques et x compris la période mérovingienne. Le texte est accom-
pagné de gravures qui représentent les monuments les plus importants. Te
signalerai, p. 64, celle qui reproduit le monument funéraire d'un soldat,
uatioue Ubius ; ce guerrier s'appelait Albaiiiis, Exciucrl Jîlius ; c'est-à-dire
que son père portait un nom gaulois. Est-il bien certain que, comme on le
croit, les Ubii fussent Germains, et que le mot Geriuanus, quand on le
leur applique, n'ait pas un sens géographique et non ethnographique ?
Geriuanus peut signifier simplement : venu de l'est du Rhin à l'ouest du
fleuve, en Gaule. Ne pourrait-on pas pour les Nemetes faire la même ob-
servation?
VII.
Y Cymmkodor, The Mut^a-ine of ll.v honorable Society of Cxmmrodorion
I. Paris, Motteroz [1900].
248 . Chroni(]iie.
vol. XIII, contient d'abord une étude bibliographique sur les éditions : iode
Caincyll y Cyinry « Flambeau », littéralement « Chandelle des Gallois »;
2° des traductions de ce livre.
L'auteur de CaniiyU y Cymiy est Rees Prichard, vicar of Llandovery, né
dans cette petite localité vers 1579 ^^ "î"^ Y courut en 1644'. Prédicateur
zélé, mais peu satisfait du succès peut-être médiocre de ses sermons, débités
en prose suivant l'usage, il imagina de les mettre en vers. Il en publia un
de son vivant, sous cette forme, en 1617; l'ensemble de ces compositions
versifiées parut pour la première fois après sa mort en quatre parties, de 1646
à 1672 ; il y a eu depuis : 1° vingt-neuf autres éditions complètes du texte
original, la dernière en 1887; 2° cinq éditions sous forme de traductions ;
3° sept éditions de morceaux choisis, dont une en traduction, les six autres
dans la langue originale. Pourquoi les prédicateurs français, tels par exemple
que Bossuet et Bourdaloue, n'ont-ils pas eu aussi avant de mourir l'idée fé-
conde de mettre leurs sermons en vers? Les éditions posthumes en prose
qu'on a publiées de ces compositions oratoires, auraient peut-être eu sous la
forme poétique beaucoup plus de vogue et auraient été beaucoup plus nom-
breuses ; il n'y en a qu'une dizaine, environ le tiers des éditions de Rees
Prichard; mais, si elles étaient en vers et avec un titre imité du titre gallois:
« flambeau ou chandelle des Français » ! Q.uelle différence 1 Q.ue penseraient
de celte idée mes collègues de la Faculté des lettres?
Un second mémoire est dû à M. Kuno Meyer. En voici l'objet. En 1853
a paru le volume intitulé : Lires of caïubro-britisb Saints par W. J. Rees,
rector of Cascob, prebendary of Brecknock. La première partie, 1-286 pages,
contient les textes originaux de ces vies de saints, les unes en latin, les
autres en gallois, et quelques autres documents ; dans la seconde partie,
287-636 pages, on trouve la traduction anglaise des morceaux qui constituent
la première partie, plus un index alphabétique des noms propres. Cette pu-
blication a été faite d'après plusieurs mss. , les principaux sont ceux qui, au
Musée britannique, fonds Cottonien, sont désignés par les cotes Vespasian
A. IV, A. XIV, A. XIX, Claudius A. v, Titus D. xxii. M. Whitley Stokes
avait coUationné l'édition avec ces mss. Il a remis son travail à M. Kuno
Mever qui, après l'avoir revisé, le publie. Le nombre des corrections qu'il
propose approche, ce semble, de trois cents.
Un troisième mémoire est dû à M. D. Lleufer Thomas ; il concerne le
tribunal anglais, dit Court of Marches, qui exerçait sa juridiction dans le
Pays de Galles.
Le volume se termine par une note de M. John Rhys sur une curiosité
archéologique conservée au Jésus Collège d'Oxford, le Peitbynen, collection
de petits bâtons, sur lesquels est gravé l'alphabet dit coelbren y beirdd. Cet
alphabet fut en usage parmi les bardes gallois au xv^ siècle, au xvje et au
commencement du xvii^. Le dernier barde qui s'en soit servi mourut
en 1616.
i . Robert Williams, A biographical Dictioiiary of emiiient IFehhnien, 1852,
p. 424.
Chronique, 249
VIII.
J'ai annoncé dans la précédente livraison, p. 112, le petit livre composé
par le frère Constantius à l'usage des écoliers bretons qui, ne sachant pas le
français, sont mis par leurs parents dans des écoles primaires où l'ensei-
gnement se donne en français. Après le livre des écoliers, Kenteliou hre-
-oiini'k (la ilrei egallck, « Leçons bretonnes à traduire en français», petit vo-
lume qui contient le texte breton sans traduction, voici le livre du maître,
Kenteliou hreiounek Iroet e ^allec, « Leçons bretonnes traduites en français ».
J'ai entendu un écrivain à l'esprit chagrin définir la pédagogie « l'art d'en-
seigner ce qu'on ne sait pas ». Ce critique de mauvaise humeur était l'au-
teur d'un des ouvrages qui dans les écoles primaires françaises ont eu le plus
de succès en notre temps. Je ne crois pas à la rigoureuse exactitude de sa
définition, mais elle s'applique parfaitement au genre d'ouvrages qu'on ap-
pelle : « Livre du maître » dans l'enseignement primaire français. Avec le
second volume du frère Constantius on peut faire brillamment un cours de
breton sans savoir un mot de cette langue. Mais gare au maître quand les
élèves saisiront le secret de sa science.
IX.
Dans Popular Sliidies in Mylhology, Romance and FolJdore, n° 6, Londres,
chez David Nutt, M. Alfred Nutt cherche à déterminer ce qui dans l'œuvre
de Shakespeare peut tirer son origine de la mythologie celtique.
X.
Du rapport lu par M. J.-J. Mac Sweeny, secrétaire de h Society forthe Pré-
servation of the Irish Language à Dublin dans la séance du 27 février 1900, il
résulte qu'au point de vue de la langue irlandaise le progrès continue en Ir-
lande dans les écoles primaires : sur 1743 candidats 1371 ont subi les exa-
mens avec succès, savoir: i^r degré 440, 2^ degré 431, 3^ degré 500. Le
nombre des candidats reçus n'avait été que 1012 en 1898. Au contraire,
dans les examens d'enseignement secondaire, intermediate examinations , il y
a depuis quelques années pour l'irlandais une légère baisse qui va s'accen-
tuant: 544 candidats ont été reçus en 1896, 305 en 1897, 504 en 1898, 445
seulement en 1899, cent un de moins qu'en 1896.
XI.
M. Douglas Hvde, ce savant irlandais dont les lecteurs de la Revue Cel-
tique connaissent les intéressantes publications, vient de réunir en un petit
volume in-i2, dev-55 pages, cinquante et un courts poèmes irlandais suc-
cessivement publiés par lui dans le Freenian hebdomadaire, journal de Du-
blin. Le titre qu'il a donné à ce livre est UhJ)Ja de 'n craoihh, « pommes de
Revue Celliijue, XXI. 17
250 Chronique.
brnnche » ; dânta agiis ahhrâin h-isan g-craoihhin aoihhinn , « odes et chansons
par la jolie branche ». Une branche d'or portant des pommes d'or pare la
couverture en papier gris de cette élégante brochure.
XII.
La Fesischrift dédiée à M. Whitlev Stokes à l'occasion de son soixante -
dixième anniversaire est une plaquette in-4, de viii-48 pages, qui a paru à
Leipzig chez Otto Harassowitz. Après une dédicace à M. Whitley Stokes
par M. Ernst Windisch, on trouve les huit articles suivants :
1° Complainte sur la mort du roi d'Irlande Niall Nôigiallach, qui, comme
on l'a vu plus haut, p. 245, fut tué en Grande-Bretagne sur les bords de la
Manche vers le commencement du v^ siècle de notre ère. C'est un dialogue
entre le poète Torna et Tuirn, son fils. M. Kuno Meyer publie ce document
d'après le ms. d'Oxford Rawlinson B 512, fol. 47, xii^ siècle ', et d'après
le Leahhar hiiidhe Lecaiii, p. 127, édité par M. R. Atkinson, xiv<: siècle; il
croit que la composition remonte au plus tard au commencement du
ix"^ siècle. Cette complainte serait antérieure aux poèmes du Dindscnchas qui
suivant lui seraient l'œuvre de gens de lettres vivant aux ix« et x*^ siècles,
tandis que la prose du Dindsenchas ne daterait que du xii^ (cf. p. 246).
2° Ballade ossianique du xiii^ siècle (Livre de Leinster, p. 207), où il est
question d'un chien merveilleux amené de Norvège par trois guerriers venus
de ce pays en Irlande pour s'enrôler dans la troupe de Finn. M. L.-Chr.
Stem a édité, traduit et commenté ce texte. 11 y a annexé une note sur les
Firbolg et les Tùatha-dé-Danaiiu .
30 Étude de M. R. Thurneysen sur les mots irlandais lith et dcss. Il rap-
proche////; « fête » de l'allemand /a/ dans tin-flat, « ordure, saleté », litté-
ralement « [chose] non belle », cl suppose que ////; et flat s'expliquent par
un primitif */'/i^-/£/-5 « plénitude ». Le vieux germanique /(Vî5 serait une
forme relativement récente d'un primitif * plc-ti-s, doublet de *plc-tii-s. Le
nom de femme mérovingien Mcro-flcdis devrait être comparé au gaulois
Litii-mâra dont il serait l'antipode, dit M. Thurneysen. Je comprends qu'il
en différerait : 1° par l'ordre inverse des termes ; 2° par la substitution du
suffixe -îi à -tu- dans -flcdis opposé à Lita- ; 3° par l'emploi dans vnlra =
* indra de la forme pleine fléchie, au lieu de la forme pleine normale dans
Mcro-.
A dcss, M. Thurneysen suppose un primitif *dissn pour *klid-lii- z=
*kH::^d-iii-, de la même racine que le sanscrit hridati, « il joue, folâtre, ba-
« dine, danse » = * kriida-ti.
40 Note de M. F. Sommer sur l'irlandais hibdii « coupable », en breton
bevei (Ernault, Le Mystère de Sainte Barbe, p. 228; Glossaire iiioyeii-bretoii,
p. 63). Bibdii = * bibidaïis ^=* bibiiidh-uôl-s (pu peut-être mieux *bebhid-uôt-s)
participe parfait dérivé de la même racine que le gothique baidjaii « forcer,
I W.-D. Macray, Catahgi codicuDi nianuscriptoruiii bitliothecae Bodleiaitae
barlis quinlae fascicuhis primtis, p. 719.
Citronique. 251
contraindre ». La situation de celui qu'on a reconnu coupable est « con-
trainte et forcée ».
50 M. W. Foy expose qu'en néo-celtique, quand la voyelle longueinitialc
de certaines diphtongues était longue, elle s'est abrégée dès une époque
fort ancienne.
6° Note de M. Leskicn sur une loi de l'albanais.
7" Note de M. Brugmann sur les deux mots latins^ro/it' ctproxiiiiiis =pro-
ksiiiiiio-s, dont il compare la formation à celle de l'irlandais nesscuii =
iicksiiniio-s.
8° Dissertation de M. Windisch sur quelques formes verbales de temps
passé en irlandais que la plupart des celtistes considèrent comme des aoristes
sigmatiques. Ce mémoire fort important, le plus long des quatre par les-
quels la plaquette se termine, mériterait un examen détaillé pour lequel le
temps me manque aujourd'hui. Je parlerai d'un seul mot : fetar « je sais ».
Suivant M. Windisch, l'explication de la dentale sourde / par la combinaison
de (/ avec un .v suivant est inadmissible. Il suppose un pnmhïi' * uid-cla-r. Je
crois à une formation irlandaise dérivée de la troisième personne du singu-
lier/;'/ par t final, au lieu de d; cf. : to-fet, « il précède », dedo-fcdim (An-
cient Laivs of Ireland, t. I, p. 112, 114, 124, 158), du/et (ibid., p. 112, 138),
même sens; adfet, « il raconte », à\idfiadaii}i, exemple: tcilingilla ... ociis
adfet, a va le garçon ... et raconte », (Irische Texte, I, 215); ad-Jed, « he re-
lates », sans aspiration du d final (O'Donovan, Irish Grainiiiar, p. 255);
ad-fbead, « I shall relate » (O'Reilly), également sans aspiration du d final;
ce d non aspiré tient lieu d'un t plus ancien.
Dcfet, aujourd'hui /<?c? (racine ueid, uid, « voir »), les Irlandais ont tiré
fetcir, aujourd'hui /^(/ar « je sais », expression pour laquelle il est inutile de
chercher une origine indo-européenne ou même celtique, c'est un mot
irlandais.
H, d'Arbois de Jubainville.
PÉRIODIQUES
SOMMAIRE : I. Journal of the Royal Society of Antiquaries of Ireland. — II. An Gao-
dhal (The Gael). — III. Revue archéologique. — IV. Revue d'histoire et de littéra-
ture religieuse. — V. Feiz ha Breiz. — VI. Publications of the modem Language
Association of America. — VII. Annales de Bretagne. Comparaison entre La Ville-
marque et Macpherson. — VHI. Revue de Numismatique. — IX. The American
Journal of Phiiology,
I.
Le tome X, 5= série, du Journal of the royal Society ofAxtiq.uaries
OF Ireland débute par le discours qu'a prononcé le président à la séance gé-
nérale annuelle du 30 janvier; dans ce discours on trouve traitée d'une façon
fort complète une question très intéressante pour les archéologues ; il s'agit
des droits de l'Etat anglais sur les trouvailles d'objets d'or et d'argent qui
n'ont pas de propriétaire connu et sur les moyens à employer pour faire par-
venir, en exécution de la loi, ces précieux objets au musée de Dublin, quand
la trouvaille a été faite en Irlande. Nous signalerons ensuite: un article de
M. George U. Macnamara sur les anciennes croix do pierre de Ui Fermaic,
comté de Clare, en Irlande; une note de M. E. Perceval Wright sur la
cloche de Kilmainham qui est en bronze, haute de douze pouces et demi
anglais, y compris la poignée ; on la suppose du xn'= siècle et cependant sa
forme me paraît ressembler beaucoup à celle des plus anciennes cloches
d'Irlande. M. Francis-Joseph Bigger a donné au même volume une étude
sur les antiquités d'Inis Chlothrann, aujourd'hui Iiîish Cleraunn, dont les
plus vieilles pourraient remonter à saint Diarmaid, c'est-à-dire au vi^ siècle
de notre ère.
II.
Il paraît en Amérique, à New-York, une revue mensuelle intitulée : An
Gaodhal (Tbe Gael). Dans son t. XIX, 11° 5, p. 159, elle vient de publier
sous le titre de vThe Adveuturcs of the Great Youlh, son of tbe kiiio of Spaiii,
le commencement du texte et de la traduction d'un récit ossianique irlan-
dais dont il existe, tant en Irlande qu'en Angleterre, beaucoup de mss., les
uns sous le titre deBJs an nihacaoim inbôir, mbic righ nabEaspaine, les autres
où dans ce titre le mot initial, Bas, " mort », est remplacé par Eachira,
Pii iodiijiies. 255
« aventures » '. L'édition est faite, dit l'éditeur, d'après un « vieux » ma-
nuscrit de l'année 1790. Il yen a en Irlande un plus « vieux » au collège de
la Trinité de Dublin, H. 2. 17, p. 189-191. Le ms. H. 2. 17 est un recueil
de fragments, la plupart en parchemin, quelques-uns en papier, et l'écriture
est de différentes mains ; les fragments en parchemin appartiennent en
partie au Livre jaune de Lecan, publié par M. R. Atkinson ; mais celui de
ces fragments dont il s'agit ici, bien qu'en parchemin, ne provient pas de
ce livre. O'Donovan dans son inventaire le constate. Suivant les notes que
j'ai prises il y a dix-neuf ans, le texte dont il est ici question serait en écri-
ture du xve siècle et commencerait par les mots: Is iiivr inl ogiach, et non
par Rî crodha, comme le ms. publié dans The Gaeï.
Dans la même revue, même volume, p. 104, on lit que le professeur Kuno
Meyer a fait dernièrement une leçon d'un intérêt très grand à Dublin,
dans la dernière assemblée de la Société nationale de littérature. Le savant
conférencier a dit que la littérature irlandaise était la plus ancienne des lit-
tératures modernes de l'Europe. Les Irlandais possédaient un vigoureux
système de tradition orale longtemps avant qu'aucun effort eût été fait pour
fixer par écrit ces traditions. Ce fut grâce à la connaissance de l'alphabet
romain et à l'Introduction du christianisme que pour la première fois on se
mit à écrire les textes littéraires irlandais. M. Kuno Meyer, après avoir rap-
pelé la terrible et déplorable destruction d'une partie notable des mss. irlan-
dais par les Danois, ajouta : « Ce fut l'influence irlandaise et l'exemple
« irlandais qui fit comprendre aux moines anglo-saxons la valeur de leur
« littérature nationale et qui leur apprit à la conserver. » L'Angleterre de-
vrait donc — indirectement ■ — à l'Irlande son Bcoivnlf.
III.
Revue Archéologiq.ue, 3e série, t. XXXVI (livraison de janvier 1900),
p. 66-74, j'ai exposé avec quelques développements une thèse dont j'ai parlé
déjà dans la Revue Celtique, t.'XIX, p. 245-250; t. XX, p. 89-90, 369-370,
374, 575. Cette thèse est que les sujets celtiques représentés par les bas-
reliefs gallo-romains du musée de Cluny appartiennent à la vieille légende
irlandaise du héros Cûchulainn et du taureau de Cooley, qui est la septième
forme d'un personnage mythologique, c'est-à-dire d'un pâtre des dieux.
Cet animal mythique s'appelle : 1° tarb = tarvos « taureau » dans le Lebor
na hUidre ; 2° do)id pour * dont! zizz domio-s-, « brun » et « roi » 3, dans le
I . Essai d'un catalogue de la littérature épique de l'Irlande, p. 45, 115, M S.
2. Whitlev Stokes, Urkeltischer Spracbschat^. p. 152.
3. Dans le glossaire d'O'Davoren, Whitley Stokes, Tbree irish glossaries
p. 77, donn a plusieurs sens: un premier est nasal no britheni no ngb, « noble,
juge ou roi « ; un second est jlaitbeinniis « autorité, noblesse », forme abs-
traite du sens précédent; un troisième est.gait « vol », probablement parce
que dans le second des chapitres qui vont être cités, et dont le titre irlandais
dans le Lebor na hLTidre, p. 70, col. i, commence par les nwtf, Jagha il in
2 54 Périodiques.
Livre de Leinster. On peut à ce sujet comparer dans ces deux mss. les deux
chapitres du Tain hô Cûailngi que M. St. H. O'Grady a intitulés, l'un : The
hrown bull and the Morrigii « le taureau brun et la déesse Morrigu »
(^The CuchiilUn Saga, p. 157), l'autre, The finding oj the brown bull « la trou-
vaille du taureau brun » (ibid., p. 163) '. Dans le Lebor na hUidre, p. 64,
col. 2, 1. 31, 41 ; p. 70, col. I, 1. 30, 32, 35, 47, le mystérieux animal
s'appelle au nominatif et à l'accusatif tarh = lanio-s, au génitif tairb =: *lar-
iji. Dans le Livre de Leinster, p. 69, col. i, 1. 12, 17, 29, 31, 34; p. 73,
col. 2,1. 4, 17, nous trouvons dond = domios, au génitif duind r= *donm,
au datif dund = *donnii. Les deux noms sont réunis dans le nom propre de
personne gaulois Donno-taitrits, ainsi écrit par César pour * Douiio-tarvos.
Suivant moi, la légende de ce taureau brun est d'origine continentale, et
a été portée en Grande-Bretagne par la conquête belge, vers Tan 200 (?)
av. J.-C, puis de Grande-Bretagne en Irlande par les Menapii et les Bri-
gantes (\\i\ sont venus s'établir dans la région sud-ouest de l'île, comtés de
Wexford et de Wiklow, à une date probablement antérieure à l'ère chré-
tienne. L'existence de cette légende sur le continent est attestée, non seule-
ment par les monuments de la sculpture, mais aussi par les noms de per-
sonnes et de lieu qui reproduisent le nom du taureau mythologique. J'en
ai cité plusieurs.
Ajoutons en commençant par le layb = laruos du Livre de Leinster :
[o Booyita^ooç, nom d'un roi galate (Holder, Altceltischer Sprachschat-, t. I,
col. 620-621), c'est probablement la notation grecque d'un nom d'homme
gaulois Brogi-taruo-s, « taureau du pays », exprimant la même idée que
tarb in choicid, « taureau de la province », formule employée pour dési-
gner le roi d'Ulstcr Conchobar dans le Longes mac n-Vsnig (Windiscli,
Irische Texte, t. I, p. 72, 1. 17); 2° Tarv-csscditni ou Tarvcsedc, sur la route
de Milan à Augsbourg (Table de Peutinger, Itinéraire) cf. Taooj3ooj;j.,
Tarveduin, au nord de la Grande-Bretagne (Ptolémée, II, m, i). Tarves-
sediivi ou Tarvesedc paraît signifier « siège, habitation du taureau » : ce serait
l'indice d'une localisation continentale de la'légende antérieure à la locali-
sation en Irlande. Tarvedum, corruption de Tarvo-scdiini, conserverait la
trace d'une autre localisation en Ecosse.
Du tarvos = iarb (Lebor na hUidre), passons au Dond = Donnos du
Livre de Leinster. Donnos est le nom d'un roi (sur ce nom et ses dérivés,
voir V{o\à&x, AltceUischer Sprachschati,'x. I, col. 1 305-1 307), père du fameux
Cottius qui donna son nom aux Alpes Cottiennes, province de la Gaule
inéridionale. On peut y comparer le nom d'une rivière d'Irlande au comté
de Wexford, Mo'-oovvo;, chez Ptolémée, II, 11, "]-, cours d'eau voisin de la
ville appelée Mava-!a, du nom belge des Menapii, cette rivière est proba-
tairb, le taureau étant trouvé est volé ; ce troisième sens apparaît dans An-
cient Laivs oJ Ireland, t. Il, P- 228, 1. 7. Quant à la traduction « brun »,
voyez Windisch. Irisclie Texte, t. I, p. 49S.
1. Cf. H. Zimmer, dans la Zeitschrift deKuhn, t. XXMII, p. 450, 453.
2. Je dois cette hypothèse à M. J. Rhys.
Pcriod'ujiics. 2^5
blcment identique à la Slancy moderne (Holder, t. II, col. 605). Mo est un
préiixc des noms de personnes étudié par M. Zimmer {Zeitschrijl de Kuhn,
t. XXXII, p. 180 et suivantes). Nous avons en France un grand nombre de
noms de lieu tirés de noms de personnes et de noms de saints héritiers des
dieux dans l'onomastique géographique. A un autre point de vue, en Ir-
lande, Mo-doniios, nom du mythique taureau brun, devenu le nom d'une
rivière, est le pendant de Uo'jo'j'mx, Bn-viiida, Boii-vimla, « vache blanche »,
nom d'une autre rivière d'Irlande aujourd'hui Boyne ' ; Bou-vinda, « vache
blanche », c'est la déesse de la guerre Môrrigu sous une des formes qu'elle
prend pour combattre le héros Cûchulainn qui a rejeté ses avances 2.
Le taureau de Cooley qui a pour père un dieu et pour mère une vache
(Windisch, Iriidv Tcxlc, t. III, p. 250 et suivantes) semble être une va-
riante et du taureau merveilleux, donné par Poséidon à Minos, et du
monstre, homme et taureau, le Minotaure, né d'une femme et de ce taureau
d'origine divine. Ce monstre, le Minotaure, est romain en même temps que
grec, il a orné les primitives enseignes de l'armée romaine 5. Il a donc existé
probablement une vieille légende gréco-italo-celtique du taureau divin ;
de cette légende nous coimaissons plusieurs formes, l'une celtique, d'autres
grecques 4; la forme latine n'a pas été conservée: voir cependant la légende
de Cacus. (Bréal, Mélanges de Mythalogie, p. 41 .)
Livraison de mars-avril. — Mémoire de M. G. Chauvei sur Vovum aii-
gninuiu des druides (Pline, XXIX, 52), cf. ci-dessus, S. Reinach, p. 131.
Suivant l'auteur, un oursin fossile trouvé dans le tertre du Poiron (Deux-
Sèvres) serait Vovinii aiignliimii celtique.
IV.
Ri-vue d'histoire et de littér.\ture religieuse, t. V, n" 2. — Notes
bibliographiques très intéressantes, exactes et complètes de M. Georges
Dottin sur l'ancienne littérature chrétienne de l'Irlande: 1° Canons et règles
ecclésiastiques, 2° liturgie, 5'^ martyrologes, 4° vies de saints, 5° sermons
I . Ptolémée, II, 11, 17. Cf. luis bon findae k iiisiila vitiûac alhae », Bcde,
Hisloiia, IV, 4; Jovce, Jrisb naines oj Places, Réédition, p. 167.
2. Saiimisc fiud, dans Tain bô Regamna, Windisch, Irische Texte, t. II, se-
conde partie, p. 247. Le Tdin bô Ciiailnge dans hleçon du Lebor na hUidre,
p. 74, col. 2, 1. 1-2, indique une couleur différente, le rouge : ir-richt sa-
inaisci indile, derce. Mais la leçon adoptée dans le Livre de Leinster faisait
blanche la vache divine ; cette leçon nous est connue par le ms. add. 18748,
traduit par M. St. H. O'Grady, The Ciichullin Saga, p. 166: a while redeared
heifer. Le Livre de Leinster offre ici une lacune comblée par le ms. add. 18748.
3 . Romanis eam (aquilam) legionibus C. Marins in secundo consulatu
suo (av. J.-C. 104) proprie dicavit. Erat et antea prima cum quatuor aliis :
lupi, minotauri, equi aprique singulos ordines anteibant. Pline, 1. X. § 16.
4 . Sur la forme de taureau revêtue par Zeus à Argos, voir Helbig, chez
Roscher, Aiisfilhrlicbes Lexicoti dcr griechischcn inid roemischcn Mythologie, t. II,
col. 301 1. Zeus sous forme de taureau enlève Europe, voirie même auteur
//'/(/., t. I, col. 1409-1418.
256 Périodiques.
et homélies, 6° gloses et commentaires de la Bible, 7° prophéties et visions,
8° poèmes religieux.
V.
Il a existé pendant dix-neuf ans, de 1865 à 1884, un journal hebdoma-
daire breton, Feiz ha Bfeiz ; des prêtres bretons ont eu Tidée de ressusciter
ce périodique, mais en le faisant paraître seulement tous les deux mois. J'ai
entre les mains le premier numéro. Les auteurs désirent avant tout réformer
l'orthographe bretonne.
Premier point : le père Maunoir, dans soii Sacré Collège de Itsus, en 1659,
a introduit l'usage de distinguer du ch français par une apostrophe la gut-
turale spirante bretonne c'h. La grammaire comprise dans cet ouvrage
donne, p. 2, la règle dont il s'agit.
Cette distinction n'existe pas dans la plus ancienne édition que j'aie pu
me procurer du Dictionnaire et colloques français (sic) et hreloti (sic) de Q.uiquer,
Caen, 1653 ', ni même dans celle de Morlaix, 1662; mais elle a pénétré
dans celle de 1717, intitulée: Nouveau dictionnaire et colloque français et
breton, et dont Qiiiquer n'est pas l'auteur.
Les auteurs de Fei:^ ha Brei::^ prétendent revenir sur ce point à l'ortho-
graphe de Quiquer ; ils la préfèrent à celle de Maunoir. Je ne puis être de
leur avis.
Une autre question que ces Messieurs agitent est de savoir s'il est à propos
de conserver l'usage établi par Le Gonidec de représenter en toute position
par k la gutturale sourde. Maunoir ne faisait pas usage du k, usité jadis à
Rome, seulement devant la lettre a, kalcndae par exemple; il employait or-
dinairement c devant a, a, 11, et devant les consonnes, qu toujours devant
e, i, et quelquefois devant a. La nouvelle orthographe consisterait à mettre
c devant a, 0, u et devant les consonnes, k devant e et /. Je ne vois pas
pourquoi abandonner l'orthographe moins compliquée de Le Gonidec. Le
prétexte est que k est une lettre allemande, mais elle existait à Rome dès
les temps les plus anciens, et avant Le Gonidec elle était usitée en breton
dans kaer, ker « habitation )>.
Autre question.
Suivant les auteurs de Feii ha Breii, on devrait suivre en pays breton la
méthode du frère Constantius ; en d'autres termes, un maître qui a devant
lui de petits Bretons, complètement ignorants du français, ferait bien de
prendre le breton pour point de départ de son enseignement. Pour un grand
nombre de mots bretons appartenant à la langue usuelle l'enfitnt qui sort
de l'école est incapable de trouver l'équivalent français. Ces Messieurs citent
un seul exemple, rastel, en français « râteau ». Ils auraient pu choisir un
mot un peu plus celtique; rastel est d'origine latine, c'est le substantif latin
rastellus, d'où vient également le français râteau (Hatzfeld, Darmesteter et
I. Cette édition me semble identique à celle de Morlaix, 1626; Brune,
Manuel du libraire, t. IV, p. 1032-1035; Bibliothèque nationale, réserve,
X, 2054.
Périodiques. 257
A. Thomas, Dictionnaire général de la langue jrançaise, t. II, p. 1875). En
tlicorie, la thèse des auteurs de Fci^ ha Brei\ peut être rationnelle. Dans
l'enseignement secondaire on a abandonné, et non sans bonnes raisons, je
crois, le sj-stéme des anciens pédagogues, notanmient des Jésuites, qui pré-
tendaient se servir exclusivement de la langue latine pour enseigner le latin
aux enfants. Ce système, considéré fort justement comme absurde dans
l'enseignement secondaire classique actuel, est en vigueur dans les écoles
primaires de la Bretagne bretonnante, quand, devant des élèves qui ne savent
pas un mot de français, c'est exclusivement en français que le maître donne
et doit donner son enseignement. Mais une pratique différente est-elle pos-
sible ? N'habitant pas la Bretagne, je ne puis me prononcer.
VI.
PUBLICATIOXS OF THE MODERN LaNGUAGE ASSOCIATION' OI- A.MERICA,
vol. XV, no 2, Baltimore, 1900. — Mémoire de M. William Henry Scho-
field, instnictor à l'Université d'Harvard, sur les lais de Gracient et de Lan-
val, deux rédactions du même thème, et sur la légende de Wayland dans un
poème moyen-haut-allemand du xive siècle, dont Friedrich von Schwaben
est le principal héros '. Suivant M. Schofield, la légende de Gracient et de
Lanval est d'origine celtique. Des deux formes du thème, l'une dans le lai
de Graelent, l'autre dans celui de Lanval, la seconde nous conserve la plus
ancienne rédaction, et, si l'on veut remonter plus haut, il faut lire un texte
irlandais, le Noinden Ulad (Revue Celtique, VII, 225-230). L'auteur connaît
tous les travaux les plus récents, dont la littérature épique irlandaise, celle
du pays de Galles, et les romans de la Table Ronde ont été l'objet ; les
noms de MM. Paris, J. Loth, F. Lot, Zimmer, LaBorderie, etc., se trouvent
souvent, soit dans le texte, soit en note au bas des pages.
VII.
Annales de Bretagne, t. XV, no 3, avril 1900.
Les articles suivants concernent les études celtiques :
10 Études sur Merlin par M. F. Lot : d'abord analyse de la J'ita Mrriiui,
composée au xiF siècle par Gaufrei de Monmouth ; ensuite recherches sur
les sources de cette vie. Cet article fort bien fait sera continué dans la li-
vraison suivante. Un tirage à part, qui a paru déjà, contient la portion que
les abonnés des Annales liront dans le prochain numéro.
20 Suites des « Recherches dialectales bretonnes » deM. |. Loth; savoir:
A) Répertoire alphabétique de mots empruntés aux non:s de lieu de Beuzec-
Cap-Sizun, Finistère, arrondissement de Qiiimper, canton de Pont-Croix;
B) Noms d'homme et noms de lieu de Plogoff, mêmes département, arron-
dissement et canton ; les noms d'homme forment une première liste, les
I . Voyez H. Paul, Grundriss dcr Gcrnianischen Pliilologic, v^ édition, t. II,
p. 20, 59, 60, 356 ; 2^: édition, t. III, p. 643.
258 Pci'iodiqncs.
noms de lieu une seconde liste, l'une et l'autre par ordre alphabétique. Les
deux parties A) et B) de cet article sont également intéressantrs pour l'his-
toire du dialecte breton de Cornouaille, c'est-à-dire de l'ancien évêché de
Quimper où Beuzec-Cap-Sizun et Plogofï étaient compris.
30 La chanson d'Hervé Le Jolie, deux rédactions, provenant de la col-
lection Penguern, publiées et traduites par M. Pierre Le Roux.
M. Planiol termine dans cette livraison son édition de la « très ancienne
coutume de Bretagne ». La même livraison contient la première feuille du
« Lexique étymologique du breton moderne » composé par M. V. Henry et
dont le tirage à part, déjà terminé, est annoncé plus haut, p. 236. Les
feuilles suivantes seront données comme appendices aux prochaines livrai-
sons des « Annales de Bretagne ».
A la première page de cette livraison M. F. Lot parle de Macpherson et
de La Villemarqué, puis il ajoute en note: « M. d'Arbois de Jubainville, si
« indulgent pour le dernier, se montre pour le premier d'une sévérité qui
« va jusqu'à l'injustice ». De cette appréciation il résulte que la question
dont il s'agit dans celte note n'est pas connue de M. Lot aussi bien que l'his-
toire du cycle arthurien et de la Table Ronde.
C'est en 1762 qu'a paru le volume in-4 intitulé: FIXCJAL | a\ \ AN-
CIEN!" EPIC POEM I In SIX books \ Together with severai other poems,
composed by | OSSIAN the Son of FINGAL, | iranslated from the Galic
L.\NGU.\GE, I By JAMES MACPHERSON. | Fortia jacta palriim. Virgil.
Au-dessous, dans une vignette, on voit le vieux poète Ossian assis, avec sa
harpe derrière lui, sous un arbre ; il parait chanter ou déclamer ses vers. A
sa droite, une jeune femme debout, le sein nu, l'écoute ou l'inspire ; dans
le fond, au milieu d'un nuage, apparaissent cinq personnages imberbes
dont le premier porte un bouclier rond. Sur la page suivante on lit un aver-
tissement qui débute ainsi : « Le traducteur », dit Macpherson, « croit né-
« cessaire de faire connaître au public les raisons qui l'ont décidé à renoncer
« à son projet de publier les originaux. (Quelques hommes de génie qu'il a
« l'honneur de compter parmi ses amis lui ont conseillé d'ouvrir une sous-
« cription pour une édition complète des originaux; c'était, suivant eux, le
« meilleur moyen de satisfaire le public en lui démontrant l'authenticité de
« ces originaux. Il a fait appel au public, il n'a pas trouvé de souscripteurs,
c< il en conclut le jugement du public : le public ne considère comme né-
« cessaire ni la publication des originaux, ni le dépôt de copies manuscrites
« dans une bibliothèque publique. Cependant le projet existe de mettre les
c( originaux sous presse aussitôt que le traducteur aura eu le temps de les
« copier; et, si cette publication n"a pas lieu, des copies seront déposées
« dans une bibliothèque publique pour éviter la perte de si anciens monu-
« ments du génie. »
Voilà ce que Macpherson écrivait en 1762; il nientait alors: il savait le
gaélique, il connaissait la littérature gaélique; ses originaux n'existaient
point ; ou, s'ils existaient, ils étaient fort différents de la traduction.
Il est mort en 1796 sans avoir publié ses originaux, sans en avoir déposé
des copies dans une bibliothèque publique.
Périodiques. 259
Mais après son décès on a trouve dans ses papiers une traduction faite par
lui en gaélique de son texte anglais ; elle a été publiée en trois volumes
avec traduction latine en regard en 1807 : the j POEMS OF OSSIAN
IN I THE ORIGINAL GAELIC | with a | LITTER4L TRANSLATION
INTO LATIN I BY THE LATE THOMAS MACFAFLANE, A. jM. | TOGETHER
WITH I A DISSERTATION ON THE AUTHENTICITY | OF THE
POEMS, 1 UY SIR JOHN SINCLAIR, BART, | ] l'UBLISHED UNDER THE
SANCTION OE THE HIGHLAND | SOCIETY OF LONUON, 3 Vol. in-8. On VOit en
regard un portrait d'Ossian ; Ossian a sur l'épaule un fragment d'armure
dans le style du xvie siècle. Remarquons bien les mots par lesquels le titre
se termine : undcr the sanction of the Higtiland Society of London : la Société
des Hautes Terres de Londres garantit l'authenticité des poèmes gaéliques
de Macpherson. C'est une réplique médiocrement adroite à la déclaration
faite alors tout récemment par une autre Société des Hautes Terres, celle
d'Ecosse, qui, sans avoir son siège dans une aussi grande ville que Londres,
était la seule compétente en la question.
Eneifet, deu.sans avant, en 180S, avait paru : REPORT | oi- the | COM-
MITTEE OF THE HIGHLAND SOCIETY | oe | SCOTLAND, \ ap-
POINTED TO INQUIRE INTO THE NATURE AND | AUTHENTICITY OF THE |
POEMS OF OSSIAN. | — drawn up, according to the directions of
THE CO1MMITTEE, I BY I HENRY MACKENZIE, Esa. | rrs convener or
chairman. De ce rapport, que résulte-t-il ? Il en résulte que dans la publi-
cation de Macpherson les textes originaux sont odieusement altérés. Ce qui
rend cette situation particulièrement grave, c'est qu'en 1723 avait paru à
Londres et à Dublin une traduction anglaise de Keating, Foras J'easa ar Eiriii,
où la vieille épopée irlandaise est fidèlement analysée. On a écrit quelque
part que je ne connaissais pas le rapport dont je viens de reproduire le titre;
il y a longtemps que je l'ai dans ma bibliothèque; on y lit, première partie,
p. 1 52 : The poenis and fragments of poenis ivlnch theCoinniitlce has been able to
procure, contain, as -will appear froni the article in the appeudix, N" 15. already
nientioned, often the substance, and sotnetitnes alniost tlje literal expression (Jhe
ipsissima verba), of passages given by Mr Macpherson, in tlie poenis of which he
has published the translations. But the coinîiiittee has not been able to obtain any
one poent the saine in titlc and ténor zvith the poenis published by hini. It is iii-
clined to believe that he was in use to sitpply chasuis, and to give connection, by
inserting passages ivhich he did iiol find, and to add what he conceived to be di-
gnity and delicacy to the original composition, b\ striking ont passages, by sojte-
ning incidents, by refining the language, in short by changing ivhat he considered
as toc simple or too rude for a modem car, and elevating what inhis opinion was
beloîu the standard of good poetry. Tel est sur Macpherson le jugement émis
après enquête par le comité de la Highland Society d'Ecosse en 1805. Je viens
de reproduire le texte anglais qui est la condamnation formelle de Mac-
pherson ; j'insisterai sur les termes de cette condamnation : après avoir
constaté que dans les poèmes gaéliques originaux il y a souvent la substance
de ceux de Macpherson, quelquefois même exactement les paroles qu'on lit
chez lui, l'auteur du rapport constate que le comité n'a pu trouver aucun
26o Périodiques.
poème identique ni quant au titre ni quant au sens. Le comité penche à
croire que l'iiabitude de Macpherson était de combler les lacunes et d'établir
des liaisons en insérant des passages que la tradition ne lui avait pas fournis,
d'ajouter ce qu'exiggiit suivant lui la dignité et la délicatesse de la compo-
sition originale, telle qu'il la concevait; en conséquence il supprimait certains
passages, il adoucissait tels ou tels incidents, il donnait plus d'élégance au
langage, en un mot il changeait ce qu'il considérait comme trop simple ou
trop rustique pour une oreille moderne et il relevait le ton de ce qui lui
semblait au-dessous du niveau de la bonne poésie. C'est à ces procédés qu'il
a dû son merveilleux succès près de ses contemporains ravis et trompés.
Le Bar~as ou Bar~a:^ Brei\^ a eu moins d'influence; il a dû sa très mo-
deste fortune à l'emploi de procédés identiques, mais dans quelle mesure
La Villemarqué en est-il responsable, quel est le véritable auteur du Burias-
Breii? Aujourd'hui que La Villemarqué est mort, je crois pouvoir sans in-
convénient parler nettement et exposer catégoriquement quelle a été la genèse
de ce livre.
En 1856, Emile Souvestre faisait paraître en quatre volumes in-8, à la li-
brairie Charpentier, un ouvrage dont le titre est : « Les derniers Bretons ».
Dans la première édition, t. I^r, p. xlvi, on trouve les lignes suivantes re-
produites dans l'édition de 1866, t. I, p. xvii : « Dans la seconde partie ...
« j'ai fait connaître les poésies populaires des Bretons. Les poésies populaires
« d'une race sont toute sa religion, toute sa civilisation, toute son âme ;
« c'est pour elle ce qu'est la parole pour l'enfant, une révélation naïve et
« complète. »
Si l'on se reporte à l'édition de 1S56, on voit que le chapitre intitulé
« poésies chantées » se trouve au second volume, p. 153-329. 11 occupe dans
l'édition de 1866 les pages 154-205 du tome I^r.
Ce chapitre contient la traduction de plusieurs pièces insérées plus tard
I . II y a eu trois éditions du Bardas ou Bar-^a~ Brei:;^.
La première, intitulée Bardas Brci:^, a paru sous deux dates : i" 1859,
20 1840, avec simple changement de titre. Le titre de 1839 indique Char-
pentier comme libraire. Le titre de 1840 réunit à la qualification de
deuxième édition la mention des trois libraires Delloye, Crozet et Téchener.
La seconde édition, intitulée Bar:(aiBrcii, porte deux dates, 1845, 1846.
Sur le titre de 1845, on lit : troisième édition et le nom de Delloye, li-
braire. Suivant le titre de 1846 cette seconde édition est la quatrième et on
y voit que le livre est en vente chez le libraire Franck.
Dans chacune de ces deux éditions le Bai~i7- Brci^ forme deux volumes.
La troisième édition, intitulée aussi Bai\a:^ Brei\, n'a qu'un volume. Il
en existe deux tirages; tous deux sont datés de 1867 et ont paru à la li-
brairie Didier. Le premier tirage est in-8 et il est qualifié de sixième édi-
tion ; le second tirage est in-12, et prétend constituer une septième édition.
Voyez H. Gaidoz dans la Revue Celtique, t. V, p. 306, 307 ; t. VII,
p. 80-81. La soi-disant deuxième édition, qui n'a de nouveau que le titre
et que M. Gaidoz a découverte à Dresde, se trouve à la Bibliothèque de
l'Institut de France sous la cote Q.640 B.
Périodiques. 261
dans le Bar~as Brei^. Telles sont : « la tête de mort », Souvestre, 1836,
t. Il, p. 215, identique à Eiied Rosporden, Bardas Brei^, 1839, t. I, p. 249;
« Mariannic », Souvestre, 1859, t. II, p. 250; 1866, t. I, p. 183, identique
à « l'orpheline de Lannion », Bar:{as Brei^, 1839, t. II, p. 99; « l'héritière
de Kéroulaz», Souvestre, 1836, t. II, 265 ; 1866, t. I, p. 187; Bardas Breii,
1839, t. II, p. si; — La « fête des morts » dite aussi « chant des âmes »,
Souvestre, 1836, t. II, p. 212; 1866, t. I, p. 1J4; Bardas Birii, 1839, t. II,
p. 307 ; — « Le paradis », Souvestre, 1836, t. II, p. 192 ; 1866, t. I, p. 168 ;
Bardas Brci^, 1839, t. II, p. 3 5 5 ; — enfin, remarquons-le bien « Les deux
frères », Souvestre, 1836, t. II, p. 246 ; 1866, t. I, p. 182, pièce repro-
duite avec un titre différent « L'épouse du croisé » dans le Bardas Brei:^,
1839, t. I, p. 113.
La cause de ce changement de titre est la doctrine de Souvestre lui-même
« Les derniers Bretons », édition de i8?6, t. II, p. 246 :
« Le ^w;- des deux frères appartient probablement », dit-il, « au temps
« des croisades. »^Et en note, dans l'édition de 1866, t. I, p. 182: « M. de
« La Villemarqué a fiiit imprimer, depuis la publication des Derniers Bre-
« tons, une version des deux frères, dans laquelle se trouvent quelques
« strophes que nous ne connaissions point et qui prouvent l'exactitude de
« notre supposition. Nous avons ajouté ces strophes à notre édition en les
« marquant d'un astérisque. » Les nouvelles strophes sont au nombre de
sept, dont une, la seconde, mentionne la croix rouge sur l'épaule des gen-
tilshommes. Le héros de ce guer:^ est un jeune homme nouvellement marié
qui est aussitôt parti pour l'armée et qui, revenant au bout de sept ans, re-
trouve sa femme réduite à garder les moutons. Ce chiffre de sept ans se
trouve à la fois dans les éditions de La Villemarqué et dans celle que Luzel
a donnée en 1868.
« Pendant sept ans la jeune femme ne fit que pleurer, au bout de sept ans
« elle se mit à chanter'. »
Le mari, à son retour, passant près du troupeau, la reconnaît à sa voix :
«Il y a », dit-il, aujourd'hui sept ans que je l'entendis pour la dernière
« fois », ou simplement « que je l'entendis », suivant qu'on préfère une va-
riante ou l'autre. On aurait tort de croire qu'il s'agisse ici du service mili-
taire de sept ans établi en France par la loi du 21 mars 1832. La chanson
bretonne peut remonter au xviii'^ siècle, même à la seconde moitié du
xviie. C'est un arrangement d'une chanson française qui en France et hors
de France a eu beaucoup de succès et où la période de sept ans apparaît
aussi. Dans la chanson française, comme dans la chanson bretonne, la
jeune mariée est réduite à garder des bêtes. Mais l'auteur de son malheur
I . Dans le Bar~as Brci^, édition de 1839, ^- I» P- ' '*^'
Bet é épad seiz bloa, né ré nemed wela ;
Enn divez ar seiz b!oa n'em lakaz da gana,
Dans Gu'cr:{iou Brei^-fyl, par Luzel, t. I, p. 198:
Etro pad ur seiz vioaz na deuz gred met goela.
Admet ar seiz vlo.iz, 'komans.Tz da gana.
202 Périddiijiies.
est la mère de son mari, la belle-mère de cette malheureuse jeune femme ;
ce n'est pas comme dans la chanson bretonne « Guerz des deux frères » le
frèr2 de son mari, le beau-frère de cette veuve momentanée. Je tiens ces
renseignements de MM. G. Paris et Doncieux. Quoi qu'on puisse penser de
la date de la chanson française, la chanson bretonne ne remonte pas aux
croisades, elle ne peut guère être antérieure au milieu du xvii<=, comme
M. J. Loth l'a établi ci-dessus, p. 235.
Quand en 1836 a paru la première édition des Derniers Bretons, M. de
La Villemarqué, né en 181 5, n'avait que vingt et un ans. L'idée lui vint
d'exploiter, d'une façon plus com.plète que Souvestre, la mine ouverte par
ce littérateur ; il pensa y parvenir en publiant non seulement plus de pièces,
cinquante-sept au lieu de vingt-neuf, mais en joignant aux traductions dont
Souvestre s'était contenté la reproduction des textes bretons.
Malheureusement, tié et élevé en ville, il ne savait pas le breton. Com-
ment s'y prit-il pour donner les textes originaux et pour les traduire ?
Il y a une version courante, et à peu près exacte. Un jour, m'écrivait le
4 septembre 1867, Le Men, archiviste du Finistère, La Villemarqué avait
à déjeuner chez lui Luzel et un autre écrivain breton, l'abbé Henry, aumô-
nier de l'hôpital de Quimperlé. Voici une conversation qui eut lieu entre eux :
Luzel. — « J'ai la conviction que c'est vous qui avez composé les pièces
« anciennes du Bardai Brei^. On ne trouve rien de semblable dans les cam-
« pagnes. Au reste, ce sont des pièces fort bien faites qui vous feraient hon-
« neur si vous en acceptiez la paternité. »
La Villemarqué, se cachant la tête entre les mains. — « Ah ! vous me
« rendez malade en me disant cela. Rien ne peut me faire plus de peine
« que d'entendre de pareilles choses. »
Luzel. — « Que voulez-vous? C'est ma conviction. Je ne puis que vous
« engager à dire la vérité sur cette affaire. »
La Villemarqué montrant un vieux meuble restauré, orné de figurines et
d'autres sculptures. — « Voyez-vous ce vieux meuble que j'ai fait res-
« taurcr ? Eh bien, j'ai fait pour le Bardai Brci:^ ce que j'ai fait pour les sta-
« tuettes qui le décorent (ce meuble), j'ai mis des jambes aux unes, des
« bras à d'autres...
« Et des têtes aux autres », s'écria l'abbé Henry.
C'était en 1867. Quand vers 1836 le jeune La Villemarqué, élevé
dans un milieu français, a entrepris de publier le Bar'^as Brei\, le breton
était pour lui une langue inconnue. Comme pour réparer son vieux meuble
il s'était adressé à un ébéniste, il lui fallut un ouvrier capable de mettre au
point et de traduire les chansons bretonnes, et cet ouvrier, le véritable au-
teur du Bar~as Brei^, ce fut l'abbé Henry.
Voici un extrait d'une lettre que Le Men m'écrivait le 27 mars 1867 :
« Lorsque M. de La Villemarqué a eu l'heureuse idée de réunir des
« chants populaires (idée que sa mère lui avait transmise), il ne savait pas
o le breton. Il fit un appel à diverses personnes qui y répondirent avec em-
« pressement. MM. de Penguern, Prosper Proux, Madame de Saint-Prix,
« plusieurs ecclésiastiques lui envoyèrent des chants bretons qui furent
Périodiques. 26^
« remis à Tabbé Henry, aumônier de l'hôpital de Q.uimperlc, homme aussi
« modeste que savant en breton. C'est dans l'officine de ce brave abbé que
>( ces chants furent soumis cà une série d'opérations (redressement des vers
« boiteux, remplacement des mots trop jeunes par d'anciens mots, réunion
« de plusieurs fragments pour faire un tout), après lesquels ils furent jugés
« dignes de paraître en public. »
Le !«'■ décembre 1867, M. Th. de Pompery, alors membre du Conseil
général du Finistère, et qui a été député, écrivait à M. Le Men une lettre
que M. Le Men m'a communiquée et dont j'ai gardé copie. En voici un ex-
trait : « M. de Lavillemarqué ne savait pas un mot de breton à l'époque où
« il a publié ses chants populaires. Je crois que lui et ses collaborateurs,
« MM. Proux, l'abbé Henry, Penguern, ont, sinon totalement inventé, [du
« moins] beaucoup rempli ces chants héroïques pour les besoins de la cause.
« Je crois qu'ils ont forgé des mots et emprunté à FAlbanak de la haute
« Ecosse, au mank de l'île de Man, à l'érinak de l'Irlande pour remédier à
« la pauvreté du bas breton et donner aux chants populaires un cachet an-
« tique et un caractère savant. »
Après avoir reçu la lettre de M. Luzel, dont je donne un extrait plus haut,
j'ai écrit à l'abbé Henry, qui sous la date du 29 novembre 1867, deux jours
avant la date de la lettre de M. Th. de Pompery, m'a répondu par une
lettre qui est à mes yeux la confirmation des dernières assertions de Le Men.
Après m'avoir parlé du Catholicon publié par Le Men, l'abbé, passant au
Bai\as Breil, continue ainsi :
« J'affirme aussi : 1° que l'imagination brillante du collectionneur n'a pu
« inventer des pièces si extraordinaires ; 2° que sa science de la langue bre-
« tonne n'a pas pu exprimer la belle énergie de presque tous ces chants
« historiques. »
« A nous en tenir aux Séries ou Gousperon ar raned\ comment voulez-
« vous que M. de Lavillemarqué l'ait inventé, puisqu'il n'en comprenait
« même pas les paroles ? J'ai été témoin de son embarras, il est venu plu-
« sieurs fois chez moi chercher en vain le fiât lux. »
En vain, souligné dans l'original, est inspiré par un excès de modestie et
par la reconnaissance de l'estomac.
Et l'abbé Henry continue :
« Quand il [La Villemarqué] a eu recueilli cette pièce, il a passé un
« temps considérable à l'étudier et à lui donner une interprétation quel-
« conque. Si son commentaire Qisc:^ mon commentaire) n'est pas vrai, libre
« à de plus habiles d'en faire un autre. Les Bretons d'aujourd'hui chantent
<■ volontiers des sons qu'ils ne comprennent pas toujours, mais ils ne fe-
« raient pas un couplet sans un but. Les anciens étaient encore plus sérieux,
« et les chants historiques que M. Le Men attribué à M. De La Villemarqué
« ont été composés non par des pa\s:ms, piits soucieux de simples drames
« domestiques que des grands événements de Vlnstoire, comme le prétend
Bar}.a:^ Brei:^, édition de 1843, t. I, p. i-i > ; édition de 1867, p. 112.
264 Périodicfues.
«. ailleurs M. Le Men, mais des Bardes, de vrais Bardes exercés à ce genre
« de poésie.
<f Les chants populaires que va faire paraître M. Luzel ' ne seront pas des
« types primitifs des chants du Bardai Brcii, mais des imitations pour la
K plupart quant à la forme. »
L'abbé était sous l'empire de la doctrine d'Emile Souvestre, Les dentiers
Bretons, édition de 1836, t. II, p. 207 ; édition de 1866, t. I, p. 172 :
« Si les cantiques sont les poésies les plus populaires de la Bretagne, les
« g!ier:{ en sont incontestablement les plus anciennes. Quelques-uns de ces
« giieri remontent au xiii*^ siècle et même au delà, » avait dit Souvestre.
C'est grâce à cette antiquité présumée, c'est grâce à une croyance naïve
à l'autorité de Souvestre que l'abbé s'est cru autorisé à donner aux textes
modernes des développements quelquefois prodigieux. A l'époque où tout
le monde parlait du musée Campana, j'entendais dire que si dans la plupart
des musées on a fabriqué des nez pour des statues antiques, dans celui-là on
avait fait des statues pour des nez. C'est ainsi qu'a plus d'une fois travaillé
l'abbé Henrv.
Il termine ainsi sa lettre : « Il y a cinquante ans j'ai entendu le premier
« vers de Nomciioiou : An aour ieoten a :(0 falchet ^, et l'air du Vin des
Gaulois ; ».
Voici la conclusion que je tire de ces dernières lignes : dans Nonienoioii,
il n'y a d'authentique que le premier vers, et, quant à la pièce intitulée
« le vin des Gaulois », l'air seul n'a pas été inventé par quelqu'un de
ceux qui ont collaboré à l'œuvre qu'a signée La Villemarqué.
L'abbé Henry, le principal de ces collaborateurs, est l'auteur d'un recueil
de cantiques publié en 1842 avec l'imprimatur de son évêque4; il n'aurait pu
obtenir cet imprimatur pour un recueil comme le Baisas ou Bart^a^ Brei^, où
les chants d'amour et de danse ont leur place comme ceux de guerre et
comme les chants pieux.
Prosper Proux, nommé avec l'abbé Henr}- par Th. de Pompery et par Le
Men comme un des auteurs du Bw ia:( Brei:^, a publié un volume de poésies
bretonnes : Bouihard Kerne. Jahadao ra kaniri, c'est-à-dire « Hautbois de
« Cornouailles, danses et chansons », un volume in-12 de x-i 17 pages qui
a paru à Guingamp chez Le Goffic en 1862.
Quand M. de La Villemarqué, âgé de plus de cinquante ans, a entendu
pour la première fois des critiques dirigées contre le Baria:^ Brei:(, il a dû
1 . Giver-iou Brei:!^-i7^el, Chants populaires de la Basse-Bretagne, Lorient,
Corfmat, 1868, 1874, 2 vol. in-8.
2. « L'herbe d'or est fauchée », Bar^a^ Brci^, édition de 1845, 1. 1, p. 55 ;
édition de 1867, p. 112.
3. Bar:^as Brei:^, édition de 1843, le texte, p. I, p. 75, l'air, t. II, se-
conde partie, p. 7; édition de 1867, le texte, p. 45, et l'air, dans l'appen-
dice, p. IV.
4. Kanaouennou santel dilennet ha reizet evit escopti Kemper. Saint-
Brieuc, Prud'homme, 1842, un vol. in-12 de xxiv-vii-502 pages. L'intro-
duction est signée Th. Hcrsart de La Villemarqué.
Périodiques. 265
comprendre qu'elles étaient justifiées: la première fois que nous nous
sommes rencontrés en personne, il m'a abordé en me disant : Boiiiiin est
iitibi quia hniiiiliasti me.
Mais quand vers 1836, âgé de vingt et un ans, il a entrepris la prépa-
ration du Bardas Breii, quel était son état d'câme comme on dit aujourd'hui
et quelle a été sa méthode? Parlons d'abord de la méthode.
On a pratiqué deux manières de recueillir des chants populaires bretons.
L'une, la plus économique et la plus sûre, a été de parcourir la campagne
à pied et d'écrire les chansons sous la dictée des paysans et des paysannes
auxquels on offre un verre de cidre ou un petit verre d'eau-de-vie pour leur
délier la langue, puis un second verre comme remerciement. L'autre sys-
tème, plus cher, mais bien plus commode, consiste à payer des intermé-
diaires pour faire cette fatigante besogne et à rester tranquillement chez soi
en attendant dans un fauteuil, à l'ombre et à l'abri de la pluie, le retour du
courrier. La première méthode a été celle de Luzel, trop pauvre pour pro-
céder autrement. La seconde est celle qu'ont employée le plus souvent Pen-
guern et La Villemarqué. Un des intermédiaires dont s'est servi Penguern
a été Kérambrun 1 ; or Kérambrun n'était pas riche, et quand après de pénibles
courses il n'avait rien trouvé, il composait lui-même, chez lui, les pieds sur
ses chenets, les poésies qu'il vendait ensuite un bon prix à Penguern ; ces
derniers poèmes étaient ceux que Penguern trouvait les meilleurs. La Vil-
lemarqué, dans ses préfaces, prétend avoir essayé de la première méthode,
celle de Luzel, et il parle des difficultés qu'elle présentait pour lui ; il ne dit
rien de la principale de ces difficultés : c'était, de 1836 à 1839, son ignorance
du breton qu'il devait apprendre plus tard et que savaient fort bien Luzel
et P. Prou, l'abbé Henry et Kérambrun; mais en réalité, quand il n'a pas
copié les mss. de Penguern, il a procédé comme Penguern et il s'est pro-
curé, moyennant finance, des auxiliaires analogues à ceux que Penguern
avait trouvés aux mêmes conditions.
La vérité était trop éclatante pour qu'il lui fût possible de la taire. Voici
ce qu'il dit dans sa seconde édition, les soi-disant troisième et quatrième,
sous la date du 25 juin 1845 (avant-propos, p. xviii) :
« Tous les hommes qui s'occupent en Bretagne de recherches sur la poésie
« du pavs m'ont permis de compléter mes recherches au moyen des leurs.
« L'un des plus riches en chants populaires, M. de Penguern, en a mis à
« ma disposition plusieurs cahiers écrits par ses ordres 2. M. Prosper Proux,
« poète breton plein d'originalité, qui compose des chansons non moins
« dans le génie national que celles qu'il recueille, m'en a aussi procuré
« quelques-unes ; M. l'abbé Henr}', digne élève de M. Le Gonidec, m'a
« rendu le même service. »
Enfin, en 1836 et pendant les années immédiatement suivantes, fasciné
1 . Sur Kérambrun, voyez Gaidoz et Sébillot dans la Revue Celtique, t. V,
p. 309-311.
2. Remarquez la formule : ces cahiers n étaient pas de l'écriture de Pen-
guern.
Revue Celtique, XXI. 18
206 Périodiques.
par Soiivestre, La Villemarqué croyait sincèrement comme Souvestre
pouvoir faire remonter au delà du xiii^ siècle une partie des chansons po-
pulaires bretonnes. Tel était son état d'âme.
Ceux qui le jugent aujourd'hui n'ont pas lu Les deniiers Bretons d'Emile
Souvestre dans cette édition de 1856 qui se trouve encore salie et déchirée
dans les arrière-boutiques de quelques vieux cabinets de lecture, et qui a
enthousiasmé les Bretons à la date de sa publication. Souvestre, né à Mor-
laix en 1806, était pour eux: un compatriote qui à Paris avait réussi, une des
gloires de la Bretagne. En 1836, La Villemarqué, âgé de vingt et un ans,
fut entraîné par le mouvement universel autour de lui. Il ne savait pas le
breton, mais il était entouré d'hommes qui le savaient et qui cultivaient la
poésie néo-celtique. D'un d'eux il reçut et il envoya à Augustin Thierry,
dès 1857, la pièce qui dans le Bardas Brei\, 1839, ^- ^' P- ^°3 ' ^845, t. I,
p. 256; 1867, p. 141, porte le titre de « Retour d'Angleterre » et qui dès
1839 a été insérée dans la 5= édition de r« histoire de la conquête d'Angle-
terre ». Il était enthousiaste et naïf, mais il n'avait pas composé cette pièce :
il l'avait reçue d'un farceur qui se moquait de lui, il l'avait payée, mais il
n'avait rien vérifié, il n'aurait pu composer ni même traduire un texte breton.
Le Bar:^as Brei^ tout entier s'explique de même.
Macpherson en 1762 a publié les soi-disant traductions de textes dont il
prétendait connaître l'original, or l'original n'existait pas, et il le savait. Il
a fabriqué cet original plus tard ; il a eu la prudence de ne pas le pubher, il
aurait par là rendu sa supercherie trop claire ; c'est un malhonnête homme
qui a eu l'art de mourir avant qu'on pût établir catégoriquement son men-
songe par la publication de son original prétendu, mais aujourd'hui nous
avons le droit de dire la vérité.
De 1836 à 1839, ^^ P^^^ ^^'"'^ encore, le jeune La Villemarqué était igno-
rant, enthousiaste et dupe. Vingt et trente ans s'écoulèrent: il avait alors
appris et compris, mais combien il était douloureux d'avouer !
VIII.
Revue de Numismaticiue, 1899. Inventaire par M. J. Dechelette des
monnaies recueillies au Mont-Beuvray de 1867 à 1899. Ces monnaies sont
au nombre de plus d'un millier, la plupart soit gauloises, soit de la répu-
blique romaine. Les impériales très peu nombreuses descendent jusqu'à
Valentinien I^"".
1900. Mémoire de M. Babelon sur le faux prophète Alexandre d'Abono-
tichos en Asie Mineure. Cet imposteur, qui vivait au deuxième siècle de
notre ère, recevait des demandes de conseil formulées en celtique /.s-lxii-i,
comme dit Lucien'. Ces consultations émanaient-elles de Galates nés et
restés en Asie Mineure ou de Gaulois nés en Gaule et venus en Orient? La
seconde hypothèse est celle de M. G. Perrot, Revue Celtique, t. I, p. 188.
I. 'AÀ;?avopo; f] ■ic'joouavTi:, § 51 ; éd. Didot, p. 341.
Périodiques. 267
En effet, aux § 9, 18, 30, 44, Lucien appelle la Galatie FaÀaTia et non
K=).-:i-/.TÎ, nom réservé par lui à la Gaule, Apohgia, 15. Si, au § 27 de
ï Alexander , Lucien appelle KcXto; ce Spartianus qui périt dans une expé-
dition en Arménie, il veut probablement dire que ce personnage était ori-
ginaire de Gaule. Donc -/.zX-inz'. désigne la langue celtique parlée en Gaule;
si Lucien avait pensé à une langue celtique encore usitée de son temps en
Galatie il aurait dit ^aXaTtaT!.
Je ne me prononcerai pas sur la question de savoir s'il n'y a rien à ré-
pondre à ce raisonnement.
IX.
The American Journal of Philology, t. XX, p. 71.
\ M. Whitley Stokes, Lives of saints from the Book of Lismore, p. 324, pro-
pose de corriger ainsi qu'il suit une pièce latine en vers par laquelle on in-
voque saint Aed mac Bricc pour obtenir guérisondu mal de tête. C'est une
pièce de vers en cinq quatrains rimes découverte par Mone dans un ms. de
Reichenau.
I.
O rex, o rector regminis,
o cultor caeli carminis.
o persécuter murmoris,
o deus alti agminis !
2.
Aido maie Bricc benevola '
posco pura 2 precamina,
ut refrigeret ? flumina
mei capitis calida.
3-
Curet4 caput cum renibus
meis, atque cum talibus,
cum oculis et genibus,
cum auribus et naribus.
4.
Cum anculis et unguibus $
cum fistulis sonantibus,
cum lingua atque dentibus,
cura lacrimarum fontibus.
1. Mone : benibula.
2. Mone: puro.
3. Mone: réfrigérât.
4. Mone : curât.
5. Mone : cum inclitis euntibus.
268 Périodiques.
S.
Sanctus Aid altus adjuvat,
meum caput ut libérât,
ut hoc totum persévérât
sanum, atque vigilat.
Un détail curieux dans ce latin irlandais, ce sont les subjonctifs en -at :
adjuvat, libérât, persévérai, vigilat, quand les lois de la grammaire latine
exigeraient la finale -et; on doit reconnaître ici l'influence de l'irlandais
gaba, fogna, iiiôidea. Je considère comme vraisemblable dans les strophes 2
et 3 l'orthographe primitive irlandaise réfrigérât, curât, que M. \Vhitle5'
Stokes propose de remplacer par refrigeret, curet, conformément aux règles
de la grammaire latine.
M. Otto B. Schlutter, auteur de l'article de The American Journal of Phi-
lology, propose plusieurs corrections ; il y en a qui sont heureuses, ainsi
strophe 3 : caput cum crinibus ou crcnibus au lieu de rcnihus, « la tête avec
les cheveux » et non « avec les reins » et au vers suivant, au lieu de cum
talihis, il propose caucalibus, ablatif du bas latin caucalia, qui, expliqué dans
un glossaire par cuppas, serait employé dans le sens de tête, ou cervelle, par
la même métaphore que l'allemand kopf u tête « = cuppa.
Mais il y a une correction qui sera, je crois, difficilement admise. A la
strophe 2, Aiclo uiaic Bricc est un génitif, complément déterminatif de preca~
mina, lequel est le complément direct de posco ; les deux premiers vers si-
gnifient : « je demande les bienveillantes et pures prières d'Aldus, fils de
Brecc » ; M. Schlutter propose de lire :
Aido mie Bricc bénévole
posco puro precamine.
J'ignore comment il fait le mot à mot de ces deux vers; d'autre part sa
leçon fait disparaître la rime avec les deux vers suivants et par conséquent
elle viole une règle suivie dans les quatre autres strophes dans chacune des-
quelles les quatre vers riment.
H. d'Arbois de Jubainville.
Le Propriétaire-Gérant: Veuve E. Bouillon,
Chartres. — Imprimerie Durand, rue Fulbert.
LES
SURVIVANCES DU TOTÉMISME
CHEZ LES ANCIENS CELTES
(Planche I.)
Jules César, décrivant les mœurs des Bretons, note ainsi
l'une de leurs coutumes particulières ^ : « Leporem et gaJlinam
et anserem guslare fas non piitant ; haec tamen alunt animi volup-
tatisque causa. » Ainsi les Bretons considéraient comme in-
terdit par la religion (nefas) de manger du lièvre, de la poule
et de l'oie ; néanmoins, ils élevaient ces animaux parce qu'ils
y trouvaient plaisir. C'est ainsi, en effet, qu'il convient de
traduire animi voJitpîatisqiie causa. L'expression animi causa si-
gnifiant « pour le plaisir » se retrouve au livre VII des Com-
mentaires-; Critognat demande aux Gaulois s'ils pensent que
les Romains travaillent à de nouveaux retranchements « pour
le plaisir » : Romanos in illis uJterioribus munitionihus animine
causa cotidie excrceri putatis ? Le mot voluplatis, dans la phrase
relative aux Bretons, ne fait que préciser la signification
à'animi causa.
Cette courte phrase de César est le seul témoignage clas-
sique que nous possédions au sujet des interdictions alimen-
taires chez les Celtes. Elle mérite donc d'être pesée avec soin.
I. César, De Beïï. GalL, V, 12.
2 Ibhl., VII, 77.
Revue Cettiijuej XXI. 19
270 Sdlomon Rrinach.
Remarquons d'abord qu'elle ne comprend pas moins de trois
éléments complexes, qu'il importe de distinguer et d'analyser :
1° César atteste une interdiction d'ordre religieux, comme
l'indique clairement le mot fus. Cette interdiction consiste en
ce que les Bretons s'abstiennent de manger (f^ustare) le lièvre,
la poule et l'oie. Mais une interdiction alimentaire n'est pas un
fait primitif; c'est la conséquence d'un fait plus général,
l'interdiction de tuer. Comme César ne sait pas cela ou n'en
a cure, sa phrase trahit un mouvement de surprise qui est im-
pliqué par le mot tamen et la tentative d'explication qui suit.
2° Si les Bretons, s'est dit César, ne veulent pas manger de
ces animaux, c'est qu'ils les considèrent comme impurs ; alors
pourquoi en voit-on parmi eux ? — Nous ne prêtons pas gra-
tuitement à César un pareil raisonnement, car nous avons la
preuve qu'on l'a tenu dans l'antiquité à propos des Juifs et
de leur abstinence de la viande de porc. La cinquième des
Questions conviviales à.Q Plutarque roule sur ce sujets Un des
interlocuteurs du dialogue, CaUistrate, se demande si les Juifs
s'abstiennent du porc parce qu'ils ont horreur de cet animal
ou, au contraire, parce qu'ils le respectent. « Pour moi,
ajoute-t-il, je crois que cet animal est en quelque honneur au-
près d'eux... Si les Juifs avaient le porc en abomination, ils le
tueraient, de même que les mages tuent les rats (aquatiques);
or, nous voyons, au contraire, qu'ils considèrent comme aussi
défendu de le tuer que de le manger. » Plutarque exprime
bien rarement des idées qui lui soient personnelles ; ici, sans
doute, il reproduit un argument courant parmi les écrivains
grecs qui avaient constaté l'éloignement des Juifs pour la
chair de porc. Si cet animal est impur, pourquoi n'en exter-
minent-ils pas l'espèce ? Serait-ce qu'ils l'ont en vénération
secrète, alors qu'ils paraissent l'avoir en horreur ? César a
éprouvé le même étonnement en constatant, chez les Bretons,
l'existence de lièvres, de poules et d'oies domestiques que l'on
s'abstenait cependant de manger 2. Seulement, il propose une
1. Plutarque, Oiuest. Conviv., IV, 5-6 (= Th. Reinach, Textes grecs et
latins relatifs au judaïsme, p. 137- 141).
2. Le lièvre peut être domestiqué (cf. Brchm, L'hoiiDiic et les atiiiiiatix,
Les surrivdnces du Totémisme. 271
explication différente et bien moins profonde de ce qui lui a
paru d'abord, comme aux Grecs, une inconséquence des
mœurs barbares.
3° Ces peuples, dit César, élèvent cependant des lièvres, des
poules et des oies, parce que cela leur fait plaisir. Cette solu-
tion de la difficulté se présentait assez naturellement à l'esprit
positif d'un riche Romain qui avait vu, dans les parcs de ses
amis patriciens de Rome, élever et entretenir des animaux de
luxe qui n'étaient pas destinés à la nourriture, aniiiii volupta-
tisque causa. Elle marque aussi le peu de clairvoyance de César
à l'endroit des usages d'ordre religieux ; l'auteur grec suivi par
Plutarque a fait preuve d'une tout autre pénétration lorsqu'il
a conclu de l'abstinence au culte. Mais les modernes n'ont pas
le droit d'être sévères pour César, puisqu'ils ont continué à
se payer, jusqu'à nos jours, de raisons aussi mauvaises en
présence de phénomènes religieux identiques. Ce qui fait l'ab-
surdité de l'explication tentée par César, c'est qu'elle prête à
des hommes encore à demi-barbares les goûts des grands sei-
gneurs romains qui nourrissent des animaux « pour le
plaisir » ; elle est donc viciée par une sorte de paralogisme
très commun, consistant à interpréter ce qui paraît singulier
chez d'autres peuples par des motifs qui justifieraient une ma-
nière d'agir analogue chez les compatriotes de l'écrivain. Mais
n'est-ce pas exactement la même erreur où sont tombés les
modernes lorsqu'ils ont prétendu que les interdictions alimen-
taires de la loi mosaïque s'inspiraient de considérations d'hy-
giène ? Peu leur importe que l'hygiène soit une science toute
récente, que la Bible ne parle jamais d'une maladie indivi-
duelle ou d'une épidémie comme de la conséquence d'une in-
terdiction alimentaire violée, qu'au contraire elle motive sou-
vent les maladies et les épidémies par des causes purement
morales ou rehgieuses ', qu'au colloque tenu à Jérusalem en 5 1 ,
trad. franc., t. II, p. 226); il n'y a donc pas lieu de supposer qu'il s'agisse
ici du lepus cunkithis ou lapin espagnol.
I . « The laiv of Jeprosy is nol to bc explaincd front thc risk of contagion ;
ordinary sickness and cven pestilence does not occasion uncleanness ; thc haper is
uiiclean becausc he is smitlen of God, jiisl as the niadman in Mosleni countries
is holy and cpilepsy ivas /k'îïoà vo'ao; in Greece. » (Simcox, art. Clean and
I
272 Sdlomon Reinacli.
où saint Paul s'éleva contre les interdictions alimentaires, pas
un des docteurs présents ne lui ait objecté l'intérêt hygiénique,
qu'enfin les interdictions alimentaires les plus strictes et les
plus nombreuses se rencontrent chez les peuples les moins
civilisés, et non chez les autres. Ils n'en assurent pas moins
que Moïse était un hygiéniste, parce qu'ils savent que lorsque
les hommes de leur temps conseillent de s'abstenir d'une nour-
riture, c'est qu'ils la considèrent comme malsaine. Ils font
donc tenir à Moïse les mêmes raisonnements qu'à leurs sages
contemporains, de même que César faisait raisonner les Bre-
tons comme ses riches compatriotes. De ces deux paralo-
gismes, ce n'est peut-être pas celui de César qui est le plus
choquant.
Voici comment des orientalistes illustres, Renan et Haupt,
se sont exprimés, tout récemment encore, au sujet des inter-
dictions alimentaires des Hébreux :
Renan, Histoire du peuple d'Israël, t. I, p. 122-123 : « Les
civilisateurs cherchaient déjà [au temps d'Abraham !], par des
pratiques bien entendues, à étendre la culture, à restreindre la
barbarie. Il s'agissait de faire l'éducation du corps en même
temps que celle de Tâme. Une des causes de saleté physique et
morale était l'habitude de manger des charognes, des bêtes
malsaines. La distinction des animaux purs et impurs est très
ancienne, bien que la liste des animaux défendus n'ait été
dressée que bien plus tard et ait varié. Le porc, très sujet en
Orient à la trichinose, figure tout d'abord parmi les viandes
les plus mal notées. »
Ibid., t. IV, p. 55 : « L'hygiène et la propreté furent, à bon
droit, une des principales préoccupations des anciens légis-
lateurs. L'interdiction de certaines nourritures sales ou mal-
saines faisait essentiellement partie des vieux Codes. Le porc,
presque toujours véhicule de maladies en Orient, méritait les
mesures radicales dont il fut l'objet... Les idées de pureté ou
d'impureté furent, à l'origine, l'équivalent des idées de propre
et de malpropre ; elles répondirent à des raffinements, à des
Uncleaii, dans YEncychpaedia Biblica, Londres, 1899.) Voir aussi les sages
observations àQyiuvùi, Pakstiiic, p. 163.
Les siurirancis du Toînnismc. 27^
dégoûts dont il nous est souvent difficile de nous rendre
compte. Presque toutes les religions de l'Orient exagérèrent ces
distinctions et en firent de lourdes entraves, etc. »
Paul Haupt, The sanitary basis of ihc Mosaic rilital, dans le
Bulletin n° XIII du XII^ Congrès des Orientalistes (1899), p. 7 :
« Les rites religieux des Israélites ne tirent pas leur origine de
l'bgypte, mais bien de la Babylonie. Ils ont pour base des
points de vue sanitaires, auxquels on a attribué une signifi-
cation religieuse, afin de foire pénétrer dans la grande masse
de la population ces régies hygiéniques. Les prêtres des Israé-
lites n'étaient pas seulement des gardiens du temple et des in-
terprètes des oracles de Dieu, mais aussi des commissaires de
la santé publique. »
Citons enfin le témoignage d'un médecin éminent, feu
Guéneau de Mussy ^ : « Moïse ne s'est pas contenté de jeter les
bases de l'hygiène sociale ; il est entré dans des détails plus
intimes qui nous font admirer la sagacité de ses observations
et la sagesse de ses préceptes. Pour l'alimentation, il indique
avec soin les animaux dont il sera permis de faire usage. Cette
idée des maladies parasitaires et infectieuses qui a conquis une
si grande place dans la pathologie moderne, paraît l'avoir vi-
vement préoccupé ; on peut dire qu'elle domine toutes ses
prescriptions hygiéniques. Il exclut du régime hébraïque les
animaux qui sont particulièrement envahis par les parasites, et
spécialement le porc. Le lièvre et le lapin seraient passibles
du même reproche, d'après le D' Leven; ilssontinterdits, etc. »
Ainsi, rationalistes et orthodoxes se trouvent d'accord pour
faire de Moïse un précurseur de Pasteur ; mais, par là, ils
épousent une des pires erreurs du xvni^ siècle, consistant à se
figurer les législateurs religieux, qu'ils s'appellent Moïse, Zo-
roastre ou Pythagore, comme des espèces de fourbes bienfai-
sants, trompant le vulgaire — ce que Voltaire appelait « la ca-
naille » — pour lui assurer la santé et le bonheur. En un
mot, ils attribuent à ces hommes du passé le plus lointain l'état
d'esprit qu'ils suspectent en eux-mêmes ; ils les retirent du
milieu historique qui les a produits pour les déguiser en ency-
I. Ditiioiiiniirc de la Bible, t. I, p. 618.
274 Sdlonwn Reinach.
clopédistes, en libres penseurs épris du bien public et ne dé-
daignant pas de faire appel à la superstition pour l'assurer.
Cette manière de voir n'est pas seulement injurieuse pour ceux
que l'on accuse ainsi d'imposture, elle est un scandale pour
le sens historique et conduit, sous couleur de vraisemblance,
à ériger en système d'exégèse les plus invraisemblables ana-
chronismes.
Les érudits anglais contemporains, comme Frazer et Ro-
bertson Smith, qui travaillèrent à bannir ces erreurs de la
science, eurent, comme nous l'avons vu, des précurseurs parmi
les Grecs, qui ont su chercher à des faits religieux les seules
explications qui leur conviennent, à savoir des explications re-
ligieuses. En revanche, les théories des hygiénistes, quoique
pressenties aussi par les Grecs ^, n'ont guère prévalu que depuis
le xviii^ siècle ; ainsi les rabbins du moyen âge motivaient les
interdictions alimentaires non par de prétendues considé-
rations d'hygiène, mais par l'idée qu'en mangeant un animal
impur, tourmenté de passions mauvaises, on risquait de s'as-
similer son impureté ou ses passions-. Quelque absurde que
soit cette explication ?, elle a du moins l'avantage de rendre
compte d'une superstition primitive en alléguant une idée de
primitifs qui est encore, d'ailleurs, assez répandue. Ainsi un
vovageur anglais a rapporté que chez une tribu sauvage du
1 . Voir, dans le passage cité de Plutarque, le discours de Lamprias(Th.
Reinach, op. laitd., p. 140). Même opinion (que les Juifs s'abstiennent du
porc parce qu'il donne la lèpre) dans Tacite, Hist., V, 4 (Th. Reinach,
p. 505). • . .,
2. Quelques théologiens juifs ont cependant émis à ce sujet des idées
raisonnables. Ainsi Saadia pense que le but de la Loi est de détourner les
hommes du culte des animaux, c car l'homme n'adorera ni ce qu'il mange,
ni ce qu'il rejette comme impur » (cité par Katzenelson, Dk riluellen Reiii-
heitsgesetie, dans la Monalsschift fiir Geschichte imd Wissenschajt des Judeii-
thtims, janv.-mai 1899.)
3 . Si l'on admettait, en effet, que le principe du tabou alimentaire est la
crainte de s'assimiler un défaut (malpropreté, lubricité, timidité, etc.), il
faudrait croire, en même temps, que les primitifs ont volontiers fliit leur
nourriture des animaux les plus forts et les plus courageux, pachydermes,
félins, oiseaux de proie. Or, ce sont précisément ces animaux qui sont le
plus généralement tabous. — J'ajoute cette note parce que, contrairement
à mon attente, la théorie qu'elle écarte a trouvé un partisan au cours d'une
discussion provoquée par le présent mémoire.
L<s snn'ivdnccs du Tutcmisnic. 275
nord de l'Inde, les hommes mangent du tigre alors que leurs
femmes s'en abstiennent, parce que, prétendent-ils, la chair
de tigre leur donne du courage, alors qu'elle rendrait leurs
femmes querelleuses. Le véritable motif est naturellement tout
autre et, soit dit en passant, ne pouvait être allégué par ces
sauvages, pas plus que la vraie raison de l'abstinence des Bre-
tons n'aurait pu être donnée par eux à César; c'est, en effet,
une loi générale que les hommes sont incapables d'expliquer
les vieilles coutumes auxquelles ils obéissent, parce que les
coutumes demeurent figées alors que les idées religieuses et
sociales se transforment incessamment, là même où elles ne
tendent pas à s'améliorer. A l'origine de la coutume constatée
dans le nord de l'Inde, il 3' a ce qu'on appelle depuis Frazer un
tabou sexuel. Une certaine classe d'hommes, qui avait pour
totem le tigre, mangeait périodiquement et rituellement un
animal de cette espèce, pour renouveler, par une sorte de com-
munion primitive, sa force divine, sa provision de sainteté;
avec le temps, ces fêtes religieuses se sont multipliées et les
hommes du clan ont mangé du tigre toutes les fois qu'ils l'ont
pu. Mais ces hommes étaient exogames, c'est-à-dire qu'ils
épousaient des femmes appartenant à un autre clan, n'ayant
pas le même totem, à qui la participation au festin rituel était
interdite. Cette prohibition a survécu longtemps après que l'on
en eut oublié la cause ; tout ce que savent encore ces sau-
vages, c'est que les hommes peuvent manger du tigre, que les
femmes n'en doivent pas manger, et ils ont inventé une raison
spécieuse pour justifier cette différence à leurs propres yeux.
Pour en revenir aux Bretons de César, ce que nous con-
naissons aujourd'hui touchant le totémisme et les tabous ali-
mentaires qui en dérivent nous permet d'affirmer que, chez
certaines tribus tout au moins de la Bretagne, le lièvre, l'oie
et la poule étaient des animaux sacrés, c'est-à-dire des totems ^
I . Je rappelle que l'existence du totémisme chez les Iroquois a été re-
connue dès 1724 par le P. Lafitau, qui proposa le premier d'expliquer par ce
phénomène un fait de mythologie grecque. Il émit l'idée que la Chimère,
à la fois lion, chèvre et serpent, pouvait représenter une ligue de trois tribus
totémiques, exactement comme le loup, l'ours et le pigeon représentent la
ligne iroquoise. Dès 1570, Garcilasso délia Vega, sans connaître le mot,
276 Sdlomon Rcinacli.
On commet souvent, en parlant de totems, une erreur
contre laquelle il importe de se mettre en garde, d'autant plus
que Lubbock, Herbert Spencer et Frazer lui-même n'y ont pas
toujours échappé. On s'imagine que l'animal totem est l'an-
cêtre mythique de ceux qui lui rendent un certain culte et
l'on suppose que le clan totémique obéit au même sentiment
qui inspirait aux Eumolpides, par exemple, le culte de leur
ancêtre Eumolpos. Or, cette erreur a précisément pour cause-
la méconnaissance de la loi énoncée plus haut, à savoir que
l'explication d'une coutume, recueillie de la bouche des pri-
mitifs, ne doit jamais être tenue pour exacte. Les premiers
Européens qui ont constaté des faits de totémisme parmi les
Indiens de l'Amérique du Nord, ont généralement reçu d'eux
cette réponse : « Nous avons pour totem l'ours, ou le buffle,
ou le serpent, parce que nous sommes des ours, des buffles ou
des serpents, parce que nous descendons d'un de ces animaux
et que nous en avons conservé le souvenir. » Cette explication
est purement anthropomorphique : le sauvage, ne comprenant
plus le lien mystique et traditionnel qui l'unit à l'animal, assi-
mile ce lien au sentiment naturel de respect ou d'affection
qu'il éprouve pour son père et son grand-pére. En cela, le sau-
vage est très excusable; mais le civilisé l'est moins quand il
admet, les yeux fermés, une explication de sauvage. Tout ce
qu'on peut dire, parce qu'on en a de nombreuses preuves,
c'est que les membres des clans totémiques croient d'ordinaire
descendre du totem; mais loin que cette opinion rende compte
du totémisme originel, il est, a priori, impossible qu'elle en
avait signalé la chose chez les Péruviens; ils croient, dit-il, descendre de
sources, de rivières, de lacs, de la mer et surtout d'animaux et d'oiseaux de
proie (Lang, Myth and Ritiial, 2^ éd., p. 75, 77). Lang a aussi cité un té-
moignage du missionnaire jésuite Le Jeune, remontant à 1636: « Les sau-
vages se persuadent que non seulement les hommes et les autres animaux,
mais aussi que toutes les autres choses sont animées... Ils tiennent les pois-
sons raisonnables, comme aussi les cerfs. » C'est l'animisme, principe et
substialtim du totémisme, qui paraît n'avoir pas été moins universel que lui.
« Toleinism beiug fourni so widely distrihuted [Aiistralia, Africa, America, the
Oceaiiic Islands, Itidin, Xorth Asia] is a proof of the existence of that savagc
mental condition in rchich no Une is draivu between men and other Ihings in the
icorld. Tln's confusion is om of the characteristics of mylhs in ail races (Lang,
op. laiid., t. l. p. viJi).
Les siiri'iydiiccs du Tolcmisinc. 277
puisse donner la vraie raison. D'antre part, certains primitifs
considèrent les animaux totem, ou, pour mieux dire, les ani-
maux du clan totcmique, comme leurs frères et non comme
leurs cousins ; preuve que l'idée anthropomorphique de la
filiation est loin d'être précise à leurs yeux. Enfin, il existe
toute une série de traditions totémiques où l'animal totem
n'est nullement un ancêtre, mais un bienfaiteur ou, au con-
traire, un protégé du clan. Un des personnages du dialogue de
Plutarque dit que les Juifs vénèrent le porc parce qu'il leur a
appris à cultiver la terre, en la fouillant avec son groin, et
Tacite, traduisant quelque Grec d'Alexandrie, prétend que les
mêmes Juifs vénèrent l'âne, parce que des ânes firent décou-
vrir une source à Moïse. Une tribu indienne, qui a pour
totem l'écrevisse, rapporte que ses ancêtres ont domestiqué
des écrevisses et les ont graduellement transformées en
hommes. Ainsi l'on ne peut même pas alléguer que l'idée de
la filiation soit inséparable des coutumes totémiques et nous
avons toute liberté d'en chercher une explication ailleurs.
Sans vouloir donner ici les raisons qui me font repousser
les hypothèses émises, à ce sujet, par Lubbock, Herbert
Spencer, Grant Allen et d'autres, je dirai que le totémisme ne
me paraît pas autre chose qu'une hypertrophie de l'instinct
sociale L'homme primitif, parce qu'il est social, ;^w5v t.z\:-
T'.y.iv, constitue des clans; parce qu'il est social, il cherche à
établir des liens entre son clan et le clan d'hommes voisins ;
parce qu'il est social jusqu'à l'excès, jusqu'à l'aberration, il
noue des pactes avec tel clan d'animaux ou même, plus rare-
ment, avec tel clan de végétaux, qui ne lui semblent pas séparés
du sien par l'abîme que la science seule nous a révélé. Cette
I. M. Goblet d'Alviella (Revue de l'Uiiiv. de Bruxelles, 1*898, p. 503) a
cité fort à propos le passage suivant d'un ethnographe américain, M. P'raniv
Cushing : « [Les Peau.\ Rouges dits Zunis) admettent que le soleil, la lune,
les étoiles, le ciel, la terre et la mer, tous les phénomènes et tous les élé-
ments rentrent dans un même svstème de vie connexe et consciente. Le
point de départ est l'homme, qui passe pour le plus bas des organismes,
parce qu'il est le plus dépendant et le moins mystérieux. En conséquence,
les animaux sont réputés plus puissants que l'homme, les éléments et les
phénomènes plus puissants que les animaux. » {Vubliailious of the Bureau oj
Ethiiology, Washington, 1885, t. II, p. 9).
278 Salomon Reinach.
hypertrophie de l'instinct social a subsisté à travers les siècles,
mais, comme tous les sentiments de l'homme, en se trans-
formant: elle est devenue la charité et l'amour. Nous aussi, ou
du moins les plus sensibles d'entre nous, nous sommes d'accord
avec certains Peaux-Rouges pour traiter les animaux de « frères
mineurs » et l'on se souvient que saint François d'Assise
appelait les hirondelles ses sœurs, sororcs meac hirundines...
La poésie, écho ou survivance des sentiments primitifs de
l'homme, a bien des fois exprimé l'ardeur de la sympathie hu-
maine pour la fleur fauchée par la charrue, piirpureiis flos suc-
cisus aratro, le pavot abattu par l'ouragan ou le chêne « en
proie à la cognée ». Ce serait mal connaître le fond permanent
du genre homo que de voir seulement de la « littérature » là
où il y a surtout de la très vieille religion.
L'antiquité classique nous offre un exemple remarquable à
l'appui de ce que je viens de dire. On sait que la fève était
tabou pour les Pythagoriciens et les Orphiques, que c'était un
crime inexpiable d'en manger. Les anciens ne comprenaient
pas cette interdiction et ont allégué, pour l'expliquer, des rai-
sons extravagantes, d'autant plus extravagantes qu'elles étaient
plus hygiéniques et utilitaires. Ainsi l'un d'eux nous dit que
les fèves servaient à voter et que Pythagore a voulu éloigner
ses adeptes des luttes politiques ; un autre assure que la lève
provoque des flatuosités et qu'elle doit être, pour cela, bannie
du menu des sages, dont elle pourrait gêner les méditations.
Les modernes n'ont pas dédaigné des hypothèses du même
ordre. Un de nos savants contemporains, et non des moindres,
a ajouté les lignes que voici à l'article Faba du Dictionnaire des
Antiquités, qui avait été préparé par feu Lenormant : « Il y a
sans doute, au fond de toutes ces légendes, une simple pres-
cription hygiénique, comme l'abstinence de la chair du porc
chez les Hébreux, prescription sur laquelle la superstition an-
tique avait brodé des thèmes très variés ^ » Cette erreur est
I . Dans son récent ouvrage, Anlike Gcmmen (t. III, p. 263), M. Furt-
waengler, venant à parler du Pythagorisnie, qu'il croit d'origine indoue (!),
estimeque la défense de manger'des fèves a pour cause « la crainte de troubler
les sacrifices par des flatuosités. » De pareilles aberrations attestent la nécessité
d'introduire la paléontologie sociale dans le cycle des études philologiques.
Les survivances du Totémisme. 279
instructive, parce qu'elle est le type de beaucoup d'autres, ca-
ractérisées non seulement par l'anachronisme dont il a déjà
été question, mais par TJ^-rspiv -pi-tpo'i qui consiste à voir dans
la superstition une corruption de la science, alors que la
science est la descendante lointaine, on pourrait dire la fille
posthume de la superstition, si la superstition pouvait mourir.
Le bon Larcher, dans son commentaire d'Hérodote, a naïve-
ment exprimé cette idée bizarre de l'antériorité de la science,
qui a dominé au xviir" siècle et dont nous avons montré l'in-
fluence jusque chez Renan. Il s'agit des Egyptiens, qui ne
mangeaient pas de vache (Hérod., II, 41), parce que, suivant
saint Jérôme, ils voulaient que l'espèce se conservcât. « Ce rè-
glement, observe Larcher, qui, dans son principe, était très
sage, dégénéra peu à peu en superstition... Ce qui s'était pra-
tiqué dans le commencement pour un motif d'utilité, le fut de-
puis par superstition. » Est-il nécessaire de montrer encore
que toutes les explications de cette espèce vont droit au rebours
de l'histoire et du bon sens ?^
Un des biographes de Pythagore rapporte que lors du sou-
lèvement de Crotone, comme le législateur fuyait devant les
insurgés en armes, il rencontra un champ de fèves et que,
n'osant s'y aventurer, de peur d'écraser ces plantes saintes, il
fit un détour qui permit aux sicaires de le rejoindre-. Cette
anecdote est fort intéressante. Elle nous montre d'abord qu'on
cultivait des fèves en pays pythagoricien, tout comme on éle-
vait des lièvres et des oies en Bretagne, bien qu'on n'en man-
geât point; c'est donc que cette plante n'était pas considérée
comme impure ni comme malsaine, mais comme sacrée. Or,
c'est précisément parce que des plantes, parce que des animaux
1 . Sunmer Maine (Ancient Law, p. 15) n'est pas moins loin de la vérité
quand il déclare que les usages des sociétés primitives sont fondées sur leur
utilité physique et morale (!). « Mais, continue-t-il, la grande masse du
peuple, en acceptant ces usages, n'en comprend pas la portée et leur attribue
des motifs surnaturels. Alors commence \<i processus que l'on peut caractériser
ainsi : des usages raisonnables donnent lieu à des usages déraisonnables...
Des mesures raisonnables, imaginées par le goût de la propreté, donnent
lieu, avec le temps, à des cérémonies compliquées de lustrations solen-
nelles. )) Impossible de déraisonner plus lourdement.
2, Diogène Laérce, VIII. 59; cf. Cluiignet, /'W/;(/^'^c»v, t. I, p. 90.
28o Sdlomon Reinjch.
ont été regardés à certaines époques comme sacrés, que
l'homme primitif a refréné ses appétits gloutons, qu'il a cul-
tivé les unes et laissé croître et multiplier les autres : le culte a
précédé la culture, il l'a motivée, et c'est par une singulière
inversion des vraisemblances qu'on foit dériver les religions
agraires ou thériomorphiques de l'introduction des céréales ou
de celles des animaux domestiques. M. Frazer, en quelques
lignes pleines de pensée, a, de nos jours, indiqué cette solu-
tion, la seule acceptable, du problème que soulèvent l'origine
des plantes cultivées et la domestication des animaux ^ Ici en-
core, l'antériorité chronologique de la religion sur la science
est évidente, comme elle devait l'être a priori. En second lieu,
nous voyons par le récit de la mort de Pythagore que la dé-
fense de manger des fèves n'était que secondaire : le tabou pri-
mitif interdisait de les tuer. Elles étaient donc considérées
non seulement comme vivantes, mais comme animées de la
même vie que les hommes, comme affiliées ou apparentées
aux tribus primitives chez qui le meurtre d'un parent, d'un
membre du clan était seul considéré comme un crime. C'est
parmi elles que prit naissance l'interdiction alimentaire dont
l'orphisme et le pythagorisme se sont fait l'écho. Le tabou de
la fève se retrouve en Egvpte, où les anciens ont supposé à
tort que Pvthagore avait appris à le connaître '. Mais d'autres
indices nous persuadent qu'il a été très général en Italie à une
époque bien antérieure au pythagorisme. A Rome, le flanu'ii
diaJis ne devait ni manger, ni même nommer une tève ' ; ce
sont là, chez les primitifs, les tabous les plus fréquents du
culte totémique. Un autre caractère consiste en ce que le clan
totémique prend le nom de son totem et le communique à ses
membres : l'Indien Serpent appartient au clan du Serpent, qui
a le serpent pour totem. Or, parmi les vieux clans romains,
qui sont les goiles de l'histoire, il y a des Fahii (clan de la
I. Fiazer, Le lotàiiisuie, trad. franc., p. 13). Cf. F.-B. Jevons, Iiitro-
diiclion to the history of religion, p. 113 etsuiv., qui a le premier développé
la théorie de M. Frazer.
2 Cf. l'art. Faba du Dict. des Antiquités, par F. Lenorniant.
3. Gell., X, 15, 12; Pline, Hist. nat., XVIII, 119; cf. Frazer, Golden
Bout;!.', t. I, p. 1 18.
Les siirrii\u!ccs du Totniiisme. 281
fève). On constate aussi des clans totémiques parmi les yàv^
d'Athènes, témoin les ^Pr,'(7.'.tX: (clan du chêne), desquels je
crois qu'il finit rapprocher les Dniidae celtiques. Mais tenons-
nous-en aux Fabii' et remarquons encore que, dans les clans
totémiques, prévaut souvent l'idée que les morts du clan hu-
main entrent dans les corps du clan animal ou renaissent sous
cette forme-. On comprend dès lors le vers orphique, qui assi-
mile l'acte de manger (c'est-à-dire de tuer) une fève à celui de
manger la tête d'un de ses parents' ; on comprend aussi le
vieux rituel des Lemuralia, au cours duquel le père de flimille
romain, jetant des fèves noires derrière lui en pâture aux
Ombres, croyait ainsi se racheter et racheter les siens :
His, iiiqiiit, rediino mequc lueosquc falns 4.
Ce vieux Romain ofiVait des fèves comme Numa avait offert
des oignons, à la place de victimes humaines 5, et cette substi-
tution nous éclaire sur le caractère primitif du rite. A l'époque
où il prit naissance, on ne disait pas seulement, comme dans
la Rome classique : homo rcs sacra homini, mais faha, caepe, rcs
sacra homini.
Nous sommes de nouveau bien loin des Bretons de César ;
I Pour bon nombre de cognouiiiia romains, tels que Lcntulus (lentille),
Caepio (oignon), Aiiser (oie), Galhis (coq), etc., il y aurait lieu de se de-
mander si ce sont bien, à l'origine, des coguomina, et s'il ne fimt pas v voir
plutôt des subdivisions de geiites primitives — auquel cas le témoignage de
ces noms appuierait l'hvpothèse qu'on a fondée sur celui des Fahii.
2. M. Tylor a pensé que cette idée de la métempsvcose ou de la trans-
migration, si répandue chez les primitifs, était à l'origine du totémisme; je
crois, pour ma part, qu'elle n'en est qu'une conséquence, car l'idée que les
morts d'un clan deviennent les membres d'un clan animal ou végétal pré-
suppose celle d'une certaine fraternité entre le clan humain et l'espèce
dont il s'agit. Diogène Laérce dit très bien que l'interdiction de toute nour-
riture animale chez les Pvthagoriciens est fondée sur l'opinion qu'ils sou-
tiennent de l'identité de nature entre l'homme et les bêtes, xo;vov oixatov
f,aîv £/fJvT'i)v 'i'j/r,:. Même dans la littérature grecque classique, il y a des
traces d'une vieille croyance à l'intimité entre les hommes et les bêtes
(Iliade, XIX, 404), idée que la fable animale a perpétuée dans la littérature.
3. ~Ic70v TOL x'jajjioj: xs çaycTv X£çaXâ; Tc TO/.rJojv. — ActXoi -avosiXot,
-/.uâijLtov 0L7ZO "/ôtpaç k'/caO:. Ct. Abel, Orphica, p. 259.
4. Cf. Ovide, Fastes, V, 419 et suiv.
5 . La sainteté de l'oignon paraît avec évidence dans cette histoire ra-
contée par Ovide, où Numa trompe Jupiter en lui offrant des têtes d'oignon
à la place de têtes d'hommes {Fast>!s, III, 340).
282 Salonwn Reinach.
il fiiut cependant, avant de prendre congé d'eux, examiner de
plus près les trois tabous d'origine totémique dont le conqué-
rant romain nous a conservé le souvenir.
Un folkloriste anglais a récemment montré que, dans la re-
ligion populaire du pays de Galles, le lièvre, la poule et l'oie
jouent encore un certain rôle, de même, d'ailleurs, qu'une
vingtaine d'autres animaux ^ Ce sont autant de survivances
lointaines de ce totémisme dont l'origine, à l'époque de César,
se perdait déjà dans l'obscurité des temps, puisqu'il a dû logi-
quement précéder la domestication des animaux. A Pennant
Melangell, on s'abstient de tuer les lièvres ; à Llanfechain, on
les chasse une fois par an. Une fois par an aussi, dans plusieurs
localités, il y a des foires où l'on vend des oies et où l'on en
mange avec quelque solennité. Ailleurs, le coq tué le mardi-
gras est mangé en grande cérémonie. La périodicité du festin
rituel, dont un certain animal fiiit les frais, est une des survi-
vances les plus ordinaires du totémisme. Il y a même des clans
totémiques qui mangent habituellement leur totem, mais qui,
une fois par an, le mangent avec plus de cérémonie, comme
pour s'imprégner de sa sainteté et lui rendre hommage-.
L'auteur de l'article que nous venons de citer écrit (p. 3 18) :
« Boadicée, selon Jules César, portait avec elle un lièvre qui
devait lui porter bonheur quand elle allait combattre les Ro-
mains ». Jules César n'a point parlé de Boadicée (de son vrai
nom Boudicca), et pour cause; le texte visé est dans Dion
Cassius et prête du reste à quelque ambiguïté 3. Boadicée vient
de terminer un discours à ses guerriers en traitant les Romains
de lièvres et de renards qui prétendent commander à des
chiens et à des loups. « Ayant dit cela, elle lâcha un lièvre de
son sein, usant d'une sorte de divination, et la course de l'animal
ayant donné un présage heureux, la multitude poussa des
cris de joie. » Or, d'abord, il est évident que Dion Cassius
ne parle pas en témoin oculaire ; les discours qu'il prête à
1. M. W. Thomas, dans la Revue de l'Histoire des Religions, 1898,
P- 295-347-
2. Ibid., p. 302.
3. Dion Cassius, LXII, 6 (éd. Gros et Boisséc).
Les sinriraiiccs du Totémisme. 28^
Boadicée, où il est question de Nitocris et de Sémiramis, n'ont
manifestement pas été tenus. Il ne faut donc attacher aucune
importance à la comparaison des Romains avec des lièvres,
qui marque la fin d'un de ces discours de sophiste. Tout ce
qu'on peut retenir, c'est que Boadicée avait un lièvre familier et
qu'elle s'en servit, dans une circonstance solennelle, pour in-
terroger l'avenir. Or, le lièvre familier de la princesse bretonne
est bien un de ces animaux sacrés que les Bretons, du temps
de César, élevaient sans en faire leur nourriture, — de sorte
que le texte de Dion Cassius est d'accord avec celui de César
— et la circonstance qu'on l'emploie à la divination en con-
firme le caractère totémique. Robertson Smith a montré, en
effet, que les animaux d'augure avaient été, à l'origine, des
animaux sacrés. Chez les peuples bien doués et qui marchent
vers la vraie civilisation, la phase proprement totémique est
nécessairement très courte, car si le totémisme provoque la
domestication des animaux, cette domestication, à son tour,
la fait disparaître, en rendant de plus en plus facile et général
l'usage de leur viande. Dans les pays où le totémisme s'est
conservé jusqu'à nos jours, il n'y a pas ou presque pas d'ani-
maux domestiques, parce que les animaux indigènes ne se prê-
taient pas à la domestication; en revanche, là où il y a des
animaux domestiques, on ne trouve plus que des survivances
du totémisme. L'une de ces survivances consiste précisément
en ceci, que l'animal considéré autrefois comme l'ami et le pro-
tecteur du clan continue à lui témoigner sa bienveillance en lui
révélant les secrets de l'avenir.
C'est ce qui peut être constaté clairement dans le cas de la
poule, cet autre totem des Bretons au temps de César. Animal
domestique depuis une haute antiquité, la poule a dû être
totem dans bien des pays, sans quoi on ne l'eût pas domes-
tiquée ; à Rome, le souvenir de cette sainteté primitive sur-
vécut dans l'usage augurai des poulets sacrés. Lorsque le consul
Appius Claudius Pulcher, avant la bataille de Drepanum,
ordonna de jeter à l'eau les poulets qui refusaient de manger^,
il aggrava son incrédulité d'un sacrilège : les poulets sacrés
I. Tit. Liv., Perioch. Jibri xix.
284 Sdlomon Reinach.
étaient totem, non moins que les oies du Capitole. Pour ex-
pliquer l'ancien usage qui leur prescrivait d'entretenir ces oi-
seaux, les Romains avaient inventé l'histoire de l'attaque du Ca-
pitole par les Gaulois, reconnus à temps et repoussés grâce à la
vigilance des oies de Junon. Nous avons déjà vu que les tribus
totémiques actuelles expliquent souvent le culte qu'elles ren-
dent aux animaux totems, ou les égards dont elles les entourent,
par le souvenir de quelque service éclatant. Les explications de
ce genre ne sont jamais sérieuses, d'abord parce que ce sont
des sauvages qui les allèguent, puis parce que le sentiment de
la gratitude, encore assez faible chez les civilisés, n'a guère pu
tenir une grande place chez les primitifs : il fout enseigner aux
enfonts à dire merci. Si donc la fable romaine ne mérite
pas plus de créance que celles dont nous entretiennent les
Peaux-Rouges, force est de considérer l'oie comme le totem
d'un ancien clan romain qui avait élu domicile sur le Capitole.
Ce clan, dont le cognomen Anscr conserve peut-être le sou-
venir, avait des croyances analogues à celles d'un des clans
bretons mentionnés par César : il entretenait des oies, non
pour s'en nourrir, mais religionis causa. L'histoire des oies
vigilantes est du même ordre que celle de la louve romaine,
nourrice de Romulus et de Rémus. Le totem du loup était
très répandu en Italie, où certains prêtres s'appelaient lupi
(hirpi)\ comme certaines prêtresses d'Artémis, en Grèce,
s'appelaient ourses (apy-tc.) - ; on pourrait citer un bon nombre
d'exemples de ces désignations, qui attestent l'existence de
cultes totémiques où les fidèles, dans certaines cérémonies,
revêtaient la peau de l'animal totem. Avant d'être identifié à
l'Arès hellénique, Mars, le père de Romulus et de Rémus, était
un loup, animal dont ses images portent la dépouille et qui
est resté non seulement son attribut, mais sa victime favorite.
Or, la victime favorite d'un dieu, celle dont il revêt la peau,
n'est jamais, à l'origine, que ce dieu lui-même : témoin
l'Apollon Lykios des Grecs, dont on fit plus tard un tueur de
loups, l'Apollon Parnopios, dont on fit un tueur de saute-
1. Cf. Keller, Tbicrc da AUerthuuis, p. 172.
2. Voir Frazer, Paiisauias, t. IV, p. 224.
Les siiiriranct's du Totémisme. 2Ss
relies, l'Apollon Smintheus, dont on fît un tueur de souris,
l'Apollon Siiuroctone, en réalité Apollon Sauros, dont on fit
un tueur de serpents, le Dionysos Bassareus, dont on fit un
tueur de renards, etc. ^ Le loup surmontait les enseignes
romaines et Tacite savait encore que les animaux figurés sur
les enseignes étaient des animaux sacrés, non des symboles
poétiques, puisqu'en parlant d'un peuple de la Germanie, les
Aestii, il s'exprime ainsi : Insigne suverstitiokhs formas aprornm
gestant^. Quand les tribus romaines primitives se furent élevées
au-dessus du totémisme, tout en conservant quelques usages
et quelques tabous qui témoignent de cet état religieux, les
vestiges du culte du loup donnèrent naissance à la fable de la
fondation de Rome, comme celles du culte de l'oie à la fable
de la victoire nocturne sur les Gaulois, Le totémisme a disparu
à peu près partout, laissant, à peu près partout, des coutumes
singulières que la curiosité humaine veut expliquer à tout
prix; il n'est donc pas surprenant, malgré le dire de certains
antiquaires, mais, au contraire, fort naturel, que des légendes
semblables à celles de Romulus et de Rémus aient pris nais-
sance indépendamment dans divers pays 3. Ainsi l'ancêtre my-
thique du peuple turc est le nourrisson d'une louve et d'autres
tribus des steppes de l'Asie Centrale racontent des histoires
analogues +. L'ancienne exégèse mythologique, en présence
de pareilles concordances, admettait volontiers un emprunt ;
en 1887 encore, M. Keller ne craignait pas d'écrire : « La
légende de la louve n'est pas un produit du sol italique
(uritalisch), car nous pouvons la suivre clairement jusque dans
l'Asie antérieure ». Ainsi la louve romaine était d'origine Z
;isiatique ! Ce n'est pas un des moindres bienfiits de la mytho- '
logie anthropologique d'avoir substitué à d'aussi singulières
hypothèses des explications moins pénibles à accepter.
En dehors du texte de César, il existe encore au moins un
1. Ridgewav, Classical Review, t. X, p. 21.
2. Tacite, Germanie, XLV.
5. Une liste de ces légendes est donnée par Frazer, Paiisaiiias, t. III,
p. 234. Les animaux nourriciers sont la louve, la biche, l'ourse, la vache,
la jument, l'abeille, la colombe. Ajoutez la chienne (Esculape), Festus, s. v.
In insuld (Frazer, ibiJ., t. III, p. 250).
4. Keller, Thiere des Alterthunis, p. 17^.
Revut Celtique, XXL 20
286 Salomon Reinach.
témoignage littéraire — d'époque, à la vérité, plus tardive —
qui fournit une preuve irrécusable du totémisme celtique. Le
héros de l'épopée irlandaise, Cuchitlainn, porte un nom qui
signifie « le chien de Culann » ; or, cet homme du clan c])ien
est soumis au tabou ordinaire qui pèse sur les clans toté-
miques : il ne doit pas manger son totem, du moins en dehors
de certaines cérémonies religieuses. Dans le récit irlandais, au
moment où Cuchulainn va engager sa dernière bataille, il ren-
contre trois vieilles qui l'invitent à manger du chien. Dès
qu'il a touché à cette nourriture interdite, « la malédiction
atteint tout son côté gauche qui, de la tête aux pieds, perd une
grande partie de sa force ^ ». M. d'Arbois de Jubainville, en
racontant cet épisode, parle d'une « détense magique » qui
interdisait à Cuchulainn la chair de son animal homonyme.
Il ne peut être question là de magie, puisque l'interdiction de
la nourriture totémique est un fait général, tandis que la
magie ne vise que .jdes cas particuliers. On a fait observer
qu'une légende relative à saint Patrice reproduit le même
trait, alors cependant que le nom du saint n'atteste pas qu'il
appartînt, comme Cuchulainn, aune tribu totémique^. Une
femme païenne voulut lui faire manger à son insu un plat de
chien. Le saint se méfia à l'aspect de la viande et pria Dieu de
rendre à l'animal qu'on lui offrait sa forme première. Aussitôt
un lévrier jaune s'élança du plat et s'enfuit dans le district de
Waterford. Saint Patrice ordonna aux paysans qui l'entouraient
de le poursuivre et de le tuer, puis il maudit la vieille femme
et son village, où jamais, depuis, il n'a manqué de boiteux ni
de sourds-muets. Il y a sans doute dans cette histoire un sou-
venir de la saga de Cuchulainn ; mais il est curieux de constater
qu'au moment où elle prit naissance, le tabou du chien était
encore assez vivace en Irlande pour qu'il ait paru inutile de
l'expliquer 3,
1 . D'Arbois de Jubainville, L'épopée celtique en Irlande, p. 356.
2. W. C. Borlase, The dolmens of Irelaud, t. 111(1897), p. 879, d'après
O'Donovan. Je ne trouve pas d'autre mention de cette légende.
5. M. Stoices veut bien m'apprendre que, d'après \q Livre Jaune de Lecan
(éd. Atkinson, p. 91), le roi Conaire, fils d'un oiseau, ne devait pas tuer
des oiseaux. Cf. Revue Celtique, t. XII, p. 242.
Les survivances du Totémisme. 2S7
Ce que les textes littéraires ne nous disent pas, la topo-
nymie, l'onomastique et l'archéologie peuvent nous l'ap'
prendre. Or, il est remarquable que ces deux sciences four-
nissent, au sujet du totémisnie celtique, des indications
sinrruliè'rement concordantes.
M. d'Arbois de Jubainville, sans s'occuper du totémisme, a
mis en lumière le caractère sacré de divers animaux et végé-
taux d'après les noms d'hommes qui en dérivent au moyen
du suffixe -genos, marquant la filiation mythologique chez les
Celtes ^ Ces animaux sont l'ours, le sanglier, le taureau, le
chien et le corbeau ; les végétaux sont le chêne et l'aulne. On
a les noms Arti-gcnos, Matu-genos, * Uro-genos (Urogcncrtus,
Urogenia), * Cunogenos {Congcn, ix^ siècle), * Brannogenos
ÇBrannogeniiiiJi en Grande-Bretagne), * Vidu-gciios (Gnid-gcn),
* Venno-gcnos (Giiern-gcn). Je n'insiste pas sur ces fliits linguis-
tiques, n'ayant rien à ajouter à ceux que M. d'Arbois a
réunis, mais j'observe qu'un nom propre, attestant une filiation
animale ou végétale, peut toujours être considéré sinon comme
une preuve, du moins comme un indice de totémisme. Ce
principe a été appliqué par Robertson Smith et d'autres à la
démonstration du totémisme primitif des Hébreux, seule expli-
cation rationnelle des interdictions alimentaires qui pèsent
encore sur leurs descendants-.
Nous allons montrer que le témoignage de l'archéologie
confirme et complète celui de l'onomastique.
A en croire les chroniqueurs du moyen âge, le duc de
Zaehringen, Berthold V, vicaire de l'Empereur, aurait, en 1 191
après J.-C, fait creuser un fossé pour protéger le village établi
1 . Revue Celtique, t. VIII, p. 181 ; t. X, p. 166.
2. Indiquée en 1870 par Maclennan (For/H/VMviîmfU', 1870, I, p. 207),
la théorie du totémisme hébraïque a été développée par Robertson Smith
(Journal of Philology, 1880, p. 75), acceptée par Stade (Gcsch. Israels, t. I,
p. 408) et soumise à une critique approfondie par Joseph Jacobs (Studies iii
bihlicdl archaeology, Londres, 1894, p. 64-103). — Sur la tyrannie des lois
alimentaires, qui pèsent d'un poids si lourd sur les Juifs pauvres et pieux
dans leur lutte pour l'existence, voir le courageux ouvrage du rabbin Wie-
ner, Die jiïdischen Speiscgeset-e (Breslau, 1895) et l'article trop peu remarqué
que lui a consacré M. Claude Montefiore (Jewish Ouarterly Revie-w, 1896,
p. 392-413)-
288 Salomon Rcinacb.
auprès de son château de Nydeck; la ville ainsi délimitée aurait
reçu le nom de Berne, du nom signifiant ours en allemand
(Bacr) et en souvenir d'un plantigrade gigantesque que le duc
Berthold avait tué près de là. Cette histoire a été répétée par
tous les historiens de Berne et l'on explique ainsi pourquoi la
ville entretient, depuis des siècles, des ours qui inspirent aux
Bernois un vague sentiment de respect et d'affection.
Or, l'histoire de Berthold V n'est pas moins légendaire et
ctiologiqiie que celle des oies du Capitole ; il s'agit d'un culte
totémique, antérieur de plusieurs dizaines de siècles à Ber-
thold ; un hasard heureux veut que nous puissions aujourd'hui
en fournir la preuve.
Au mois de mai 1832, on découvrit à Mûri, village situé
dans les environs immédiats de Berne, un lot de statuettes ro-
maines en bronze qui sont conservées aujourd'hui au musée
bernois. Parmi ces statuettes, il y avait une figure d'ourse, qui
fut prise d'abord pour celle d'un gros dogue ou d'un hippopo-
tame (!), une déesse assise tenant une patère et des fruits, une
tige surmontée d'un panier avec des fruits, un arbre tortueux,
enfin un piédestal avec l'inscription deae artioxi licixia sabi-
NiLLA. On ne tarda pas à reconnaître que la déesse, le panier
et l'arbre avaient leur place marquée sur le piédestal, mais on
ne songea pas à y placer l'ourse, bien que Studer, en 1846, et
Bachofen en 1863 eussent exprimé l'opinion que cet animal
appartenait au groupe. Enfin, en 1899, M. le pasteur Paul
Vionnet établit, sans contestation possible, que les pattes de
l'ourse avaient laissé leur trace sur le piédestal, entre l'arbre et
la déesse ; le groupe put alors être reconstitué dans son inté-
grité, tel que le reproduit notre gravure (planche I) ^
Alors même que le nom de la déesse ne serait pas donné
par l'inscription et qu'on y verrait simplement, comme l'ont
fait les premiers commentateurs, une Pomone, les conclusions
qui se dégageraient de cet ensemble seraient assez claires.
L'ours n'est pas et n'a jamais été un animal domestique; s'il
I . Dans le Képcrtoire de la statuaire, t. II, p. 238, 1 et p. 729, 3, j'ai re-
produit séparément l'ourse et le reste du groupe; le rapprochement de ces
morceaux n'avait pas encore été tenté.
Les surriiuinccs du Totémisme. 2.S9
est représente ici s'approchant d'une déesse pour manger les
fruits qu'elle tient dans la main, c'est qu'il est conçu comme
un animal apprivoisé. Mais cet animal est nourri par une
déesse ; il participe donc à son caractère de sainteté. Ce carac-
tère a subsisté à travers les siècles ; les ours, objets d'un culte
populaire, ont donné leur nom à Berne et sont encore entre-
tenus aux frais des habitants de cette ville, comme l'étaient,
dans certains nomes de l'Egypte, les crocodiles, les chacals et
les chats ^
Le nom de la déesse, Artio, a été rapproché, dés l'époque
de la découverte, du nom indo-européen de l'ours, en grec
xr/-::, en celtique artos, féminin arta. Le suffixe -io(n), qui
est fréquent dans les noms de lieux celtiques comme dans les
noms de personnes, exprime une relation assez vague, à la
taçon du suffixe -ios; Artio est à Artos comme Hippîos, surnom
de Poséidon, est à Hippos et signifie: « la déesse ursine ».
Cela est tellement évident qu'on hésiterait à y insister si une
autre explication ne tendait à prévaloir, sans doute à cause de
la répugnance qu'éprouvent certains philologues à reconnaître
les faits totémiques dans le domaine européen. M. Rhys a pro-
posé de faire dériver le nom à! Artio du celtique àr, signifiant
0 terre arable ou labourée- », et M. Ihm a écrit, à l'article
Artio, dans la dernière édition de la Reahncyclopaedie de Pauly :
« L'étymologie du nom est peut-être l'irlandais art (pierre,
terre), de sorte que nous aurions affaire à une divinité de
l'abondance ». Ces hypothèses auraient sans doute été épar-
gnées à la science si la reconstitution du groupe avait eu lieu
assez tôt pour être connue de MM. Rhys et Max Ihm.
Artio est une déesse ursine comme Apollon, par exemple,
1 . Chez les primitifs, l'aaimiil totem est souvent gardé et nourri par ses
fidèles. Un clan de Samoa nourrissait des anguilles, un autre des écrcvisses.
Chez les Kelongs de Java, dont le totem est le chien rouge, chaque fltmille
possède un chien rouge, que personne n'a le droit de battre ni de mal-
traiter. Dans quelques villages Moquis, on tient en cage et on nourrit des
aigles (comme à Genève). Les Ainos du Japon et les Gilgaks, peuple de
l'Amour inférieur, tiennent en captivité des ours ; les femmes Aïnos vont
jusqu'à allaiter des oursons ! (Frazer, Le lolèmisme, irad. fr., p. 21 et suiv.,
où l'on trouvera les références).
2. Rhys, Hibbcrl tectures, 1886, p. 6.
290 Sdlomon Reinach.
est un dieu lupin, A>/.'.:r. Quand le totémisme primitif fut
oublié, ces épithètes restèrent attachées aux noms des divinités
et provoquèrent diverses explications. Tantôt le dieu ou la
déesse est l'ennemi d'un animal, protège le pays ou la cité
contre ses atteintes ; tantôt il en £iit son compagnon ou sa
monture ; tantôt il exige qu'on le lui offre en sacrifice dans
des circonstances solennelles ou à des fêtes périodiques. Ainsi
Hécate est dite 7:x/z7ox'rr,:, se complaisant aux sacrifices de
chiens, et nous savons, en effet, que jusqu'à la fin de l'anti-
quité on sacrifia des chiens à Hécate. Mais Porphyre nous
apprend que, dans le culte d'Hécate, on invoquait la déesse
en l'appelant « chienne » ', et Nonnos l'appelle z,'.\ct/.j\xz,
c'est-à-dire « aimant les chiens » -. Hécate, déesse infernale,
déesse à trois faces, toujours accompagnée de chiens, ressemble
singulièrement à Cerbère, le chien infernal à triple tête.' Evi-
demment, c'est l'invocation rituelle qui a conservé le plus an-
cien souvenir de la nature primitive d'Hécate, antérieure à la
période anthropomorphique de la religion grecque. Le sacri-
fice de chiens à Hécate, autre fait rituel et, par conséquent,
très ancien, vient à l'appui de cette opinion. Robertson Smith
a démontré en 1889 — et sa démonstration est irréfutable —
que chez les Grecs comme chez les Sémites et bien d'autres
peuples, par exemple les Mexicains, le sacrifice par excellence
est celui du totem, dont les fidèles se partagent la chair pour
se sanctifier. La victime favorite d'une divinité n'est autre, à
l'origine, que cette divinité elle-même ; on conçoit que lorsque
cette idée eut disparu, le vulgaire se soit imaginé que la vic-
time en question était l'objet de la haine delà divinité et qu'on
ait inventé des histoires pour la motiver 3.
Ce qui est vrai d'Hécate l'est aussi d'Apollon qui, dans plu-
sieurs tribus grecques, a certainement pris la place d'un loup 4.
Suivant une tradition recueillie par Aristote, Latone avait donné
naissance à Apollon sous la forme d'un loup; en d'autres
1. Porphvre, Dcabsliu., III, 17; IV, 16. Cf. Robertson Smith, Relig. of
the Sémites, p. 272.
2. Nonnos, Dionys., III, 74.
3. Cf. Hubert et Mauss, Essai sur le sacrifice (1899), p. 120, 128.
4. Cf. Frazer, Pausau'uis, t. II, p. 195.
Les surriranccs Ja Tolémismc
291
termes, Apollon, fils de Latone, est, à l'origine, un loup fils
d'une louve, comme Romulus et Rémus. A Argos et à Athènes,
il existe un vieux culte d'Apollon Xjy.'.oç. L'Athénien qui avait
tué un loup organisait une souscription pour l'enterrer avec
honneur^, fait fi'équent dans les cultes totémiques et qu'on
constate, en Grèce même, dans l'île de Sériphos, ou Elien nous
dit que les homards trouvés morts sont enterrés et pleures
comme s'ils appartenaient à une famille de l'île ~. A Argos, le
loup est figuré sur les monnaies. Une fois que les Grecs fu-
rent complètement sortis de la phase totémique, l'association
traditionnelle d'Apollon avec le loup provoqua deux expli-
cations contradictoires. Sinvant les uns, il était le protecteur
des loups ; suivant d'autres, il était le massacreur des loups et
l'on rappelait qu'il avait dû s'exercer à ce rôle du temps qu'il
était berger chez Admète^. Ainsi, mise en présence des sur-
vivances du totémisme, la croyance populaire ou l'exégèse sa-
vante hésite souvent entre deux hypothèses: le dieu est-il l'ami
ou l'ennemi de l'animal auquel il est associé? Primitivement, il
n'est ni l'un ni l'autre, puisqu'il est l'animal lui-même, ou
plutôt parce que la notion de divinité réside dans le clan animal ;
mais on a vite fait de ne plus penser à cela dès que la mytho-
logie, greffée sur la religion, a substitué des dieux individuels aux
espèces divines. En Troade et ailleurs, on élevait et on nour-
rissait des souris sacrées dans les temples d'Apollon, que l'on
appelait Sminthien, c'est-à-dire souris; Elien nous apprend,
d'autre part, que les habitants d'Hexamitos, en Troade, ren-
daient un culte particulier aux souris 4. Mais alors qu'Apollon
était considéré quelquefois comme le protecteur des souris,
ailleurs et plus souvent on se le figurait comme le dieu qui
1. Schol. Apoll. Rhod.. II, 124.
2. Elien, Y\io\ i^tiiwv, XIII, 26. A Samoa, un homme du clan des hibous,
qui trouvait un hibou mort sur son chemin, s'asseyait, pleurait sur l'animal
mort et se frappait le front jusqu'au sang. Une tribu arabe avait coutume
d'enterrer les gazelles mortes et portait le deuil de ces animaux pendant
sept jours (Frazer).
3. Cf. Lang, Myth and ritital, a^éd., t. II, p. 221.
4. Cf. Frazer, Pausanias, t. V, p. 289, et t. III, p. 368. Les Mysicns
doivent probablement leur nom à la souris (nuis), comme les Lvciens au
loup.
292 Sjlomon Rtiihicli.
avait dclivré les Sminthiens de ces animaux maltaisants. Le
sacrifice périodique et solennel de souris à Apollon Sminthien
ne pouvait que confirmer cette opinion, dont le caractère tardif
et prosaïque est évident. Il est à noter que la souris est un objet
d'horreur pour la législation mosaïque et qu'elle paraît avoir été
revêtue d'un caractère sacré chez les Philistins et chez quelques
sectaires juifs ^ Ces deux conceptions de V impur et du très pur
reviennent au même, comme l'ont établi Frazer et Robertson
Smith ; elles se fondent à l'origine dans une conception plus
compréhensive, celle du tabou ou de r« intangible », qui est
la marque distinctive des animaux et des végétaux totem.
Si l'on avait demandé à un Helvète du premier siècle après
notre ère pourquoi sa déesse Artio avait un ours familier, il
eût sans doute, comme les Bernois d'aujourd'hui, répondu en
racontant une histoire : Artio avait délivré son canton d'un
ours redoutable, un ours avait fait découvrir un gué à une
troupe d'Helvètes, Artio exigeait, pour quelque offense, le sa-
crifice annuel d'un ours, etc. La phase totémique remonte, en
Europe^ à un passé si lointain que l'antiquité classique n'en a
jamais eu qu'une idée vague, exactement comme elle a ignoré
les âges géologiques antérieurs au nôtre, qui était aussi le sien.
Si nous sommes mieux informés, cela tient à ce que nous
avons retrouvé, dans les civilisations encore rudimentaires de
l'Afrique, de l'Océanie et de l'Amérique, l'équivalent d'un état
social et religieux qui a précédé de beaucoup celui des Grecs,
des Romains et des Gaulois dont nous entretient la littéra-
ture. Ainsi, bien des survivances longtemps inexplicables,
que les textes et les monuments révèlent chez ces peuples, de-
viennent claires ou, du moins, se rattachent à des conceptions
générales, dès qu'on les étudie à la lumière de l'ethnographie
comparée.
Le culte des animaux, c'est-à-dire l'existence d'animaux in-
dividuels sacrés ou consacrés, n'est pas le totémisme et, par
ce motif, on est autorisé à dire qu'il n'y a pas, à l'époque his-
I . Pour la prohibition de la souris, voir Lèvitique, XI, 29. Pour l'offrande
de souris d'or par les Philistins, I Sam. VI, 4, 5. L'allusion à la souris
mangée rituellement par certains sectaires est dans Isaïe, LXVl, 17; voir
aussi Ezéchiel, VIII, 10.
Les sun'iranccs du Totémisme. 295
torique, de religions lotémiques dans le bassin de la Méditer-
ranée ^ Mais on se persuade focilement que la thériolâtrie, sous
quelque forme qu'elle se présente, n'est intelligible qu'en tant
que survivance d'un totémisme primitif et qu'il est légitime de
conclure de l'une à l'autre. Nous avons, d'ailleurs, dans l'an-
cienne Egypte, l'exemple d'une religion à un stage intermé-
diaire entre le totémisme et la thériolâtrie. M. Frazer a écrit
que l'Egypte était un « nid de totems » ; cela est vrai, mais
avec cette restriction que l'Egypte historique est déjà sortie
depuis longtemps de la période du totémisme strict, et que le
culte des animaux tend à s'y concentrer sur quelques individus
choisis, comme le bœuf Apis ou le crocodile deThèbes^. «Le
totémisme pur, dit ailleurs M. Frazer, est démocratique; c'est
une religion d'égalité et de fraternité ; chaque individu de l'es-
pèce totémique en vaut un autre. Si, par conséquent, un indi-
vidu de l'espèce s'élève à la dignité de frère aîné..., s'il occupe
un rang supérieur en dignité, le totémisme est pratiquement
abandonné et la religion s'achemine, en même temps que la
société, vers le monarchisme » '. Or, cette forme décadente
du totémisme ne se constate pas seulement dans l'ancienne
Egypte : on l'a signalée dans l'Amérique du Nord, au Pérou,
en Patagonie et ailleurs. Il n'en est pas moins certain que les
atténuations du totémisme et même les superstitions popu-
laires qui en sont les dernières survivances ne peuvent s'ex-
pliquer, logiquement et historiquement, que par l'hypothèse
d'un totémisme strict à l'origine. Cela dit, nous allons passer
en revue les animaux sacrés de la religion celtique, disjccta
nicmhra d'un panthéon thériomorphique qui n'est pas, à la vé-
rité, le totémisme, mais le présuppose, comme les blocs erra-
tiques témoignent des fleuves de glace disparus.
1. Toutefois, lorsque M. Victor Henry prévoit le jour où « il sera aussi
mal porté de parler de totem ailleurs que chez les Peaux-l^ouges, ou de
tabou hors de Polynésie, que de prendre Cannes des Alpes-Maritinies pour
le théâtre de la victoire d'Annibal » (Rev. critique, 1900, I, p. 132), il
montre seulement qu'on peut être excellent linguiste sans rien entendre aux
choses religieuses.
2. Hérod., II, 69.
3. Frazer, Le lotâiiisiiic, trad. franc. (1898), p. 128.
294 Sdlomon Rcinach.
Une des divinités celtiques les mieux connues est Epona,
dont plus de 120 monuments nous ont conservé le nom ou
Timage". On la représente, à l'époque de la domination ro-
maine, tantôt à cheval, tantôt assise entre des chevaux ou
nourrissant des poulains. L'existence de ces deux types suffit
à prouver qu'Epona n'était pas conçue comme une déesse
écuyère, mais seulement comme une protectrice des chevaux.
Elle est une déesse chevaline, comme Artio est une déesse ur-
sine et son nom dérive de celui du cheval, en celtique epos,
comme celui d'Artio dérive de celui de l'ours, artos. Si donc
nous avons eu raison de voir dans Artio une déesse-ourse,
plus tard dédoublée, la même conclusion est légitime pour
Epona. J'ajoute que dans le catalogue des monuments relatifs
à cette déesse, figure un bas-relief de Chore}' (Côte-d'Or), où
l'on voit seulement une jument tetée par son poulain-;
Epona est absente, et cependant cette sculpture présente une
frappante analogie avec celles où la jument, accompagnée de
son poulain, est montée par Epona 5. Ainsi, même à l'époque
gallo-romaine, on n'avait pas complètement oublié la vieille
conception thériomorphique d'Epona,
En 1861, on a découvert à Neuvy-en-Sullias (Loiret) une
collection de statuettes et de statues en bronze qui paraît avoir
composé le trésor d'un temple ■<. Les statuettes représentent
des dieux romains et des personnages sans attributs précis ;
les statues, ou les statuettes de grandes dimensions, sont celles
d'animaux indigènes en Gaule. Il y a notamment un cheval,
haut de plus d'un mètre, un cerf, haut de 0^,38, trois san-
gliers, dont le plus grand a o"',78 de haut. Sur le socle du
cheval est gravée une dédicace au dieu Rudiobus, que nous ne
connaissons pas autrement et dont le nom n'a pas encore été
expliqué î. Ce socle est pourvu d'anneaux où pouvaient s'in-
1 . Au catalogue que j'ai dressé en dernier lieu dans la Revue archéolo-
gique, 1899, II, p. 62-70, il faut ajouter un bas-relief d'Algérie qui m'est
obligeamment signalé par M. Gsell.
2. Revue archéol., 1898, II, p. 190.
3. Ibid., i89'), l, p. 168, 171, 173, 177.
4. S. Reinach, Broutes figurés, p. 241-261.
5. Ibid., p! 233.
Les survivances du Totémisme. 295
sércr des brancards, qui permettaient sans doute de porter la
statue du cheval dans des processions religieuses. Il est dithcile
de n'en pas conclure que le cheval, comme la jument, a été
l'obiet d'un culte en Gaule et que Rudiobus désigne un dieu-
étalon. Nous verrons que les autres animaux représentés dans
la trouvaille de Neuvy doivent être considérés également
comme des animaux sacrés.
A Bolar dans la Côte-d'Or, on a trouvé un mulet de bronze
dom le socle porte une dédicace au dieu Segomo^ D'autre
part, plusieurs inscriptions mentionnent un Mars Mu 10 ou
MuUo, dont le nom suggère un rapprochement avec celui du
mulet ^ On admet d'ordinaire que ce Mars Mulio ou Mullo
était invoqué comme le protecteur des muletiers et des mulets
du train des équipages ; il est bien possible qu'il en ait ete
ainsi à l'époque romaine, mais la dédicace du mulet de Bolar a
Segomo doit refléter une conception beaucoup plus ancienne.
Nous admettrons donc l'existence, en Gaule, d'un culte du
mulet, animal dont l'élevage y était particuhèrement en hon-
neur, comme il v est resté florissant jusqu'à nos jours.
Tout le monde connaît l'autel découvert à Notre-Dame de
Paris sur lequel figurent les dieux Jupiter, Vulcain et Esus
occupant trois faces; sur la quatrième on voit un taureau,
portant sur son dos trois grues, avec la légende Tarvos tnga-
raniis^. Évidemment, ce taureau tient la place d un dieu ; c est
un dieu qui n'est pas encore anthropomorphisé. A l'appui de
cette opinion, on peut alléguer divers faits importants qm nous
autorisent à compter le dieu-taureau parmi les dieux primitiis
de la Gaule. Le taureau, comme le cheval et le sanglier, est
très fréquemment figuré sur les monnaies gauloises, ou il joue
certainement le rôle d'un symbole religieux. Suivant Plu-
tarque4, les Cimbres, qui étaient des Germains celtises, ju-
raient sur un taureau d'airain; on a déjà rappelé ce texte a
propos du grand taureau qui orne le fond de vase d argent de
1 s Rcinach, Répertoire de la statuaire, t. II, p. 745, 5- .,
2 Voir Holder, Altkelt. Sprachschati, s. v. Midlo. Cette dernière lecture
'^f^^Î^S'iUustrcdu Musée Je Saint-Gcr,uain, fig. 45-48-
4. Plutarque, Marins, 23.
l
296 Salomon Reinach.
Gundestrup, monument dont l'époque est incertaine, mais
dont le caractère celtique ne fait pas de doutée Non seule-
ment les taureaux de bronze sont très fréquents en Gaule,
mais on en connaît, comme ceux de Byciskala en Moravie, de
Bythin en Posnanie, de Hallstatt dans la Basse-Autriche, de
Bibracte, de Troyes, etc. -, qui sont certainement antérieurs à
l'époque romaine. En outre — et cela est décisif — il existe en
Gaule, et en Gaule seulernent, une série de représentations de
taureaux à trois cornes ; dans mon Catalogue des bron:^es du
Musée de Saint-Germain, j'en ai énuméré 24, tant en bronze
qu'en pierre, quelques-unes de très grandes dimensions. Or, la
zoologie, pas plus que la paléontologie, ne connaît de taureaux
à trois cornes; il s'agit donc là, bien certainement, de taureaux
divins.
Les grues figurées sur le dos du taureau de l'autel de Paris
sont également divines. Deux grues opposées forment l'épi-
sème d'un bouclier gaulois parmi les trophées de l'arc
d'Orange 3; on voit aussi trois grues perchées sur l'arbre
sacré que cherche à abattre, sur un autel de Trêves, un per-
sonnage analogue à l'Esus de l'autel de Paris 4. D'autre part, il
faut se souvenir que la grue a été souvent confondue avec la
cigogne; dans Homère, le même mot, yspavir. désigne ces
deux oiseaux, dont les anciens ont célébré à l'envi l'intelli-
gence et les dons prophétiques 5. Or, en ce qui concerne la
cigogne, nous avons un texte formel qui prouve qu'elle était
totem en Thessalie. L'opuscule intitulé Mirabiles auscultationes
nous apprend que les Thessaliens honorent les cigognes, qu'il
est défendu de les tuer et que le meurtre d'une cigogne est
assimilé chez eux à un homicide^. Ce sont là des faits de to-
1. Al. Bertrand, La religion des Gaulois, p. 577 et Sophus MùUer,
NordisJce Fortidsniiiuier, 2 Hefte, pi. XIV.
2. Voir S. Reinach, La sculpture en Europe avant les influences gréco-ro-
maines, fig. 370, 375, 379; U Anthropologie, 1896, p. 555. Le spécimen de
Bibracte, conservé au musée de Saint-Germain, est inédit.
3. Revue Celtique, t. XVIII, p. 263.
4. Ibid., t. XVIII, p. 256.
5 . Voir les textes aux mots yicavo; et -sAaoyo; dans l'excellent ouvrage
de Wentworth Thompson, A glossary of greek hirds, Oxford, 1895.
6. Mirah. Aiiscult., XXIII, 832. Cf. Thompson, 0/). laud., p. 128. Faut-
il, comme on V.\ déjà proposé, voir dans les Pélasges des hommes-cigognes ?
Les survivances du Totémisme. 297
témismc incontestables. L'auteur aristotélicien cherche à les,
expliquer en disant que les cigognes, ennemies des serpents,
rendent de grands services aux Thessaliens; des explications
de ce genre, vraies ou fausses, ont constamment été alléguées
par les anciens pour motiver des usages totémiques'. Quoi
qu'il en soit, on admettra d'autant plus volontiers des grues
totem en Gaule qu'on peut considérer comme prouvé le culte
totémique de la cigogne en Thessalie.
Ce qui est vrai du taureau l'est également du sanglier, qui
paraît avoir été un des totems les plus répandus dans l'an-
cien monde -. Les enseignes gauloises, tant sur l'arc d'Orange
que sur le vase de Gundestrup et sur les monnaies, sont cou-
ronnées d'images de sangliers; nous avons déjà rappelé le texte
où Tacite, parlant de la population des Aestii fixée dans le
nord-est de l'Allemagne, affirme le caractère religieux de leurs
sangliers-enseignes (insigne supersiiiionis formas aprorum ges-
îant) 5. Une statuette de bronze trouvée dans le Jura représente
une divinité celtique court-vétue, tenant un javelot, assise
sur un sanglier qui paraît avoir couronné une enseigne 4.
Comme ce n'est pas là un motif emprunté à l'art grec et que
les mortels n'ont pas l'habitude de chevaucher des sangliers, il
est évident que le sanglier, monture d'une déesse, n'est autre
qu'une personnification plus ancienne de la déesse elle-même.
Le sanglier est très fréquent sur les monnaies gauloises, en
particulier dans Id région belge, entre la Seine et l'Escaut,
ainsi que dans le sud de l'Angleterre. Dès l'époque néoli-
thique, on trouve des dents de sanglier employées comme
amulettes et elles n'ont pas cessé de l'être à ce titre jusqu'à
nos jours. Enfin, il existe un bronze, conservé à la Biblio-
thèque Nationale, qui représente un sanglier à trois cornes 5,
c'est-à-dire, nécessairement, un sanglier divin, à rapprocher
La Thessalie s'appelait anciennement YiiXxrs^f.- et il y a un peuple de
Cicones en Thrace.
1 . Voir, par exemple, Diodore, I, 87.
2. Voir la réunion des témoignages dans mes Bronies figures, p. 23 1-236.
3. Tacite, Gchn., XLV.
4. Rnvi\es fii^urès, p. 50.
3 . Caylus, Recueil, t. V, pi. 108, 4; Rép. de la statuaire, t. II, p. 748, i.
298 Salomon Reinach.
des taureaux à trois cornes, également divins, dont on n'a
jusqu'à présent rencontré d'images que dans la Gaule romaine.
Pausanias nous dit que les Galates de Pessinonte s'abste-
naient de manger du porc'. Il ne faudrait pas se hcîter d'en
conclure que cette forme du totémisme subsistât dans quelques
tribus celtiques, car les Galates ont pu adopter un usage de la
région où ils étaient venus se fixer. Nous savons d'ailleurs que
Ton ne mangeait pas de porc à Comana dans le Pont 2, que
les adorateurs d'Atys et de Mèn Tyrannos s'en abstenaient 5,
que cette nourriture était également interdite en Crète 4, en
Syrie 5, en Phénicie^, en Palestine, que les prêtres égyptiens
l'avaient en horreur autant que les Juifs". En Inde, d'après les
lois de Manou, le sanglier peut être mangé, mais on ne doit
pas toucher au porc domestique^. D'autres textes attestent la
même interdiction chez les Lib3'ens9, les Ethiopiens '°, les
Arabes '% les Scythes '-. La preuve qu'il y a là des survivances
d'un totémisme très ancien et très répandu, et non pas l'eff'et-
d'une propagande juive ou syrienne, c'est que l'abstinence du
porc est encore de règle parmi les Yakoutes de la Sibérie et les
Votiaks du gouvernement de Vologda, qui ne sont ni les uns
ni les autres des Musulmans '3.
La sainteté particulière attribuée au sanglier ou au porc par
les vieux rituels est attestée par les sacrifices où il figure. En
Grèce, les purifications les plus solennelles comportaient le
sacrifice d'un porc, -/c.poy.Tdv;'. •/,aOap[j.;i^4. Sur un cratère de la
1 . Pausanias, VII, 17, 10, avec la note de Frazer. Voir aussi Chwolsohn,
Die Ssahier, t. II, p. 106-107.
2. Strabon, XII, p. 575.
3. Julien, Orat., V, p. 177/^; Dittenberger, 5v//c)^(', no 579.
4. Athénée, IX, p. 375-376.
5. Lucien, De dea Syria, 54; Dio Cass., LXXIX, 11.
6. Por^hxx., de Abstin., I, 14; Hérodien, V, 6.
7. Hérod!, II, 47 ; Sext. Empiric, Hypotyp., III, 1 2 y, Plui., Ouaes t.
Conviv., IV, 5 ; de Iside, 8 ; Elien, Hist. anim., X, 16.
8. Manou, V, 14; III, 266.
9. Hérod., IV, 86.
10. Porphyre, de ahstin.^ I, 14.
11. Hieronym., C. Jovin, II, 7; Pline, Hist. nat., VIII, 78.
12. Hérod.', IV, 186.
13. Frazer, Pausanias, t. IV, p. 138.
14. Eschyle, Eiiménides, 279.
Les survivances du Totémisme. 259
collection Campana, conservé au Louvre, est représentée la
purification d'Oreste à Delphes ; le parricide est assis sur l'autel,
tandis qu'Apollon, placé derrière lui, agite un goret au-dessus
de sa tête pour l'asperger du sang de l'animal ^ Nous savons
par Pausanias, Xénophon et Festus que le sacrifice du porc
était un acte essentiel, dans la conclusion des traités, chez les
Grecs des plus anciens temps, les Perses et les Latins. Or, aux
époques primitives, tout sacrifice suppose un banquet, qui fait
participer les assistants à la sainteté de la victime immolée et
établit entre eux, par cette sorte de communion, un lien par-
ticulièrement efinicace. Il arrive que la victime est précisément
un de ces animaux qui, dans les circonstances ordinaires, ne
doivent pas être mangés, c'est-à-dire un totem. Or, on connaît
plusieurs exemples où l'animal interdit, sacrifié à de longs in-
tervalles, est le sanglier ou le porc. A Chypre, dans le culte
d'Aphrodite et d'Adonis, le porc ne figurait point ; mais une
fois par an, le 2 avril, on sacrifiait des sangliers à Aphrodite-.
Argos avait une fête dite 'YG-qp'.x où l'on sacrifiait un porc à
Aphrodite'. En général, même en Grèce, le sacrifice d'un porc
à Aphrodite passait pour un rite exceptionnel 4. Ces faits suf-
firaient déjà à faire pressentir qu'à une époque lointaine, et
ailleurs encore que dans le monde sémitique, le sanglier était
épargné par l'homme et considéré comme uni à lui par un lien
religieux. Du reste, la domestication du sanglier en est une
preuve sans réplique, car si l'homme s'était toujours cru le
droit de tuer et de manger les sangliers, jamais des sangliers ne
se seraient propagés sous la protection de l'homme et n'au-
raient fait souche de porcs. La domestication suppose un ré-
gime de paix ou, du moins, une longue trêve, quelque chose
comme l'âge d'or végétarien qu'ont célébré les poètes de l'anti-
quité. Nous avons vu, au début de cette étude, que les Bre-
tons nourrissaient des oies, des poules et des lièvres, mais ne
les mangeaient pas; de même, il semble, d'après Lucien, que
1 . Moniimenti delV Instituto, t. IV, pi. 48.
2. Lydus, De Meiisihns, p. 80. Cf. Robertson Smith, Religion of the Sé-
mites, p. 291.
3 . Athénée, III, 49.
4. Strabon, IX, p. 376 (Didot).
500 Siilomon Reinach.
des porcs étaient nourris dans les dépendances du temple
d'HiérapoIis, mais qu'on s'abstenait de les tuer et de les
manger. « Les uns, ajoute Lucien, les considèrent comme im-
purs, les autres comme sacrés ' ». Cette ambiguïté, qui a sub-
sisté jusqu'à nos jours, est la marque des scrupules d'origine
totémique survivant à la conception qui les a produits.
Si je n'hésite pas à ranger le sanglier, à côté du taureau, du
cheval, du mulet et de l'ours, parmi les anciens totems celti-
ques, j'éprouve plus d'embarras en ce qui concerne le cerf.
Cependant deux considérations m'engagent à lui faire une
place dans cette liste. La première, c'est qu'un cerf de bronze,
de grande dimension, a été recueilli dans le trésor de Neuvy-
en-Sullias; la seconde, c'est que le dieu accroupi de l'autel de
Reims portait des cornes de cerf, qu'on a pu restituer avec
certitude d'après les traces laissées par l'extrémité des bois 2.
L'image d'une autre divinité accroupie, pourvue également
de cornes de cerf, existait autrefois dans la collection des Jé-
suites à Besançon 5 ; une troisième appartient au musée de
Clermont-Ferrand-+. Enfin, sur une des plaques du vase de
Gundestrup, on voit un personnage accroupi, la tête sur-
montée de bois de cerf très élevés, à côté d'un cerf pourvu de
cornes identiques >. Le témoignage de ces monuments me pa-
raîtrait décisif si les statuettes de cerf n'étaient pas si rares
dans les collections de bronzes gallo-romains.
Le serpent cornu joue un rôle considérable dans les œuvres
d'art indigènes qui nous ont révélé, du moins en partie, le
panthéon gaulois des premiers siècles de notre ère. Je m'en
suis occupé ailleurs avec détail^ et me contente de rappeler ici
quelques données essentielles delà question. Le serpent cornu
a toujours des cornes de bélier. Sur l'autel de Mavilly, un des
monuments les plus anciens de la Gaule romaine, il figure,
isolé, à côté des douze dieux du Panthéon romain, ce qui
I . Lucien, De Dca Syria, 54.
2. S. Reinach, Guide illustré, fig. 44.
3. Montfaucon, Antiq. expliquée, II, 114, 3.
4. Bronzes figurés, p. 199.
5. Bertrand, La religion des Gaulois, pi. XXX.
6. S. Reinach, Bronzes figurés, p. 195, et Rev. archéoL, 1899, II, p. 210.
Les survivances du Totémisme. ^oi
suffit h prouver qu'il n'est pas l'attribut d'une divinité gau-
loise, mais bien une divinité distincte ^ On le trouve repré-
senté sur la tranche de la grande stèle de Beauvais, occupée
par une image de Mercure^. Sur un autel découvert à Paris,
dans les fondations de l'Hôtel-Dieu, figure un dieu à trois têtes
tenant d'une main le serpent cornu et escorté d'un bélier 3. Il
me semble légitime d'en conclure que le dieu primitif, serpent
à tête de bélier, a été plus tard identifié à Mercure, dont le
bélier et les serpents sont les attributs classiques. Le tricéphale
de l'Hôtel-Dieu, peut-être contemporain de Tibère, est le ré-
sultat d'un des premiers efforts des artistes gallo-romains pour
représenter, suivant les conceptions celtiques, le dieu le plus
important de leur Panthéon {Deorum maxime Mercurium co-
lunt, dit César). Mais si la légende sacrée — dont j'ai cru re-
trouver un écho en Thrace^ — se figurait le dieu suprême
sous l'aspect d'un serpent cornu, il s'ensuit que ce dieu était
conçu comme le « roi des serpents », de même que le taureau
à trois cornes était le « roi des taureaux ». C'est là un ves-
tige de cette phase du totémisme à son déchn où le principe
monarchique, suivant la spirituelle remarque de M. Frazer,
s'introduit dans les clans des animaux: comme dans ceux des
hommes. Si l'on remonte d'un degré de plus, on se trouve
en plein totémisme et l'existence de serpents totem en Gaule a
d'autant moins lieu de nous surprendre que les clans-serpents
se sont rencontrés et se rencontrent encore en divers lieux.
Les auteurs anciens, pour ne citer qu'eux, nous parlent de
quatre peuples ayant le serpent pour totem, les Psylles de la
Marmarique, les Ophiogènes de Chypre et de Parium, enfin
les Marses de l'Italie^. Psylles, Ophiogènes et Marses passaient
pour insensibles aux venins des serpents et capables d'en
guérir les effets sur d'autres, ce qui est un premier caractère
totémique. » En Sénégambie, dit Frazer, les totems, s'ils sont
des animaux dangereux, ne font pas de mal aux gens de leur
1. Revue archèol., 1897,11, p. 313-326.
2. Ibid., 1899, II, p. 115.
3. S. Reinach, Guide illustré du Musée de Saint-Germain, fig. 49.
4. Rev. archéol., 1899, II, p. 210.
5. Voiries textes ap. Frazer, Paiisanias, t. V, p. 149.
Revue Celtique, XXI. 21
502 Salomon Reinach.
clan. Par exemple, les hommes du clan du scorpion affirment
n'être jamais mordus par ces animaux, même s'ils courent sur
leurs corps ^ ». Le nom des Ophiogènes, ou descendants des
serpents, implique également une conception totémique. Enfin,
les anciens racontent que les Psylles exposaient leurs enfants
nouveau-nés au contact des serpents pour s'assurer de leur
légitimité. L'enfant légitime était épargné ou guérissait rapi-
dement s'il était mordu-. Il y a là une ordalie primitive dont
les clans totémiques actuels offrent des exemples. Ainsi, chez
les Moxos du Pérou, dont un des totems est le jaguar, un
candidat au rang d'homme-médecin doit prouver sa parenté
avec ce fauve en s'exposant à sa morsure 3. Ces faits rappellent
immédiatement la célèbre ordalie des Celtes, qui confiaient
leurs enfants aux flots du Rhin afin de s'assurer qu'ils étaient
bien de leur race 4. Or, M. d'Arbois de Jubainville a montré
que le nom Rhenogenos et un vers de Properce sur Virdomar
attestent, chez certaines tribus gauloises, la croyance qu'elles
avaient le Rhin pour ancêtre ^ ; il y a donc là un exemple de
totémisme celtique, donnant heu à une espèce d'ordahe, qui
doit être ajouté à ceux dont il a été question jusqu'à présent.
A la lumière de ce qui vient d'être dit, les anecdotes des anciens
touchant des enfants exposés aux bêtes et nourris par elles au
lieu d'être dévorés, prennent une signification nouvelle et se
présentent comme des ordalies totémiques. Romulus et Rémus^
enfants naturels d'un dieu loup, exposés sur le bord du Tibre
et nourris par une louve, ont subi victorieusement l'épreuve
qui confirme leur affiliation au clan divin. Ce clan est celui du
loup, résultat auquel nous étions déjà arrivés d'autre part,
mais qu'il n'est pas sans intérêt de vérifier par un ordre de
considération tout différent.
1. Frazer, Le totémisme, trad. franc., p. 30.
2. Varron, ap. Priscien, X, 52 ; Pline, Hist. Xat., VII, 14.
3. Frazer, Le totémisme, trad. franc., p- 31.
4. Anthol. Palat., IX, 125 ; Julien, Epist., XVI ; Claud., in Riif., II, no.
Voir le beau mémoire de Lea sur les ordalies, dans son ouvrage Superstition
ami force, 4e éd. (Philadelphie, 1892), p. 273.
5. Revue Celtique, t. XIX, p. 231. M. Hirschfeld veut lire dans Properce
(IV, 10, 39): Genus hic Brenno Jactabat ab ipso (cf. Rev. archéo]., 1898, II,
p. 310); mais je ne crois pas cette correction justifiée.
Les survivances du Totémisme. 305
Il me reste à parler d'un oiseau sacré chez les Celtes dont
l'analyse des noms propres et des légendes a déjà fait pressentir
l'importance à M. d'Arbois: c'est le corbeau, en celtique
branms. Le corbeau figure sur deux monuments où sa signi-
fication religieuse est évidente. L'un est un bas-relief de Com-
piègne, représentant un homme vu à mi-corps, aux oreilles
duquel deux corbeaux semblent parler^; c'est un témoignage
du rôle du corbeau comme oiseau d'augure et nous avons vu
plus haut que les animaux servant à la divination, comme le
lièvre de Boadicée et les oies du Capitole, étaient généralement,
sinon toujours, des totems déchus. Il est à peine nécessaire de
rappeler les corbeaux fatidiques d'Odin^ et le rôle assigné
au corbeau dans la légende de la fondation de Lyon 5. Le se-
cond monument est le bas-reUef découvert en Lorraine qui
nous a fait connaître enfin les noms du dieu au marteau et de
sa parèdre, Sucellus et Nantosvelta4. Au-dessous de ce couple
divin figure un corbeau, qui remplit un registre entier de la
stèle, preuve irrécusable de son caractère sacré. Suivant un
passage des Mirabiks auscuUationes, c'est un corbeau qui avait
enseigné aux Celtes le remède contre un poison redoutable
dont ils imbibaient leurs flèches^. Là aussi, nous retrouvons
la trace d'une croyance totémique répandue, suivant laquelle
le totem veille à la santé et à la sécurité de ses fidèles. Au-
jourd'hui même, les superstitions populaires attribuent aux
corbeaux certaines vertus bienfaisantes qui les protègent, en
Angleterre surtout, contre les coups des chasseurs. Hors
de l'Europe, particulièrement dans le nord-oust de l'Amérique,
les clans qui se réclament du corbeau et de la corneille sont
encore nombreux 6.
1 . S. Reinach, Catal. sommaire du Musée de Saint-Germain, p. 3 1 .
2. Grimm, Deutsche MytboJ., 4e éd., t. II, p. 559.
3. Pseudo-Plut., Defluviis, VI, 4; cf. Ga^. archéoL, 1884, p. 257.
4. Revue Celtique, 1895, p. 45; S. Reinach, Guide illustré, fig. 52.
5. Mirah. Auscult., LXXXVI.
6. Frazer, Le totémisme, trad. franc., p. 8, 40. Cf. ibid., p. 34, pour un
exemple australien.
■t.
l
304 Salonwn Reinach.
Je suis loin d'avoir fait valoir tous les indices qui autorisent
à reconnaître une phase totémique dans le développement des
religions de la Gaule. Un pareil travail exigerait un fort vo-
lume ; il faudrait, notamment, tirer parti des données de la
médecine populaire, des superstitions concernant les présages,
des récits qui ont constitué les contes d'animaux et l'épopée
animale du moyen âge. La tâche serait difficile et périlleuse,
car si l'abondance des documents littéraires est extrême, on
doit, d'une part, se méfier sans cesse des emprunts possibles et,
de l'autre, craindre les légendes demi-savantes qui viennent
grossir et souvent dénaturer le fonds des traditions vraiment
indigènes. Ces chances d'erreur n'existent pas ou sont bien
moindres quand on s'en tient aux informations peu nom-
breuses, mais certaines, que fournissent l'onomastique gauloise
et les monuments figurés gallo-romains. Leur témoignage m'a
paru suffisant pour motiver une conclusion que l'étude com-
parée des religions primitives devait faire pressentir a priori.
Si l'on consulte les derniers travaux d'ensemble dont les re-
ligions celtiques ont été l'objet, ceux de MM. Rhys, d'Arbois
de Jubainville et Bertrand, on n'y trouvera aucune mention
du totémisme ni des tabous primitifs. C'est que les mots de
totem et de tabou sont encore tenus en suspicion par les esprits
pénétrés d'idées classiques; l'on ignore trop volontiers que s'ils
nous viennent, l'un de l'Amérique du Nord, l'autre de Poly-
nésie, les conceptions qu'ils désignent sont universelles et ré-
pondent à des faits sociaux partout observés. Supposons que
l'homme n'eût pas été arrêté par ces scrupules élémentaires
qu'on appelle des tabous et dont le monde animal lui-même
trahit l'influence ^ : il aurait dévasté la nature entière au lieu
de la plier à ses besoins, de l'assujettir progressivement à sa
volonté ; bien plus, les hommes se seraient déchirés entre eux
et la civilisation même la plus rudimentaire n'aurait pu naître^.
1 . Les animaux qui vivent à l'état grégaire obéissent certainement à des
tabous, ne fût-ce que lorsqu'ils s'abstiennent de se dévorer entre eux.
2. Qii'on se figure deux tribus dont Tune détruirait tout avec l'insou-
ciance de l'enfance, tandis que l'autre serait accessible à des scrupules; il
est évident que la seconde seule aurait chance de subsister, la première
étant condamnée à périr faute de gibier, de végétaux, etc., après avoir plu-
Les survii'ancis du Totémisme. 305
Parmi les innombrables tabous primitifs, d'autant plus stricts
que les sociétés sont plus grossières, une sélection s'opéra et
s'opère encore, où les nécessités pratiques de la vie, la science
naissante et la sagesse des législateurs ont eu leur part. Ç"a été
une des erreurs du xviii^ siècle de croire que l'homme, natu-
rellement libre, aurait été asservi, à l'aurore de l'histoire, par
l'astuce des législateurs religieux ; en réalité, les législations
religieuses n'ont maintenu qu'une partie des prohibitions exis-
tantes, sans jamais en introduire de nouvelles, et ont marqué,
par suite, des étapes dans la voie de l'affranchissement de
l'humanité ^ La religion, la morale, le droit civil et criminel,
même les règles de la bienséance viennent de là. Car si les
restrictions qui limitent les énergies de l'homme sont nées
de la superstition, elles finissent toutes, à la longue, par
passer au crible de la raison, de la science et de l'expérience,
qui arrêtent au passage celles qu'un motif d'intérêt social ne
protège pas. En tant qu'ils assurent la conservation des ani-
maux et des végétaux, les tabous primitifs constituent le toté-
misme qui n'est, à proprement parler, qu'une convention pa-
cifique, un pacte d'alliance entre l'homme et la nature qui
l'entoure. A ce contrat d'origine mystique, l'humanité^ ou du
moins une partie de l'humanité, a dû la domestication des
animaux et la culture des céréales, sans lesquelles ses progrès
ultérieurs auraient été impossibles. C'est donc par les tabous
et les faits de totémisme qu'elles révèlent, bien plus que par
leurs théogonies et leurs Panthéons, que les religions de l'an-
sieurs fois changé de séjojr Ainsi la sélection s'est faite au profit des plus
sages; s'il a jamais existé des clans dépourvus de tabaus, ils ont dû dispa-
raître très rapidement.
I. C'est ce qu'a entrevu le génie de Miimonide {More Nebonchim, III,
47); il a le premier émis 1 idée que les régies de pureté ritJslle, loin d'être
un fardeau imposé au peuple par le législateur, étaient, au contraire, un
allégement, une simplification des règles beaucoup plus conipli.pées que
l'usage et la superstition imposaient aux autres peuples. Il cite à cet égard
les Sabiens, chez qui la femme aux époques était absolument isolée de
tout contact, devait demeurer dans une maison séparée, etc. (cf. Munk,
Paksline, p. 165). Sur les tabous cruels et compliqués de la menstruation
chez les peuples primitits, voir Durlcheim, Année sosiologique, t. I. p, 43. — -
Il est à remarquer que la législation dite mosaïque n'a pas accueilli la prohi-
bition de manger le tendon de la cuisse, qui est pourtant mentionnée comme
générale dans la Genèse, XXXII, 52.
jo6 Salomon Reinach.
tiquité se rattachent à Thistoire générale des sociétés humaines,
dont elles préparent et reflètent tour à tour les vicissitudes.
Les théogonies sont des oeuvres savantes et par suite stériles,
où les seuls éléments précieux pour la science des religions
sont les faits rituels, devenus inintelligibles, que les théo-
logiens, à l'exemple du vulgaire, ont expliqués par les fables.
A l'heure où les Panthéons se constituent, où les divinités se
hiérarchisent, la mythologie naît, comme une végétation
touffue et parasite, sur le tronc déjà bien des fois séculaire de
la religion, dont la période créatrice et féconde est antérieure
à l'anthropomorphisme. Ce doit être la tâche de l'exégèse
vraiment comparative de pénétrer, par delà les théogonies poé-
tiques ou sacerdotales, jusqu'à cts scrupules capricieux, mais,
après tout, bienfaisants, de sauvages, qui sont l'embryon
commun du développement religieux et social.
Salomon Reinach.
ONOMASTICON LUSITANIEN
I. — Tiiinis.
Le fleuve hispuno-portugais qui porte en Espagne le nom de
Tcijo et en Portugal le nom de Tejo, a chez les auteurs anciens
le nom de Tâyo; en grec, Tâgus en latin. Ces formes se trou-
vent, par exemple, dans les écrits de Polybe, Strabon, Appien,
Mêla, Pline, Silius Italicus. Il est facile de trouver les passages
en consultant les vocabulaires ; je m'abstiens donc de les citer
ici.
Pour expliquer la forme Tagus ou Tâvo- je proposerai la ra-
cine ISTAF, qui se trouve dans le grec jTaywv « goutte » S dans
le latin stag-nu-ni « étang »- et dans le breton ster « rivière «,
moyen breton stacr, qui postulent un protoceltique *stag-ra>.
On sait que st- initial peut devenir/- dans quelques langues
indo-européennes :
irl. tibim « je ris », à côté du lit. stebétis « s'étonner » ;
irl. tau « je suis » <C *staj u ;
irl. tatnun « tronc », « racine », cf. ail. Stainin ;
irl. tiagaim « je vais », cf. gr. c-tr/b), ail. steigcn;
irl. tech « maison », lat. tego,- û\. Dacb, cf. gr. itt/oj ;
lat. tundo, cf. ail. stosscii;
lat. tonare, cf. gr. -j-.vim.
1. Léo Mever, VergJ. Grainin. des griech. u. lat. Spr., 2^ éd., Berlin,
1884, p. 889.'
2. Cette forme est en désaccord xvtc rh\-potlièse d'une racine stengo
admise par M. Prellwitz, Elym. IVb. des gr. Spr., Gôttingen, 1892, p. 299.
5. V. Henry, Lexique et. du bret. inod., Rennes, 1900, p. 233.
]oS . J. Lcite de Viuconccllos.
Voir sur ce sujet Brugmann, Gritndriss, I-, p. 726 et 770;
Windisch, Irische Gramin., § 51.
Donc, il ne me semble pas impossible que Ti-;:; soit pour
* Stagos = *Stag-o-s. L'idée de « dégoutter », « couler »,
s'accorde très bien avec le nom d'un fleuve, surtout à sa
source.
Je ne pourrai pas dire d'une fliçon absolue que le mot soit
celtique, quoique le £tit n'eût rien d'étrange, parce que le mot
existe en breton, et il y a en Gaule (C. I. L., XII, 300) un
nom Tagassns, qui semble dérivé de la même racine par le
suffixe celtique -ass- (Zeuss, Gr., p. 786 et 787): le nom de
Tagassns se trouve associé à un nom celtique, Cassibratius . Cf.
en outre le nom du Tagùuius, fleuve de l'Hispanie, aflluent
du Tage; le suffixe -onius peut également être celtique
(Zeuss, Gr., p. vu et 772). On affirme quelquefois que les
noms des grands fleuves ne sont pas facilement remplacés par
d'autres ; mais il y a quantité de preuves du contraire : par
exemple, à côté d'Ister nous avons Danuvius; le fleuve ibérien
Baetis se nomme à présent Guadalquivir. Cependant, si le nom
Tagtis n'est pas celtique, il serait au moins indo-européen.
2. — EudovcUiciis.
A l'époque lusitano-romaine, il y avait sur une montagne
près du bourg de Terena, dans l'Alemtejo, en Portugal, le
très remarquable sanctuaire d'une divinité indigène dont le
nom se présente dans les inscriptions latines sous ces formes :
Endovellicus (la plus fréquente), Endovelicus, Endovollicus, E)i-
dovoJicns, EnohoJicus (une fois), Indovellicus. Voir Holder,
AltkcJt. Spr., s. V. Ce sanctuaire est connu depuis le xvi" siècle.
J'y ai fltit des fouilles en 1890. J'ai recueilli au Musée Ethnolo-
gique de Lisbonne la plupart des monuments qui restent de
ce sanctuaire.
Il me semble que le nom du dieu pourrait être d'origine cel-
tique : j'en reconstruirais la forme primitive ainsi: *Ande-
vell-ico-s. L'élément ande- est la forme gauloise de l'anc.
irl. imi, iiit, iiid ; il joue dans les composés le rôle de particule
Onomasticon Lusitanien. 50g
intensive^ L'élément complexe -Vell-ico-s est un dérivé, par
le suffixe très répandu -ico-s 2, du th. *vello- < *vel-no-,
qui se trouve en Vello-catus, Ver-cassi-vellaunus , Dumno-vel-
launiis, VeU-ates, auquel correspond le gall. et bret. gwell
« meilleur ))5. Selon cette hypothèse, que je soumets à l'appré-
ciation des celtistes, * And éveil ic os signifierait à peu près « le
très bon », « optimus », ce qui convient parfliitement à un
dieu : cf. dii Casses « les dieux très beaux » -t. Par son suffixe
le nom EndoveUicus a l'aspect d'un adjectif, comme la plupart
des noms des divinités lusitaniennes : proprement deus Endo-
veUicus, comme on lit en effet dans plusieurs inscriptions.
* Andevellicos est devenu d'abord * Andovellicos ; la par-
ticule ande- s'est changée en aiido-, surtout sous l'influence du
son labial qui la suit: cf. Ando-hales, Aiido-bru, Ando-matim-
nmn'>. Finalement * Andovellicos s'est transformé en Endovel-
licos = EndoveUicus : nous avons d'autres exemples de corres-
pondance de an à 01 dans le domaine celtique^ Avanticum
< > Aventicuni, Carhantoratc < > Carpenîoraîc, Lantennacus
< '^ * Lenloinacus ; cependant cette correspondance pourrait
être ici particulière au parler local.
La forme EndovoUicus pour EndoveUicus s'explique comme
le lat. volo à côté de vel-le, sous l'influence de 1'/ : cf. Brug-
mann, Grundriss, P, 121.
Le b pour v dans Enoholicus n'est pas un foit étonnant dans
les inscriptions romaines. Dans Enoholicus on peut avoir ou
manque d'un -d- pour * Endobolicus, ou, ce que je crois plus
probable, chute d'un -n- après l'assimilation préalable de }ia d:
Enoholicus < * Ennoholicus < * Endobolicus (ci. /<>//)
< * EndoboUiciis; cette assimilation s'opère fréquemment en
celtique.
1 . Voir Zeuss, Gr., p. 867 et 877 ; et Holder. ob. cit., s. v. ande et Jn-
decaiiinhis.
2. Holder, s. v.
5. Gluck, Dickell. Nain., p. 164 et 178 sqq. ; Zeuss, ob. cit., p. 277;
d'Arbois de Jubainville, Les Noms gaulois, p. 29 et 211.
4. W. Stokcs, UrJcelt., p. 67 ; d'Arbois, ob. cit., p. 187 ; Holder, s. v.
Casses.
5. Voir Holder, I, 139, s. w.ande-.
5 10 J. Leite de Vasconccllos.
Il reste encore hidovcUiciis, avec in- pour en-, suivant les
habitudes de la prononciation romaine.
Selon cette hypothèse, nous pourrions disposer chronolo-
giquement ainsi les formes précitées du nom du dieu lusi-
tanien :
/ i) Endovollicus = Endovolicus ';>* En-
*Andevellicos > ' Andovellicos > En- ) dobolkus > ' Ennobolicus > Eno-
dûvellicus =^ Endovelicus : j bolicus ;
\ 2) Indovelicus.
Nous avons un changement phonétique parallèle dans les
formes du nom d'un roi des Ilergétes (Hispanie) ' : Ando-
balcs, Indehilis, Indibilis, — nom qui probablement pourra
s'expUquer aussi par la particule ando- = andc- jointe à l'élé-
ment hilis, que M, d'Arbois de Jubainville trouve en Bil-bilis
et qui serait pour bilo, qui signifie également « bon » ^. Les
trois formes du nom royal ilergetien seraient pour un primitif
*Ande-hilis, qui constituerait ainsi un pendant phonétique
et morphologique du nom divin lusitanien EndovcUicus =
* Andevellicos.
Parmi les noms des dédicants des autels et des statues qui
étaient dans le sanctuaire d'Endovellicus, il y en a qui pourraient
être aussi celtiques, ce qui fournira un autre argument en
faveur de la celticité du nom du dieu, par ex. MogoUus =: Mog-
ol-io-s (le th. mog- est très répandu en celtique; même en
Portugal, dans le Nord, on trouve, sur un monument con-
sacré à un autre dieu celtique, Anibi-mog-idu-s ; sur -ol cf.
Gr. Celt., p. 766); Conicodius =^ Coni-cod-ius^ (cf. Coni-
acus en Gaule, et Cod-onius aussi en Gaule).
1 . Je pense que quand on veut écrire en français le nom ancien de la
péninsule hispanique ou ibérique, on doit écrire Ibcrie ou Hispanie, et non
Espagne. En effet, VEspagne est uniquement le royaume de S. M. Catho-
lique, tandis que VHispanie comprend VEspagne, le Portugal, Andorre et
Gibraltar. Quelques auteurs français ont déjà employé le mot Hispanie dans
le sens que j'indique.
2. Les noms gaulois chez César, 130.
3 . M. Holdcr, reproduisant la lecture de M. Hubner (C. I. L., II, 6350),
Onomasticon Lusilanicn. 5 1 1
Comme base de cette étude purement linguistique, je pourrai
présenter un texte de Strabon. Cet auteur, en décrivant la
mésopotamie formée par le Tage et l'Anas, ajoute que des
Celtici en habitaient la plus grande partie : t^v Kz\-v/.z>. v£[xcv:a'.
■70 ttXéov ^ Pline parle aussi du Sud du Portugal, du pays
compris entre le Tage et le Sacrum Proniunturium, et dit que
des nations d'origine celtique — génies Celticae — y étaient ^.
Donc, selon les auteurs classiques, il y avait des Celtes entre
le Tage et l'Anas, c'est-à-dire dans la région qui renferme la
province appelée aujourd'hui Alemtejo, dans laquelle, comme
je l'ai dit, se trouvait le sanctuaire d'Endovellicus.
J. Leite de Vasconcellos,
demande si ce nom serait Concordiiis. C'est moi qui ai trouvé l'inscription;
on y lit très distinctement Conicodius.
1 . Géogr., III, I, 6.
2. N. H., IV, ii4-ii6.Cf. m, 13.
512 ■ Whillcy Stokes.
BRUIDEN DA CHOCAE.
(H. 3. 18, p. 713)'.
29. Teclamat Ulaid ind oenmaigin iartain. « Olca for ngni-
ma fri Oi//ll 7 Meidb », for Lon[f]iach mac Lamfaui;, « mar-
badh a muindtire. Ticfiid frib na onimhu dironsaidh friu. »
« Dar mbubtad duitsi on, a t/;raaill! », (or Duhthach, la taba/Vt
forgama fair, Luid uatha ierom Loniach tria luinne ocus aind-
serge di hsoigid AUelh-e ociis Medua.
30. Lotsat Ulaid dno lerna morcoscor di ascnam dia tir.
Batfl/' dono oc a imradli qia hairm i faifitis, ar ro bo deired din
lo ocus robdar bristi atgontae.
« Anam sunn i tig Da Cogre in gabann ocus Luaithe ingine
Loma Luind », [.i. a baincheile, — H. i. 17I or iet, « oc Sleib
Malonn. »
« Ni anfam », ar Aim/rgin, « i £iil ar mbidbrzi 'ar ndenam
ind uilc, ar is la Meidb ocus la Oi//ll in crich f^rsata D.\ Coccx
À. Crich Fer Malonn. Ragmait dia ascnamh ar crichi feisin.
Cunima lind qid adhaigh ^ dûin [inti — H. i. 17]. At niora
glonda Medb.^. Ni côir dia namait a cor i n-eslis. »
« Ni hegail lind », (or Duhthacb, « toidicht cen robadh cuc-
cuind 7 Ferg/Y5 tier diar n-ess. »
« UraScÇ elud 6nd- fir itbcre », for Illond mrc FergM^ai, « ar
iss cutha/ a rathushudh >.
I. V. p. 149.
Da Choca' s Hoslel. 3 1 5
THE HOSTEL OF DA CHOCA.
29. After wards the Ulaid gather into one place. « Evil are
your deeds against Ailill and Medb », says Lonfiach, son of
Ldmfota, « to kill their people ! The deeds ye hâve done
against them will corne against you. 1) « This (is) to threaten
us by thee, thou slave! », says Dubthach, giving a spear-
thrustathim. Then Lonfiach went away from them, in wrath
and hostility, unto Ailill and Medb.
30. So the Ulaid, after their greatvictory, went on towards
their country. They were discussing in what place they
should sleep, for it was the end of the day, and they were
broken and wounded.
« Let us stay hère », say they, « in the house of Dd Choca
the smith and of his wife Luath, daughtcr of Lumm Lond, at
Sliab Malonn. »
« We will not stay », says Amirgin, « near our foes after
doing evil (to them), for the district in which Dâ Choca
dwells belongs to Medb and Ailill, to wit, the District of Fir
Malonn. We wàll go and proceed to our ow-n district. 'Tis in-
diffèrent to us that it is night. Mighty are the deeds of Medb.
No foe of hers should neglect her. »
« We are not afraid », says Dubthach, « of (her) coming
to us without warning, while Fergus is in the west behind
us. »
« 'Tis easy to évade the man thou mentionest », says
lUann son of Fergus, « for slack is his perception. »
514 [Vhitley Stokes.
31. [P. 714]. Deisid oc^e airisemh hi tig Da Choc^. Lotor
do iar suide. Bd si sin in sesiod nghru'iàen Erenn 'na aimsir .i.
Bruidm Da Clioae lii Sléib M.ûonii. For coi ceithre^ sb^ed no
bid nach > bruiden. Ni tabairte acht a beim n-aieoil di cech duine
intib, 7 ni tliecmamg a.cbt a biad côir di cech duine ass sin. Ba
coimeïrqiie laime derce nach bruidhen^.
32. Didechaidh Da Coccas isin tech 7 coeca; fehiiac im-
maille friss 7 a baincéle .i. Luath ingen Lommas Luind, 7 fer-
ait failte fri Corm^fc con:\ sluag. Geibhit/ a suidhe isin tig
iartain.
33. A mbator and ïmiiwrro roiinacotar mnaoi mbelmair
nduib ndedgair^ detaide 'na ndocum, docum na bruidne, 's i
losc tûathcoech. Brat longach roriabach immpe. Duibith/V
druimni dail cech n-alt di o mulLifrh go talm^z/;/. A mong gip-
nech greliath dar a formnasier. Atnais; agualainn frisin n-aur-
sainn 7 gabais for mif^'lmoine din tslûag 7 ior mifoc//l, con'id
and atb^Tt innso :
Beite bronaig hi mbruidin^, beite cuirp theascth:e i fuil/Mi,
beite colla cen cind de. 6ss uir Bruidne ^ Da Choga;, yrl.
34. [Luid uathaibh iairsin in mBadb, 7 daircidh toluid^°no
canus.
35. Tdinic line Uladh atuaidh, ba frtda leo bad(7;- a ter/;/a 7
Cormac ina n-ingnais. Faidid drecbtA mora uath;z/bh atuaidh co
Cruachain^^ i n-aghaidh'- Covmciic 7 dathenn-deithnis inando-
chum da righadh. Indistir doibsin Cormac coiia muindtir do
dul tairsta cum Sen-atha moir. Lodar ina ndiaidh ^3 iairsin for
echlascadhi4 co Sen-dth 7 co Magh nDeirge. Atciati5 ia t-air-
mach annsin. « Is fir », fo/'siat, « is oidhéis cloidhimh Cormaic
ata so. » Lodar rompa iarsin dochum Bruidhne gacb ndm'ch.
36. Inith/zia Cormaic iinmorro cona muindtir a niBruidin.
a. bruieni H. ;. 18.
Da Choca's Hostel. ? 1 5
31. So they seule to hait in Dd Choca's hoiisc. Thithcr,
then, they went. It was onc of thc six royal hostels of Erin
in its time, namely Bruidcn Dâ Choca on Sliab Malonn.
Every hostel used to be at a meeting (?) of four roads. Whoso-
ver was in them was given only one thrust of his fleshfork
(into the caldron), and to each happenedonly his proper food.
Every hostel was an asylum of the « red hand^ «
32. Dâ Choca entered the house, together with fifty ap-
prentices, and his wife, even Luath, daughter of Lumm Lond.
They make Cormac and his army welcome. Then they (ail)
take their seats in the house.
33. Now when they were there, they saw coming to them
towards the Hostel a bigmouthed, swarthy, swift, sooty wo-
man, and she lame and squinting with her left eye. She wore a
mantle threadbare (?) and very dusky. Dark as the back of a
stag-beetle was every joint of her from crown to ground. Her
filleted grey hair fell back over her shoulder. She leant her
shoulder against the doorpost, and began prophesying evil to
the host, and uttering ill words, so that she said this :
Sad will thev be in the Hostel : bodies will be severed in bloods,
Trunlis will be headless, above the clay of Dâ Choca's Hostel.
34. Then the Badb went from them, and...
35. There came tidings of the Ulaid from the north. They
thought their envoys were delaying, while Cormac was apart
from them. So they send great bands southward to Cruachu
to meet Cormac and press him strongly to come and be made
king. Thèse are told that Cormac and his people had gone
athwart them to Sen-dth môr (« the great old-ford »). Then
they followed them at fuU speed to Sen-âth and to Mag Deirge.
There they see the field of battle. « True », say they, « this
is the track of Cormac's sword-point. » Then they fared
forward straight to the Hostel.
36. Now as to Cormac with his people in the Hostel.
I. Cf. Welsh Uaivrudd « murdcrer », « having a red hand », Uatvrudd-
iaeth « bloodshed ».
3 16 Whitlcy Stokes.
Ni cian dia mbadar ann iair micelmaine na Baidbhe dôibh,
7 siad dubhach, dérach, dubronach, cocualadar^^ Genann aga
radh, [fo. 9''] agus se for or ^7 na Bruidne. « Atciu oig tair Mag
nD^rg anois », (or se, « aniar gach néïrecb, 7 dar lem is iat
Ulaid uili iat. » Eirgid uaill 7 borrfod a n-aignid Chormaic
cona. mumdtir o'dconncadar a cwraidh 7 a cathmhil;V/'^ ina ndo-
chum co dor//j'9 na Bruidne.
37. Tiagaid Ulaiii isin mBruidin iarsin, 7 gabhaidh gach
aen a inadh innti for inbedhaibh [leg. inadhaibh ? imdadh-
aibh?], amal ba bes doibh .i. ga;; isel a n-inadh uasail acu.
Suïdhis Aimirgin isin foclu feinidha for deisincaibh Cormaic.
Suid/5 Car/;/ isin ursain dia aghaidh-° isin leith airaill. Suidiiù
Fiacha mac Fir ablia isin tbchla-' feinedha da laimh alaind
aimdeisin righ. Suid/V Fiacha Caech mac 2- Fergusa ind ursaind
eile. Suid/j Illann Find mac Ferg//^a for a deis-laimh Cormaic^
7 Duhibach for a laimh sin. Suidh/5 gach fer iarsin amal ro
dhhgh dor^Vr athar 7 senathar — ■ B.].
38. Imtusa Loniach-) iminonv. Is ed adfiedor sunn.
Diluid side co hairm i mboi Ai//ll ociis Medb, ociis adfetdoib
scélse. Ro airHset ierom Condachtac i comairle qid digendais.
Albert Mede : « Diberthor muinbech im Ferg«j- occ//msa »,
for si, « ocus fostfaider i ùis he, 7 ragait Connachtai a ndiaid ^4
Cormaic co ragbat tech fair cid be airm i faiti indocht. »
39. Ron-gab Mcdb oc indlach Cormaic fri Ferg/^y andsaide.
« Ba husa25 det », ol si, « mac ind fir rot-innarb [as do thir
fein — B.] ocus dono ^^ dar do cinn dorona^ Conchobar fri Nés
he i rigod^" it fiadnaise. »
40. Ro cetaig dno iersin ter/;/ indiaid Corbma/c.
41. Lotor dno ina dieid maie Magach .i. im Cet, im Aillf
Ard-agach, im Eochaidh Beg mac Fchach Rond, im Maine Into-
gaid mac Maine Morgair, im Maine mac Cet meic Magach, im
Mos; Corb mar Coiichobair Abratruaidh mie Find mie Rosa.
Du Chocas Hoslel. 3 17
They had not beeii long there aftcr the Badb's prophccy of
evil to them, and they gloomy, tearful, mournfLil, wlien they
heard Genann speaking to them, and he on the edge of the
Hostel : « I see warriors now coming straight over Mag Deirg
from the west, and methinks they ail are Ulaid. » Pride and
exultation arise in the spirit of Cormac and his people when
they saw their heroes and their battle-soldiers coming towards
them to the door of the Hostel.
37. Then the Ulaid enter the Hostel, and each takes his
place therein on couches, as was their custom, that is, no in-
ferior in the place of a superior. Amirgin sat on the cham-
pion's seat to the right of Cormac. Cacht sat down at the
doorpost in flice of him on the other cide. Fiacha, son of Fer
aba, sat on the champion's seat, on the king's beautiful left
hand. Fiacha Caech, son of Fergus, sat by the other doorpost.
Illand the Fair, son of Fergus, on Cormac's right hand, and
Dubthach on his left hand. Every man thereafter sat as he was
entitled by reason of father and grandsire.
38. Now touching Lonfiach. This is hère declared.
He went to the place where Ailill and Medb were, and tells
them (his) tidings. So they consulted the Connaughtmen in
a council as to what they should do. Medb said : « Fergus
shall be cajoled by me, and he shall be detained hère, and the
Connaughtmen will pursue Cormac and storm the house upon
him, wheresoever he sleeps tonight. »
39. Then Medb began severing Cormac from Fergus,
saying: « It were easy for thee to crown the son of the man
who banished thee from thine own country, (and to see the
son) whom he, instead of thee, begat on Nés ^ crowned in
thy présence ! »
40. So then Fergus consented to pursue Cormac.
41. After him then went the sons of Maga, including Cet,
and Aille Ard-agach, and Eochaid Becc, son of Eochaid Ronn,
and Maine Intogaid, son of Maine Morgar, and Maine, son
ot Cet, and Mog Corb, son of Conor Redbrow, son of Find
I . Cormac was the son of Nés, once the wife of Fergus, bv her own
son Concliobar.
Rt'vuc Cdiiqiu, XXL 22
3 1 8 Wlntley Stokes
Deich cet laoch il-lion. Luid do/w Loniach rompa \ior eoh/5 —
B.]. Ni boi doMo cliu cen scieth, nô lamh cin laighin, no crios
cen cloid^w leo.
42. IS andsin ro cachain Suamach mac Samgubc-e, stnchaid
Corma/c ConÀXongis ocus a aiti, ina rundu sa, ic taircetal doib
i[n] neich aratbui, ar ba fisid-siî/m ocus ba fer moreolais : co
w-epéTt indso :
Maircc dibeir tocb a deo de
deis Loiniach meic Lamhfotîe, yrl.
43. Lowr diu na sloig rompa do soigh/W na Bruidni, 7 dei-
simr ina comnaidi^^ ina i^rrad. Cuirit iarî//;/ toisceltai [.i. Mog
Corb 7 Corb Gailli — H. i. 17] uatibh for Bruidin, 7 ro soiset
iarsin d' indsoig/W a muinntire, 7 atfiadad a sct'/ai doib, 7
cinnw^ -9 in tsloig 7 in chostaid ^° atchondcawr.
44. « Rangamairni eimh », ol Mog Corb, « rigtech romor
7 slogh bûr3' borrfa^ach isin tig-sin, co tlachtaibsainamhraib32
[co sciathaibh aille allm;/rda, co slegaibh slinngera — B] 7 co
cloidmib tromaib tairceltachaip35. Culmongai [finna forsgailti
— B.] for fuirind dib, bé^rth^ slechta for fuirind aile, occus
cruindberrthœ [comairda — B.] for fuirinn aile. »
« Forfetamairne sin », ar Loniach 54, « .i. teglach in rig 7 a
amsach'), [Mairg nos-rig, mairg nos-rachadh ! Bid lir laich36
a cosair cro leo ac cosnam 37 a tigherna » — B.].
45. « Rancamairni àono tech n-aili fil i mullach na tilcha;
.i. bant/'acht38 baillgel bLigairuisc39 isin toigh [sin, 7 ûacht illa-
thach examhail do àerg 7 do ghorm 7 d'uaine umpa — B.]
Mflicaimh [mine muillechlethna ann — B.] 7 coin i slabrarf-
aip4o, y Qess q^ji y airfif^ [7 inntlais — B.] and. A imthaim
caich sratslige soch^/We do soigid in toige. Ni facamair ocbaid
no amsaigh and olcena;.
« Forfetamairni sin », for Loniach, « edon, bandtracht ind
righ 7 na rign^e .i. Neme ingine Celtchair m^vc Uithechair
insin. [ocus bidh cruaidh coiseonwr a fuil isin tigh sin », bair
Loinfiach — H. i. 17].
46. « Rancumar àono tech n-aile [ann », ar Mogh Corb —
H. I. 17] « fil hi cobfan na tilchiç on tig sin sios. Ro hecr^^
in tech di rmrçchaib 7 di rodain//; 7 di m^rcaib rig 7 roflatha,
Da Clioca's Hoslel. 319
mac Rosa. Ten hundred heroes was their number. Lonfiach
too, preceded them to guide them. No body among them was
shieldless, nor hand spearless, nor girdle swordless.
42. Then sang Suamach son of Samguba, the shanachie
and fosterer of Cormac Conloinges, thèse staves, prophesying
to them ail that would befall them, for he was a seer and a
man of great knowledge. And he said this :
Woe who trusts ... after
aftcr Loinfiach son of Lâmfota, etc.
43. So the hosts fared forward to the Hostel, and sat down
near it, waiting. Then they sent spies, Mog Corb, to wit, and
Corb Gaille, to the Hostel ; and afterwards thèse returned to
their people, and declared to them their tidings, and what kind
of folk and usage they beheld.
44. « We reached », says Mog Corb, « a huge palace
with an angry, furious folk therein, with variously wondrous
garments, and beautiful foreign bucklers, and sharp-pointed
javelins. On some of the men were flur disshevelled back-
manes, on others clipt heads of hair, and on others heads of
hair, round and equally high. »
« We know thèse », saith Lonfiach: « the household of the
king and his soldiery. Woe to him that attacks them! woe to
him that should attack them ! Many w\u"riors will they hâve
in a litter of gore, defending their lord. »
45. « Then w^e reached another house on the summit of
the hill. Women with bright limbs and hyacinthine eyes were
in that house, wearing various, many-coloured garments of
red and blue and green. Gentle, broadcrowned boys were
there, and hounds in leashes, and musicians and minstrels and
players (?). From the ... of every road (comes) a multitude to
seek the house. We saw^ no warriors or soldiers there besides. »
« Thèse, too, we know », says Lonfiach : « to wit, the
womanfolk of the king and of the queen, Ném, daughter of
Celtchar, son of Uthechar. And hardily will their blood be
defended in that house », says Lonfiach.
46. « We reached another house there », says Mog Corb,
« which is below it on the slope of the hill. It was arranged
with lords and mighty m?n and kings' sons and great princes
320 Whitley Stokes.
7 di rignaib aill/7' etvochtaib. Is lor di soillsi im;;/c;;'r() isin tig
cenco mbeit marless nô righccndli and, imat na tlacht n-exa-
mail 7 na mbrcthn^i' n-ilccar n-imdenmach 7 na scieth n-ordîe
7 na cloid^m n-orsnaith, 7 drechta2 4' na riùrech 7 na rorigon
filit isin tigh. Nisn-athgneorsas Cormac feisin acbt minap he
fil i midlisi in tigi .i. fer gormainecli mar. Rose gleordha." ina
chind. Detgen coir occa. Aiged fochaol forlethrt». [P. 717]
Linfolt find fota forordha^ fair. Ulcha; degabkr/; fota 4^ ecsidhe
fair. Fuan corcra imbe, milech^? arcfl// ann. Chidcfji co n-elta
ina laimh. Is righdae in drech 7 is seisseilbe airdrig occas. »
« IS he sin t;a Cormac direir a tuarascbala )>, îor Loiniacii.
47. DeissitMr trd lucht na hoircne ina suide oc idn^/Whe
deiridh na hoidchi fri derach .i. fri horcain, mBruidnic.
48. A mbadar lucht na Bruidne fora nd-imrait/Z'44 cotlais
Aimirgin mithissin45 mbic. IS edh tarfas do ina chotlud46j
Coim.y.cbtx ic togail na Bruidne 47 foraib, 7 cacli oc airlech araile
impe. Diuchtrais co huathbasflrh asa coûnd. « Tath-cein4S »^
(or Cormac, « qid and sin? » IS and isb<'rt Am/rgin : « Andord
fiansa for mach muine, etc.
49. « Eirgidh », for Amirgin, « a fira ! Bid cach uaib ind
aircill a n-arm, air tait namhait icabur n-iondsaig/J. » Ni
cian iarw;;; batar forna himraitib-sin co tancatar na sloig
amuich, co ndt'rnsat /r/cuartiç49 dib immon tech. Atnagat a
n-andord 5° n-eissib. « Din-ruacht in rop ecail lind », ol Aim-
irgm. « Fogebait a n-acalk/;;/ lind sund », ol Corpmac,
« atat oig lind doib ».
50. Dodechoid di^« Suamach m/7C Samguba; aniar a ndiaidh
na turrgraighe di bhreith5' rohaid da dalta;, cor-rainic Tulaig
Dér .i. deraî (oh-e ro theilg in Dagda; inte a comrac fri tasc a
meic in Cermâfta;, [P. 718] comd de digairter Tulach Der di.
O'tro/niairc hruin Suamoch daigh na hoirgne uad fora dalta;,
ni ro damair do, co ro bris a cride ann. Conld de digarar Druim
Suamaig don t'ûaig o sin co sudiu.
Dd Chocds Hcstcl. 32 I
and bcautiful bright nobles. Though there were no great light
or royal torches therein, enough of radiance there is froni
the varions garments and manifold ornamented brooches, and
gilded shields, and swords hilaid with golden wire, and the
parties of princes and great lords who are in the house. I
could not recognise Cormac himself unless it were he who is
at the midbeam of the house, to wit, a man noble-faced, tall,
with agleaming eye in his head. An even set of teeth hehath.
A visage broad above, narrowbelow. Pair, long, golden, flaxen
hair upon him. A beard he hath, two-forked, long, ... He
wears a purplegown with a brooch ofsilver therein. A hiltcd
sword is in his hand. Royal is the countenance, and an
overking's tumult he hath. »
« This, then », says Loinfiach, « is Cormac, according to
the description of him. »
47. So the destroyers sat down, waiting for the end of the
night, wreck, that is, to destroy the Hostel.
48. While the folk of the Hostel were musing, Amirgin
slept a little time. This is what appeared to him in his sleep
— • Connaughtmen destroying the Hostel on them, and each
slaughtering another around it. Ont of his sleep he awoke in
horror. « Be ye silent a while », says Cormac: « what is
that there? » Then said Amirgin: « The low roar of cham-
pionship », etc.
49. « Arise, O men ! » says Amirgin. « Let each ofyou,
get ready his weapons, for foes are coming to attack you. »
Not Ions; then were thev at thèse musinsis till the hosts came
OLitside and made three circuits round the house. They utter
their battle-cry. « What wefeared has reached us », says Amir-
gin. « They wiU get their answer hère among us », says
Cormac : « we hâve warriors for them. »
50. Then Suamach, son of Samguba, went eastward after
the expédition, in order to warn his fosterling (Cormac); and
he reached Tulach Dér («the Hillof Tears »), that is, tears of
blood which the Dagda had shed there on meeting the report
(of the death) of his son Cermait : hence it is called « Hill of
Tears ». Now when Suamach saw the flame of the wreckinij
inflicted on his fosterling, he did not endure it, and his heart
32 2 Whitlcy Stokes.
51. Gabsatind firforbaisi in tighe for Cormrtc, ocus adnaiter
tenti isin rigte^h. O'iconnakc Coniach sin ros-gab aitbnchus
im a naimdiu di tahain di soigh/'J a comaltas. Luid side iarsin
isin rightech i mboi Corbm^c co ro ferad a comlann immaille
friss. Diunsi 52 doHo Dubt/;af/7 beim di cloidhÉ';;d'i mar dô, co to-
bacht a chend de, conid cett-echt Bruidne e.
52. [Adaigt^T na teinnti iarsin 5? do gnch aird don Bruidin.
Innsaigw Fergna mac Finnconnaamach, 7 marbrtf5 54 .l. fer n-
armach 55 n-incomluind dibh, 7 bâidhis 5^ na teinnti 7 innarbais 57
in sluagh tar 58 foithribh amach, 7 tic imsldn dorisi 'sa
mBruidin.
INdtaighid in sluagh doriis cum na Bruidne, 7 fadoighid
na teinnte. Eirgis Fiacha mac Fir abha, 7 bdidis 59 na teinti, 7
mavhais cet oclach, 7 innarbais in sluagh.
Tinntoigid na sloig doriis 7 doighid ceitbri teinnti dimôra
isin mBruidin .i. teine^^ gfl!c/;a hairdi 7 gâcha slessa^^ di. Tic
Duhtbacb amach iarsin 6-, 7 bdidhis^j na teinnti 7 innarbais^^
na sloigh co hagairb 7 etrocar, 7 marbais ^5 cet dibh, 7 intai-
ghis co Bruidin ina frithing.
Adaigit na slôigh na teinnti a côig hairdibh isin Bruidin.
Ticc lUann Finn mac ¥ergusi\ amach iarsin, 7 baidhis^^ ^^
teinnti, 7 marbhais^7 cet don tsluagh^^, 7 innarbais^9 tar foi-
thribh iad. — H. I. 17].
53. Tsànic Lughaid Lamderg ocus ro gab nertlic cloiche
moire fria aiss, 7 srethis uadh for Illand mac Fergiisœ, co far-
caibh cen anmain. Rw^-geib Fiech^ mac Fir Feibe in cloich
frie aiss. « Is cual7° curadh insin », f(?r Aimergm^ « ocus dosroi
aithes di ». Sreithis Fiacha in cloich/^ imach for Lugaid Laim-
d^rg, cor-ro sécher [?] cen anmain 7^. Gebtii'73 Cet in cloich, 7
d/<j--cuir i mBruidm co ro marb fer di. Geipti Fiechnz Caoch
mac ¥ergusà in cloich 7-* 7 marbais fer di amach.
54. Cid fil and tra, acbt marbtor moirseisior anonn di 7
moirseisior imach 73. Sreithis Duhtbacb rod n-urcuir di tar
Bruidm seachtair7^, conid i aenha fil i topur Cille Lasra indiu,
ar ba si an rigbruidévz insin Ceall Lasrx indiu, ar ni bidh rig-
Dd Chocas Hostel. 32 j
brokc. Wherefore from that time to this the hill is called
Druim Suamaig (« Suamach's Ridge »).
51. The men besiegeJ the house where Cormac was, and
fires are setablaze in the palace. When Lonfiach saw this he
repented having brought foes to attack his fosterbrother. Then
he entercd the pahice that he might do battle along with Cor-
mac. But Dubthach dealt him a blow with a cla3'more, and
eut ofF his head. So that was the Hostel's first deathblow.
52. Then the fires are kindied at every point of the Hostel.
Fergna, son of Finnchonna, rushcd forth and killed fifty of the
men, armed, fit for combat: and he quenched the fires, and
drove the hosts out over the ridges, and came back unhurt into
the Hostel.
But the host returned to the Hostel andkindle the fires.
Then Fiacha, son of Fer aba, arose and quenched the fires, and
killed a hundred warriors, and drove away the host.
Again the hosts return, and kindle four vast fires in the
Hostel, a fire at each point and each side thereof. Then Dub-
thach comes forth and quenches the fires, and drives the
hosts bitterly and mercilessly, and kills a hundred oi them,
and then turns back to the Hostel.
kifive points in the Hostel the hosts kmdle the fires. Then
lUann the Fair, son of Fergus, sallies out and quenches the
fires, and kills a hundred of the host, and drives them over
ridges.
53. But Lugaid Redhandcame, and took a great battle-stone
on his shoulder, and hurled it at lUann son of Fergus, and
left him Hfeless. Fiacha, son of Fer Feibe, took the stone on
his shoulder. « That is a hero'sfaggot ! » says Amirgin, « and
shame will come to them therefrom. » Fiacha hurled the
stone out at Lugaid, so that he ... lifeless. Then Cet got the
stone and cast it into the Hostel, and killed a man with it.
But Fiachra Caech, son of Fergus, seized the stone and by it
killed a man outside.
54. Howsoever, seven are killed by it outside and seven
within. Dubthach hurled a cast of it out over the Hostel, so
that it is the one stone that is now in the well of Cell Lasra
— that royal Hostel is now Cell Lasra — for at that time
^24 Whitlcy Stokes.
bruid^'H cen uisq//^ trithi uô uisqm' ina forrm/h isin aimsir sin.
5 5 . IS di sin ro cet Aimergin na hriathra sa :
Cual Fiachna ail curad, -ri.
Is di ro cet "7 :
Lia fil a n-ichtar Bruidne. is lia foraccaib buidhni
Lugaid Laimd^g rod;/5-l;i. for lUanii mac Tergusx.
Rolà Fiachna for Lugaid, dorroi hi cossair chro in curaidh,
da sechtflr laoch ardomtha. edh robithe don li'a-sa78. Lia.
56. Atraracht in slog dieroile andside 1 maig. « IS ferr techt
immach occaind, a occa », for Cormac, a corub i muig cui-
remur cuindscli. » Conid ann itbert na briathrasiï;79 oc erge
[P. 719] documb in chathas :
« Uathmar gair dono gair Bruidne 80^ jrl.
57. Lotar dïiJii a Bruid/u imach iertain, 7 brisit sleScT ocns
laochdoirsi na Bruidne ^° rompa imach, ocus dogmet cipi crûad-
chatlia ^^ dib ier torr^r/;/ain i miiint/ri as crtch aird cucaï. Ocus
ferthor imaireg aith amnas etorrai, co rabat^r lechtluigi^^ l^^och
etrtrr^, ocus co riaclu fuil ferna oca cecbt2.r da linu.
58. Fogeib Cormac ail cloiche fo cois 7 srethis ruot n-ur-
chuir l'iadha for Mog Corb, cor-ro bris a scieth fair, 7 co ro
trasccair co talnw/;/ é, conid isin ind clocli fil [a whar — H.
I. 17J isin Bruid/;z^3 medônaigh indiu. Ni tairnaic uaid erge
intan ranaic Cormac 7 Cacht mac Ilguine cuici co ros-marbsat.
Ait tra i mbith ind laith gaile^ [astigh no beiredh a tholg isin
cath dn agair, gur' sgaiW 7 gur' sgab^tf 6 cheile uili iat iarsin.
Lenais cach a thadhruim dibh — H. i. 17] isin chath cecb-
tardiTe.
59. Lotor asin chath secht^r .i. Eochaid Bec mac Echach
Rond, ri Fer Craibe, 7 Maine Antacaid mac Maine Morgair,
co 7zdorcratar i Cnuic in Coscair la Cacht mac Ilguine 7 la
Cormrtc Condhhiges ier scis comlaind, co filet il-lechta; isin
•>. leg. in lâth gailc = an latli gaile, H. i. 17.
Da CliocdS Hostel, 325
there wns no royal hostel without water through it or watcr
near it.
55. 'Tis of tliat stonc Amirgin sang thèse words :
Fiachna's faggot, a liero's shame, etc.
Of it was also sung :
The stone that is at the bottom of the Hostel is a stone that left troops
(lifeless). Lugaid Redhand hurlcd it on Jllann, son of Fergus.
Fiachna hurled it on Lugaid, it ... the hero in a Httcrofgorc: two hep-
tads of heroes ... wcre slain hy that stone.
56. Then ihe one host wentforth to the other. « It is better
for us to go out, O warriors ! » says Cormac, « so that we
may put the fray outside. » Whereupon he uttered thèse
Word in going to the fight :
« An awful cry is the HosteFs cry, etc.
57. Thereafter they sallied forth from the Hostel, and break
out before them its sides and hero-doors, and form phalanxes
of hardy battle after the coming thither of their people from
every point. And a keen, hard conflict is fought between them,
sothat there weregrave-beds of heroes in the midst, and blood
reached their girdles on each of the two sides.
58. Cormac finds a rock ofa stone under foot, and hurled
a cast of it on Mog Corb, so that he shattered his shield, and
cast him down to the ground — and this is the stone that is
now in the well in the middle Hostel. He had not finished
rising up when Cormac and Cacht, son of Ilguine, came to
him and killed him. Now wherever a champion of valour
was within, he bore his breach into the brilliant, véhément
battle, so that afterwards they were ail dispersed and scattered
by each other. Every one of them followed his ... in the battle
on either side.
59. Away out of the battle went Eochaid Becc, son of Eo-
chaid Ronn, king of Fir Craibe, and Maine Antacaid, son of
Maine Môrgor, and fell on the Hill of Triumph by Cacht son
of Ilguine, and by Cormac Conloinges, after weariness of con-
?26 WliitUy Stokes.
cnoc beos, conid de dogarar Sliab Bicc de .i. o Eochu Beg mac
EochflTÂ Roiul.
(To be continued.J
Whitley Stokes.
NOTES
1. aghaidh H. 3. 18.
2. ind H. 3. 18, on H. i. 17.
3. rathugh H. 3. 18.
4. ceitie H. 3. 18.
5 . nac H. 3. 18.
6. bruighen H. 3. 18.
7. Geivit H. 3. 18.
8. leg. ndegdair ^ deaghdhair .i. luath, O'Cl. ?
9. mbruigin H. 3. 18.
10. leg. taircidh doluid?
11 . Cruain H. i. 17.
12. inadhaigh H. i. 17.
13. inandiaigh (?) H. i. 17.
14. echla kscadh H. i. 17.
15. Attiat H. I. 17.
16. culaladar H. i. 17.
17. for H. I. 17.
18. chathmil/rf H. i. 17.
19. ina ntocum co loxus H. i. 17.
20. adhaig H. i. 17.
21 . ochla H. I. 17.
22. mhac H. i. 17.
23. Loinfiacha H. i. 17.
24. ndiaigh H. 5. 18.
25. tuisemlar/;/ H. i. 17.
26 don H. 3. 18.
27. i. e. a ri'gad
28. comnaigi H. 3. 18.
29. cinus H. 3. 18.
30. chostaig H. 3. 18.
3 1 . brighach H. i. 17.
32. -rauib H. 3. 18.
33. toirtbuill('c/;a H. i. 17.
34. Loinfiacha H. 1 . 17.
35. a amais fuil ann sin H. 1. 17.
36. laie H. I. 17.
37. a cosnama H. i. 17.
38. buntracht H. 3. 18.
39. buadroscach H. i. 17.
40. Milcoin niera niinbreca /o/- slab;adaib ann H. 1. 17.
41 . drechœ H. 3. 18.
Du Chocd's Hostil. py
flict. So that there still arc many graves on the hill, and it is
called Becc's Hill, from Eochu Becc, son of Eochaid Ronn.
42. Ibtu H. 3. 18.
43- milec H. 3. 18.
44. raitsecaib H. i. 17.
45. mitissin H. 3. 18.
46. cotalad H. 3. 18.
47. bruigne H. 3. 18.
48. Tatcein H. 3. 18.
49. quarta: H. 3. 18.
50. a ndord fiansa H. i. 17.
5 I . vreit H. 3. 18.
52. Dorât H. 1. 17.
53 . irsin H. i. 17.
54. mïirhais H. i. 17.
55 . airmach H. i . 17.
56. baithis H. i. 17.
57. innairbais H. i. 17.
58. tair H. i. 17.
59. baigis H. i. 17.
50, tiene H. i. 17.
61 . slec/;/a H. 1.17.
62. 7 iairsin H. i. 17.
63 . baigis H. i. 17.
64. innairbrt/5 H. I, 17.
6^ . mairbflw H. i. 17.
66. baigliis H. i . 17.
67. mairbhfl/5 H. I. 17.
68. dona sluaigh H. i. 17.
69. innairbaw H. i. 17.
70. quai H. 5. 18.
71 . chloich H. 3. 18.
72. gur' fagaib gan anmaiii hé, H. i. 17.
73 . Geibid H. i. 17.
74. Gabais Mogh Corb î iarum. H. i. 17.
75. in urdail ccVna amach, H. i. 17.
76. u[o]dhes H. I. 17.
77. qet H. 3. 18.
78. liaa H. 3. 18.
79. briatrasse H. 3. 18.
80. bruigne H. 3, 18.
81 . cruadcatha H. 3. 18.
82. lechtluide H. 3. 18.
83 . bruig/'» H. 3. 18.
REMARQUES
AUX
FOUR ANCIENT BOOKS OF WALES
A. — Le Livre d'Axeurix.
L — Les noms de lieux ; Vaiiteur et son époque.
On s'est donné beaucoup de mal pour localiser le Gododin
dans le nord de l'Angleterre. Le Manan Giiotodin de Nennius
donne à ces tentatives quelque apparence de fondement. De
ce nom, je ne dirai rien, restant fort perplexe sur sa valeur et
sa signification.
Catraeth ou Cattraeth a été identifié avec Catterick en Yorks-
hire, qu'on suppose être le KaT:'jpa/.Tdv.;v de Ptolémée et le
Calaracton-e de l'Itinéraire d'Antonin. Il est évident que Ca-
taracton, comme M. Rhys en a fait la remarque S eût donné
Cadraethon, admettons môme par suite d'une évolution dans
le mot, Cadraeth, mais non Catraeth qui partout a / dur. Ca-
traeth se comporte comme Cateyrn (Catotigirni dans une
inscription) et suppose si on le replace en vieux-brittonique
Catù-tract-. Après M. Rhys, M. Ferdinand Lot-, avec de nou-
veaux arsruments a identifié Kaer Iiideii avec le lodeo du Gor-
chan Maelderw (Skene, Four anc. Books, II, p. 103, v. 30). En
elle-même, l'hypothèse n'a rien d'invraisemblable. Il est par-
I . Artliitrian Lc:^end, p. 240-241, note 5.
2. Revue Celt., XXI, p. 9. Tri guaid ne peut signifier trois fois, giujitJ}
étant du féminin. Il est probable qu'il faut lire trïguaid = trywiiilJ], équi-
valent de combat, de tri-, préfixe intensif et de giuaitl}, combat (cf. fry-
friuyd dans le même sens). II est même possible qu'il y ait eu dans le texte
yghat en triguaid ; ce n'est pas nécessaire.
Four Ancien! Books of Wales. P9
faitement sûr que les Gallois ont pris part avecPenda de Mer-
cie à des expéditions en Northumbrie, de concert avec les
Bretons de Strat-Clut. Le mot merin, comme je le montrerai
plus bas, a bien le sens que lui attribue M. Ferdinand Lot.
lûdeo m'inspire quelques inquiétudes. Dans le Gorchan Mael-
derw, lu gallois ordinaire n'est représenté par o que dans un
seul cas : lorsqu'il est consonne : irileo = tryleiu ; dco{(\m ne
signifie pas Dieu) = tew ; ero = erw. Que si on suppose u
long (il), on est en présence d'une impossibilité : jamais iil ne
peut être représenté par io- ; il a donné /" en moyen-gallois :
Iddas = ludas ; Ithael = lii'S-hael, etc.
Quoi qu'il en soit, voici des noms de lieux que toute l'ingé-
niosité du monde ne saurait placer ailleurs qu'en Galles.
Acron : plusieurs héros en sont (69, 68, 82, etc.) : c'est un
district connu de Cardigan.
Arvon : un héros est appelé dialgur (= dialiur) Arvon, le
vengeur d'Arvon (Skene, II, Gorch. Maeld., 105, i).
Caeriuys (77, 27), en Flint.
Elvet (102, 33), en Dyfet, dans le cantref d'Emlyn.
Ewionyd ÇEifionydd), en nord-Galles (93, 7).
Ekîrch vre : a été traduit absurdement par rocs : c'est Elerch
ou Eleirch, subdivision de Llanbadarn-Vawr \ en Cardigan,
ou encore (c'est moins probable) une colline des bords de
VEhrch ou Elarch, nom du fleuve Rhymny, à l'endroit où il
sépare Glamorgan de Merioneth ^.
Gwynedd joue un rôle important dans le poème (63 ; 79,
96, etc.). Kynvelyn, le héros du morceau intitulé Gorchan
Kynvelyn est donné comme étant de Gwynedd : Gzuyned e
wlet (96, 6).
Gzuynuassi'd {ç)^, 18):
A galar dwvyn dyvyd
Y Wynnassed velyn
« Et douleur profonde viendra
aux blonds Gwynassedd. »
1 . Lewis, Topogr. of Wales, I, p. 324. Il est remarquable que Eleirch
comprend la partie montagneuse de la paroisse.
2. Archael. Caiiibr., 1870, p. 2.
jjo J. Loîb.
La région de Gwynnassed est parfliitement définie par ce
passage du Livre Noir (32, 3) :
Bet unpen o Pridein yn lleutir
Guinnasset yn yd a Lliu yn Llychwr.
« La tombe d'un chef Prvdoin dans le brillant pays deGwvnnassedd, là
où It' Llyic se jette dans le Llvclmr. »
Le Llyw est un affluent, en effet, du Llychwr qui forme sur
une partie de son cours la limite des comtés de Carmarthen
et de Glamorgan et forme à son embouchure avec le ruisseau
de Burry l'estuaire de Burry. Le Llyw se jette dans le Llychwr
à peu près à son embouchure.
Mon (Anglesey), 93,27.
Rhyvoniawc (S^, 22; 90, 6), cantrefdu centre de Gwynedd
(y Berfedddiulad) .
R.WADYR Djerw^enxyd (90, 2o) a été rapproché de la rivière
Derwent en Cumberland ^ Or, un poète du xiii'^-xiv'' siècle,
Jorwth Vychan, célébrant la dame de ses pensées (Jvlyv. Arch.,
p. 279, col. 2) semble la comparer aux flots de Rhyt Dcr-
wemiy^. Il serait intéressant de savoir exactement en quel coin
de Galles ce rbyd est situé.
L'auteur du Gododin et des poèmes du Livre d'Aneurin qui
s'y rattachent est sûrement un Gallois. Qu'il y ait dans son
œuvre des échos d'expéditions dans le nord et de traditions
des Bretons de Strat-Clut, cela parait certain. L'identification
faite par Stephens de Dyvynwal Vrych (Dyfnwal Vrych) avec
Donald Brecc est séduisante. Cela nous reporterait au
VII'' siècle comme d'ailleurs le Merin lodco. A ce propos, il est
à remarquer que les héros des expéditions de Penda n'appa-
raissent pas dans le poème. On n'y trouve ni CatM'allawn, ni
Catgualatr (Catwaiadr), ni Catgahail (Cad-afad), quoique la
famille de Catvan soit mentionnée expressément dans le Gor-
chan Kynvelyn. Il y est nettement question d'un wyr Catvan
(c'est-à-dire ici sûrement d'un petit-fils de Catvan (lurth rif ac
wrth rann uyr Catvan, 96, 18), d'un personnage par consé-
I . Stephens, Tlje Gododin, p. 42, fait remarquer qu'il y a une autre Der-
went en Yorkshire et une troisième en Derbvshire.
Four Ancicnt Books of Walcs. 3 j 1
qucnt vivant au vii^ siècle. Ce petit-fils est ou Kynvclyn ou
son fils Tccvann. Kynvelyn est donné dans les anciennes généa-
logies galloises, comme père de Clinog Eitin (leg. CUtnoy)\
Or Kynon, un des principaux héros du Gododin, est fils de
Clytno Eiddin. C'est un des trois qui s'échappent de Cattraeth
avec deux héros du pays d'Aeron (p. 96, 27 ; 69, 28). D'après
le Gorchan Tutvwlch, il serait roi de Mon (93, 27).
Ajoutons que Peredur qui figure aussi dans le Gododin se-
rait mort avec son fi-ère Guurci en 590 d'après les Annal.
Camhriae). Le Kynon, fils de Clydno, est le héros du Mabi-
nogi de la Dame de la Fontaine.
Il paraît bien qu'il y ait dans le Gododin des échos d'évé-
nements du VII'' siècle. Il me paraît certain que c'est là le
terme extrême où on puisse atteindre. J'en tire les preuves du
sens qu'y prend le mot Bryneich (Bernicia). Il est employé exac-
tement avec le nîême sens que chez les poètes du moyen âge
o;allois. Il désigne vaguement des ennemis comme Lloegr.
Kwydei pym pymwnt rac y lavnawr
o wyr Deiv)T a Brennych dychiawr.
Ar deulu Brennych heycli barnasswn,
Dilyw dyn en vyw nys adawsswn.
(Skene, H, 64, 3.)
{Ibid., 65, 2.)
Le passage suivant, au contraire, ne prouve rien :
DyfForthsei lynwyssawr oe vreych
Rac bedin Ododin a Breennych.
Le pays de Bernicia a été conquis par Ida vers 547 et joint
à Deira vers 593.
Le poème a dû être remanié et subir des additions au ix*" ou
x^ siècle. J'ai déjà signalé l'expression Gint indiquant les
Scandinaves comme une preuve que le poème sous sa forme
actuelle ne pourrait dépasser le ix^ siècle. L'emploi de tarynneu,
boucliers, dans le Gorchan Maeldrw (p. 93,) prouve que ce
morceau n'est pas antérieur à la fin du ix'' ou au commen-
cement du X' siècle. Le mot imyan, comme le dit M. Kuno
I. J. Loth, Mabin., II, p. 310.
3 32 J. Loî'.i.
Meyer, a été emprunté par les Anglo Saxons aux Scandinaves
et n'apparaît pas chez eux avant 970 '.
IL — osguid; osiuydd.
Nennius transcrit par Oj^^///^^ le nom du roi deNorthumbrie
Oswiu, le vainqueur du roi de Mercie Penda à la bataille de
Winwaed, vers 65 5-656 d'après Bède, 654 d'après la Chro-
nique anglo-saxonne. L'allié principal de Penda, le roi breton
Catwallawn, après avoir conquis la Northumbrie, avait été
battu et tué par Oswald à Dcniscsburna en 634, d'après
Bède (Hist., III, ch. i). Le nom est intéressant d'abord parce
qu'il nous montre comment le groupe -io final accentué a pu
devenir -ydd ; il montre que l'accent devait être dans ce
groupe sur -îo et que le suffixe a dû passer par la forme -iio-.
Nezuydd a dû passer par * iioviio-, * Jioviô-.
Il est intéressant à un autre point de vue. Il explique vrai-
semblablement un mot qui a passé inaperçu et qui, à mon
avis, resterait autrement inexpliqué. On trouve assez souvent
dans les poèmes gallois le mot oswydd avec le sens manifeste
d'eiiiiCDiis. Le sens des passages ci-dessous est très clair :
Mxv. Arch., 141, i (Meilyr, Élégie de Gruffiidd ap Cynan,
vers 1 137) :
Yn i fu weryd i obennyt
Ni bytai diwyth i Ivvyth osivyl .
Ibid., p. 193, I (Marwnad Ywein Gwynet, élégie funèbre
d'Owain Gwyncdd, mort en 1 169) :
Gwelei daryf ar dyrrva ossivyl.
Ibid., p. 203, 2 (Prydyddy moch à Gruffudd ap Lly welyn) :
Gwrth hcrw dyt ossiuyt oes oyaen.
Ibid., p. 207, 2 (du même à Rhys Gryc) :
Arvawc kymynawc kymened osswyt.
1. V. Revue Celtique, XXI, p. 57.
2. Cf. Annal. Cambriae à l'année 658: Osguid venit et ducit praedam.
Four Ancient Dooks of Wdlfs. 333
IbicL, p. 239, 2 (à Llywelyn ab Gruftudd) :
Y anidiftyn tir rac toryf ossiL'yt.
Le mot n'apparaît ni dans le Livre Noir ni dans le Livre de
Taliesiu. En revanche, on le trouve deux fois dans le Livre
d'Aneiiriii, p. 66, v. 7 :
Ny bu mor gyffor
O eidvn ysgor
a esgarei osuyd
Tutvwlch hir ech e dir ae drevyd
Ce héros qui détestait oswydd (les ennemis), Tutvwlch est
le héros d'un chant particulier (Skene, II, p. 93).
Il est donné comme auxiliaire de Cynon (p. 93, v. 27) :
Kvnan kvnon ttithvyw o Von ar vreint gorllin.
Cynon figure justement aussi dans un passage où oswydd
apparaît : p. 80, v. 16 :
Ef lladei oswyd a llavyn llymaf.
(( Il tuait les ennemis avec la lame (épée) la plus acérée. »
Il me paraît très vraisemblable qu'à l'époque de la rédaction
que nous avons du Gododin, on ne comprenait plus le sens
de oswydd. Oswydd a dû être d'abord le nom propre du vain-
queur de Penda et de Catgualatr ainsi que de Catgabail (Ca-
dafael). ^•iotre rhapsode ou arrangeur aura entendu : llu Oswydd,
Ihuyth Osiuydd, armée d'Oswiu, tribu d'Oswiu, et ne sachant
rien du roi anglo-saxon, aura pris oswydd, dans le sens li'en-
iic))iis ; la terminaison lui aura fait voir dans ce mot un pluriel.
Il est évident qu'à l'époque de la rédaction, on n'avait plus
que des souvenirs confus des événements du vii^ siècle. Ceci
est encore confirmé, comme je l'ai dit plus haut, par le fait que
CatwaJIawn n'apparaît nulle part dans le Gododin, non plus
que Catgualatr ou Catgabail.
B. — Le Livre de Taliesin.
Le Livre de Taliesin n'a pas l'unité apparente du Livre
Revue Celtique, XXL 23
3^4 ■^- ^^'''•
d'Ancurin. C'est un recueil de morceaux d'époque et de nature
différentes. Pour le poème XXTII, p. 172-173, sur Cynan, v.
Revue CcJt., XXI, p. 29-30; sur le poème XLIX, ihid.,
p. 34-35; pour le poème XII, ihid., fasc. III; pour le
poème VIII, ibid.,p. 34.
Le poème XLVI présente des traces d'antiquité au point de
vue de la métrique et des mœurs. Le héros serait Cuneda, fils
d'Edern, ce qui nous reporterait au x" siècle. La supercherie
se trahit par le nom même de Cuneda. Ce nom rime, en effet,
toujours avec des mots en -af dans le poème. Le héros est
donc * Ciinoîamos = gallois moyen Cyn-daf. Comment expli-
quer Cunedaf, car c'est ainsi que s'écrit, en général, le nom
dans le poème ? Il est probable que le scribe aura eu sous les
yeux une forme vieille-galloise intermédiaire entre Cujiotaiiios
et Cyndaf, c'est-à-dire * Cunclam (cf. Ciiiieglase, chez Gildas),
ce qui l'aura induit à l'identifier avec Ciinc'Sa (Ciincdag de
Nennius. Le mot cbxfatam, p. 203, 3, quelle que soit sa valeur
réelle, semble indiquer une forme de vieux-gallois.
Le poème ^'I (p. 123-129) nous transporte au milieu des
luttes avec les Saxons et les Scandinaves. La mention de Aber
S andîvic (Sandwich), p. 129, 15, rapprochée de ce vers :
Sacsson wrth agor ar vor peuiiyd
« Les Saxons à l'ancre sur mer chaque jour »,
ne permet guère de douter qu'il ne s'agisse de la grande flotte
rassemblée par Aethelred à Sandwich, en 1009, contre les
Scandinaves. En 1044, les Scandinaves y font une descente ;
en 1048, Sweyn y aborde avec 50 navires et est poursuivi
par le roi Edward et ses earlsK Le poète invoque à plusieurs
reprises Dewi et fliit allusion à des proflinations commises
dans son sanctuaire de Mynyw. Les principales descentes des
Scandinaves à Saint-David's eurent lieu en 982, 988, 993,
999, 1023, 1078 et 1088 2.
Le poème a chance d'être du milieu du xi*" siècle.
1. Freeman, Xoriiian Conqiiest, I, 357, 343 ; II, p. 115.
2. Basil Jones and Freeman, The history and aiiiiquities oj St Dav'ul's,
p. 266.
Four Ancicnt Books of Wales. ÎJ5
Le groupe de poèmes de beaucoup le plus intéressant est
celui qui a pour héros Uryen ^ Voici ce que nous appren-
nent les poèmes.
Uryen est roi du sud ou plus exactement du midi. Il est
plusieurs fois qualifié de u^ yr echwy'S: echiuydd, breton f'^7;oa:^,
indique plus spécialement le repos du bétail à midi ou au mo-
ment où le soleil est dans son plein (Skene, II, p. 184, 5 ;
189, 24). Ceci est confirmé d'abord par un passage où son
panégyriste déclare qu'il n'ira pas au nord : Uryen ne lui re-
fuse rien ; les richesses du pays de Llwyfein sont siennes-.
Il y en a une autre preuve certaine, c'est qu'il est spécialement
roi de Rheged(i90, ro; 183, 26, v. 7). Gaufrei de Monmouth
a fliit Uryen roi de Moray (Murefensium) ; le traducteur gallois
a ajouté Rhegcd ; il ne connaissait pas Mureif et l'a identifié ou
glosé par Rheget : il n'y avait pour lui qu'un Uryen: c'était
un roi de Rlieget. Il est fort possible d'ailleurs qu'il ignorât la
situation de Rheget qui, officiellement, avait disparu. D'après
les lolo Manuscripts, p. 69, Cuneda aurait enlevé aux Gaëls
Gwyr ou mieux Giuhyr (Gower) et les trois auiiuiiwd de
Cydweli, Carnwyllion et Isgennen et en aurait formé un
royaume qui prit le nom de Rheged, avec Llychwr (Loughor)
ou mieux Aber Llychwr, pour capitale. Quoi que l'on puisse
penser de l'histoire de Cunedda, les lolo Mass. étaient bien
informés quant à la situation de Rheged. Deux textes des plus
clairs l'établissent. On lit dans un beau poème de Hywel ab
Owain Gwynedd, tué en 11 70 par son frère (Mvi'. Arch.,
198, 2) :
Mor bell o Geri Gaer Lliwelyt
Esgynnais ar velyn o Vaelyenyt
Hyd yn bir Reged rwng nos a dvt.
1. XXXIX, p. 195; XXXVil, p. 192-195; XXXVI, p. 190; XXXV,
p. 189; XXXIV, p. 188; XXXIII, p. 185 ; XXXII, p. 181 ; XXXII, p. 183.
2. 195, 12 : ny chyrchaf i Gogled
a'r mei teyrneJ
kyn pei am lawered
y gwnelwn gyghvvystled
nvt reit im hoffed,
Uryen nym gomed :
Llwyfenvd tired
ys meu eu reufed.
3 36 j, Loth.
« Si loin qu'il y a de Ceri à Caer Lllwelydd,
monté sur un jeune coursier de Maelienvdd,
J'atteignis la terre de Rheged en un jour et une nuit. »
Il y raconte ses excursions de diverses sortes en Galles. Ceri
est en Montgomeryshire. Caer Lliwelydd ne peut naturellement
être Carlisle, mais doit être en Rheged, dans la région sud
des lolo Ms.
Le second texte est plus net encore. Il se trouve dans le
Livre même de Taliesin (p. 213, 22):
Nyt yscawn iolet
Gorescyn Dyfet
Dydyccawt }-nwet
Tra tnerin Rt'cret
Perif perchen ket
Gwledychawt vn Elvet.
« Ce n'est pas un désir léger (facile)
que de soumettre Dyfed.
Portera '
au-delà de l'estuaire de Reget
le chef maître des présents,
il régnera en Elfed. «
Ici, il s'agit bien d'un chef qui va franchir l'estuaire ou
golfe de Rheged pour aller soumettre Dyfed et régner en
Elfet, qui est justement un district du cantref d'Emlvn en
Dyfet.
Il défend Aeron (p. 192) en Cardigan. Il possède aussi le
pavs de Lhvvfein ou au moins l'a conquis. Il est victorieux à
Argoet LKvyfein. Or, Cynddehv, dans la deuxième moitié du
xii" siècle, nous signale une victoire d'Owain Gwynedd vers
Coet LKvyfein (Myv. Arch., 150, i) :
Gwcleis aer uch Caer uch Coct Lluvft'in.
A-t-il conquis Powys et poussé des incursions du côté de
Chester ? Deux passages nous le montrent avec ses armées en
Powys (193, I ; 190, 13). U Archaeologia Camhrensis (1873,
p. 129) mentionne un Pant Lkuyfen en Llandovery. Le Livre
I . Dydyccaivt peut être dydyccaivr ; ymvet me paraît altéré.
Four Ancicnt Buoks of Wales. 5 37
A^t:)/Vsignalc lui aussi la victoire d'Owein à Coct Ll\vyfein(p. 26) :
A mi discoganaw e kad Coed Lluivein
a geloraur rutioii rac ruthir Owein.
Uryen combat aussi à Pencoet ; il y a Jeux batailles de ce
nom : une en 720, dans le sud, disent les Bruts, une autre
en 983 à Pencoet Colwyn en Gwent.
Il défend contre ses ennemis Gwen-ystrad (183, 15 ; Llecli
Wen, 183, 29). Or, tout justement, il y a dans la région de
Rheged une grande vallée formée par deux rivières qui se re-
joignent au-dessous de Kidwcly, portant les noms de Giucn-
draeth faïur et Giucn-draeth facb.
Il combat à Catraeth, ce qu'on ne trouve pas dans le Go-
dodin (Taliesin. XXXVII, p. 192; XXXI, i).
Un poème fort trouble du Livre Ronge (XVII, 291-293) le
tait combattre à Cors Foclino (en Llanfihangd Geneu'r Glyn,
en Cardigan) ; or, il y eut là une bataille où Owein Gwynedd
fut vainqueur. Ce qui peut mettre en garde contre la sincérité
de ce poème, c'est qu'il y est aussi question d'une victoire sur
les alliés ou compagnons d'Aiilyrroii; or, il y a eu une ba-
taille à Ystrad Antarron, en flice du château d'Aberystwyth
en II 13 (The Bruts, p. 299).
Le Livre Rouge le fait lils de Kynvarch, lui donne comme
fils Owein, ce qui est confirmé par le Livre de Taliesin, et le
fait tuer à Aber-Lleu (270, 9). On trouve (Arch. Canibr.,
1893, p. 44) LA'// pour jL/yr ; s'il en était ainsi, Uryen aurait
été tué au confluent du Llyw avec le Llychwr dans son propre
pays. On peut aussi penser à la rivière appelée Elei et Ely et
Afon Lai, afiluent du Taf.
Nennius fait combattre Uryen (Urbgen) contre Deodric, fils
d'Ida, avec les rois bretons Guallauc, Riderch-Hen, et Morcant,
vers 597. Il fait baptiser le roi payen Edwin par son fils Run.
Il n'est pas inutile de remarquer que le panégyriste d'Uryen,
dans son élégie funèbre sur le héros, donne Run comme son
hiQniûiQm (Livre Rouge, l'Ç). Skene, II, p. 270, 19, 22).
Il y a dans tout cela évidemment de la légende, mais aussi
un fonds historique des plus intéressants.
(A suivre.) J. Loth.
CHRONIQUE
SOMMAIRE: I. Superstitions des paysans d'Irlande. — 11. Les écoles en Gaule au
quatrième siècle de notre ère. — III. Le gaulois Fa\orinus, philosophe et rhéteur
grec. — IV. Les limites des Aedui. des Sequani et des Segusiavi, le diocèse de
Belley. — V. L'abbaye de Saint-Gildas de Ruis. — vi. Les Helvètes. — Post
ScRiPTUM. Mort de MM. Maximin Leloche et Samuel Berger.
I.
M. Datiiel Deeney a réuni en un volume intitulé Peasaut Love front Gaelic
IreJand>, les renseignements qu'il a recueillis sur les traditions populaires
dans le comté de Donegal en Ulster, c'est-à-dire sur les bords de l'Océan,
à l'extrémité nord-ouest de l'Irlande, et en Connemara, c'est-à-dire éga-
lement sur les bords de l'Océan, dans la partie occidentale du comté de
Galway en Connaught. On parle encore irlandais dans ces deux régions
de l'Irlande, mais avec M. Daniel Deeney, les paysans se servaient d'un
patois anglais qu'ils appellent bcarla briste « langue brisée » et que M. Da-
niel Deenev a cru devoir reproduire : iiidr.de pour iiidi'ed, ivery -ivan pour
every one, -ividoiit pour withoitt, ivis pour uns, etc. ; cela ne facilite pas pour
moi la lecture de son livre qui est fort intéressant. Les paysans irlandais
croient à un monde invisible composé d'amis et d'ennemis: i" fées mâles
et fées femelles qui sans distinction de sexe sont les unes protectrices, les
autres adversaires des humains ; 2° revenants. Aux yeux du paysan irlandais,
divers procédés magiques sont d'une grande puissance : le nombre neuf,
par exemple, est d'une merveilleuse vertu ; celui qui, homme ou femme,
possède une lanière de peau enlevée à un cadavre humain par derrière, de
la tête au talon, et qui de cette lanière intacte touche la personne qu'il
aime, triomphe par là de la résistance de cette personne et la contraint à
l'aimer toujours ; cette redoutable lanière de peau humaine s'appelle en ir-
landais hâarach hhâis « entrave de mort ». Mais passons à un sujet moins
lugubre.
II.
Dans le dernier numéro de cette revue, p. 238 et 239, nous avons parlé
I . Librairie David Nutt à Londres.
Chronique. 35 c)
des écoles qui existaient en Gaule au ivc et au v^ siècle de notre ère, et
dont l'action a dû contribuer à faire tomber en désuétude la langue celtique.
Nous n'avons rien dit des écoles de Besançon et de Lvon ; Ausone en parle
dans sa Gratianini aciio à l'empereur Gratien; on y lit, c. VII, j 31 : Ti-
tiauus iiiagister, sed gloriosiis ille, inunicipalcin scholam aptid Visotilionem Liig-
diiiiiimque variaiido, non aelale quidcm, sed vilitate conscnuit ' . Vililale veut
dire que Titianus n'était pas devenu consul. M. Ulysse Robert parle de ce
personnage dans sa brochure intitulée L'cnseigiiciiient à Besançon jusqu'à la
fin du XV b siècle, p. 4.
III.
Un des points sur lesquels nous avons insisté au passage précité de la
dernière livraison, est que l'enseignement romain en Gaule avait pour objet
non seulement la langue latine, mais aussi la langue grecque. L'émigration
des professeurs de grec qui, après la suppression de leur traitement lors de
la conquête barbare, se transportèrent en Irlande, explique la connaissance
du grec en Irlande au viiie et au ix<: siècle et l'emploi de la langue grecque
par l'irlandais Scot Erigène en France au temps de Charles le Chauve,
840-877.
Un fait concordant est au ne siècle de notre ère, l'existence à Athènes du
rhéteur et philosophe gaulois Favorinus, originaire d'Arles et qui a écrit en
grec un certain nombre d'ouvrages aujourd'hui perdus. Favorinus disait :
« Il y a dans ma vie trois choses étranges : gaulois, je parle grec ; eunuque,
je suis accusé d'adultère; enfin je vis, quoiqu'étant brouillé avec l'em-
pereur ». M. Ludovic Legré vient de publier une vie de Favorinus. Les
Athéniens avaient élevé une statue à Favorinus et la renversèrent quand le
philosophe tomba dans la disgrâce impériale. M. Legré voudrait obtenir
pour son héros dans la ville d'Arles sinon une statue, au moins un buste,
un médaillon ou une simple plaque de marbre. Il peut bien arriver que Fa-
vorinus n'obtienne jamais d'autre monument que le livre de M. Legré 2.
IV.
On enseigne généralement que les diocèses français tels qu'ils existaient
au moyen âge, avant les créations dues au pape Jean XXII, xiv^ siècle,
représentent, à quelques exceptions près, les anciennes cités gallo-romaines,
qui elles-mêmes reproduisent en général la géographie politique de la Gaule
lors de la conquête romaine.
Ainsi les trois diocèses d'Autun, Chalon-sur-Saône et Mâcon formeraient
1 . Édition de Charles Schenkel dans Monunwnla Gernianiae historica.
Auctorum andquissimonim, t. V, p. 23, 1. 8-10.
2. Ludovic Legré, Un philosophe provençal au temps des Anionins. Favorin
d'Arles. Sa vie, ses œuvres, ses contemporains, Marseille, Aubertin et Rolle,
1900, un vol. petit in-8 de vii-3)7 pages.
540 ChroniLjue.
le territoire de la cité romaine à'Aiigiistoduiiuni et celui du peuple gaulois
des Aedui.
Les exceptions à cette théorie méritent une étude attentive qui présente
souvent de sérieuses difficultés. La question de savoir où passait originai-
rement la limite séparative des territoires des Aedui et des Sequani, des Se-
gusiavi et des Aedui, des Segiisiavi et des Sequani, des Sequani et des Allo-
hroges, est étudiée par jM. Edouard Philipon dans son livre intitulé : Les
origines du diocèse et du comté de Belley ' .
Belley, BeUicium, n'était sous l'empire romain qu'un vicus dépendant de
la cité des Sequani.
L'évêché de Besançon, ville principale des Sequani, paraît dater du com-
mencement du ve siècle, et celui de Belley qui remonte au milieu du vi^,
est un démembrement du territoire des Sequani.
Il semble évident que le diocèse de Chalon-sur-Saône comprend une
partie du territoire des Sequani perdue parle diocèse de Besançon, à l'ouest.
Au sud une portion du territoire des Sequani fut comprise dans le diocèse
de Genève, autrefois ville des Allobroges. En compensation, une portion
du territoire des Allobroges fit partie du diocèse séquane de Belley. D'autre
part, le territoire du diocèse de Chalon-sur-Saône s'était agrandi, au sud, au
détriment de celui de Lyon. En compensation Nantua, après avoir appartenu
à la province de Besançon, passa dans le diocèse de Lyon.
V.
M. Marins Sepet vient de publier une histoire de l'abbaye de Saint-
Gildas-de-Ruis et d'une fondation moderne qui existe aujourd'hui sur l'em-
placement du monastère primitif. Le premier chapitre est intitulé « Le
monastère celtique « ; c'est d'un bout à l'autre une reproduction des doc-
trines de M. J. Loth, L'émigration bretonne, et de M. de La Bordcnc, Etudes
historiques bretonnes, Gildas et Merlin ; Du rôle historique des saints de Bre-
tagne; Histoire de Bretagne, etc.
VL
La brochure de 8i pages in-8 intitulée Su gli Helvetii (Corso di leiioni),
qui vient de paraître à Catane et dont l'auteur est M. Francesco P. Garo-
falo, se compose de trois sections ; la première, p. 7-32, est un résumé de
l'histoire des Helvètes avant et depuis la domination des Romains. Vient
ensuite une seconde section, p. 35-53, qui a pour objet la période anté-
rieure à la conquête romaine; cette section est divisée en trois paragraphes,
consacrés le premier à l'état politique, le second à la géographie, le troi-
sième à la situation économique, morale et intellectuelle. La troisième sec-
tion, p. 54-80, concerne l'administration romaine Ce travail atteste chez
l'auteur des recherches considérables et une vaste érudition, jointe à beau-
I. Paris, Picard, 1900, i vol. in-8 de 191 pages.
Chronique. 341
coup de prudence. Je serais sur divers points plus aftirmatif que lui, par
exemple lorsqu'il s'agit de la date à laquelle les Helvètes, franchissant le
Rhin et abandonnant leur patrie primitive aux Germains victorieux, sont
venus s'établir dans le pays qui est aujourd'hui la Suisse. Suivant moi,
cette date est fort rapprochée de celle où ils ont entrepris de quitter la Suisse
pour aller s'établir sur les côtes de l'Océan. Cette dernière émigration en
masse hors d'un pays oij aucun danger ne les menaçait atteste un défaut gé-
néral et absolu d'attachement au foyer. Cette indifférence pour le foyer en
l'année 58 av. J.-C, prouve qu'alors à ce foyer aucune tradition de famille
ne s'attachait. Ordinairement, quand un frère émigré, un frère reste gardien
du fover des ancêtres. Si, sans y être forcé, tout le monde part, c'est que
personne n'est retenu par les pieux souvenirs qu'un vieux foyer rappelle et
que par conséquent, dans le pavs que l'on quitte, ce vieux foyer n'existe pas.
Vil.
Tous les lecteurs de la Revue Celtique connaissent au moins de nom le co-
lonel Wood-Martin, auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire d'Irlande,
dont deux ont été l'objet d'une étude critique dans cette revue, t. VII,
p. 271-274, et t. IX, p. 138.
Ces ouvrages sont Tbe Lake DvcelVuigs of Irelaud et The History of Slig'o
Counly and Toivii. M. Wood-Martin a écrit d'autres ouvrages qui ne sont
point parvenus au bureau de la Revue Celtique : Pugan Irelaud et T!k Rude
Stone Monunwnts of Irelaud. On annonce de lui la prochaine publication
d'un nouveau livre. Ce livre traitera des croyances religieuses antiques qui
persistent en Irlande; et formera une sorte de manuel des traditions anté-
rieures au christianisme conservées dans cette île. Le titre sera : Traces of
the Elder faiths of Irelaud . Haudbook of Irish Pre-christian Tradition. Cet ou-
vrage, orné de plus de 150 gravures, traitera à peu près le même sujet que
le Peasant Lore de M. Daniel Deeney. Mais au lieu d'être un recueil de ma-
tériaux, comme le livre de M. Deeney, il consistera en une exposition mé-
thodique divisée en dix-sept chapitres. Ainsi le chapitre viii parlera des
doctrines encore aujourd'hui répandues en Irlande au sujet des morts, et le
chapitre ix traitera des dieux et déesses auxquels croient encore les paysans.
Dans les chapitres suivants il sera question du culte des animau.x, des
pierres et des arbres, des préjugés relatifs à certains jours, à certains nombres,
à certaines couleurs. La bibliographie paraît devoir être très soignée, et le
volume se terminera par un index qui rendra, pense-t-on, les recherches
très faciles. Q.uand cet ouvrage paraîtra on verra s'il justifie cette annonce
bienveillante, dont nous ne sommes pas l'auteur.
VIII.
Nous avons annoncé, dans la première livraison de ce volume, p. 121,
la publication prochaine d'un ouvrage de M. Rhys sur le pays de Galles.
Cet ouvrage vient de paraître sous ce titre : The IVelsh People. V Athenaeuni
542 Chronique.
en a rendu compte dans son numéro du i6 juin, mais le volume n'est pas
encore parvenu au bureau de la Revue Celtique.
Paris, le 26 juin 1900.
H. u'Ari30is de Jubaixville.
POST SCRIPTUM.
Notre savant collaborateur, M. J. Loth, nous prie d'annoncer que dans
un article du prochain numéro de la Revue Celtique sur La rime interne dans
les langues celtiques et l'influence de la poésie rythmique latine, il se propose de
rectifier certaines conclusions de son article sur la métrique du moyen-breton
(Rev. Celt., n° d'avril 1900, p. 203).
Par un inconcevable oubli, la rédaciion de la Revue Celtique n'a pas men-
tionné dans la dernière livraison la mort d'un de ses collaborateurs,
M. Maximin Deloche, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-
Lettres, décédé à Paris le 12 février dernier à l'âge de 82 ans. Deux articles
de lui ont paru dans la Revue Celtique, t. IX, p. 425; t. XVIII, p. 365.
Un autre de nos collaborateurs, le pasteur Samuel Berger, professeur à la
Faculté protestante de Paris, vient de terminer le 13 juillet, à l'âge de
57 ans, une des vies les mieux remplies qu'on puisse citer. Il est surtout
connu dans le monde de l'érudition par ses travaux sur les traductions de
la Bible tant en latin qu'en langues romanes. Il a publié deux articles dans
la Revue Celtique, t. VI, p. 348; t. XV, p. 135.
Ces deux savants mériteraient un plus long article. Ma profonde amitié
pour eux et la douleur que j'éprouve font tomber de ma main la plume.
H. d'A. dej.
PÉRIODIQUES
SOMMAIRE: I. Memoirs and proceedings of the Manchester literary and Philosophical
Society. — II. Feiz ha Breiz. — III. Indogermanische Forschungen. — IV. Revue
epigraphique. — V. Boleiin de la Acadeniia de la historia. — VI. Annales de la
Faculté des Lettres de Bordeaux et des Universités du Midi. • — VII. Société ar-
chéologique de Bordeau.x. — VIII. The philological Society's Transactions. — IX.
Numismatic Chronicle.
I.
Memoirs and Proceedings of the Manchester literary and philo-
sophical Society, t. XLIV, première partie. — Mémoire de M. Winifred
Farada}' sur la question de savoir quelle a été l'influence irlandaise sur la
littérature la plus ancienne de l'Islande. L'auteur prend une attitude abso-
lument opposée à celle de M. Bugge ' . Suivant M. Bugge les mythes norrois
« ont dû leur forme à des poètes Scandinaves qui vivaient en relations
« étroites avec des chrétiens des îles Britanniques, ou, pour préciser davan-
« tage, avec des Anglais et des Irlandais. » Plus bas, M. Bugge expose sa
théorie d'une façon plus absolue encore: « La grande majorité des poèmes
« tant mythologiques qu'héroïques écrits en langue islandaise ont été com-
« posés par des Norvégiens dans les îles Britanniques, la plupart proba-
« blement dans l'Angleterre septentrionale, mais quelques-uns peut être en
« Irlande, en Ecosse et dans les îles écossaises. Il v a dans l'Edda très peu
« de poèmes dont on puisse, semble-t-il, placer l'origine hors des îles bri-
« tanniques. »
Cette théorie ne s'applique pas aux compositions en prose que M. Bugge,
d'accord sur ce point avec MM. Vigfusson et York Powel, considère comme
une œuvre islandaise, tandis que d'accord avec M. Bugge ils disent que
les poèmes ont été composés par des poètes habitant les îles Britanniques.
M. Faraday laisse de coté la plupart des considérations littéraires qui peu-
I . Studicn i'iber die Eiitstehiiug der nordiscJkm Goitcr itiid Hclden-Sagoi.
Voir sur cet ouvrage la Revue Celtique, t. X, p. 496; cf. t. XX, p. 120. La
suite de l'ouvrage de M. Bugge a paru en traduction anglaise par M. Scho-
field. Elle a été publiée par la librairie David Nuttsous ce titre: The Home
of the Eddie Poeiiis. Cf. un savant article de M. L. Duvau dans le Journal
des Savants de novembre 1899.
544 Périodiques.
vent ctre alléguées en faveur de la théorie de M. Bugge. Ce qu'il traite
principalement c'est le côté linguistique de la question. Suivant lui, les em-
prunts islandais au gaélique dont on a parlé se réduisent à un : rig dans le
nom propre Rignial. Enfin, s'il y a peut-être quatre-vingt-cinq noms propres
de personne irlandais dans les monuments de la littérature islandaise ', il
n'y en a pas plus d'un tiers qui aient été usités sur le sol de l'Islande.
On ne peut pas en compter plus de huit qui aient été portés par des Is-
landais de naissance ; et deux sur les huit ont pénétré jusqu'en Norvège :
ce sont Niall et Cormac^. M. Whitley Stokes a publié il y a dix ans une
liste de mots norrois relevés par lui dans les Annales irlandaises (Revue Cel-
tique, t. XII, p. 173). M. Faraday donne quelques noms qui manquent au
recueil formé par notre savant collaborateur.
Certains noms propres d'origine Scandinave persistent encore on Irlande
aujourd'hui ; on ne trouve pas à présent de noms propres irlandais en
Islande. La langue irlandaise a admis dans son vocabulaire beaucoup de
mots norrois ; il n'y a pas de mots irlandais dans le vocabulaire norrois.
Donc les Scandinaves ont laissé des traces profondes en Irlande, et il n'y a
en Islande aucune trace d'une influence puissante que l'Irlande y aurait
exercée.
II.
Fkiz ha Breiz, deuxième livraison, mars 1900. — Les auteurs, sans avoir
pris connaissance des critiques adressées par nous à leur première livraison
ont abandonné leurs théories absolues sur l'orthographe bretonne. Ainsi,
p. 4), nous lisons que le temps de Pâques a ta eit;( su! vask bctek ar sadorn
varlerc'b ar Pantecost, « va du dimanche de Pâques au samedi après la Pen-
tecôte ». P. 48, il est question de quelqu'un « qui a le bras long », hir e
vreac'h, et le soir « son ombre dépasse l'ombre des arbres », e skend a ia drcist
skeud ar gue^. Cependant ici l'auteur n'a pas une orthographe uniforme ;
ainsi il écrit co:^ « vieux », clin « genou », avec un c, et dautck, « pourvu
de dents », avec un k.
Troisième livraison. Mai 1900. — Les auteurs de cette revue reviennent
encore sur la question de l'orthographe. Ils paraissent croire que l'intro-
duction du k dans l'orthographe bretonne est un phénomène tout récent.
On peut les renvoyer à l'article de M. G. Dottin sur les mots bretons dans
les chartes de Beauport, Revue Celtique, t. VII, p. )5-)9- L'emploi du ^
était très fréquent en Bretagne dès le xiue siècle, et surtout, comme en latin,
quand un a suivait.
On peut consulter à ce sujet les passages de grammairiens réunis par
De-\'it, Tolins latinitatis lexicon, t. III, p. 660, par exemple cet extrait d'Isi-
I . Voir Craigie, dans la Zeitschrift Jïir ceitische Philologie, t. 1, p. 442-450.
Cf. Revue Celtique, XVIII, 360.
2. Les six autres sont : Dufiiall, KutfdU, KiaUakr, Kjurtan, Konall et
Kylan.
Périodicjues. ^45
dore deSéville: k littcram autlqiii pracponchant qitolies k sequehatur, ut kaput,
KANNA, KALAMUS, et cc passage de Diomède : k consonans muta supervacua,
qua utimur, quando a correpta scquitur, ut kalexdae, kaput, kalumn'IA.
C'est en vertu de cette règle que dans les diplômes de Charles le Chauve
le nom de ce roi et empereur des Francs est écrit Karohis, avec un /.' initial,
notation qui apparaît déjà dans les diplômes de Charlemagne empereur.
m.
Ixdogermanische Forschungen, t. XI. — Dans la première livraison,
intitulée Erstes und :(;iucites Hejt, p. 1-98, M. Ferdinand Sommer donne une
étude sur le suffixe du comparatif en latin. Dans ce mémoire, les citations
de mots celtiques sont fréquentes, notamment, p. 85 et suivantes, dans le
§ 29, consacré au latin major et à la relation qui pourrait exister entre ce
mot et l'irlandais f)hio.
La seconde livraison, intitulée Drittes und l'iertes Heft, contient, p. 203-266,
un traité du superlatif en latin et, pour donner plus de clarté à son sujet,
M. Sommera intercalé dans sa dissertation, p. 217-224, un recueil d'exem-
ples du comparatif et du superlatif irlandais, extraits des gloses de Milan,
Saint-Gall, Wurzburg et Carlsruhe et du ms. de Saint-Paul en Carinthie.
IV.
Revue épigraphique, no de janvier, février et mars 1900. — Une notice
biographique et bibliographique sur feu Auguste AUmer occupe les qua-
torze premières pages de cette livraison et nous fait connaître à la fois la
vie laborieuse et les nombreux travaux du savant épigraphiste. Un portrait
accompagne cette notice qui, n'étant pas signée, est probablement dû à la
plume érudite du directeur actuel de la Revue, épigraphique, M. le capitaine
Espérandieu.
M. Joseph Bûche a fait paraître à Lyon une autre notice biographique,
en trente-six pages, sur Auguste Allmer. Il ne donne pas de bibliographie.
Sur ce point si important il se borne à renvover à la liste des ouvrages
et des mémoires du regretté défunt dressée par M. Espérandieu. Cependant
il dit qu'on peut y ajouter trois articles publiés dans Lyon-revue en 1886, et
deux de ces articles touchent à des questions celtiques: 1° Une nouvelle éty-
mologie de Lyon, 2° Dispater, le père de la nation gauloise.
La seconde partie de la revue est occupée par un recueil d'inscriptions.
Nous signalerons d'abord, no 1326, une épitaphe celtique en caractères
grecs trouvée à Montagnac, Hérault : AXXîttvo^ Kapvovo'j A),'.ao[vlca;, c'est-
à-dire Alletinos, fils de Carnonos, originaire d'une localité qui se serait ap-
pelée Alisu, au génitif Alisonos, et qui pourrait être Alzon, chef-lieu de
canton, arrondissement du Vigan, Gard, ou Auzon, commune d'Allègre,
arrondissement d'Alais, canton de Saint-Ambroix, même département.
Viennent ensuite trois articles du travail d'Allmer sur les dieux de la
Gaule: 1350, Mflr^ mogetius ; 1331, mogounus ; 1332, Dt'H.f Moltinus,
54^ P('riodi(jiies.
Numéro d'avril, mai et juin 1900. — Inscriptions n"-- 1355-1344. Signa-
lons, sous le n" 1 134, une dédicace au dieu Lanm'aJus. Elle a été trouvée à
Cadenet, Vaucluse. La description est accompagnée d'une photogravure.
Sous le no 1344 ont été réunies les marques de potier conservées au musée
de Lectoure. Quelques-uns des noms paraissent celtiques : andcam peut se
lire Andecamiilos; cotini (cf. un nom de peuple gaulois, Tacite, Germania,
43); DONT, peut être Donicatus ; Latugn'i. On trouve ensuite la continua-
tion de l'étude d'Allmer sur les dieux delà Gaule: 1345, detis Moritasgvs;
1346, Mars MuLLO; 1347, Mars Nabelcus ; 1348, Naxtosvelta; 1340,
(Ica Naria; 1350, Nemausus.
BoLETiN DE LA AcADE.MiA DE LA HiSTORiA, juin 19CO. — Mémoire du
R. p. F. Fita sur des inscriptions romaines inédites, découvertes en diverses
localités de l'Espagne. Nous citerons une dédicace au dieu Duloz'ius. Cette
dédicace a été trouvée à Caceres, l'antique Xorba Caesariiia, appelée Noîpoa
Iva'.7ip3-.a, par Ptolémée, qui l'attribue aux LiisilaniK C'est aujourd'hui Ca-
ceres, chef-lieu d'une province espagnole, démembrée de l'Estramadure.
Caceres est situé dans le bassin du Tage moyen, au sud de ce fleuve,
comme Talavera la vieia, l'antique Aiigusto-hriga, attribuée par Ptolémée
au.x Vettones, peuple ibérique 2. Le second ttrme à'Augtisto-hriga atteste un
établissement celtique dans cette région du Tage moyen. Le nom divin
Ditlovitis à Caceres, dont le nom antique, Norba, paraît n'être pas celtique,
nous mène à une conclusion analogue. Le nom divin Didovius ou DnUovius
a été trouvé deux fois en France à Vaison, Vaucluse 5.
VI.
AXXALES DE LA FaCCLTÉ DES LETTRES DE BORDEAUX ET DES UNIVERSITÉS
DU Midi, t. II, no' i et 2. — Notices par M. Camille Jullian sur les plaques
de plomb d'Eyguières, Bouches-du-Rhône, et de Carpentras, Vaucluse. Ces
deux plaques, qui paraissent remonter à l'époque gallo-romaine, portent des
inscriptions en caractères mélangés, grecs, ibériques, italiotes. On ne peut
en saisir le sens. Ce sont probablement des formules magiques, comme la
tablette de plomb de Rom étudiée par M. C. Jullian dans la Revue Celtique,
t. XIX, p. 168-176.
1. Ptolémée, 1. Il, c. V, ^ 6, édition Didot-Muller, t. I, p. 158, 1. 8.
2. Ptolémée, 1. II, c. v, § 7, p. 141, 1. i ; cf. Hubner, Corpus inscrip-
tiouiiui latiiianiiii, t. II, Supplément, p. 831.
3. Corpus hiscriptionum Lafinaniiii, XII, 1279, 1280 ; cf. Holder, Altcel-
tischer Sprachschat^, t. I, col. 1366, 1367; AUmer, Revue èpigraphique, t. III,
p. 483, no 1214.
PcrioJi(]iies. 547
VII.
SOCIÉTH ARCHKOLOGICIUE DE BoUDUAUX, t. XXII. — McilloirC cicM.Jul-
lian dont la conclusion est qu'à l'époque gallo-romaine la croix sur les us-
tensiles fabriqués par les potiers est une marque de fabrique et ne donne
aucune indication sur la religion du fabricant ni du propriétaire.
VllI.
The Philological Society's Tr.wsactioxs, année 1900. — Mémoire
de M. J. Strachan sur le futur sigmatique et le subjonctif en irlandais. Ce
sujet a été précédemment l'objet de mémoires dus à MM. R. Thurne\sen
et H. Zimmer et dont il a été qucstiod dans la Revue Celtique, t. XI, p. 379,
380. Le savant auteur s'est déjà occupé du subjonctif dans The Philological
Society's Transactions, année 1896-1897, p. 253 et suivantes, cf. Rci'ue Cel-
tique, t. XIX, p. 96; dans ce premier mémoire il s'occupait de l'emploi du
subjonctif et du sens précis que ce mode présente en irlandais. De la sé-
mantique il passe à la morphologie dans son mémoire nouveau ; suivant
lui, le subjonctif sigmatique est ordinairement accompagné d'un futur sig-
matique dans le même verbe, et, ce qui distingue le futur sigmatique du
subjonctif sigmatique, c'est que le futur sigmatique a un redoublement par
/ de la consonne initiale et que ce redoublement fait défaut dans le sub-
jonctif sigmatique. M. Strachan est sur ce point d'accord avec M. Thur-
neysen. Revue de Kuhn, t. XXXI, p. 75 : cf. Revue Celtique, t. VI, p. 94.
On sait que le futur sigmatique n'existe que pour les racines qui se terminent
en : 1° k, 2° g, 3° /, 4° d, 5° s, et 6° pour les racines qui se terminent par
un, mais comme le second des deux n paraît tenir lieu d'un d, cette sixième
catégorie semble rentrer dans la quatrième. Les racines terminées par /, r,
III, n n'ont pas de futur sigmatique ; la langue grecque nous offre la même
règle. La base du travail de M. Strachan est un recueil d'exemples classés
d'après la consonne finale du thème ; c'est le recueil le plus complet de ce
genre qui ait été formé jusqu'ici. M. Strachan fait observer avec raison
dans une note que le futur aTc-Çw de aTîi/oj, équivalent de l'irlandais tiasu,
ms. de Wùrzburg, folio 23 c, glose 31 ', est inusité. Il doit donc être cité
avec une certaine réserve que n'a pas faite M. H Zimmer dans la Revue de
Kuhn, t. XXX, p. 115. Désormais, quand on citera i-ii-M, il faudra faire
précéder ce mot d'une astérisque.
IX.
NuMisMATic CiiRONiCLE, 3e série, vol. XX. — M. H.-.\. Grueber, assis-
tant-keeper of coins au Musée Britannique, rend compte d'une découverte
I. Whitley Stokes, The ohl irish Glosses, p. 133. H. Zimmer, Glossae hi-
hernicac, p. 143.
348 Périodiques.
de monnaies romaines faite en Grande-Bretagne dans les Sullv Moors, près
de Cardiff, le 17 octobre 1899.
Ces monnaies, cinq d'or et trois cent une d'argent, étaient renfermées
dans un vase de métal qui contenait aussi quatre bagues d'or. La plus an-
cienne de ces monnaies est un denier d'argent de Marc-Aurèle, 161-180.
Les plus récentes sont des aurei de Dioclétien, 284-305, et de Maximien
Hercule, 292-310, et un denier d'argent de Carausius déjà étudié par
Eckhel, Doctrina mimmorum vcterum, t. VIII, p. 71. Ce dernier doit avoir
été frappé en 286 et probablement à Rultipiae, aujourd'hui Richborough ;
c'est ce que paraissent indiquer les trois lettres r s r que M. Grueber lit
Riitiipiae statio ou slativa romana. Ces lettres sont inscrites au revers de la
monnaie, oij se lisent aussi les deux mots : Expectate veni : « Viens, ô toi,
qui étais attendu ». Carausius, proclamé empereur en Gaule, arrivait en
Grande-Bretagne en ce moment. La légende : Expectate veiii, a été inspirée
par V Enéide, livre II, vers 283, oia on lit les mots : Expectate venis, mis par
le poète dans la bouche d'Enée, s'adressant à l'ombre d'Hector. Le ménapien
Carausius, objet de cette flatterie, est du petit nombre des Celtes qui ont
porté la pourpre impériale: il en fut revêtu de 286 à 293 '.
Paris, le 28 juia i 900.
H. d'Arbois de Jubainville.
I . Voir, sur Carausius, l'article de M. Seeck dans Paiilys Real Eucyclo-
paedie, éd. Wissowa, t III, col. 1)70-1571, cf. Holder, Al'tccliischer Sprach-
schati, t. I, col. 775-781.
Le Propriétaire-Gérant : Veuve E. Bouillon.
Chartres. — Imprimerie Durand, rue Fulbert.
LES DEUX CHAGRINS DU ROYAUME DU CIEL
§ I. — Le sujet du Dâ hrôn flatha nime^.
Le texte irlandais intitulé dâ brôn flatha ninie « les deux cha-
grins du royaume du ciel », traite de l'histoire légendaire
d'Elie et d'Enoch. Cette histoire, établie sur des textes bi-
bliques courts et obscurs, a été l'objet de nombreuses contro-
verses et a donné lieu à des hypothèses variées. Les points sur
lesquels les Pères de l'Eglise et les principaux commentateurs
s'accordent sont les suivants : Elle a été enlevé ^ et Enoch a
été transféré 3 dans le Paradis terrestre qui est situé soit dans
le ciel, soit sur la terre; ils ne sont pas morts; et bien qu'ils
soient dans un corps terrestre, ils sont néanmoins dans un
état où ils n'offensent plus Dieu ; il est possible et peut-être
probable que le texte de V Apocalypse sur les deux témoins qui
seront tués par la béte de l'abîme se rapporte à Elle et Enoch 4.
1. Je dois beaucoup, pour le commentaire de ce texte, à la science théo
logique de M. l'abbé Turmel.
2. âv£Àr|ç;6r| 'HÀ'.où tîj; cî; -Jyj O'jpavov. IV Reg. II, II.
3. [jLSTcTÉOif], EccU. XLiv, 16; Hebr. xi, 5; cf. [j.c-i(^v.vi aÙTOv 6 0;o; e
Trj; [jLcTaOÉaEoj; Hehr. xi, 5.
4. D. Calmet, Dissertation sur le patriarche Enoch dans La sainte Bible
en latin et en français, Paris, 1748, t. I, p. 231-247. Sur Elie les textes bi-
bliques sont : Malach. m, 23; Eccli. xlviii, 10; Matth. xvi, 14; xvii, 12;
Joan. I, 21 ; cf. Apoc. xi, 3-7. Sur Enoch outre les deux textes cités ci-
dessous: Jud. 14-15. Toutes les légendes relatives à Elie et Enoch et les
hypothèses à leur sujet ont été réunies dans le livre X de l'ouvrage de Mal-
venda, De Antichristo libri undeciin, Rome, 1603; Valence, 1621 ; Lyon,
1647; i^ me suis servi de l'édition de Lyon; cette édition aune pagination
défectueuse dans le tome II.
Revue Celtique, XXI. 24
^50 G Dottin.
La légende irlandaise nous représente Elie et Enoch dans le
Paradis terrestre^; les âmes des justes voltigent autour d'eux,
pures et aériennes, et Elie et Enoch ne peuvent se consoler
d'être alourdis par leur corps d'argile et de n'être pas en état
de les accompagner. Elie ouvre l'évangile et prêche sur le jour
du jugement; il raconte aux âmes rassemblées autour de lui
les tourments que subiront les âmes le jour du jugement et les
fleuves de feu autour de Sion - ; il dit comment le Christ
viendra peser le bien et le mal de chacun en présence de la
troupe des démons et des neuf ordres > des anges, qui accueil-
lent après le jugement les méchants et les bons. Chaque âme
ayant à sa droite l'ange gardien, à sa gauche le démon gar-
dien 4, verra ses fautes dévoilées. Les damnés entraînés en
enfer par le diable pousseront un cri terrible ; c'est un des
trois cris du monde, les deux autres étant le cri des Israélites
dans la mer Rouge, et le cri des âmes qui échappent aux dé-
mons et des démons qui les poursuivent.
Puis Elie et Enoch iront combattre l'Antéchrist > à la fin du
monde ^ et seront tués par lui 7. L'Antéchrist n'est autre que
1. Jusqu'à saint Grégoire, on croyait que les âmes des justes restaient
dans le Paradis terrestre jusqu'à la résurrection; c'est l'opinion d'Origène
et de son école. Ici on voit clairement qu'il s'agit du Paradis terrestre
puisque Elie s'en va sous l'arbre de vie. Saint Irénée, Contra haereses, V, 5, i,
place Elie et Enoch dans le Paradis terrestre.
2. C'est la doctrine du baptême du Paradis. Césaire d'Arles, chez Migne,
t. XXXIX, col. 1947-1948. Cf. saint Hilaire de Poitiers, in Psalm. 118,
lettre 3, n" 12 chez Migne, t. IX, col. 522-523.
3. C'est le nombre donné dans la liste de saint Cyrille. J. Turmel, His-
toire de l'aiigéhhgie {Revue d'histoire et de littérature religieuses, t. III, p. 433.
4. C'est l'opinion d'Hermas, suivi par Grégoire de Nysse et Cassien.
J. Turmel, Histoire del'a)igîlo]ogie (Revue d'Jiistoire et de littérature religieuses,
t. III, p. 540; cf. t. IV, p. 556).
5. Sur l'Antéchrist, cf. I Joan. 11, 18, 22; iv, 3 ; II Joan. 7 ; saint Paul,
II Thess. II, 3-7. Saint Irénée, Contra haereses, v, 25, 28, 29, 30. Cf. Mal-
venda, De Anticbristolibri uudecim. D. Calmet, Dissertation sur l'Antéchrist
dans le Commentaire littéral, les épîtres de saint Paul, t. II, p. xxvi-lvii ;
De Antichristo liber unus, faussement attribué à saint Augustin, chez Migne,
t. XL, col. 1131-1134, .\dson, Libelhis de Antichristo, chez Migne, t. CI,
col. 1289-12; 8.
6. Malach. IV, 5, 6. Hippolyte, De Christo el Antichristo, c. 45-46.
Pseudo-Hippolyte, De consununatione mundi, c. 29; TertuUien, De anima,
c. 50, p. 301 ; cf. Malvenda, x, 9-14 : t. II, p. 1 5 1 sq.
7. Hippolyte, De Christo et Antichristo, c. 47. Pseudo-Hippolvte, De con-
Les deux Chagrins du Royaume du Ciel. 5 5 1
le diable sous forme humaine ^ qui viendra pour forcer le
monde à croire en lui-. Il naîtra d'un évèque3 et de la fille de
celui-ci. Il fera tous les miracles du Christ +, sauf qu'il ne res-
suscitera pas les morts ; mais il sera plein de convoitise et d'in-
justice5; il aura trente-trois ans et demi comme le Christ; il
portera son signe sur le front '^, et il tuera tous ceux qui ne
croiront pas en lui 7, car il prétendra être le fils de Dieu^, et
c'est l'archange saint Michel qui le tuera 9.
Notre texte n'est pas isolé dans la littérature irlandaise.
Une histoire de la Croix du Christ, conservée par le Lea-
bhar Breac, contient, p. 226 a 51, un épisode consacré à Elle
et Enoch, dont les détails se retrouvent presque tous dans le
Dâ bron fiatba nime. En voici la traduction :
« Il vint un couple d'hommes âgés, rudes, grands, lourds,
à leur rencontre, en sorte que tous les saints et les justes de-
mandèrent : « Qui êtes-vous », dirent-ils (car ils ne les con-
naissaient pas pour avoir été en enfer avec eux) « vous qui
êtes dans vos corps au Paradis? » L'un deux dit: « Je suis »,
dit-il, « Enoch et c'est moi qui ai été enlevé ici par la parole
de Dieu et qui ai été placé dans le Paradis, ici », dit-il; « cet
homme qui est avec moi, c'est Elle de Thesbé et c'est lui
suvimatione mundi, c. 21; saint Jérôme, ep. 147 ad Marcell., p. 347; cf.
Malvenda, x, 14, t. II, p. 158 a; Adson, LibcUiis de Antichristo, chez
Migne, t. CI, col. 1296 cd.
1. Pseudo-Hippolyte, De cojisuminationc uiimdi, c. 22; cf. Malvenda,
m, I, t. I, p. 128 a.
2. Pseudo-Hippolyte, De consuiiiinationc mundi, c. 23.
3. nascetur... nec de episcopo et monacha sicut alii delirando dogma-
tizant. Adson, Libellas de Antichristo, chez Migne, t. CI, col. 1292 b.
4. Pseudo-Hippolyte, De consuiiinmtione mundi, c. 23 ; cf. Malvenda,
viii, 16 ; t. II, p. 88.
5. Pseudo-Hippolyte, De coiisuminatione mundi, c. 25; cf. Malvenda,
VIII, 28 , t. II, p. 122 a.
6. ApocaL, xiii, 16, 17 ; xiv, 9, 11 ; xvi, 2 ; xix, 20; xx, 4. Pseudo-
Hippolyte, De consummatione mundi, c. 28. Cf. Malvenda, ix, 26-28; t. II,
p. 199 b.
7. Hippolyte, De Chnsto et Antichristo, c. 49. Pseudo-Hippolyte, De con-
summatione mundi, c. 29. Adsonis libellus de Antichristo, chez Migne, t. CI,
col. 1294 b.
8. De Antichristo liber unus, chez Migne, t. XL, col. 1132, 1. 17. Cf.
Malvenda, viii, 2; t. II, p. 68.
9. De Antichristo liber unus, chez Migne, t. XL, col. 11 34, 1. 38. Adson,
Libellus de Antichristo, chez Migne, t. CI, col. 1298 a.
3)2 G. Dotlin.
qui a été aussi enlevé ici dans un char de feu, et je n'ai pas
goûté la mort jusqu'à maintenant, mais nous sommes encore
en vie à cause de l'Antéchrist et la puissance divine nous a con-
servés jusqu'à ce que vienne l'Antéchrist, pour le combattre
par des prodiges et des miracles divins et des signes sûrs et
merveilleux à la fin du monde. Puis l'Antéchrist nous tuera
enfin ; nous y sommes préparés, mais nous ressusciterons au
bout de trois jours et demi après cela', et vivants nous se-
rons enlevés ensuite dans les nuées jusqu'au ciel. »
La fin du Fis Adamnain ^ coïncide singulièrement avec
notre texte. En voici la traduction :
« C'est l'instruction qu'Elie a coutume de donner aux
âmes des justes; il est sous l'arbre de vie dans le paradis. Dès
qu'il ouvre le livre pour l'instruction, les âmes des justes
viennent vers lui, sous forme d'oiseaux blancs, de tous les
quartiers. Il leur dit d'abord les récompenses des justes; le
plaisir et les joies du royaume du ciel, et à ce moment-là ils
sont remplis de joie. Mais il leur raconte ensuite les peines et
les supphces de l'enfer et les fléaux du jour du Jugement. Il
est visible alors qu'ils prennent une contenance de tristesse, lui
et Enoch, en sorte que ce sont eux les deux chagrins du
royaume du ciel. Puis Elle ferme le livre [de l'instructionj.
Les oiseaux jettent alors une immense clameur et battent leurs
ailes contre leurs corps en sorte qu'il en coule des ruisseaux
de sang, par crainte des peines de l'enfer et du iour du Juge-
ment. Puisque donc ce sont les âmes des justes et des saints
auxquels est destinée la demeure éternelle du royaume du ciel
qui font cette lamentation, il serait nécessaire que les gens du
monde la fissent, quand même ils auraient des larmes de sang,
en prenant garde au jour du Jugement. Il y aura beaucoup de
maux et de grandes soufi"rances en ce jour-là, c'est-à-dire le
jour du Jugement. »
1. Daniel, ix, 27. Hippolyte, De Christo et Antichristo, c. 43. Adson,
LibeUiisde A)itichristo, chez Migne, t. CI, col. 1297 ^- Ces textes ne parlent
que de trois jours , la demie vient d'une confusion avec la durée du règne
de l'Antéchrist qui est de trois ans et demi. Cf. Adson, De Antichristo,
col. 1297 a.
2. Le texte du I^hor na h-Uidre et le texte du Leabhar Breac ont été pu-
bliés parallèlement chez Windisch, Irische Texte, t. I, p. 194-195.
Les deux Chagrins du Royaume du Ciel. ]) ]
Ce passage est reproduit avec quelques variantes sans im-
portance à la fin de riiomèlie sur la vie de saint Brcndan con-
servée par le Livre de Lismore^ L'explication que l'on y
donne des deux chagrins du royaume du ciel est assez cherchée
et invraisemblable. L'auteur ne connaissait certainement pas
notre texte.
Une note sur les trois Cris du monde est contenue dans le
Livre de Lismore, fol. 105 b 2^.
Un traité sur l'Antéchrist est contenu dans le Livre de Lis-
more, fol. 68a I ; ce traité commence ainsi : « Le Seigneur a
dit que ce serait le Diable qui viendrait dans un corps humain,
c'est-à-dire l'Antéchrist, qui ferait de grands prodiges parmi
les nations. » Il y a une copie plus développée de ce traité
dans le ms. de la Royal Irish Academy coté 23N/15 5. Voici
la traduction de ce dernier texte "i : « L'Antéchrist .i. diaholus
facict iiiagim prodigia in populo et alors il y aura un seigneur
malheureusement fort, très horrible et le règne et la règle de
l'Antechjrist seront comme une herse sur le monde et il ferait
des signes contraires, extrêmement merveilleux chez les peuples
et il dirait qu'il est le fils chéri de Dieu et que c'est lui qui est
1. Wh. Stokes, Lives of saints froin the Book of Lisuwre, p. 115-116,
260-261.
2. Wh. Stokes, Lives of saints from thc Book of Lis inore, p. xxxj.
3. Revue Celtique, t. XI, p. 242. Wh. Stokes, Lives of saints froni the
Book of Lismore, p. xix. Je dois la copie du ms. de la R. I. A. à M. O'Far-
relly.
4. Le te.xte du ms. R. I. A. 23N/15 est intitulé DothoijljiocJjt an léreithe-
ainhnais dêanaidh et commence par une phrase sur la fin du monde; il rem-
plit 98 lignes ; le texte du Livre de Lismore environ 80, mais les lignes du
ms. R. L A. 23N/I) sont plus d'un tiers plus longues que celles du Livre
de Lismore. La langue et l'orthographe du ms. 23N/15 sont modernes,
avec quelques restes d'archaïsmes ; on n'y trouve pas de pronom infixe ; les
diagrammes ea, èa, ao, io y sont employés ; ce =: gh, g\ tt = ci ; l'aspi-
ration est toujours marquée; on remarque quelques exemples d'ortliographe
phonétique: riigach = riigadh; et aussi l'introduction de lettres inutiles:
suibhsgeahiidhe = soisgéahiidhe, aciidh = acti ; des archaïsmes : for = ar. Le
texte se termine par une note dont voici la traduction : « Il y a un an que
mon père a écrit le commencement de cette histoire de l'Antéchrist et c'est
maintenant, en l'année 1816 que je l'ai terminée à Cork, après l'avoir tirée
du Livre de Meamruim qui a été écrit il y a 900 ans. Michel le jeune
O'Long.iin. » La forme riigach suffisait à indiquer que le scribe était de
rOuest-Munster. Cf. Revue Celtique, t. XX, p. 325.
3 54 <^' Doîlin.
dans la prophétie universelle et personne n'osera dire que le
Christ est venu délivrer la race humaine. Alors Jean demanda
au Seigneur quelle sorte de forme ou d'apparence il aura, ou à
quoi il ressemblera pour qu'on le reconnaisse, dans l'espoir
qu'ensuite nous ne croirons pas en lui. Dixit Dominus : de viii-
liere rnerilrici nascetur .i. le Seigneur a dit que ce serait d'une
courtisane de race juive qu'il naîtrait et que ce serait à Baby-
lone qu'il serait mis au monde et que ce serait dans cette
ville-là qu'il demeurerait. C'est lui le père des quatre person-
nages les plus mauvais qui naquirent jamais .i.e. Cain, Jcroso-
pilat, Simon Magus. L'Antéchrist sera le grand bannisseur des
justes et le destructeur des chrétiens et le proclamateur de l'in-
crédulité, et le négateur de l'humanité, et le fils chéri du
diable et malheur à qui vivra dans le temps de cette naissance
maudite, c'est-à-dire de l'Antechrisi. Scxccntuni cnhiios in Jongi-
tndincm corporis sid. Ainsi sera cet homme-là: six cents toises
la hauteur de son corps et quarante toises la largeur; et il est
grand, effroyable, hideux. Une chevelure douce, lisse, sombre,
épaisse sur sa tête. Octilnm nnum in fronte ejus. Il aura un œil
dans la tête et un masque noir diabolique sur lui, et des sour-
cils louables, mouchetés comme une crinière. Une seule
oreille dans sa tête ; et le grand œil qu'il aura sera rapide,
brillant. Et funius de naribus. Et de la fumée de feu sinistre,
puante, sortira des narines de son nez et des flammes de feu
de l'unique oreille qui est dans sa tête noire et horrible; une
seule surface plane forte, diabolique, de couleur horrible dans
sa mâchoire; pas de dents à la mâchoire supérieure; une côte
haute et grande, étonnante, dans son sein. Deux côtes larges
et grandes dans son côté gauche. Nec genua hahehil, et il n'aura
pas de genoux; les plantes de ses pieds seront aussi unies et
aussi rondes que des roues de charrette. Il aura une chevelure
noire eftVayante et il ne souffrirait pas que personne au monde
se cachât à lui et à quiconque croira en lui il mettra sur le
front un signe avec un fer rouge et personne au monde ne
pourra cacher ce signe jusqu'au jour du Jugement et quiconque
ne croira pas en lui il le tuera et ce sera d'après le choix de
Dieu. Jean l'évangéliste dit qu'il n'est pas le diable lui-même,
mais le fils chéri du diable après son accomplissement désor-
Les deux Chagrins du Royaume du Ciel. 355
mais. S'asseoiera tout industrieux dans le temple de Salomon
à la place du Christ qui foisait le bien et le juste de lui-même,
pour détruire le droit et la religion du Tout-Puissant. Car de
tout ce que le Christ a fait de bien, il fera le contraire, lui, et
c'est pour cela qu'il est appelé Antéchrist, c'est-à-dire contraire
au Christ ; car il fiiit au moyen d'esprits de couleur horrible,
diaboliques, de lourds météores de feu et des fleuves pleins de
flammes qui coulent dans les murs du firmament et de là
jusqu'au sol et aux profondeurs de la terre et c'est un malheur
qu'apparut cette naissance-là i. e. l'anéantissement de l'huma-
nité et le broyeur des productions et des grands fruits et la
naissance de la faim et ; c'est le commencement
des peines et des fléaux et des pleurs et la désertion de la foi
juste et du droit et le reniement des paroles et le refus du bap-
tême et la destruction des autels et de l'église, et la fin de
tout bien et de tout royaume sauf le royaume du ciel, cette
naissance maudite et très puissante; car la nuit qu'il naîtra il y
aura un mort dans chaque maison du triste monde et des gé-
missements à chaque porte du monde entier et le soleil et la
lune seront sançrUints en signe de cette naissance funeste. Car
dans le temps de cette homme-là, les femmes abandonneront
leur pudeur, et les princes leur retenue et les gens leur beauté
et les prêtres leur psaume et tous leur droiture et leur con-
fession et la femme ne souffrira pas sa féminité ni l'homme sa
virilité, et il ressuscitera les morts. Et eradicabit arbores. Il
arrachera les arbres de leurs racines et il mettra les racines en
l'air et il placera sur eux de beaux fruits par les puissances du
diable. Convcrtet flumina retrorsuin. Il fera retourner les rivières
et les cours d'eau et remonter leur cours. Le père tuera le fils et
le frère le frère et il n'y aura de foi chez personne en ce temps-
là. L'église sera détruite dans ce temps-là et la foi se perdra ainsi
que le juste et ils n'auront ni intelligence ni mémoire. Là où
étaient les saints de l'église, on ne pourrait les reconnaître ;
les pierres tombales et des autels du temple seront abandonnés
ainsi que les scribes savants, prêtres et haut clergé. Les cano-
nistes pleureront et les moines se dessécheront en voyant les
lois et les autels des gentils là où avaient coutume d'être les
temples canoniques consacrés, l'ordre de la messe et l'obéis-
5^6 G. Dottin.
sance au Seigneur jusqu'à ce temps-là. Les étoiles tomberont
sur la terre et les eaux se changeront en sang au temps de
l'Antéchrist. C'est alors qu'apprendront les deux prophètes
qui sont dans le Paradis, c'est-à-dire Elle et Enoch, le tribut
qui sera levé alors sur la race d'Adam par l'Antéchrist. Alors
viendra Enoch fils de Mathusalem, dans son corps humain,
des ports de la principale lumière du Paradis contre l'Anté-
christ, et ils se livreront bataille l'un à l'autre et il les tuera
tous deux ensemble dans le palais, c'est-à-dire dans le palais
de la ville de Jérusalem et ils seront morts trois jours et demi
et personne au monde n'osera les ensevelir par crainte de
l'Antéchrist ; et au milieu de jour, alors, ils reviendront à la
vie en présence de tous et un ange descendra du ciel et leur
dira : « O Elie et Enoch, venez à la vie éternelle à partir de
maintenant » et ils monteront alors [au ciel] en présence de
tous les hommes et il se produira un tremblement de terre et
de grands coups de tonnerre et des éclairs autour de la mon-
tagne en ce temps-là et tous les hommes qui seront du temps
de l'Antéchrist seront brûlés et tués par la puissance de Dieu ;
puis ensuite Dieu tout-puissant, le sauveur des hommes, en-
verra Michel archange avec son épée -nue à la main et il tuera
d'un seul coup l'Antéchrist et en fera deux tronçons depuis le
sommet jusqu'à la terre et ce ne sera pas pour détruire l'Anté-
christ que Michel portera ce coup-là, mais pour ramener le
monde dans un état meilleur et alors se convertiront tous les
païens et les juifs et les gentils à la foi catholique et il n'y aura
que trois ans et demi de ceci au jour du Jugement. »
Ce texte n'a point de rapports étroits avec le passage du Dâ
bron flatha n'niic qui concerne l'Antéchrist. Le portrait de l'An-
téchrist n'est pas le même dans les deux textes ; sur certains
détails, par exemple, le fait de ressusciter les morts, les deux
textes sont en contradiction.
Enfin, il est aussi question de l'Antéchrist dans une homélie
sur saint Michel conservée par le Leabhar Breac'. L'Ante-
I. Atkinson, The Passions and ihc HonuUcs frein Leabhar Breac, p. 244,
247.
Les deux Chagrins du Royaume du Ciel 3^7
christ de ce texte comme du précédent appartient plutôt au
folklore qu'à la théologie, Voici la traduction du passage qui
nous intéresse :
« L'Antéchrist, qui est un homme, naîtra à la fin du
monde ; sa propre sœur sera sa mère. Une protubérance grise
au milieu de son fi-ont. Un œil unique dans sa tète^ au mi-
lieu de cette protubérance. Un seul sourcil qui ira d'une oreille
à l'autre en dessous de son œil. Tout son corps est une sur-
face plane; ses pieds aussi. Il déracine les arbres; fourre leur
sommet dans la terre, et leur partie inférieure en haut, et met
des feuilles et des fruits aux racines et aux parties inférieures
des arbres 2. Il fera de l'or et de l'argent avec le fumier et la
fiente des chevaux et des chameaux, et en outre avec toute
chose inutile, et il sèmera l'incrédulité par le monde. L'eau
ne le noyera pas, le feu ne le brûlera pas ; le fer ne le touchera
pas. Or Elie et Enoch sont en vie encore dans le Paradis ; une
grande jalousie s'emparera d'eux, en sorte qu'ils iront com-
battre l'Antéchrist; ils n'auront pas de succès, puisqu'ils sont
tués. Puis Michel vient du ciel, avec son épée de feu à la
main et il tuera l'Antcchrist. »
Le Dà bronflatha ;//;//(' semble donc être un court traité formé
par la réunion de quelques lieux communs de la littérature re-
ligieuse irlandaise. Il est visible que les morceaux qui le com-
posent sont raccordés tant bien que mal; l'épisode des trois
Cris du monde est un hors-d'œuvre; la description du Juge-
ment dernier, le portrait de l'Antéchrist ne se rattachent pas
étroitement à l'histoire d'Elie et Enoch.
Quelle est la source de notre texte ? Si l'auteur du Dà bran
flatha ninie paraît s'être particulièrement inspiré du pseudo-
Hippolyte, De consiimmalione. mtmdi, il est non moins probable
qu'il a utilisé d'autres sources : le De Antichristo liber iimis
attribué à tort à saint Augustin et le LibeUiis de Antichristo
attribué à Alcuin et qui est l'œuvre d'Adson, abbé de Montier-
1. Comme l'Antéchrist des mahométans.
2. Faciet ... arbores subito florere. Adson, Libelliis de Antichristo, chez
Migne, t. CI, col. 1293 d.
3^8 G. Dottin.
en-Der^ Ces deux traités contiennent un grand nombre de
passages communs et sont en étroit rapport l'un avec l'autre.
Si, au point de vue littéraire, le Dâ hrôn flatha nime n'a guère
de valeur, il ne manque pas d'intérêt pour l'histoire des doc-
trines religieuses en Irlande.
§11.
Les Manuscrits.
Le Dà bran flatha ir'i)ie est conservé dans le Lehar na
hUidre, p. I7a-i8a(le commencemeut manque); dans le
Livre de Leinstcr, p. 280 a-281 a; dans le Livre Jaune de Lecan,
p. i2ob-i2ia; dans le manuscrit de Paris, fol. 27 v°b-28 r°b;
dans le Livre de Fernioy, p. 114 a- 115 b^.
Ces manuscrits se répartissent en deux classes : une rédaction
conservée parle Lebar na hUidre (U.); une autre rédaction
conservée par les quatre autres manuscrits : Leinster (L.),
Lecan (Lee), Paris (P.), Fermoy (F.).
Ce classement se vérifie facilement au moyen des lacunes
importantes, des foutes communes et des principales variantes.
Dans le portrait de l'Antéchrist, L., Lee, P., F. présentent
1. Le Libellns de Anlichrhto d'Adson est aussi la source d'un poème fran-
çais par Henri d'Arci contenu dans le manuscrit français 24862 de la Biblio-
thèque nationale; on possède par ailleurs de nombreuses copies d'une ver-
sion en prose du même traité faite au xiii^ siècle, cf. Roniania, XVII, 383.
Mais il existe au moins deux autres poèmes français sur l'Antéchrist qui ne
sont pas traduits d'Adson. P. Meyer, Notice sur le tus. fr. 24S62 (Notices et
extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. XXXV, i ,p. i ^ i-i 53).
2. Nous avons copié le texte du ms. de Paris; pour le Livre de Fermoy,
nous avons utilisé une copie exécutée par M. J. J. O'Farrelly ; pour les
trois autres manuscrits nous nous sommes servis des fac-similés publiés par
Li Royal Irish Academy. Pour simplifier les références, nous avons numé-
roté les colonnes des manuscrits qui contiennent notre texte. Pour le Let}ar
na Uidre i = p. 17, col. i ; — 2 = p. 17, col. 2; — 3 = p. 18, col. i ;
pour le Livre de Leinster i = p. 280, col. i ; — 2 = p. 280, col. 2, —
3 = p. 281, col. I ; pour le Livre Jaune de Lecan i =^ p. 120, col. 2; —
2 = p. 120, col. 5; — 3 = p. 121, col i; pour le Livre de Fermoy
I =■ p. 114, col. I ; — 2 =rz p. 114, col. 2 ; — 3 = p. 1 1 5, col. i ; —
4 = p. I is, col. 2; pour le manuscrit de Paris i = fol. 27 verso, col. 2;
— 2 = fol. 28 ro, col. I ; — 3 =; fol. 28 r", col. 2. Les numéros des
lignes sont les mêmes que dans les manuscrits.
Les diiix chagrins du Royaume du Ciel. 359
de nombreuses lacunes : p. 386, 1. 10; p. 386, 1. 13. L'arbre
de la vie dans le Paradis de U. est dans L., Lee, P., F., l'arbre
du Paradis, p. 376, 1. 12. Le membre de phr-âsc do comailliud
fastine in chomded manque dans L., Lee, P., F., p. 386^ I. 2.
On peut encore relever un grand nombre de lacunes moins
importantes dansL., Lee, P., F. ; p. 376, 1. 13 ; p. 376, 1. 15 ;
p. 378,1. 3; p. 378. 1- 16; p. 380, 1. 3 ; p. 380, 1. 10; p. 380,
1. 15.
Au contraire, dans la description du Jugement dernier, L.,
Lee, P., F. offrent des détails qu'on ne trouve pas dansU. :
p. 380, 1. I ; p. 380, 1. 14; p. 382, 1. 6. A la fin de cette
description une réflexion morale est ajoutée dans L., Lee, P.,
F.: p. 384, 1. 13.
On peut faire la même remarque pour d'autres passages :
p. 376, 1. 13; p. 378, 1. 4; p. 380, l. 15.
Dans le portrait de l'Antéchrist, L., Lee, P., F. omettent
na, p. 386, 1. II, ce qui rend la phrase moins claire. Le
membre de phrase la Crist mac nDé coin biat andsin tria bithu
sir eter airbrib àrchaingel, p. 384, 1. 7, est devenu dans L.,
Lee, P., F. : la Crist mac nDé bi in (ou e//V) airbrib àrchaingel.
Un mot du texte de U. est souvent remplacé par un syno-
nyme dans le texte de L., Lee, P., F. Voici un tableau de
ces variantes :
U.
Lec.
P.
co tairic
co roisc
corroisc
co roiscc
gu roisc
thairic
roscôich
ruscaig
roschaich
roscôich
fégaid
deccaid
dechaid
dechaid
decaid
co rôlais
con roisc
corroisc
coma roiscc
gu roisg
do rigset
ro laset
ro h'iset
rolasat
rolœsittar
ernaidit
asregat
asregad
asregat
doreghait
doberat
atbelat
adcblad
addeablatt
Les quatre manuscrits L., Lee, P., F. ne sont pas issus
du même prototype. F. se distingue nettement des trois au-
tres. Il conserve des mots qui ne se trouvent pas dans L.,
6o G. Dottin.
Lee, P. Ainsi tanaide (p. 376, 1. 7) ne se trouve que dans
F.; il en est de même de imurhusa (p. 378, 1. 9).
Il renferme de nombreuses interversions de mots : p. 376,
1. 14; p. 380, 1. 23; p. 384, 1. II.
Il remplace par des synonymes ou des leçons fautives cer-
tains mots des autres manuscrits. \^oici un tableau de va-
riantes où F. s'oppose àU., L., Lee, P.
U. L. Lec. p. F.
in comdid donchoimdid in coimdhi do Crisd
conétat confetat chanfetad attaroet
dochum nimhe doclium nime dochum nime for neimh
la febas
la febus
la febhus
ri feabhus
in praicept
in praicept
in praicept
in praicept
an soisgel
teclani
teclam
teglam
tccmalta
lâim chli
laim chli
laim chli
laim chli
ghualainn chli
cl Christ
or Crist
ol Crist
or Isa
amal
amal
amal
amal
antan
isin domon
isin domun
isin domun
isin doman
in hercsia
Dans d'autres passages, F., U. s'opposent à L., Lec, P.
L., Lec, P. n'ont pas conservé une partie de la phrase sur
les 10,000 années que U. et F. nous ont transmise, p. 378,
L 8.
roscâig
roscichset
rosoichsead
roschichsat
rosgaith
atrubalt
atbath
atbath
atbath
attrubalt
la ftTa;«d
fri
fria
fria
la fcran»
On a les trois classes: U. ; F.; L., Lec, P.
crich dil dilcenn dil foircinn
U., Lec, F. s'accordent contre L., P. :
chaer toraid caer thoraidh caer
in clerech Eli in clerech Eli in cleirech
Lec, F. s'accordent à donner la leçon a mailh (p. 380,
1. 14), au lieu de am dà mailh, L., P.
Ailleurs, on a d'une part U., d'autre part Lec, P. ; une troi-
sième classe est constituée par L., F.:
ic a srôinud oc a cur ic a cattad ic a cur occ a cartadh
Lrs deux Cimgrins du Ro)aumc du Ciel. 561
La phrase finale manque dans L., P. ; et il n'y a que dans
U., Lcc, F. que le Dû hrôn flatha nimc se termine par une
conclusion.
Au contraire, ar am brcilh, p. 376, 1. 4, conservé par L.,
P., manque dans Lee, F.
Une faute deU., Lcc, F. est corrigée dansL., P.:
blasfc laicfc blaisfî faicfe bla[s]fc
Lec. a seuljune phrase sur le nombre des gens de l'enfer,
p. 379, note 27.
On peut essayer de résumer ces remarques dans le schéma
ci-dessous :
X
u. ^ '" ' ^ y " ~
" \ île "l7 ' \ "^
F. P.
Quant à la date de nos textes, nous n'avons pas d'indication
plus précise que la date même des manuscrits qui les con-
tiennent ; date qui n'est point encore rigoureusement déter-
minée dans le détail. Le Lebhar na-hUidre serait du xi*" siècle;
le Livre de Leinster du xii'-* siècle; le Livre de Lecan du
xiv^ siècle; le Livre de Fermoy et le manuscrit de Paris du
XV* siècle.
IIL — L'orthographe et la langue.
Il peut être intéressant de comparer la langue de nos ma-
nuscrits.
L'étude de la phonétique est inséparable de l'étude de l'or-
thographe. Il ne semble pas que la prononciation de l'irlandais
fût au xn'^ siècle fort différente de ce qu'elle est aujourd'hui.
Plusieurs de nos manuscrits notent éo le son qui est maintenant
en irlandais eô, c'est-à-dire 0 fermé précédé d'une consonne
VjI
G. Doîtin.
palatale. Mais il semble bien qu'on prononçait éo encore au
xviii^ siècle, ainsi qu'il résulte du petit traité de prononciation
irlandaise contenue dans le manuscrit de la Bibliothèque na-
tionale, fonds celtique n° loi, p. 127 : « eo pronounceth e most
but 0 helpeth ; for instance : béol, céol, séol, céo, sgéol, séon, etc. ».
Le changement dialectal de e en ca n'apparaît que dans
Lee, P., F. La graphie ao, aoi n'apparaît que dans le mot
faonai F. Nous avons relevé les variantes orthographiques
que nous offraient les quatre manuscrits dont nous avons eu
entre les mains l'original ou des fac-similés. Pour F. que nous
ne connaissons que par une copie, nous nous contenterons de
signaler ici les principales particularités orthographiques qu'il
présente : e ~^ ea: geala, aingeal, addeablatt ; ai est mis pour a
final: iriimai, inartrai; co > gu; oi = a: doraghoi;
/suivi d'une consonne vélaire est noté io: anticriosd ; l'as-
piration est régulièrement marquée; se > sg, rc > rg: dasgar,
timargan, soisgela, sgibadb ; p, t, c sont souvent doublées :
appar, attatt, comhaittcachd, rogattadar, dothiagatt, taithinhett,
duitt, rottreghas, attaressett, rolàsatt, chreittme, chréttfes, dothatt,
Enocc, proiccept, occ, oslaiccid, dosnucc.
VOCALISME
Le.^bar ka hUidre
lathe 2, 31
[mifaélti 2, 4]
tasfénad i, 29
anim i, 41
airbrib 2, 30
polaire 3,13
forcomét i, 32
soscéla I, 6
cosse 1 , 7
duine 3, 4
muinte/- 1,18
pêne 2, 26
Leinster
angel i, 50
lathe 3, 26
falti 3 , 2
taspenad 2, 32
anim 2, 46
airbrib 3, 21
pholaire 3, 36
torsi 2, 2
forcomét 2, 33
soscela 2, 10
cosse 2, II
duine 3, 34
munt(!r 2, 19
pêne 3, 18
Lecax
aingel i, 37
laithi 3, 24
failli 2, 4)
taispenad 2, 26
anim 2, 38
arbrib 3, 19
pholaire 3, 34
forcomét 2, 28
soscela 2, 3
coise 2, 5
dune 3, 32
muinter 3,17
pêne 3, 16
Paris
aingel i, 20
laithi 3, 22
failti 2, 38
taispenadh 2, 13
ainim 2, 30
airbribh 3, 17
polâre 3, 33
toirrsi i, 22
forcoimet 2, 20
soiscela i, 31
coisi 1,33
duine 3, 31
muindter 3, 16
peinne 3, 14
Les deux Clui!j,nns du Royaume du Ciel.
Leabar na hUidre Leinster Lecan
crctme 3, 6
ette I, 4
cethri i, 10
slùag I, 22
chraind i, 5
praicept î, 8
muinteras 2, 8
dùnas 2, 3 3
gabud I, 12
etun 3, 14
di'abul 3, 4
imandechatâr i, 27
denum i, 29
chucu I, 19
Isu I, 19
tr»mmu i, 35
coraartha 5, 14
iarom i, 56 ; 2, 33
sood 3, 13
omon 2, 37
lebor 3, 34
loscod 1 , 1 1
domon 3, 6
hÉle I, 1
ithe I, 3
laithe i, 8
méte 1,15
sûile I, 25
uile I, 34
dorigne 1,31
arailc i, 39
atroille 2, 24
regé 2, 26
cosse I, 7
erbothaib 2, 20
thœgat 3, I
dothaégat i, 2
co taégat 2, 36
crcitmi 3, 35
desium 3, 23
eitte 2, 10
cethri 2, 14
no-bemmis 3, 28
slôg 2, 26
chraind 2., 7
febas 1 , 46
muntoas 3, 5
dûiias 3, 24
gibud 2, 16
étun 3, 36
spir»/ 3, 30
diabul 3, 34
immandechatar 2,
denam 2, 3 3
chucu 2, 23
Isu 2, 24
trummu 2, 38
comartlia 3, 37
soud 3, 56
omun 3, 26
lebur 3, 24
loscud 2, 1 5
domun 3, 35
Eli 2, 4
ithi 2, 7
laithi 2, 12
meiti 2, 19
sûh 2, 79
uile 2, 37
doringni 2, 4
alaile 2, 43
rége 3, 19
cosse 2,11
richtaib i, 30
irbothaib 3,13
diabuil 3, 2
tecait 3, 32
dothiagat 2, 41
co tecat 3,23
30
chrcitmc 3,33
dcisim 3, 21
cti 2, 4
ceithri 2, 7
no bemis 3, 26
sluag 2, 19
chroind i , i
cf. proicept i, 47
febus 1, 30
muinterus 2, 48
dunas 3, 21
gabud 2, 9
etan 3, 34
sbirat 3, 29
diabul 3, 32
imandeachadar 2, 23
denam 2, 26
chucu 2, 17
Issu 2, 17
truma 2, 3 1
comartha 3, 34
soud 3, 34
omun 3, 24
lebar 3, 22
loscadh 2, 8
domun 3, 34
ithi 2, 2
laithi 2, 5
meidi 2, 13
suili 2, 22
uili 2, 30
dorigne 2, 27
alaih 2, 36
adroilli 3,15
régi 3, 16
coise 2, 3
reciiraib 1,37
diabuil 2, 43
tecait 3,31
dothiagad i, 31
co tia^had
Paris
creidem 3, 32
dcisim 3, 19
eite I, 32
ceitri i, 36
no bernais 3, 25
slôgh 2, 10
croinn i, 28
fcbhus I, 16
dunus 3, 19
gabhadh i, 38
eda[n] 3, 33
spiriit 3, 27
diabhal 3,31
imandechadur 2, 13
dénum 2, 18
chucha 2, 8
Isa, 2, 8
truma 2, 23
comurtha 3, 33
iarum 3, 16; 2, 38
soud 3, 33
Oman 3, 22
leabur 3, 20
loscadh I, 37
doman 3, 32
Eli I, 24
ithe I, 30
laithi I, 34
meite 2, 3
suili 2, 14
uili 2, 22
righni 2, 19
alaile 2, 28
coisi 1,33
richtaibh i, 20
erbothaib 3,11
diabhail 2, 38
tegait 3, 29
dothiaghait i, 27
364
G. DoUin
Leabar xa hUidre
Leixster
Lecan
Paris
ui — ai— ce
dùine i, 10
doene 2, 13
daine 2. 7
daine i, 36
dainibh 3, 24
ce — oi —ai
doenib 3, 28
doinib 3, 26
oe — ae
fôena i, 38
foena 2, 42
foena 2, 34
faena 2, 27
daescor 2, 6
doescar 3, 4
descor 2, 47
daesgar 3, 2
toebaib 2, 35
tôebu 3, 25
toebu 3, 23
taebha 3, 21
do thaet 5, 6
do thaét 3,35
dothoet 3, 33
dothaetii 5, 32
oe— oi
ôen 2, 9
ôin 5, 7
oin 2, 50
ce— a
ro-laeset 2, 21
ro-laset 3, i>
ro-lased 3,12
ro lasat 3, i i
X — ai
caera i, 3
câira 2. 7
caera 2, i
caera i, 28
e— ea
gela 1,49
gelai, 35
geala i, 19
nech I, 15
nech 2, 20
neach 2,13
nech 2, 3
1res 2, 25
très 3, 17
aleth 2, 45
très 3, 14
a leath 2, 37
treas 3,13
nemdaib 3, 19
nemdaib 3, 38
nemdaib 3, 36
neamdaibh 3, 5
airilten i, 46
airilten i, 30
airihean i, 16
fochen i, 38
fochen 2, 42
fochean 2, 35
fochen 2, 27
ingen 2, 1 5
ingen 3, 11
ingeand 3, 5
ingen 3, 7
forcend 2, 8
forcend 3, 6
forceand 2, 49
■
dered 3, 2
dered 3, 53
deread 5, 31
e— ea - u
gebes 3, 20
gebes 3, 38
gebeas 3, 36
ghébus 3, 36
iu — c
doimniud 2, 18
doimned 2, 12
doimniugh 2, 2
iu— e— ea
dilgend 2, 14
dilgiund 3,11
dilgeand 3, 4
dilghenn 3, 7
iu — 1
milsiu I, 4
milsiu 2, 8
milsi 2, 2
raillsi I, 29
treisiu i, 42
treisiu 2, 46
ireisi 2, 38
treisi 2, 31
aingliu 2, 41
aingliu 2, 33
aingli 2, 26
ârchaingliu 2, 41
archaingli 2, 33
arcaingli 2, 26
limsa 2, 1
limsa 2, 47
limsa 2, 39
liumsa 2,31
desium 3, 23
deisira 3, 21
deisim 3, 19
ai— i
chomaitecht 2, i
comaidecht i, 40
coimidecht i, 22
i — a
int 2, 20
ant 2, 10
as I, 35
as 2, 38
as 2, 31
is 2, I
(in a) I, 16
im 2, 20
im 2, 14
am 2, 4
Une voyelle euphonique est intercalée dans le groupe rch :
airichill L. 3, 29, erechill Lee. 3, 27; cf. airchill P. 3, 25.
Leabar ka hUidre
consonaxtisme.
Leixster
Enôc I , u
» -)•■
Lecax
Enoc 1,38
ec 3 , 31
Paris
Énôg I, 21
ég 3, 29
t-d
t— tt
s — ss
Les deux Chagrins du Royaume du Ciel.
Leabar na hUidre Leinster Lecan
thaegat 3, i
timarcon 2, 12
tcsorcain 1,21
doimriiaircet i, 6
eirged 2, 2
tùargit 2, 35
daescor 2, 6
can I, 7
méte 1,15
elun 3, 14
atrubairt 2, 40
cretfe 2, 15
dothsegat i, 2
taégat 2, 36
atreset 2, 9
taithmet i, 50, 33
cenco beth 1,15
do asfénpha i, 23
do thaisfénad i, 24
claidbebtair 3,15
chrochtha i , 20
pecda 1,13
pardus i, i
no-bid 1,31
saich I, 23
taithmet i, 30, 33
titacht I, 16
thodérnamaib i, 9
tuidecht i, 20
erbada 2, 30
Enoc 2, 38
ette I, 7
cossa I, 7
tecait 3, 32
timargain 3, 9
tesarcain 2, 25
teisairced 3, 12
doimmairget 2, 10
mairg 2, 50
airced 2, 48
tuarcit 3,25
doescar 3, i
cen 2, II
teclam 2, 26
comaitecht 2, i
meiti 2, 19
étun, 3, 36
atrubairt 3, 30
chreitfes 3, 37
do thiagat 2, 6
tecat 3,25
atresat 3, 6
apar i, 43
peth 2, 18
doaspenfa 2, 27
dothaspenad 2, 28
roscôich 2, 37
claidbebtair 3, 37
chrochda 2, 25
pectha 2, 17
parduis 2, 4
no bid 2, 34
saich 2, 28
taithmet 2, 33, 36
tetacht 2, 21
sids. 3, 20
do imniud 2, 18
thodérnamaib 2, 13
thuidecht 2, 25
erbada 3, 21
nôeb 3,31
oc 3, 7
Enoc 3, 29
roisc 2, 1 1
eitte 2, 10
cossa 2,11
tecait 3, 31
timarcain 3, i
tes[ar]cain 2, 18
teasaircead 3, 6
doimaircet 2. 4
maire 2, 44
eirced 2, 39
tuaircid 3, 23
descor 2, 47
cen 2, 4
teclam 2, 19
comaidecht 1,41
meidi 2, 13
etan 3, 34
adrubairt 3, 28
creitfes 3,35
dotliiagad i , 51
tecaid 3, 23
attresad 2, 49
abar i, 26
beith 2,11
doaspenfa 2, 20
dothaisbenad 2, 21
ruscaig 2, 30
claithfither 3, 35
chrochda 2, 18
pecda 2, 10
parduis i, 46
no bid 2, 27
saith 2, 21
taithmeach 2, 27, 29
tethacht 2, 14
sidi 3, 18
do imned 2,11
thodérnamaib 2, 6
tuideachd 2, 18
erbaga 3,19
noeb 3, 29
oc 2, 50
Enoc 3, 27
roisc 2, 5
eti 2, 4
cosa 2, 4
365
Paris
tegait 3, 29
timargain 3, 5
tesargain 2, 9
tesairged 3, 8
do-n-imairget i, 32
mairg 2, 34
airgedh 2, 32
tuairgit 3, 21
dhaesgar 3, 2
gin I, 32
teglam 2, 10
coimidecht i, 22
meite 2, 3
eda[n] 3, 33
atrubfl/Vt 3, 27
creidfes 3, 34
dothiagait 1, 27
tecait 3, 21
taithmedh 2, 18, 21
beith 2, 2
thaisbenfas 2, 12
dothaispenadh 2, 13
roschaich 2, 22
claidhfidher 3, 34
pecdae i, 39
parrthais 1,2$
no-bith 2, 19
saith 2, 12
taithmedh 2, 21
doigecht 2, 4
sige3, 16
doimniugh 2, 2
thoigernaib i, 35
taigecht 2, 9
erbaiha 3, 17
nœm 3, 27
occ 3, 5
Enôcc 3, 26
roiscc I, 33
eite I, 32
cosa 1 , 3 2 ; 2 , 15
Revue Celtique, XXI.
566
G. Dottin.
Leabar xa hUidre
Leixster
Lecax
Paris
ais I, 20
aiss 2, 24
ais 2, 17
ais 2, 7
f-fï
ififirn 2, 32
ifirn 2, 25
ifrin 2, 17
r— rr
torsi 2, 2
toirrsi i, 22
pardais i, 47
parrdais 1,32
parrtuis 1,17
1-11
milsiu I, 4
milsiu 2, 8
milsi 2, 2
millsi I, 29
1— r
or I, 37; ar 38; or 39
ol 2, 43, or 2, 45
or 2, 38, ol 2, 36, or
ol 2, 30, or 2, 2),
ai
ar 41
2, 37
2, 22
m - mm
tromma 2, i
troma i, 39
throma 1,21
namm.i i, 14
nammâ 2, 18
naraa 2, 11
nama 2, i
etromma i, 49
etroma i, 35
etromma i, 19
bemmis 3, 28
bemis 3, 26
bemais 3, 25
n — nn
pêne 2, 26
pêne 3, 18
pêne 3, 16
peinne 3, 14
En dehors de ch, th, pb, qui appartiennent déjà à l'ortho-
graplie du vieil-irlandais, l'aspiration est assez régulièrement
marquée dans P. :
dh\ oslaicidh i, 31 ; scibedh i^ 32; loscadh i, 37; cidh 2, i;
gradhaibh 2, 5 ; guidhetar 1,15; coimdhi 1,15; aerdha i, 19;
criadh i, 21; cepdha i, 21; conidh i, 23; thoraidh i, 28;
mescdha r, 29; bidh 2, 10; taithmedh 2, 21; Adhaim 3, 9;
tuidhechta3, 12; diaidh 3, 13; claidhiidher 3, 34.
hh\ sliabh i, 36; ingabhadh i, 38; beraibh 2, 36; diabhal
3, 31; Debhi 3, 17; taebha 3, 21.
f;h: doragha 2, 8, 25; 3, 3; eterghleô 3, i; thoighernaibh
1,35; taighecht 2, 9; dilghenn 3,7.
mh: demhon 2, 18; claidhimh 3, 36; làmha 2, 27.
Elle est très rarement notée dans Lee. :
dh: loscadh 2, 8; claidfidhcr 3, 32.
gh: tiaghad.
On n'en trouve pas d'exemple dans U. ni L.
Il en est de même de l'aspiration en composition syntac-
tique :
toirrsi mhor P. i, 23 ; laim dheis P. 2, 20.
con-a-dhaesgar-s/?;a^ P. 3, 3.
no-bheth P. 2, 4.
Les deux Chagrins du Royjume du Ciel. 367
ro-bhlais P. 3, 28.
a-mhaith P. 2, 29.
L'emploi de /; devant une initiale vocalique après les parti-
cules qui produisent aspiration est assez fréquent dans les
quatre manuscrits: im haïunanna P. i, 18; Lee. i, 34; na
hanmand'L. i, 48; na hcoin P. i, 27; Lee. i, 51; L. 2, 6;
doua hanmanua'ibh P. i, 26; dona hannmndaib Lee. i, 49; co
haingli P. 2, 25 ; fo hainglin Lee. 2, 33 ; ^^ holc U. r, 40.
Il y a quelques exemples d'interversion : coitsccht P. 2, 17;
coistecht U. i, 28; Lee, 2, 25 ; alnibmtar U. i, 25 ; aturbratur
P. 2, 14; doragalar Lee. i, 27; cf. rogadafarL. 1, 44; rtJf-
bladLec. 2, 50; cf. atbelat L. 3, 7; arambriih L. r, 45; am-
^'/V/? Lee. I, 28; arniabrcith P. i, 15; iffenid U. 2, 8; /^t'r»
L, 3, 6; ifreiid Lee. 2, 49; //)y//J P. 3, 4.
DECLINAISON.
1. La forme du nominatif a remplacé la forme de Taccusatif
dans coitndhi P. i, 15 r:= coinide; cf. comdid L. i, 45 ;
2. Le datif tend à se confondre avec l'accusatif: fo crann
P. I, 25, d. fo chrund U. i, i; L. 2, 4; Lee. r, 46 ; fo crunn
F. r, 12; sa corpV. 2, 38, cf. ass a churp L. 3, 2, as a churp
Lee. 2, 45.
3. Le génitif de cretem est remplacé par l'accusatif: do tba-
bhairt creideni P. 3, 32, cf. ^0 tabairt cretiiic U. 3,6; ciritini
L. 3, 35; chreitmeLec. 3, 33; chreittme F. 4, 3.
Le mot W^ jour, offre les formes suivantes :
nominatif-accusatif: là L.
oénitif : laithe, lathe
datif: là U.
?68 G. Doltin.
La désinence -a du nominatif pluriel de la première décli-
naison s'étend à d'autres déclinaisons: hamnanna P. r, i8;
F. I, 5; hanmanna F. 3, 16; aumanna P. 3, 12; anmanda
Lee. 3, 15, cf. haumaud U. 2, 24; L. i, 48; Lee. i, 34; L.
3, 16.
L'« de l'accusatif pluriel devient a: tôehii L. 3, 25; Lee. 3,
23; taibiu F. 3, 27; taehha P. 3, 21 ; gnimii U. i, 23 ; L.,
2, 27; gnima Lee. 2, 21; P. 2, 12.
Il en est de même de 1'// du vocatif: hrithcmnii U. r, 35;
L. 2, 38; hrethemniii Lee. 2, 30; bretheaiiinaV. 2, 22.
La désinence du pluriel des adjectifs oscille entre a et ai :
cepdai L. 2, i ; Lee. i, 10; ccpthai F. i, 18; cepdha P. i, 21.
La forme du nominatif est emplovée au datif dans une énu-
mération de noms au datif: firV. 2, y, ferai b U. i, 17; L.,
2, 22; Lee. 2, 15; F. I, 31.
Au génitif: nan anmanda Lee. 3,15; nan anmand U. 2, 24;
na hanmand Lee. 3, 16; airbrib àrchaingel U. 2, 30; P. 3, 17;
ârchangelL. 3, 21; archaingil Lee. 3, 19; arcboingilY. 3, 22.
A l'accusatif: co haingli 7 arcaingli P. 2, 26; haingliu 7 ar-
chaingULec. 2, 33 ; aingliu 7 àrchaiùgliu L. 2, 41 ; F. 2, 20.
COMPARATIF.
La désinence du comparatif -» est devenue -0: 7;/«^(? U. i,
4; et a: mesca'LQC. 2, 2; ce comparatif est décliné d'après les
thèmes en -«dansL.: mescai L. 2, 8; F. i, 16, au nominatif
pluriel; tnimma U. i, 35; L. 2, 38; inima Lee. 2, 32; P.
2, 24; iruniai F. 2, 18.
Le complément du comparatif est introduit par andà U. i,
36; na Lee. 2, 31; /?zrtj P. 2, 23.
Les deux Chagrins du Royaume du Ciel. 569
ADJ ECTIFS-PRONOMS .
I. Le nom de nombre deux a la ïorme da L. i, 43 ; F. i, i
et do Lee. i, 25.
On trouve cach fin U. 1,5; L. 2, 8; Lee. 2, 2 et cech fin
P. I, 30; F. I, 16; cach mil U. r, 4; L. 2, 8 et ccch mil P.
I, 29; F. I, 16; cacl) nik U. i, 30; L. 2, 34; Lee. 2, 27 et
cech uilc P. 2, 19; do neoch U . i, 13 ; L. 2, 16; F. i, 25 ; Jo
neachLec. 2, 10; mr/; U. i, 15; L. 2, 20; F. i, 28 eineach
Lee. 2, 13.
Les affixes démonstratifs ont des formes variées : on trouve
-som et sani: leo-soin L. 2, 2; Lee. i, 42; -saw P. r, 23 ; -se,
-sin, -sea, -si : fr-sea U. i, 36; fir-seL. 2, 39; fir-sin Lee. 2,
^2 ;fîr-siF. 2, 24; -j^^ -jo : cterglcod-sa U. 2, 5; e'.ergleodh-sa
Lee. 2, 46 ; etargkod-sa L. 3, 3 ; eterghkô-so P. 3, i.
iarsiiidiu L. 2, 9 ; Lee. 2, 3; P. i, 31; /^^/Wt' U. 1,6; /^i-m
L. 2, 10; Lee. 2, 3 sont synonymes.
cia-d-e U. i, 35; Lee. 2, 31; F. 2, 17; cad-e L. 2, 38;
^«z7 P, 2, 23, sont synonymes.
L'h de a;/, leur, s'assimile à /: allàina L. 2, 30; alàma U.
I, 26 ; Lee. 2, 23 ; P. 2, 15; F. 2, 8; à /;/: ammarbad U. 2,
14; amarbad L. 3, 11; Lee. 3, 3 ; P. 3, 6; F. 3, 9 ; ammac
U, 2, 15; âf//wc L. 3, II; F. 3, 10; am martra U. 2, 39;
amartra P. 3, 27; Lee. 3, 28; L. 3, 30; ^z martrai F. 3,33.
Le nominatif pluriel masculin ind est remplacé par na: na
heôin L. 2, 6; Lee. i, 51; P. i, 27; cf. ind coin U. i, 3 ; F.
I, 14; ind coin L. 3, 27; na heoin Lee. 3, 25; F. 3, 29; ^7;/
fc'om P. 3, 23 ; par âi/^ : a}i coin P. 3, 23 ; cf. ind coin U. 2, 34;
L. 3, 24; Lee. 3, 22.
On trouve in ni P. 2, 15 ; F. 2, 8 ; a;z )ii Lee. 2, 23 ; ani
L. 2, 30.
Au génitif singulier, on a: ind fir-sin L. 2, 44; ind fir-se
Lee. 2, 39; in fir-sin P. 2^ 29.
570 G. Dotîin.
PRONOMS PERSONNELS.
On trouve quelques exemples de pronoms infixes :
{Jo-s-fucU. 2, 19; L. 3, 14; Lee. 3, 10; P. 3, 10; do-sn-ucc
F. 3, 13.
cou da-s-fil U. 2, 19 ; conda-d-fil Lee. 3,11; conda-t-fil L. 3,
15; con-a-t-filV. 3, 10 ; con-a-fil'Ç. 3, 14.
ro-t-hia L. 2, 50; ro-d-bia Lee. 2, 41 mais ro-/'/a P. 2, 34.
ro-t-mairg L. 2, 49; P. 2, 34; ro-t-mairc Lee. 2, 41. Cf.
ro-t-mair?-si deside dans le Glossaire d'Atkinson.
o
do-d-raega U. 2, 7; Lee. 2, 48. Cf. dorôigaiL. 3, 5.
On trouve eneore dans F ro-ît-reghas 7 ro-d-la 3, 3, 4; ef.
ro-l-la Lee. 2, 48.
Voiei les formes des pronoms unis aux prépositions :
I" p. sg. ciicam-sa U. i, 39 ; L. 2, 43 ; P. 2, 28; chucam-sa
Lee. 2, 35 ; cugam-sa F. 2, 22; — liin-sa U. 2, i; L. 2, 47;
Lee. 2, 39; F. 2, 26; lium-sa P. 2, 31.
2^- p. sg. duit U. I, 38; L. 2, 42; Lee. 2, 35; P. 2, 27;
J///// F. 2, 22.
3^ p. sg. dc-sinV. i, 24; — ^fc^ U. i, 34; L. 2, 34; F. 2,
16; P. 2, 22; — fair U. 3, 15; L, 3, 36; Lee. 3, 35 ; F. 4,
5; P. 3, 34; — /mU. 3, 4;L. 2,42; Lee. 2, 34; F. 2, 21;
P. 2, 27; — lais-seom U. 3, 16; /m L. 3, 37; Lee. 3, 35;
F. 4, 6; P. 3, 35 ; — leisidc U. 3, 3 ; lasside L. 3,33; Jaside
Lee. 3,32; laissidbe F. 4, i ; P. 3, 30; - iiiiiiii L. 3, i ; /wwf
Lee. 2, 44; ////»fc' P. 2, 37.
f^ p. pi. /t'//-;z6' U. I, 40; F. 2, 24; h')i-iii L. 2, 44; ////-;//
Lee. 2, 37; liiine P. 2, 29.
3*= p. pi. iiô/Z' U. I, 9; Lee. 2, 6; doibh P. i, 34; tv^/A U.
2, 36; esib Lee. 3, 23 ; essib F. 3, 26; «//Y? L. 3, 25 ; eistibh
P. 3, 20; - — dib Lee. 3, 9; dibb'P. 3, 9; F. 3, 13; — r/;/7r//
U. I, 19 ; L. 2, 23 ; Lee. 2, 17; chiicha P. 2, 8 ; cuca F. 2, i ;
— forroU. I, 20; forra F. 2, 2; — /n// U. i, 7; L. 2, 10;
3, 4; Lee. 2,4; 2, 47; P. I, 32; 3,2; F. i, 19; iiiipuL.
I, 49; Lee. 1,36; it)ipa F. 1,6; umpii P. i, 19; — leo-soin
L. 2, 2; Lee. i, 42; F. i, 10; Ico-sam P. i, 23.
Les diux Chiiiitins du Royaume du Ciel. 371
En combinaison avec les adjectifs possessifs on a lia L. 2,
48; /m Lee. 2, 40; la?. 2, 32 ; làV. 2, 2; F. 2, 27.
L'ancien pronom de La 3'-" p. pL é est conservé dans conid at
é U. 3, 21 ; conid é sein F. 4, 8; cf. condat iat Lee. 3, 37.
CONJUGAISON.
1. Les formes enclitiques ou dépendantes s'échangent avec
les formes indépendantes: dofuarcbhat ¥ . 3, 26; luairgitl*. 3,
21; aberther P. i, 14; cf. fl!/)ar L. i, 43; appar F. i, i;
abar Lee. i, 26; thaisbenfas P. 2, 12 et doaspcnfaL. 2, 27;
Lee, 2, 20; doaisenfa F. 2, 5,
On trouve quelques formes relatives : rottregas F. 3, 3.
L'impersonnel remplace la 3^ p. plur. : caera ata miUsi P.
1, 29; cf. at U. I, 4; lasim-bia pccdae P. i, 39, cf. lasam-biat
L. 2, 16 ; Lee. 2^ 10; na heoin doni-sin Lee. 3, 25 ; dogniat sin
L. 3, 27; P. 3, 23 ; dogniatt F. 3, 29.
2. Les formes absolues remplacent les formes conjointes à
la 3^ p. pi. : atàit P. i, 18, cf. ataat L. i, 48; Lee. i, 34;
attat F. I, 5 ; dothiagait P. i, 27; cf. dotbiagat L. 2, 6; do-
thiaghatt F. r, 14; dothiagad Lee. i, 51; co tecaid Lee. 3, 23;
co tecail P. 3,21; cf. co taégat U. 2, 36; ro toa/ L. 3, 25 ; do-
herait P. 3, 20, cf. doberatU. 2, 34; L. 3, 24; Lee. 3, 23 ;
it héL. I, 15; (^/ U. I, 4.
L'impératif /rt/r_, iairr est conservé dans L. 2, 43; Lee. 2,
35; F- 2, 22.
A l'impératif 2^ p. pi., on emploie /4''^7/W U. i, 34; deccaid
L. 2, 37 et dechaid P. 2, 22 ; Lee. 2, 30.
On trouve les deux prétérits en -/ : at-ru-bali U. 2, 18;
attrubaltL. 3, 12; adbathLec. 3, 9; atbathV. 3, 9; L. 3, 13.
Le vocalisme du parfait n'est pas conservé dans ro-guidhetar
P. r, 15, cf. TO-gadatarL. i, 44; Lee. i, 27; rogaltadar F. r, 2;
atchonnarcatàr U . i, 25 est devenu atconcatur P. 2, 13; fl/-
choncatar L. 2, 29; atchondcadar Lee. 2, 22 ; attchoncadur F.
2, 6 ; ra-/^/ U. 2, 7 est devenu ro-là L. 3,5; /o/Aï Lee. 2, 48;
m//rf F. 3, 4; /â P. 3, 3.
La désinence de la 3'^ p. pi. du prétérit en j est indifférem-
)/•
G. Dottin.
ment -et ou -at: ro-scichset L. 3, 3; rosoichsead Lee. 2, 46;
roschichsatV. 3, i; ro-lâset L. 3, 16; ro-lased Lee. 3, 12; ro-
/rti'a// F. 3, 16. On trouve la désinence déponente dans F. :
roLrsittar 3, 6-7; cf. roIasatV. 3, 4.
La désinence -ar du passif est remplacée par -iJjar: alberthar
Lee. 3, 27, cf. asberar U. 2, 38; L. 3, 29; F. semble présenter
le pluriel asbertar 3, 32; à la troisième personne plurielle du
déponent, on a -tar et -tur: atchonnarcaîàr U. i, 25; atchon-
catar L. 2, 29; atchondcadar Lee. 2, 22 ; atconcatur P. 2, 13 ;
attchoncadur F. 2, 6; afrubratarL. 2, 29; adiibratarLec. 2, 22;
atdiibradur F. 2, 7; atitrbratiir P. 2, 14; iinàndechatar \3 . r,
27; immandechatar L. 2, 30; iniamimcbadarLec. 2, 24; //;;^7;ï-
dechadiirV. 2, 15; F. 2, 6.
La caractéristique du futur passif pluriel est conservée dans
claidbebtair U. 3, 3 qui est devenu daidbiîer L. 3, 34. Cette
forme est remplacée par claifittir F. 4, 2 et par l'impersonnel
ordinaire : claidfidherLec. 3, 32; cf. claidbebtair U. 3, 15 ; L. 3,
37; claithfiiber Lee. 3. 35; cJaidhfidher P. 3, 34; cloidmhither
F. 4, 6. "
Le futur do-reg-, do-rag- mélange dans nos manuscrits ses
formes avec celles du prétérit do-roega :
dorroéga 1,19
doraga i, 39
ragaid i, 42
doréga 2, 2
do-d-rcega 2, 7
dorôega 2, 27
ragait 2, 27
L.
doraiga 2, 23
dorôiga 2, 40
doraga 2, 45
regaid 2, 47
dorôiga 2, 48
dorôigai 3, 5
dorroega 3, 20
regalt 3, 20
Lec.
dorega 2, 16
dorega 2, 33
dorega 2, 35
regaid 2, 39
doroega 2, 40
do-d-ra;ga2,4S
dorega 3, 17
ragait 3, 17
P. F.
doraglia 2, 8 dor:Egha 2, i
doragha 2, 25 doraghoi 2, 19
doragha 2, 28 dorega 2, 22
ragad 2, 31 [rag]ait 2, 26
doraga 2,35
doragha 3, 3
doraga 3, 16
ragait 3, 16
doreghait 2, 27
rottreghas 3, 3
dorreghai 3, 20
raghaitt 3,21
doreghait 3, ;2
Quelques infinitifs en -ad, -iid cèdent la place à des infinitifs
en -ugad, -ugud: imràdiid U. i, 15; L. 2, 20 ; imradad
Lec. 2, 13 ; imradhadh F. i, 29 ; iniradugud P. 2, 4.
Les di'Lix Chagrins du Royaume du Ciel. 373
PREPOSITIONS.
i) On trouve na a côté de ina: ina corpaib Lee. i, 28; na
corpaib L. i, 45 ; P. i, 15 ; F. 1,2; ma et ima: ma cuairt L.
I, 50; Lee. I, 36; ima cuairt V. i, 19.
/ ?i- alterne avec a n-: ir richtaih L. i, 50; / rechtaib Lee.
1, 37; a richtaihb P. i, 20; 1';^ s'assimile à r: ir richt U. 3, 4;
L. 3, 34; irichl Lee. 3, 32; P. 3, 31; hirricht F. 4, 2; à w:
im-niiicht-sa Lee. 2, 35 ; i-mucht-sa L. 2, 43 ; am-nihucht-sa F.
2 22 .
2) /'/;/ U. I, 10; immon L. 2, 14; Lee. 2, 8; P. i, 36; /w
a pour équivalent /o :/^7 cuairt F. 1,7.
3) On trouve can scihud U. 1,7; r^';/ scifud L. 2, 11 ; cen
scith Lee. 2, 4 et o-f/ï scibedh P. i, 32.
4) /or est remplacé par ar : for a chenu F. 2, 21.
5) fri est remplacé par rt'_, n: /nVï ^/jU. r, 20; re ais L. 2,
24; riaaisP. 2, 7; Lee. 2, 17; F. 2, 2.
6) do devient da dans J^/ digail P. 2, 7 ; cf. Jo digail U. i,
20; L. 2, 24; Lee. 2, 18; do dighailV. 2, 2.
On a dia to[or]ra/;î U. i, 21; Lee. 2, 18; F. 2, 3 et fl'fls /j-
sarcain L. 2, 25 ; P. 2, 9.
7) mr est remplacé par ar: iarn inithoJtain U. 2, 21 ; ar
iiutholtain L. 3, 16; Lee. 3,13.
8) oc est synonyme de la dans oc-aiii-biat U. i, 13 ; occ-ani-
biattY. r, 26 ; la-saiii-biat L. 2, 16; Lee. 2, 10; la-siiii-bia
P. I, 39; on en trouve les variantes plionétiques ic, ag : ic gà-
rigudL. 3, i; ic gairiiidh P. 2, 37; ag garibLec. 2, 44.
CONTOXCTIONS
fl^fi/Wt' s'échange avec daiia et ^//W/// : dcside U. r, 3 i ; dana L.
2, 45; F. 2, 24; — fl'^j/Wc U. 2, 2; Jrt;/(7 L. 2, 48; ^/Wm P.
2, 32 ;
didiii. s'échange avec dana: dana U. 2, i ; L. 2, 47; F.
2, 26; didiii Lee. 2, 39; P. 2, 32;
iarnni L. i, 48; Lee. i, 34; P. i, 18; est remplacé par
didiii F. I, 5 ; on a de même iaroni U. r, 21 ; didin L. 2, 26;
^74 ^' Doliin.
Lec. 2, 19; P. 2, 10 ; F. 2, 3 ; — iarom U. i, 36; didiu L.
2, 40; Lec, 2, 33; P. 2, 25 ; dana F. 2, 19; — iarom U.
3,2; JïW/// F. 3, 36.
immorro U. 2, 4; F. 3, i; est remplacé par ianun L. 3, 3;
Lec. 2, 46; P. 2, 38; — de même: immorro U. 2, 27; F.
3, 20; /«n/w L. 3, 19; Lec. 3, 17; P. 3, 16; — iarom U.
2, 37; L. 3, 29; Lec. 3, 27; P. 3, 25 ; immorro F. 3, 31;
/m U. 2, 31; P. 3, 17; F. 3, 23 ; s'échange avec didiu
Lec. 3, 19.
En général les particules de coordination "sont plus fré-
quentes dans U. et L. que dans les autres manuscrits.
amal U. 2, 33; L. 3, 23 ; Lec. 3, 21; P. 3, 19 est rem-
placé par anlan F. 3, 25 .
audâ U. I, 36; inas P. 2, 23 est remplacé par na Lec. 2, 3 1 ;
nacb L. 2, 39 ; no F. 2, 18.
§ IV. — L'ÉDITION DU Dâ Brou flatha nimc.
Pour établir notre édition, nous avons un texte assez ancien,
U., qui date du \f siècle et qui est le seul représentant d'une
de nos fomilles de manuscrits. L'autre famille est constituée
par des manuscrits plus récents, L. (xii^ s.), Lec. (jiw^ s.),
F. (xV s.), P. (xv^ s.). Le plus souvent la rédaction conservée
par U. est plus correcte et plus complète. Mais si sur quel-
ques points L., Lec, F., P. semblent avoir ajouté au texte
primitif des réflexions morales étrangères au récit, par exemple
p. 382, 1. Set p. 384, 1. 13, sur d'autres points cette flimille
de manuscrits comble des lacunes évidentes de U., par exemple
p. 3S0, 1. 14, sans parler du commencement de la pièce qui
manque dans U.
Nous avons pris pour base le texte de U. et nous avons re-
levé en note toutes les variantes de L., Lec, P., F. qui inté-
ressent le sens. Les plus importantes de ces variantes, c'est-à-
dire les phrases qui, conservées par L., Lec, P., F., ne se
trouvent pas dans U., sont introduites dans le texte, sous la
forme qu'elles présentent dans L. Toute variante importante,
Les deux Cliaoïins du Jioy.iumc du Ciel. 375
mais non attestée par l'ensemble des manuscrits de la seconde
classe est entre crochets. Il est facile de distinguer l'apport de
L., Lee, P., F.; le texte de U. étant en elzévir et le texte des
autres manuscrits en romain ordinaire.
Nous n'avons développé en italiques les abréviations des
manuscrits que là où la valeur de ces abréviations était dou-
teuse; c'est le cas pour la barre horizontale qui représente sou-
vent n, mais aussi toute autre chose, et pour s qui se traduit
souvent par acht mais quelquefois aussi par sed.
Dans la traduction française, tous les passages qui ne se
trouvent pas dans U. sont entre crochets.
376 G. Dotiin.
TEXTE
DA BROX 1-LATHA XIME.
Cid^ aran apar brôn in nim? "Sïnsa. Eli 7 Enôc ro-gadatar
in- comdid ar am brith3 na corpaib dochum4 ninie ; Ia>
febas d'idiii an arilten fri^ Dia for talmain? ructha dochum
pardais in a corpaib criad. Ataat inni/n^ na hanmand gela,
glana, etroz/zma, aérda, [tanaide 9] impii 'ma cuairt [or lua-
main Ir richtaib angel. Atat-som im///o/7'0'° i. Eli 7 Enoc in a
corpaib c/iad, tromma, cepdai, 7 [na]'' conétat comaitecht.
Is brôn 7 torsi^^ uiôr leo-som on '3 cen chomaitecht nan angel
condat é sin '4 dà bron flatbn nime.
Téhd'idin hÉle, combi fo chrund bethud hi pardus'5, 7 sos-
céla in a Idim, do phrocept do na bénaib ut -^ [7 do anma«-
naib in parf/«/s] '7. Dothaégat iarom ind éoin'^; combit oc
itbe cbsér^9 in chraind. Caèra^° mora dana-^ sin -- at-' milsiu
1. Cid aran ... liEle manque dans U. ; nous donnons le commencement
de la pièce d'après L.
2. doragatar don Lee. ro gauadar do crisd F.
3. manque Lee. F.
4. for neimh F.
5. ri F.
6. fria P.
7. f;i crist (or na talman;iaib Lee. fri cr/j7 (or nz talmanaibh F.
8. didiu F.
9. F.; manque L. Lee. P.
10. manque F.
11. Lee.; no L. P. 7 attaroet eomhaideeht F.
12. is toros Lee.
I 3. manque Lcc. toirsi on leosom sin F.
14. sin manque Lee. conidii de sin atâ P. conidh hé sin F.
15. fochrund parduis L. fo chrund parduis Lee. fo cran« parrtli is P. fo-
crun« parthais F.
Les deux Ch^igrins du Royaume du CieL }-j-j
TRADUCTION
LES DEUX CHAGRINS DU ROYAUME DU CIEL.
Qu'appelle-t-on chagrin dans le ciel ? Ce n'est pas difficile [à
dire]. Elie et Enoch demandèrent au Seigneur d'être enlevés
au ciel dans leur corps; à cause donc de la perfection de leur
mérite à l'égard de Dieu sur la terre ils furent emportés au
paradis dans leurs corps d'argile. Puis les cames blanches,
pures, légères, aériennes, [minces] les environnent en volant^
sous la forme d'anges. Ils sont donc, Elie et Enoch, dans
leurs corps d'argile, lourds, massifs ^ et ils ne peuvent les ac-
compagner. Ils ont un grand chagrin et une grande tristesse
de ne pas accompagner les anges, en sorte que c'est cela qui
est les deux chagrins du royaume du ciel.
Elie va donc en sorte qu'il fut sous l'arbre de vie dans le
paradis avec l'évangile dans sa main pour prêcher ces oiseaux'
là [et les âmes du paradis]. Puis. les oiseaux viennent, en sorte
qu'ils sont à manger les baies de l'arbre. Or ce sont de grandes
baies, qui sont plus douces que tout miel et plus enivrantes
1. for liiamain. Cf. Windisch, Irische Texte, I, p. 136, 1. 29.
2. cepdai dérivé de cep, mod. ceap, du latin cippus.
3. Sur les âmes sous forme d'oiseaux, cf. Wh. Stokes, Revue Celtique,
t. II, p 200.
16. manque!^. Lee. P. F.
17. L. ; 7 do//a hethaitib 7 do na hanmandaib Lee. 7 do//a hanmannaibh
fil a parrtus P. 7 do na ho^nmaiinaih in parthais F.
18. na heoin L. Lee. P. do thiagliatt i;;d eoi// iarum F.
ig. toraid L. na cser Lee. thoraidli P. eaer F.
20. caira on L. caera on Lee. caera 6n ithé mora F.
21. manque L. Lee. P. F.
22. manque L. Lee. F.
23. luanqueLec. F. ata P.
378 G. Dottin.
cach mil 7 at ^ mesco cach fin. Biit iarom oc ithe na csér.
Oslaicid iarom- Eli? iarsin4 in soscéla5; laside^ do im-
maircet7i;zd éoi«^ an ette friû 7 a cossa, ca/z scibud9 ette nd
cosse '° co tairic" in praicept^^. Procept'5 laithe mbrdtha
da»a '4, iss^J pridchas dôib .i. an dobe^rar do thodérnamaib for
anma«naib dûine dia brdtha, .i. na cethri srotha im^5 sliab,
• i. im sliab ^^ Siôn ic loscod nan a?zma«d na?î ^7 deich mile
hWadna 7 deich cet mhXmdnçi m cach mile^^. Fota ïn gdbud-
siw '9 da;w do neoch oc-am-biat^^ pecda 7 imurbusa^-'. 'Is
maith ^^ do neoch ôc-am-bia -3 dégairliud cid isiwd ^4 lô-sin
nammd. Cen co beth a//d acht sq'vi^'», bd méte nd cotlad nech
ôc a imrddud céin no beth m a-^ bethu, céin mothd titacht
Crist co nôen gradaib nime 7 feraib tal///^7/i do neoch ro gé-
nair 7 geinfes co brath, 7 muinter ifîirnd-". Is amlaid da;za-^
dorroega chucu inti Isu Crist 7 a chroch derg fri a ais do di-
gail forro-9 a crochtha 'O ar a5i thuidecht did tesorcai;/ ar'^ gin
1. ata P. nianqui F.
2. manque L. oslaiccidh El! iarsiw F.
3. int Éle Lee.
4. iarsuidiu L. Lee. P.
5. in sosgelai sin F.
6. lasi» L. Lee. isi» P.
7. doiraaircet Lee. donimairget P. dofimurghat F.
8. manque L. Lee. P. F.
9. scith ... Lee.
10. cosse na eitti L. coisi na eisiP.
1 1. eo roise L. corroise Lee. eoroisee P. gu roisc F.
12. an soisgfZ F.
13. L. Lee. P. proiccept F.
14. manque L. Lee. P. imniono F.
15. immon L. Lee. P. uman F.
16. L. Lee. P. sliabh .i. sliabh F.
17. manque F.
18. anma«d .i. na deich cixmbliadna L. Lee. P.
19. sin da»rt manque L. Lee. P. F.
20. lasambiat L. Lee. lasimbia P. oecambiatt F.
21. F. manque U. L. Lee. P.
22. ferr L. Lee. P. F.
25. as maith airHud L. as maith arilUud Lee. is maith airillniugurf P.
24. ïn sin L. Lee. F. frisiM P.
25. peth doimniud ar eind nan anman acht lathe mbrâtha L. beith do
imned for-sna-ha«mandaib acht laithi mbratha ar a eiwd Lee. beith do im-
niugh ar a einw nan anman;; acht dia mbratha. P.
26. im L. Lee. am P.
Les deux Cliagrins du RoyAiiiiie du Ciel. 379
que tout vin. Puis ils sont à manger les baies. Puis, après
cela, Elle ouvre l'évangile ; là-dessus, les oiseaux ramassent
leurs ailes contre eux et leurs jambes, sans remuer aile ni
jambe jusqu'à ce que finisse ' l'instruction. L'[instruction du]
jour du Jugement donc, voilà ce qu'il leur prêche c'est-à-dire
ce qui est infligé de souffrances aux âmes des hommes le jour
du Jugement, c'est-à-dire les quatre fleuves autour de la mon-
tagne de Sion brûlant les âmes - les dix mille années et dix
fois cent années dans chaque mille. C'est un grand danger
pour quiconque a des péchés et des crimes. C'est bien pour
celui qui a de bons mérites quand même ce ne serait que dans
ce jour-là seulement; quand même il n'y aurait [de souffrance
pour les âmes que le jour du Jugement] il serait important 3
que personne ne dormît en y réfléchissant, aussi longtemps
qu'il serait en vie; sans compter la venue du Christ avec les
neuf ordres du ciel -f et les hommes de la terre, tous ceux qui>
sont nés et naîtront jusqu'au Jugement et la flimille de l'enfer.
C'est donc ainsi que viendra vers eux Jésus-Christ avec sa
croix rougie sur l'épaule pour venger sur eux sa crucifixion en
venant les sauver de la bouche du diable ^. Puis la troupe et
1. tairic U.; dans L., Lee P. coroisc, corroisc qui a sans doute le même
sens. Stokes, Lives of saints fi-oiii thc Book of Lisiiiore, 1. 1979; '^^- 'iidex,
p. 398, col. I.
2. Cf. Fis Adanmain, § 16, Windisch, Irische Texte, t. I, p. 181 ; Stokes,
Lives of saints froin the Book oj Lisinore, 1. 5329.
3. ba meite. L'expression se rencontre dans les gloses de Wurzbourg, 29d 8:
ba meite limni ni scartha friunim it were much to me if thou wert not sepa-
rated from me. Stokes, The Wi'tr^nirg glosses. Cf. ni meite bid machdad, ms,
de Saint-Gall, 161 b 12 non adeo mirus esset.
4. D'après une homélie irlandaise sur saint Michel, ce sont les Seraphim,
Cherubim, Throni, Dominationes, Principatus, Potestates, Virtutes, Ar-
changeli, Angeli. Atkinson, Tl}e passions and thc Hoinilies from Leabhar
Breac, p. 215, 452.
5. do neoch. Sur le sens de ce curieux idiotisme, cf. Atkinson, Thc Pas-
sions and the hoinilies from Leabhar Breac, Glossary, p. 817, col. i.
6. Fis Adamnain, § 20. Cf. Atkinson, The Passions, ...1. 2246, 4881.
27. con a noin mui/zter ndeg Lee. « avec ses dix-neuf familles ».
28. manque L. Lee. P.
29. fair L.
30. chrochda L.
31. manque 'L. Lee. P. F.
32. a L. P.
380 G. Doltin.
dîabuil. Is adbol iarom m slûag 7 a teclam bîas and. Iss i fia-
dnaise d'idiu int slùaig-sin ^ do-asfe'npha cdch a gnimu eter
maith 7 saich. Cdch ar ûair on dothuisfénad an athchomairc^
an atchonnarcatâr a sûile 7 in atrubratdr am béoil 7 a tenga 5
7 an dorô«sat a Idma 7 dn 4 imdndechatdr a cossa, Cm^ mac
Dé 5 7 ai?îgil nime 6 7 fir xhalnimi 7 fir7 iffrind^ ic cois-
techt fris dôib uile9 co rôlais ^° in tasfénad-sin do dénum. A
demo;z comaitechta oc taithmet dô cach uilc do rigne, ar no
bid s/ie^' for a Idim^^ chlî-seom ^5 dogr^^ oc a forcomét. A "4
ai;/gel comaitechta da;w^> for a Idim '^ deis oc taithmet dô an
dorigne do maith.
O thdiric dô ^7 sin ^^ uile ^9. — « Fégaid^^ sein a brithem-
nu », ar Crist, « cia de^' as trommu a maith andd-- a olc^'
ind fir-sea. » — « Is trunia a maith. » — « Eirged iarom le
a maith m ôentaid aingel », or Crist-4. Do tha^gat ïnd^'^ ai;/gil
ar-6 a c'vid, al-ldma fôena^/. — « Fochen duit », ar cach^^;
« cucam-sa doraga », or araile. — « Is comthrom-9 a maith 5°
7 a holc 51 dana>- ind fir-seo. » — « Lenne a 55 leth dej/We54 »
1 . bid môr d'idiu a. slôg 7 a teclam bias and. Is ar belaib int sluaigsin d\dia
do aspenfa L. Bid nior di ;/h an sluag 7 in teclam bias and. Is ar belaib int
luaig svi do aspenfa Lee. Bidh môr didiii an slôgh 7 an teglam bias and. Is
ar belaib int sluaigh d\diu thaisbenfas. P. Is môr di(//» in sluagh 7 in tec-
malta bias an». Is ar bhelaib didiu inx siuaig sin do aisenfa F.
2. an athchomairc manque L. Lee. P. F.
3. tengtha L. Lee. P. F.
4. ani L. an«i Lee. i/2 ni P.
5. débi P.
6. nime uime P.
7. vtauque L. Lee. P.
8. if?in;7 a ngaisi fris oee F.
9. frisin P. doib uile manque L. P.
10. con roise dô L. corroisc do Lee. coma roisec P. gu roisg do F.
11. side manque 'L. Lee. P.
12. bith for a ghualain» chli F.
13. seom manque L. Lee. P. F.
14. manque L.
15. manque L. Lee. P. F.
16. manque Lee.
17. roscôich L. ruseaig d'idiu Lee. roschaich dô P. roscoieh do iarum F.
18. manque L. insin Lee. F.
19. uile iHSiK L. uili sin P.
20. deccaid L. dechaid Lee. P. decaid F.
21. cade L. cait P.
Les deux Chagrins du Royaume du Ciel. 381
rassemblée qui sera là est étonnante. C'est donc en présence
de cette troupe qu'on montrera toutes les actions bonnes ou
mauvaises. A chacun à son tour on montre la vue qu'ont vue
leurs yeux et ce qu'ont dit leurs bouches et leurs langues et ce
qu'ont fait leurs mains et où sont allés leurs pieds. Le Christ
fils de Dieu et les anges du ciel et les gens de la terre et les
gens de l'enfer^ l'écoutent tous jusqu'à ce que cette exposition
soit finie-. Son démon gardien lui mentionne tout le mal
qu'il a fait, car il est toujours à sa gauche à le garder. Son
ange gardien à sa droite lui mentionne ce qu'il a fait de bien.
Lorsque tout cela est fini: — « Voyez, ô juges », dit le
Christ, (c lequel est le plus lourd du bien ou du mal de cet
homme-ci. » — ■ [« Son bien est plus lourd. »] — « Qu'il aille
alors dans l'unité des anges », dit le Christ. Les anges arri-
vent à lui les mains vides. — « Salut à toi », dit chacun. —
« Qu'il vienne à moi », dit un autre. — « Le bien et le mal
de cet homme sont du même poids. » — « Avec nous alors
1. Cf. le commencement du Débat du corps et de l'âme: unicuique
animae duo exercitus occurrunt (Revite Celtique, X, p. 466); et la hn(ibid.,
p. 470).
2. ro-lais U. Les autres manuscrits ont rotsc.
22. a maith na Lee. a niaith no F.
23. niaith nucb a saich L. a niaith inas a saith P.
24. firse. Is tr»mmu am dà maith. Airged d'uUii la maith co sin niuntt'r.
Do rôiga da.na or Crist co aingliu 7 ârchaihgliu L. Is truma amaith airced
le a niaith cosin muintcr dorega duiiii or Crist co hai^gliu 7 archaingli Lee.
ind fir-si is truma dm da maith Eirgid duiiu la maith cossin muindter. Do
ragha d'uliu or Cvist co hai«gli 7 arcai;/gli P. as trumai a maith oir Crm
la mhaith cossi;; muintir do raghoi da.>ia or Crist gu hai//gliu 7 archain-
gliu F.
25. manque L. Lee. P. F.
26. for F.
27. foena fris L. Lee. Lena îris P. faonai fris F.
28. duit tair imucht-sa L. duit tair ininiucht-sa Lee. duit tair imuchta P.
duitt. tairani mhuchtsa F.
29. comtlirom dana L. F.
30. a maith dxdiu Lee.
31. saich L. saith P.
32. manque L. Lee. P.
33. manque P.
34. da«a i«d firsin L. ind-iir-si Lee. in fir-sin P. dan F.
Revue Celtique, XXI. 26
^82 G. Dotiin.
ar diabal. — « Ni etarscérthar ind anim », ol Crist, « oir'
is - treisiu mo c/miachta-sa?, ragaid lim-sa. » — « Is trî/mmu
da»a-t a'» olc ind fir-sea. » — « Eirged dcside lâ^ olc co sin
mui«t^r do-réga. Do-thiagat" demna ara chi;;d 7 ferait mi-
faélti fris ^. — « Ro-t-niairg », or seat; « rot-bia mairg 7
imned. » Dobéra imned do neoch, in dara fer con a durn,
in fer aile conasrogaill, araile oc a guin com beraib 7 ic ga-
rigud imnii. (Mairg immorro asroairli ass a churp fessin in
falti sin Diabuil)9. Inta?z immorro roscdig^" int etergléod-sa sil
Adaim, is a«d atb^ra Crû/" techt la diabul con a d^-escor slûag
do '^ neoch do-d-rœga 7 roldi in a muinteras in iffernd ce»
nach îorcaid. Atreset iarsi;; 7 dob/;'at^5 an ôengdir eisib occd
tarrai?/2: do ^-^ diab/// luis ^5 i;; ilîern.
Ité dawfl^^ téoragdire i?2domai« ,i. iwgdir dorigset^/ tùath^^
Dé oc d timarco» don '9 hEgeptecbaib la-° ftvaind ri miiir ro-
mair^i di-dm marbad 7 di-dn-dilgend-- 7 do thabairt am mac-'
7 an higen in ddire^-' co brdth acht ma?/is tesorced Dia. Ocus
gdir fer n-iffirnd 7 anma;/d sil Adaim do neoch atrubalt^> dib
ri-d-crochad Crist À. do-s-tuc ar ulc ri -^ diabul con-das-fil 'ui
I déchirure dans U. or Isu oir F.
2. manque P.
3. -sa manque Lee.
4. didiu Lee. P.
5. manque P. F.
6. airced da«a lia L. eirced lea Lee. airgedh diJ/;( la olc P.
7. do regait F.
8. chend ... fris manque L. Lee. P.
9. L.; chend rotmaire orsiad. Rodbia mairg 7 imnead. Do btVa imnead
do neoch. In dara fer con a durn», in fer aile con a sroagaill araile oc a
guin com boaib 7 og gJrib immi. Mairg \ramorro asroilli as a churp fesin
\n failti-sin diabul Lee. chenn. Rotmairg ol set. Ro bia mairg 7 imnedh.
dobera imnedh do neoch. In dara con a durn», in fer aile con a srcgaill
araile oc a guin com beraibh 7 ic gairiudh uime. Mairg immorro asroairli
sa corp frisi» in failli diabhail P. Tout ce passage est illisible dans F.
10. intan iar/tw ro-scichset L. intan iarum rosoichsead Lee. intan iarwm
rosehichsat P. antan immorro rosgaith F.
11. Crist friu L. Lee. P. Crist friusom F.
12. i. do L. Lee. P.
13. atbelat L. adeblad Lee. addeablatt F.
14. ce ah drongad la L. oc as roigled la Lee. oec gan drongadh la F.
Les deux Chagrins du Royaume du Ciel. jS'î
de ce côté ' » dit le diable. — « L'âme ne sera pas séparée »,
dit le Christ, « car ma puissance est plus grande; qu'il vienne
avec moi. » — « Le mal de cet homme est plus lourd. » —
« Qu'il aille alors avec son mal vers la flimille qui viendra. «
Les démons viennent à lui et lui font mauvais accueil.
[« Malheur à toi », disent-ils. « Tu auras malheur et souf-
france. » Chacun lui fera du mal- : l'un avec son poing, l'autre
avec son fouet, un autre le blesse avec des broches et rit autour
de lui. Malheur donc à qui a mérité de son corps cette bien-
venue.] Lorsque est effectué ce triage de la race d'Adam, c'est
alors que le Christ dit au diable de venir avec sa troupe vul-
gaire composée de quiconque ira et est allé dans sa famille
dans l'enfer qui n'a aucune fin. Ils se lèveront ensuite et
pousseront leur cri unanime 5 pendant que le diable les tire
en enfer.
Il y a donc trois cris du monde, c'est-à-dire le cri qu'éleva
le peuple de Dieu entraîné par les Egyptiens vers le pays en
face de la mer Rouge pour les tuer et les détruire et em -
mener leurs fils et leurs filles en captivité à jamais, si Dieu
ne les avait sauvés; et le cri des gens de l'enfer et des âmes de
la race d'Adam, de quiconque d'entre eux est mort avant la
crucifixion du Christ, c'est-à-dire qu'il les a enlevés au maN
1. a leth =^ a leith. Cf. Hogan, A Handhooh of Irish idioiiis, p. 36, 1. 28.
2. Voir ci-dessus, p. 379, note 5.
3. oeiigdir. Cf. Atkinson, The Passions, 1. 472.
4. ar :^- /or indiquant préservation. Cf. Atkinson, The passions, Glos-
sary, p. 716, col. 2. Keating's Three shafts ofdeath, p. 312, co!. 2.
1 5. manque Lee. Toute la phrase depuis cen nach forcend jusqu'à diabul luis
manque dans P.
16. manque L. Lee. P. F.
17. roUiset L. Lee. rolasat P. rol.tsittar F.
18. tuatha P. F.
19. occ timargan dona F.
20. fri L. fria? Lee. fria P. la F.
21. for muir robair Lee. for muir romuir P. sa muir ruamhuir F.
22. dia a F.
23. am ba« P.
24. manque L. P.
25. atbath L. Lee. P. attrubalt F.
26. fri F. re P.
384 G. Dottin.
erbothaib ' flatha nime^; in gâir duiiu ro-lsésct na haiimand
iar n-imtholtain tuidechta 65 diabul 7 gair fer n-iffirnd in-an-
diâid. In très gair .i. gâir na n-anma^d do neoch atroille
iffernd dib ic d srôi«ud iwd 4 do bithaitreb>' pêne 7^ rége cen
nach cn'ch? etir^.
In mmnter im}}iorro9 dorôega Dia ragait sidt dochz/m na '°
flatha suthaine " la Crist mac n-Dè com biat auds'in tria bithu
sir et^r'^ airbrib drcha/;2gel.
Erbada tra ^3 lathe brdtha issed pridchas hÉle amal ro-rdid-
sem ^4j acht is '5 becc di môrchena^^a ni-sin^7, Amal ^^ dûnas
iarom m clérech ^9 a lebor, doberat^^ md éo'm an gdir eisib 7
tûargit an ette ri-a-tôebaib co tjégat a^^ srotha fola eisib -^ ar
ômon lathe brdtha ^3. Intan as siat ind éoin dogniat-sin, ba
côir di'iin-ni inarn-doenib talmannaib cia-no-hemmis in-a-
airichill.
Int Éle iarom 24 7 un Enôc asbcrar su^d ernaidit^» s/Je ar
1 . mil irdortaib Lee.
2. viatique P.
3. hanmaiiHa ag tiachtaiw in F.
4. .i. gair na pecthach oc a cur \n iïïirn L. dib ic a cartad Lee. dib occa
cartadh ind F. gair na pec\.had} ic a cur an ifrinn P.
). do beith an aithtreib F.
6. manque P.
7. ndil L. ndilce/;?; Lee. ndil P. foircin;/ F.
<S manque Lee.
9. iar;/7« L. Lee. P. immono F.
10. manque L. P.
11. nime P.
12. ndé bî ut L. de bi it;V Lee. debhi itid P. de bhi eitt;V F.
13. erbada i«d lathi-si« .i. L. laithe erbaga duliti in laithi s'in i. Lee. er-
batha tra in laithi sut i. P. irboithe tra an laithi sin F.
14. Eli fo ehrund parrthus L. hEle fo chrunn parduis Lee. Eli fo c/un«
parrthais P. Elf fo cranH parthais F.
15. manque L. Lee. P.
16. beee desium L. becc deisim Lee. P. beg desm F.
17. -siu L. P. - siea F.
18. an tan F.
19. iarom Eli L. P. in eleirech iarum F.
20. attnaghatt F.
21 . manque P.
Les Deux Chagtins du Royaume du Ciel. 385
et au diable en sorte qu'ils sont dans les demeures du royaume
du ciel; le cri donc que poussèrent les âmes, de plaisir d'échap-
per au diable et le cri des gens de l'enfer à leur suite. Le troi-
sième cri", c'est-à-dire le cri des âmes, de quiconque d'entre
elles a mérité l'enfer, lorsqu'on les entraîne vers la demeure
éternelle du tourment et de la torture sans aucune fin. Cepen-
dant la famille que Dieu a choisie ira vers le royaume éternel
avec le Christ fils de Dieu, en sorte qu'ils y seront pendant les
siècles des siècles parmi les troupes^ des archanges.
Les fléaux 3 du jour du Jugement, voilà donc ce que prêche
Elie comme nous l'avons dit, mais cette chose est certainement
une faible partie4 (de ce qu'on pourrait dire). Lorsque ensuite
le clerc ftrme son livre, les oiseaux poussent un cri et battent
des ailes contre leurs flancs jusqu'à ce que coulent des ruis-
seaux de sang, par crainte du jour du Jugement [puisque ce
sont des oiseaux qui font cela, il est juste pour nous hommes
terrestres (de le faire) quoique nous soyons à y attention] >.
Ensuite Elie et Enoch, est-il dit là, attendent leur mort et
1. Cf. Tidings of Doomsday, edited hy Wh. Stokes, Revue Celtique, W ,
p. 252, \. 8, 30-31.
2. airbrib. Cf. L. Breac, 131 a 48; 109 b 51, 60; L. Leinstcr, 511b 12.
Cf. Atkinson, The Passions, glossary, p. 836, col. 2 ; le sens est donné par
le Glossaire d'O'Clery : airbhre i. sliiagb (Revue Ccllique, t. IV, p. 362).
3. Saltair naraiin, éd. Wh. Stokes, v. 3430. Cf. index verborum.
4. is bec di inor. Cf. Fis Adaniiiaiu, 15 ; Irische Texte, I, p. 179, 1. 12.
5. Il est possible que le texte de nos manuscrits ne soit qu'une repro-
duction tronquée de la phrase correspondante de la Vie de saint Brendan et
de la Vision d'Adamnan : ciaintis dêra fola doguetis oc erochill latin brâtba,
quand ce seraient des larmes de sang, qu'ils le fissent en prenant garde au
jour du jugement. Windisch, Irische Texte, I, p. 195, 1. 5; Stokes, Lives of
saints from the Book of Lisuiore, 1. 3901. Voir ci-dessus, p. 352, 1. 29.
22. assa tôebaib L. as-a-toebflib Lee. as-a-toebhaibh P. asa taebhuibh F.
23. bratha. Intan assiat viA eôin dogniat-si» ba coir dûiHni in-arn-doenib
talmannaib cia-no-bemmis iH-a-airichill L. bratha. Intan is siad na heoin
doni-sin ba côir dui//di in arn doinib talmandaib cia-no-bemis m a erechill
Lee. bratha. Anta« is iat an eoi/^ dogniat-si» ba côir duin-7/e i//-arndainibh
talmanHaibh cia no bernais in-a-airchill P. intan iarum is iad na heoiw dog-
niatt insiu ba coir àiiinno. is ar ndainibh talmhan«uib cenobemis anorcuill F.
24. immorro F.
25. asregat L. P. asregad Lee. doreghait F.
386 G. Doit in.
cïnd am-marbtha^ 7 am-martra do choniailliud fdsiine ïn
chomdéd ^ atrubairt tria gin ind flitha 5 : quis est honio qui
uiuit 7 non uidébit mortcm .i. Cia ro-blais bethaid na
faicfe bas 4, Do tha;gat-som iarom 5 ar ci»d Ancrist fri dcred
domain conidleisidé claidbebtair^ .i. diabul ir-richt dui^ze inti7
Ancrist^ amal bid do tabairt cretme 9 [sbi domon dothaét '°.
Epscop dogni fnd mgbi diahaine hé. Issed atberar na derna Crist
hi tala;n mirbail na dingne-seo acht mairb do dùscud, acht
chena bid Idn sum 6 etrud 7 o anbirinne. Tri blia(/;w xxx.
col-leith daiia a sés-som anial ro-bed njs Crist ". Sood a polaire
i;z a etun ^2 issé comartha bias fair. Cach oen na'> cretfe do
claidbebtair lais-seom h. Ar ïsscd atbert-seom conid hé ïein
mac Dé 7 conid hé ro-thirchamsatar fddi'5. Conid hé '^Michel
dothsèt do '7 ncmdaib dia fcrdinge 7 ^^ conid hé gebes claideb
dô ^9. Conid at-é iarom -° dd brôn flatha nime, hHle 7 Enôc
in -^^-a-corpaib criad ettT aingUb nime co tségat ar cind Ancnst.
Finit 22.
1. [a. marbtha 7] manque L. Lcc. P. F.
2. [do comailliud fâstine in chomded] manque L. Lee. P. F.
3. ar atrubairt in sphiit nôeb L. adrubairt in sbirat noeb Lcc. atrubrt/;t
in spirz;^ nœm P. asrubairt in sp'irut nœmh F.
4. bethaib na blasfe bas U. betliaid 7 na faicfe éc L. beathaid na blaisfi
CQ. Lee. 7 na faicfe ég P. bethaidh na blafe bas F.
5. manque L. Lee. P. àïdiu F.
6. ar Crist anniicrist fri dereth ndomain conidh laissidhe claifider .i. P.
7. tnanqiie F.
8. Antecmt hisin F.
9. creitmi dothaét L.
10. manqueL. dothoct isi« domunLcc. dotliaeth is/« doman P. do thoett
\n heresia F.
11. [eps dogni aes Crist] nuviquc L. Lee. P. F.
12. [sood ... etun] manqueV.
13. manque L. Lee. P. F.
14. -seom manque Lee. P. F.
15. la phrase ar issed ... fàdi manque L. Lee. P. F.
16. hé manque L. Lee. P. F.
17. dona L. dono Lee. dowa P. do F.
18. dia fordinge 7 manque L. Lee. P.
19. do ancrw^; ici finit L. do ainHtierw; finit P. do an;7erist iartanaib Lee.
dô anticrfsd iartanuibh F.
20. esein F.
2 1 . eon Lee.
22. Lee. manque U. F.
Les deux Chagrins du Royaume du Ciel. 587
leur martyre pour accomplir la prédiction du Seigneur qui a
dit par la bouche du prophète : qui a goûté de la vie et ne verra
pas la mort^? Ils vont ensuite contre l'Antéchrist à la fin du
monde, en sorte que c'est par lui qu'ils seront percés du glaive,
c'est-à-dire le diable sous forme humaine, cet Antéchrist, car
c'est pour amener la foi dans le monde qu'il est venu. C'est
un évoque qui le fit à sa fille un vendredi (?). Voilà qu'il est
raconté que le Christ n'a pas fait un miracle sur terre qu'il ne
fera, sauf ressusciter les morts, mais en fait il sera plein de
convoitise et d'injustice. Son âge sera de trente-trois ans et
demie comme était l'ât^e du Christ. Une inscription- qui
tourne dans son front, voilà le signe qui sera sur lui. Qui-
conque ne croira pas en lui sera percé du glaive par lui. Car
voilà fju'il a dit qu'il est lui-même fils de Dieu et que c'est
lui qu'ont prédit les prophètes. En sorte que c'est Michel qui
est venu des cieux pour l'accabler 3 et c'est lui qui le frappera
du glaive 4. En sorte que les deux chagrins du royaume du
ciel sont Elle et Enoch, dans leurs corps d'argile parmi les
anges du ciel jusqu'à ce qu'ils viennent contre l'Antéchrist.
G. DOTTIN.
1. Psaume Lxxxviii, verset 49.
2. polaire i. comhardha. G\oss\x\re.à'0'C\trw {Revue Cdliqm, t. V, p. 52).
Le sens exact du mot est tablette: poolire tabulis in quibus scribere solebat
\\x\go pallaire appelatis chez Colgan,; Stokes, Tl)e tripartite Ufe of Patrick,
p. 655, col. 2. Cf. Revue Celtique, t. X, p. 75, note 3.
3. Cette tradition est conservée dans le Felire Oenguso, 29 sept. Cf. The
Yelloiv Bock of Lecan, p. 326 b, 1. 15 ; et dans un sermon irlandais sur saint
Michel, Atkinson, The passions and the hoinilies froni Leabhar Breac, 1. 6274.
Saint Michel est aussi l'adversaire de l'Antéchrist dans un débat français
de 1235, Li tornoieuie)!^ Antecrit, qui n'ofïre d'ailleurs aucun autre détail à
rapprocher de notre texte.
Le meurtrier de l'Antéchrist (et ce n'est pas Tarchange Michel) fait le
sujet d'un conte irlandais moderne {Annales de Bretagne, t. XV, p. 277, 289).
4. gabhail do, presser, frapper.
3 88 Whitley Stokes.
BRUIDEN DA CHOCAE.
(H. 3. 18, p. 719)1.
éo. IMdosout co Bruidin- con:x coscor. Rob u^thad andside
ïor roi Bruidne^ ierna ndithug/z^f. Ro hitha in da On .i. da
mac Duhthaig, ior in ath. IMrubatsat-som nônbor cecha tir
oca n-airlech: is deiside ata [Ath] na n-Ona allanair4 di Brui-
din. Dorochair Clartha Claon la Cet mac Magach i Clarthaî,
comd uaid ainmnigti^rr in tclach. Docer Bocan la hAimirgin,
comd uaidh ainmnighther ^ Ard mBocain i Crich Malonn. Do-
cer Len ic Loch Len i mBodamair. Ro bitha dno Crech soin-
dim 7 Crech doindim ic Ard na Crech. Dhochair Cliabach
Cetroeach la Duhthach, comd aire ata Druim Cliabaig. Dicer
En mac Magach oc Ath Eoin la Fiachu mac Fir Feibe. Dicer
Fidach mac Eoin oc Ath Cuile Fedai [leg. Fidaig]. Ro bith
Caindlech ingen Uarba, setich Duhthaig, isin Caindlich?. Dicer
Buidech mgen Forgemen oc Chiaiii [Buidige].
61. Dirala comlond ochtair andsin .i. Cormac Condloinges
ocus Duhthach 7 Aimirgin [P. 720] ociis Chacht m^c lignine
dindara leth. Cet immorro ocus A'iliW Ardagach a hvAthair, 7
Maine mac Ceit 7 Buanann mac Damain din leth araill. Do-
raeba Buanonn la Dubthach. Dicer Maine la hAimirgin. Do-
rochrator i comtuitim .i. Cacht mac Ikuini ocus Ai/z'll Ard-
T. V. p. 149 et }i2.
2. bruigin H. 5. 18.
3 . bruigne H. 3. 18.
4. alla imer H. 3. 18.
5. clathra H. 3. 18.
6. ainranigter H. 3. 18.
7. caindlic H. 3. 18.
Da Choca's Hostcl. 389
THE HOSTEL OF DA CHOCA.
éo. They return victoriously to the Hostel. But few were
there, after their destruction, on the Hostcl green. The two
Ons, that is Dubthach's two sons, were at the ford. Each of
them had slain nine men in the massacre. Hence is « the
Ford of the Ons » east of the Hostel. Clartha Cloen fell by Cet,
son of Maga, in Clartha — and from him that hill is named.
Boccan fell by Amargin — and from him Ard mBoccdin in
Crich Malonn is named. Len fell in Loch Lein in Bodamair.
Moreover Crech Soindim and Crech Doindim were slain on
« the Height of the Crechs ». Cliabach Cetroeach fell by
Dubthach — hence is « Cliabach's Ridge ». En, son of Maga,
fell at Én's Ford by Fiachu, son of Fer Febe. Fidach, son of
En, fell at the « Ford of Fidach's Recess ». Caindlech, daugh-
ter of Uarb, Dubthach's wife, fell at Caindlech. Buidech,
daughter of Forgemen, fell at « Buidech's Lawn ».
61. Then a combat came to pass, to wit, Cormac Conloing-
es, and Dubthach, and Amargin and Cacht, son of Ilguine,
on the one side: but Cet and Ailill Ardagach his brother, and
Maine, son of Cet, and Buanann, son of Daman, on the othcr
side. Buanann perished by Dubthach. Maine fell by Amargin.
Togeth-er fell (in a duel) Cacht, son of Ilguine, and AiUU
^90 Whilliy Stokes.
aghach. Diriacht Corb Gaillni cucai fon comlond, 7 diroch^/r
Cor mac Condloinges leis 7 la Cet. IS ed atheir Lebor Dromai
Snechtaico ro dicendaig Corniacocus co rucc Anlon mac Doiche
maie Magach a cend lais co hAth Luain, di n-ebrad inso :
O ro mbeotar in da Ou. isin Bruidin lasin cuain, ri.
62. IS ed atberat aroile co ro tairmisc Aimirgin a dicendad
7 co ro taipnestar Cet uad, ociis co ro gon//5tair Cet fo t/;/'i ;
acbt cena is é in slicht aile fil isna lebraib.
63. Marbthair^ doao Da Coca isin mBruidin. Dicoid im-
morro a banchèile - .i. Luath > ingr/; Loma Luind, co Loch
Luatlia^, co raimid cromaidm dia cride ina cliab, a'//ud uaithi
ainmnigther 5 Loch Luatha.'.
64. Cid fil ann tra, ni terno don a dcich cctaib rancattar Con-
nachta^ acht couer. Ni ternoi dina //'/ cétaib ro bâta/' Ulaid
rtcht /r/ar, Aim/rgin an file 7 Y)whû\ach ocus Fiachu vaac Fir
Feibe. Ro elai Ln/ind m.ac Cathb^rf in adhaig7 reime riasin
orccuin.
65. Dironai Aimirgin lecht ocus dumai in rig, coma de ata
Cluain Dunic-e forsind inad. Bôi Aimirgin oc neimele moir os
cind in rig, ocus bôi ag tabairt a tesmolta^ ar aird, co n-epert :
Mor bron \5\ad ier ndith a righni'a ind ccomland, etc.
GG. [P. 721] IS dina haitib ^ imiiwrro ina Bruidne ro canad
inso :
Ro bith Cormac i niB; aidin. is Iliann Finn i fuilib, etc.
67. IMth/<5a Fergwj-œ is ai atfiador sund colleic.
1 . Marbtair H. 3. 18.
2. banceile H. 3. 18.
3. Luat H. 3. 18.
4. Luathu H. 3. 18.
5. ainmnigter H. 3. 18.
6. Co«ac/;/a H. 3. 18.
7. aghfl/(i H. 5. 18.
8. a contraction oi aidedaib, pi. dat. oi aided.
\
Del Choc a' s Hostcl. 591
Arddgach. Corb Gaillnc made towards Cormac Conloingcs
through the combat, and Cormac fell by him and by Cet.
This is what the Book of Druim Snechta déclares : that he
behcaded Cormac, and that Anlôn, son of Doiche, son of
Maga, took the head to Athlone ; whereof this was said :
When the two 0ns were slain in the Hostel by the troop, etc.
62. Others déchire that Amargin forbade the behcading,
and hunted Cet from Cormac, and wounded Cet thrice. How-
ever, it is the other version that is in the books.
63. Then Dâ Choca is killed in the Hosteh But his wife
Luath, daughter of LummLond, went to Luath's Lough, and
a burst of gore brake from her heart in her breast, so that
from her Loch Luatha is named.
64. Howbeit, then, of the ten hundred Connaughtmen
that came, there escaped onlyfive. Of thethree hundred Uhiid
there escaped only three — Amargin the Poet, andDubthach,
and Fiacha, son of Fer Febe. Imrind, son of Cathbad, had
fled forward at night before the destruction.
65. Amargin made the king's grave and mound: hence the
pkice is called Cluaiii Du ma « the Lawn of the Mound ».
Amargin was in great tribukttion over the king, and was pro-
ckiiming his qualities, and he said :
Great is the grief of the Ulaid after the destruction of their royal cham-
pion in unfair fight, etc.
66. Of thèse tragical deaths at the Hostel, this was sung:
Cormac was slain in the Hostel, and lUann the Pair in blood, etc.
67. Touching Fergus, this is hère set forth.
392 Whilley Stokes.
Dia mboi side a Cruachaiu sund coleic dareisi caich, dide-
chaid a gilla cuici .i. Ergarb ', 7 ro innis do techt dina Mainib
7 do macaib Magach indiaid ^ Corm^/V 7 a muintire somh di
gabâ// tige forru cipe airm i faifitis. GaptAT a eich 7 indillter a
charpû!/ 3 do iertain, 7 dotoet fo/- a glinne i ndiaid in tsluaig di
tarmc/;/ain na hoircni.
68. Ni boi ba di sodain dosum deisidc, ar ni fuair for a
chinn4 isin Bruidin 3 i mbethaid ^7^/;/ Aimirgin 7 Dubt/wf/; 7
Fiacha, 7 roptar derga side di imVib 7 crechtaib.
69. Ro fer FergM^ annside nemele [P. 722] 7 nuallgubai
d^rmair os cinn a daltai, ocus ros-csoircc a bos^e, ocus roptar
dera folai ro sniglW. Ro lai luathchuairt ind armaige^ iersin,
7 fuair cLirpu a muintire 7 a charat7 7 a choicele^ ocus a dalta
and. Ro bo lor truaighe bith ic a fegad din nemele dignid ô
cech colainn dieroile. Ni ro airich im)norro bas a mac ic fegad
Corm^7/c ina chosair9 cro, co n-epcn:
¥0 dirsan do mo cherchru, 7 ri.
70. Tainic Ferg//j iersin co hairm i mboi Amhergin ocus
Duhthach ocus Fiaclia, ar cur dô cuarta ind ârmaige ', ocus boi
ic a tlathugh//^/ 7 ic a molad, ar ros-gab omun ocus eglai
rompu, con'id and ishen inso — 7 ba tuirsiocli, truag, neme-
lach ro boi ica n-agallaim ; — 7 ro fregair Aim/rgin dô :
Ucli, mo chroide'o is carcair chro,
doroirbe '' do mo tnu is xres, etc.
1 . Fer gairbh H. i . 17.
2. indiaig H. 3. 18.
3 . carpait H. 3. 18.
4. cinn H. 5. 18.
5 . bruigin H. 3. 18.
6. armaig H. 3. 18.
7. carat H. 3. 18.
8. coicele H. 3. 18.
9. cosair H. 3. 18.
10. croide H. 3. 18.
11. .i. ro dibad H. 3. 18.
Da Choca's Hostel. 395
When he was staying hère in Cruachu beliind cvery one,
his servant, Ergarb, went to him and told him of the mardi
of the Maines and of the sons of Maga after Cormac and his
people, to capture their house on them, wherever they
should sleep. B}^ Fergus, then, his horses are caiight and his
chariot yol^ed, and he went forward following the host, to
arrest the destruction.
68. Thereof he had no good, for he found ahead of him
none aUve in the Hostel save Amargin and Dubthach and
Fiacha ; and they were red with blood and wounds.
69. Then Fergus sorrowed and made a mighty hmientation
above his (dead) fosterling, and beat his pahiis together, and
they were tears of blood that he shed. After that, he made a
swift circuit of the battle-field, and found there the bodies of his
household and his friends and his comrades and his fosterlings.
'Twas enough of woe to be looking at him, from the grief he
shewed (in going) from one corpse to another. In gazing at
Cormac in his litter of gore he did not feel the dcath of his
(own) sons. And he said :
Sad it was to my rcd blood, etc.
70. Then Fergus, after making the round of the battlefield,
came to the place wherein were Amargin and Dubthach and
Fiacha, and he was soothing them and praising them, for(seeing
them gory and mangled) dread and fear had aft'ected him before
them. Wherefore he said this — and sad, wretched, sorrowful
was he in converse with them ; and Amargin answered him.
Fergus : Ah ! my heart is a prison of gore :
my fire and strength hâve perished from it, etc.
394 Whiticy Sîokes.
[P. 723] 71. Aimirgin dixit :
Meisi occus Cacht co ngnini nglonn
fersam ' gnim lonn fri cath cruach 2^ etc.
72. Comd ni die n-imtechw/Z' 7 die ngnïmaib co n-uici sin,
7 Bvuiden da Cocx in scél s'm an Lias.
FINIS.
NOTES
§ I. According to B, tliere was a fourth competitor for tlie
crown of Ulaid, viz. Fergus mac Leide, kingofLine.
§ 2. 5 omits the second crt'/i and the last geis; but adds tlie
following tliree : Gcis dô damh co mbennaibh oir roimh na co-
;/aibli. Geis do flechadh Clûana [Ms. cliianna] Finnabliracii
dia tami:/;/ain. Geis do mcrugud fair isin [leg. asin] côicedh co
'roile. « A tabii of liis was (to bave) tbe stag witb antlers oi
gold before the hounds. A tabu of his was to be overtaken by
the wetting of Cluain Finnabrach. A tabu of his was to be
straying from one province to another ».
§§ 8, 9, 10. The triple division and the description of
Cormac's troops are obviously imitated from the Tain bô
Cualngi, LL. SV—SS^-
§ 12. As to Scenb and the Feda of Athlone, see Cormac's
Glossary, s. v. Scrb, and The Annal s of the Four Masters, éd.
O'Donovan, A.D. 1536, p. 1435, note 0.
§ 15. The « red woman » was a Badb, as we see from
§ 17. As to thèse battle-goddesses or battle-furies see Hennessy,
Jlev. Celt., I, 32, and Lottneribid. 55.Their appearance beto-
kened shtughter in battle, orthedeath ofa famous man, Bugge,
The Home of iJje Eddie Pocms, p. 188.
1 . fersim H. 3. 18.
2. cruac H. 3. 18.
Da Choca's Hosîil. 395
71. Amargin said :
« I and Cacht with valourous act
wrought a bolJ dced in the bloody battle », etc.
72. So this, so far, is somewhat of their goings and thcir
deeds. And Dà Choca's Hoslel is this taie above.
§ 16. Chanting spells, standing on one foot and with one
eye shut, is a common incident in Irish magie. So Lugh sings
round the Irish army to ensurc their success, Rev. Celt.,
XII, 98. So in the Brudcn Dà Derga, LU. 86''32, Cailb chants
her baleful prophecy for ôen choiss 7 ôcn làini 7 ocn anàil (stand-
ing) « on one foot and (using only) one hand and (breath-
ing only) one breath ». Compare also the Dinnsenchas of
Loch da Caech, Rev. Celt., XV, 432, where Cicul's three
hundred men come, each using only one foot, one hand and
one eye.
do heaba in this paragraph is glossed by ./. iihcla.
§ 17. The apparition of the Badb at the ford resembles that
which, according Mac Craith in his Wars of Turlousyb, was
seen by De Clare and his troops before their destruction : see
The Dublin University Maga::f ne îor October 1834, p. 463.
§ 19. For Caclbarr cnmdachta for a cenn, 5gives an elaborate
description of this damsel's hair, lips, teeth, breasts, flanks,
forearms, thighs, calves and feet.
It may be presumed that she was Craiphtine's wife and
Cormac's paramour, though this is not expressly stated in
either A or B.
§ 22. Hère both copies are obviously abridged. The arche-
type doubtless contained a description of Cormac's vision.
§ 23. As to female warriors (Imnoaisgcdaig, bananmis, ban-
féinnidi) see Baille of Veniry, pp. 76, 77, and Lisnwrc Lives,
p. 361. In Europe they correspond with the Russian /)o///n7~/.
As to Germanie Amazons, see Bugge TJje Home of Ihc Eddie
Poenis, p. 189, citing Golther Der Valkyrieuinythus, pp. 7 ff.
396 WhitUy Stokes.
§ 26. For the first battle of Magh Tuiiedh, in which Derg,
son of Dolar, fell, see H. 2. 17, p. 90^
§ 27. Hère B expands, in tlie usual bardic flishion, the de-
scription of the fight.
§ 30. For ar roho ... atgontae B has : uair badrtr sgithi a
sguir, 7 robdair brisdi gaei 7 sgeith acu, 7 robo dfredh don lo
ann, 7 fa iiis d'aidchi « for their teams were weary, and their
spears and shields were shattered, and it was the end of the
day and the beginning of night ».
§ 31. 5 enumerates the other five briidens, viz. Bruden da
Ger (also called Bruden m/c Cecht dd reu) in Connaught,
Bruden Brûadaig (leg. Blai Brugad) in Ulaid, Bruden Forgaill
Manach beside Lusk, and in a mnemonic poem (of which
there is a better copy in Harl. 5280, fo. 49^'), Bruden dd
Berga on the Dodder in the east of Leinster, and Bruden Mie
dd tho also in Leinster. See Scél mucci Mie dd thé, Iriscbc
Texte, I, 96.
As the above-mentioned mnemonic poem on the six bnid-
ens has been reduced to gibberish in the Proceedings of the
Royal Irish Academy, second séries, vol. I, p. 253, it seems
désirable to reproduce it hère as it stands in the MS. H. i. 17,
ff. 7'\ 8^. I bave added a literal version.
Se Bruidni Ere»;/ gan dail. ro badflr a comaimsir.
m' érdais ' daniha diana. robsad cuibdi coimhtîala.
Brudin Da Berga co mbloid. a O/lh Cualann coscortoigb,,
a ndroch[air] Co/^are caem. la h.\ingcel n-amnas n-ochael.
Bniclen Mie da tho, toirni tenn. giis' tangadar (tir Érenn)
ro caithsit muic immale. ociis rugsadair Ailbe.
Bruden Da Coga co clu. hi ro g[a]bhadh for Ulltu 2
(ba failid) in bruidin bras, gur' taeth Cornwc Coinloinges.
Bnulen mie Cecht da reo n-ard ;. ni bai nat[h]air a comhgarg4,
a Connflt7;/aib tiar in tec[h]. ni roibhe budh fcrr einech.
Briickn Blai briugaidh, bladh binn. a mbai ben Celt[ch]air cuilfind,
a lorchair Blad briigaidli de. do lâimh Celt[ch]air chulbuidhi.
Bruden Forgaill Mhanach môir. do thaebh Lusca co lancoir,
ni bi duine dimdach de. d'at[h]air alainn Eimire.
I. neirdais H. i. 17, ni erdaeis Harl. 5280.
.2. Ms. fail
3. Ms. naird
4. Ms. comhgairg
Da Choca's Hostel. Notes. 597
In gach hrudin, f^i lié a bcs. coire ansguith ann do grès,
co tac[h]rad as [a] hiadh côir. do gach duine aa''/oir.
Ni bcirhcdh in coire côir. cidh mor mbitli do bhc/h 'na oil,
aclit daethan na dâime de '. nacho [bidhj ann do bruithc.
For cai ccxhr'i sligh[edh] slân. no bith gach bruidhen blathlan,
ceit/jri doirrsi eisti amach. as a teigh cach co buidhech.
Fir En'»» uili 'masech. gi[a] na bidis um deibeach,
robsad sidhaigli uili [de], dia roistis na se Briiidiie.
Erin's six Hostels without delay, which existed at the same time
They refused noî véhément companies, they wereharmonious (and) equally
[hospitable.
The famous Hostel of Di Berga in the triumphant District of Cualu,
wherein dear Conaire fcU by Aingcél savage...
The Hostel of Mac dâ thô — strong noise, whither came the men of Erin :
together they consumed the swine and carried off (the hound) Ailbe.
The renowned Hostel of Dâ Choca — it was captured from the Ulaid :
glad was the great Hostel until Cormac Conloinges fell. [equally fierce.
The Hostel of Mac Cecht of the two high hands (?) — there was no snake
in Connaught, west was the house — there was no better hospitality.
Blai Brugaid's Hostel — melodious famé — where dwelt fairhaired Celt-
[char's wife,
wherein fell Blai Brugaidh by the hand of Celtchar of the yellow hair.
The Hostel of great Forgall Manach, beside Lusk full justly;
no one was unthankful to him, Emer's handsome father.
In every Hostel — this was its custom — there was always an irremoveable
which used to deliver at once his proper food to each person. [caldron
The just caldron used to boil, how much soever the food in its cheek,
only enough for the party of any food that was cooked in it.
On a way of four sound roads every praiseful Hostel used to be:
four doors out from it, whence every one cornes thankfully.
AU Erin's men in turns, though they were vcry quarrelsome,
would ail be at peace if they reached the six Hostels.
The statement that every Bruden, i. e. each of the six
Bruâens above named, was an asylum for the « red hand »
seems to shew that the ancient Irish had institutions resem-
bhng the xtjXx of the Greeks, the cities of refuge of the
Hebrews. The ascription of the number (six) to the Brudens
may hâve been in imitation of the number of those cities (Ke-
desh, Shechem, Hebron, Bezer, Ramoth-Gilead, and Gohin).
Probably, as in those cities, the homicide was lodged gra-
tuitously.
I. Ms. daimha e
Revue Celtique, XXI. 27
398 WhitUy Stokcs.
§ 32. In the archet3'pe hère, no doiibt, cnme tlic poem in
kennings, descrihing thc banquet givcn by Dâ Chocn, which
was printed by K. Meyer in his Hiheruica Minora, p. 47.
§33, The description of the badb'xs thus alliteratively expand-
ed in B : co facadar in mnai mbelmoir, mbusmôir % nduibh,
ned[djgair, ndetaidi^, cuirr, cennmoir, caelbraigdigh, mbronn-
moir, mbegtônaigh 5 mbeic-tsUastaig, foirmeraigh, fliuchsuiHgh,
faebairluirgnigh ina [njdocum, co àorus na bruidhni, 7 si losc,
Icthchaech, 7 brat breicbreidech bruachbrisdi bogsnaithech
uimpi, 7 si ag snighi 7 ag teibeirsin fola dogres, 7 fa duibhi-
thir4 f;i druim ndail gach mball 7 n-alt 7 n-aighi di.
The incident is obviously suggested by the appcarance of
Cailb, in the Brudcn dâ Dcrga, LU. 86^.
§§ 34, 35, 36, 37 are lacking in A. The corrupt words at
the end of § 34, must, Strachan and K. Meyer think, mean
something Hke « and they knew not (ni fcdadaii-) whither she
wentor whence (can-as) she came ».
§ 39. J5 styles Nés « daughter of Feradhach Redweapon »,
and in order to expkin Fergus' consent to pursue his fosterling,
adds this : Ro à\\ad cuirn tsomesga ior Ycrgus, giir'ho mes-
ga medfitrchain é, g/zr' bo fliircha 5 breath gach hnàiljar leis.
Naisg/V Medb fair^' ter/;/ i ndiaidh7 in tsluaigh^. Facmais-
[s]ium sin, uair ni thicthi tair breithn- isin aimsir sin.
§ 42. For this paragraphB hasthree quatrains, beginningNa
sliiaigbsi tbcid uaib aniacb, in which Queen Mcdb's druid fore-
tells the defeat of her troops by the Ulaid.
Hère in B cornes a paragraph corresponding with § 65.
§ 43. In B the spies are named Mod [leg. Mog] Corb and
Corb Gaille. The incident is suggested by the Bruden Dâ
Derga LU. 87% where the pirate Ingcél goes to spy on the
palace in which king Conaire unconsciously awaits his death.
§ 45. For A imthaim ... okeuce, B has IS sraithsHgi tsochai-
dhe in tech sin. Tathaighe caich inn 7 as, air ni facomairne
ogbaig [leg. ôcbaid] naid airdnihilid ann.
1. in bus môir B. 5. Obscure and probably corrupt.
2. ndecaidi B. 6. fairr B
5 begtouaigh B. 7. andiaigh B
4. dulbhigtîiir B. 8. tsluagh
Da Choca's Hostel. Notes. 399
§ 46. Before Is he sin etc. B inscris thc following description
of Cormac's two comradcs, Illann Find and Dubthach Dael
Ulad, of whom one was on his right hand, thc othcr on his
left : Fer find ïorha'ilid (or a laimh deis : laech dur dubc/aidecli
for a laimh alainnd aimdheis. Abra' dorcha dubsmuaintighech
co mbeirenn fosgadh dar barr uachtair a gruadh geilbrecc sis.
Dair-let is smuaintiug//tf fo leith fil aigi sech \ucbt in tighi uili.
§ 47. /;■/ derach is glossed by .i. fri horcain : cf. co n-dérais
À. coro digla, LU. 20'' i (Arch. f. celt. Lexicographie, I, 13).
§ 48. Tath cein is glossed by coisîid : sce Archiv f. Celt. Lex-
icographie, I, 28.
§50. For this paragraph B has hère: Atbt'rt Genann :
« Ataid har namhaid in har timcill, uair isad \mmar laechair-
mach in laechnïtf atait annsùd, uair ata secht fichit cet ann, 7 ni
roithfetair ^ aisdibh acht mad côicer cur^dh. 7 linmair atathisi a
mBruidin. Ni ria air sgur don sgainnir dib acht triur trenlaech
nama. Geib h'airm a ardrigh ! » har Genann, « ocus eirgedh
h'aignedh 7cuimnigh dodtescairdib anecraidhe donulad-sa^ ».
The paragraph corresponding with § 50 occursin B towards
the end.
§ 51. 5 adds tcn quatrains by Genann beginning thus :
Mairg Aoheir ttaebh f; i nech de. deis Lomfe[i]ch m/c Laimduibhe,
is é Loinfiach, lith gaii zcht, ro lae a naimdi for Corniac.
§ 53, 1. 6. For ro sécher Strachan would read ro thocher « so
that he fell ».
§ 5 5. After this B has the following paragraph describing the
seven fires kindled in the Bruden :
Adnaigsit na sloigh amuigh iarsin secht troimteinnti môra
isin mB/uidhin .i. teine id/V grtc/j da àorus di, com[b]a soillsi-
thir-t grian ciuin ceitcmain 5 aa; eiraje tar coraar thurgabala ana
1 . MS. seems Tibra
2. leg. roichfetar?
3 . « on this occasion » ; cf. do âilsedhmar in cath don uladh sin, Acallain
na Senôrach, Boolv of Lismore, 164*2, and see K. Meyer, Contributions to
Irish Lexicograptjv, p. 40 note.
4. soillsigtt'r B.
5. ceiteini âin B.
400 Whitley Stokes.
niogal moradhbhal a mhaidin ciuin comhtsoluis an tromthorc
tenfti taithnemhach teinntighi atracht don rigbruidin fli ns. secht
primdoirsihh adiu 7 anall ; go nach roibhi aird na fan no fot-
hoirbi fona crichaibh uili ndr'bo coimreill comtsohis do chach.
§ 56. For the first sentence of this paragraph B bas :
Atrachtatair Ulaid iairsin, 7 ro sinsit a lama desa da loirg-
feairstaibh catba 7 da sciathaibh scelbolgacha 7 da cloidmibh
cruaidg^Va 7 da trealmaib dig 7 irgoili airchena.
- § 57. For this brief paragraph Bhas a long, alliterative des-
cription of the fight, winding up with the foUowing simile :
Indar lat fa dairge dosmôra darach dluithi 'arna diansgailt'ri a
m'inchrann, 7 a railge romora ina sesamh feib robadar na cwr-
aidh 7 na cathm'ûidh 7 na cliathbernfl///ech ar marhad a n-ôg
7 a n-anȔann [leg. anfann] etarra diblinibh. A like simile,
the sturdy warriors being compared to unfellcd oaks, the
yoLing and feeble to severed saplings and brushwood, is in
Calb Ruis na Rig, éd. Hogan, p. 42.
§ 59. Henceforward B difters widely from A. Aftcr men-
tioning the places in which En, Fidach, Caindlcch, and the two
Ons were slain, it describes a duel between Cacht and Oilill
Arddgach. At daydawn Fergus cornes tothe Brudcn, and Cacht
wounds him with a stone. Fergus kills Cacht, and Cormac la-
ments him in a lay bcginning Gidcdh icruoigin ou dehaid. Then
Dubthach kills Buanann and Amargin kills Maine. A fierce
duel ensues between Cormac and Cet mac Magach ; but Corb
Gaile cornes up, and he and Cet overcome Cormac. « The
Book of Druim Snechta says that Cormac was beheaded, and
that Anluain mac Magach took his head to Athlone ».
Then Dd Choca is slain, and his wife's heart is broken at
Loch Luatha.
Only four Ulaid and six Connaughtmen escaped with life.
Suamach's death from grief is then told as in § 50.
Fergus, after searching for his fosterling, comes to Cacht's
body, and bewails him in a poem beginning Tuirsech Hum
Cacht fo sgailgeirg. He then lights on the corpses of his own
sons and comrades, and meets Dubtiiach, Amargin and Fiacha
at Cormac's body. He beats his palms together, « and men
say that it was tears of blood that his eyes were dropping ».
Da Cliocas Hostel. Noies. 401
He asks Amargin how Cormac had fought, and the story eiids
with an imperfect copy ol Fergus' lament beginning Uchau,
mo craidhi is cosair cro.
The version in H. 3. 18, ends with a notice (obviously
taken froni some other taie) of the slaying of Dubthach by
Fedhmid with the famous spear called Luiii Ccltchair, as to
which see LU. 95^ LL. 267'', O'Curry, Manncrs, etc., II,
324, and Hennessy, Mesca Ulad, pp. xiv, xv, 37, 39.
61. As to the Book of Druim Snechta, see O'Curry, Lec-
tures 13. It is cited in Lebor na hUidre, 99*, 128% and in the
Book of Leinster, 190^19. It is siid to hâve been compiled
in the fifth century. Credat Jndaeits.
§ 65. The following glosses occur on Amargin's poem :
conderaig À, ro oirc (cf. co riderais À. coro digla, LU. 20''))
digairsi .i. troca
conrotacht À. rancus
Rotetraig .i. ro forbair
ferna urdlochta À. scietha bristi (« shattered shields »)
§ 69. As to tears of blood, see Cath Ruis na rig, éd. Hogan,
p. 2, and Bugge, Tbe Home of the Eddie Poeiiis, pp. 123, 223.
The following glosses occur in Fergus' lament :
ferpu [leg. ferldm] À. bo « cows »
folearbad .i. bas « death ». See Bezz. Beitr., XIX, 78
atomrai .i, domfainic « came to me »
irt À. bas « death », See hirt, Lecan Glossary 61.
§ 70. The corresponding paragraph in H. i. 17, fo. 16% is
as follows : IS annsin à^no imacomrainic dosom f;-i Dubthach
7 fri hAimirgin 7 ir\ Fiacha mac Fir abha, 7 siat os cind Cor-
m.aic. IS annsin ro esairg Fergz/5 a basa diairoile, 7 ad^raid
comrtd dera fola no snigdiss a suilei. Fa lor do t/;;'uaighi bheith
aga feghadh forsan comhairt a roibhi, IS edh adrrid airoile giir'
gabh omhan 7 imegla mhôr Ferg?^^ annsin ris[na] c/<radhaibh '
croledairtha, 7 ro gabh fora moladh^ co mor, 7 ro tiarfa/^h
d'Aimirgin cmnas ro ier Cormac in cath, 7 dubhairt an laid
ann : Uchan mo cbraldï is cosair cro, 7rl.
1 . MS. c«?'adhaidhbh
2. MS. mholadh
402
Whitley Stokcs
The following glosses on Fergus' poem are found in H.
3. 18. doroibe .i. rodibad.
dia ruidbed À. diar' tescad.
§71. The following glosses are on Amargin's reply :
/' n-iethaib Lo lerdai À. bruidin.
hlai À. faitchi.
cen tnu À. petha (leg. bethd).
72. The colophon in H. i. 7 is as foUows: Conidhi Bruidin
da Cog[aJ 7 Cath Muighi Deirg 7 Oigedh Coxmaic Con\o\r\gis
maie Conc[o]huir comccï sin. FINIT amen, ^dha 6 DaL/(^h.
CORRECTIONS
155.
P. 151, 1. 15, for to tempt read présent
20, for Conor read Conchobar.
21, dele choba
25, read will never plunder us if it (the kingship) be with Cormac
7, for beyond read along
II, for Thou wast treated hospitably 7rû(^Young ((^r) were thy
private parts (fiallachiis « schamgegend » a derivative of
Jial). Ci. nî ro âsatar a reiiga rodaim, LU. 121b 32, where
the facsimile bas, wrongly, âsathar.
1. 13, for will be read were
penult. line, /or is put under read was fitted to
1. 19, for was lifted read she lifted it
1. 29, for thv coming read that, and after evil insert to corne
1. 8, for to be taken into read to take their (ir-righe for ar-rigbe,
i. e. an-ri'ge. So il-lechtce C 5g, for al-lechtae)
2 1 , for Mede rcai Medb
521, 323, 325, /or Amirgin rgai Amargin
1. 5, /or ail are read are the whole of the
1. 18, after javelins insert and heavy... swords.
1. 34, read And hardily will what is in that house be defended
1. 17, after night, insert to
1. 2, for Coniach read Loniach
1. 9. read then the one host attacked the other outside
1. 13, for word read words
1. I, read So that their graves are still on the hill
For most of thèse corrections I am indebted to Piofessors Henebry
and Strachan.
Whitley Stokes.
155.
i57>
316,
317.
3i9>
321,
322,
325,
"^7>
SUR LA VERSIFICATION DU BRETON MOYEN
I. L'intéressant article de M. Loth sur ce sujet, Rcvite Cel-
tique, XXI, 203-235, commence par cette énumération biblio-
graphique: Graiiiiiiatica Celtiea, 2" éd., p. 962 et suiv. ; Dic-
tioiuiaire élymologiqtie du uioyen-bretoii (Introduction) ; Rev.
Celt., 1892, p. 228 et suiv.
Le premier texte cité ne parle du breton moyen qu'aux
pages 975-977. Voici les vers dont l'explication métrique à cet
endroit me paraît susceptible d'amélioration :
P. 975. na breig oar he chouc
lisez: na bn'/V oar W- chouc (cf. Rcv. CcU., XI, 536) ;
ez rahen reqiu'/ crcde/ glan
lis. : ez rahen requc/ crcd-d glan.
P. 976. Cleo Patriciwi A'misqx.
lis. : Cleo Patr/c/-«5 di«5et
na gra da àcn nep termc« drouc en bet
lis. : na gra àa den, etc.
Euzen Rop^r^ credet que/'^ a kaerdu
lis. : Euzen Ropericred-ct quer^à Knerda (prononcé Kaeriu ; voir
[Rev. Celt., VI, 396).
P. 977. Ny a crethe parfc/ dcccdct czedy
lis. : Ny a crt'th<; parftV dcced-et tzedy
On pourrait signaler d'autres rimes intérieures, mais moins
probablement recherchées ou accueillies avec conscience, à
cause de leur place, ou de leurs consonances imparfaites.
404 E. Ernault.
2. On peut ajouter ces quelques indications complémen-
taires sur la bibliographie du sujet :
V'^ H. de La Villemarqué, Le Grand Mystère de Jésus, 2= éd.,
1866, Introduction, p. c-civ, cx-cxii (l'édition précédente,
datée de 1865, doit être peu différente).
Id., Poèmes bretons du moyen âge, 1879, p. 162-164.
Rev. Celt., IX, 380, 381; XI, loi; (XIII, 228-247); XVI,
168-182, 196; XX, 56-58, 72; 214, 217, 218; 393-399.
Glossaire moyen-breton, 2^ éd., VII, Mil (cf. Rev. Celt.,
XVIII, iio), 390, 522, 523, etc.
Mémoires de la Société de linguistique de Paris, XI, 93.
3. Parmi les vers où M. Loth a relevé des rimes intérieures,
voici ceux où j'en compterais davantage.
P. 204. Pan ofl dflczorchet
Ha glor/fïïet
Roen het da qiiʫ/af
P. 205. T\zmat, na dthat quet
Da[7?i] mam douar Mary
Goude pep vilmy
Convertisset eu a nn'ez
En mil leven-e^ en gue:(^ man (id., p. 226)
Dirac an dut ha he perscc»/aff
He Doe neve:( hac an Qi anqaff
Espres pres-atit ha he sacramantafï
An poent queiit-aff, m'e groay dreiza/ cla^vet
Goal huana/ gant Doue'n tat deba/at
P. 206. duenom cuffvuli-el (pron. itpl, cf. Gloss., XIX) yiouel dan
[buguc/ frez(/rf., p. 216).
Parft'i cxed-et hel, hon gray Roue'n ae/ez (id., p. 216).
Mar)' en dougas diuam r\e deffou^; \Aa))i en bet
Ez ganas Roue'n ouar ]oa en àouar prepdret
Noué/, Nout"/, Noue/ quenomp hd da roue'n a.eltz
Ha hep goap d'e map (\uer hon salvcr eu'rnel
So àzuet entre'n hed-is e langu» a isel
Gant un merch sder so preserv-et a pep pednet, bczet sur (sur la rime
[de c'h avec v, voir Gloss., 578).
P. 207. Lavar, den fais, ac evals-c e\ respontt;;^ t(^ dan prt'llat?
Racse pxont, dre da respoHf sot, ez vezo dan dro/ un cho/at
Breman ez eo aes ma esper am oa pell amstv prederet
Ma study ma opmz-o« voa e reh'g/-OK mo«et
Sur la Veisificalion du Breton moyen. 405
Da seruichaf Doe guir rocn hct fzof eni laque/ aprcl mat
Lesel an het me a pred-er [n)em deur nep amscr he m^rat
Goiide an poaii han doan han huan-at a prépara/ don ta^aou
Dre'n aval glas, Mas, a debrai Ram Evn hac Adam a trt;//»/aou
Nos 'biedelcc goude'n regret maz oa bel rel^rdet an hedis
Hac arrei-el an proiïcd-et han patriarcht'/ ho covf/is
P. 208. Goudc pep anqucw, est nv; va (mieux que -raii, cf. Gloss., 529) S30uaz,
[hon boa ha poan calet
Allas, dre f('/ pcchc/ Eva hon mam quentaffcz oamp clapet
En kaer a Bezlecw ez deuz deomp rein-et pan voue gait-et, na laque/ sy
Jesu roue'n douar gant Ma/y [diouga/îet
Contant of net bepre/ da compre/ poa«, joa ameux gla» pa hoz eux
Me he dougo un dro hac em prof/7 an guir am/7 hoz eux dif recilct
Pan voagan-et roue a.n hct, gudhet ira, ez dileuzra/ ga/// un suit eba/us
Roue an prince/, deue/ en het quenerfus
P. 209. ... plesa/i/ sant-elpa. he gue/as (id., p. 219)
Ne falla^î pa.f dan cas aitut... (id., p. 219)
Nouel queno/7/^, joaeuso/H/Jgla« gant diboa// brema//, pobl an bet(;'J.,
Greomp m^//!e//d^ dan map b/han... (id., p. 220) [p. 220)
P. 214. Lest hoz safïar ha darbaz-et
Ne ret en certe// tra en bet ,
P. 21 5. Pe gounezet huy ouz cr/'al
Nac ober tourma/// na scaH^al
Pan dlehech farcza/ eva/hen
Cza / travelle/, laboure/ ten
Mar da moues dan ma/chat
Ha caflfout corapagnun mat
Hac e reo da evaflf
Joaiusama/// dre cara/z/ez
Ha dan m^esXres, guerche:^, Rouane:;; chuec
Bras eo he gloar e m-em-oar pep cloa/ec
P. 216. Dre pen hon ta/ Ad-aiii ez viomp conda;//nct
Da bout en ifern yen en anqud// ha pez/et
Dezy gant Gabr/el
Ez voue reve/et
Ez vyse ma/ ha d-in quif/// an Dr/';/det
P. 217. Dre vuhelte/ a gaoude/ he/us
E langue a /5el
TudaoK, quchezlao// mat
Deompnv prof/c/at
Quenomp c/// [hac] z7//;el...
Ha dinaw d'e mam chuec...
4o6 E. Erihiiili.
P. 218. Hon quentaff tat Ad^m
Hac eat da It'vt;nez
An map man a g^Has
E quentt'Z gut'/uomp
Rouant'5 an tens-or, cosquor cnoromp
Don guir advocaihs
Merch caeir, impalae^res
Hon miestres nessâi
Ny a dl^ revexant en em prescH/aff
Tx\ie:{ ouz hon bt':^aff
En àtûoue roiie'w glen
Pan eo cren disque;/»et
BrenKî;/ àa vout gawet
Gant un merch he gue'/rWet
Parf(7// a couàct net
Graci;/5 dreyst m;/5ur
Hegara/ dreyst na/ur
Merch IIIh;- so fH/-met
P. 220. En un merch guerch-es ma«trt'i net
Ez voue concevet competant
Salver an het het ha Ici/an
Don ober glan hac ava«ant
Evel an sderder dre'n gueiren
Hep bizcofl;^ courrompaff goa^en
Ez ganat Doue, guir roue an glen
En craou un àsen voar fouc» pur
Nouel quenoinp, na idlomp quet,
Pan eo deuet Doue, roue'n profF[o]t'Jet
Voar an bet man da bout g<n/et,
Maz omp sulvet, lamt'/ a poan.
Ganet eo Doue, guir ro;/t''n phucàou,
Gant rouans an guerch«aou,
Evit lumet hon pechaiaou,
Reiff deomp goulao» ha disrto»zan.
P. 224. ... gant nep sceurt den ncn soutt'«at
P. 223. Me guel un merch hervcz he àerch guerches
Oa he studj)' dont don t-y ah'es
Me a ia partout da gouzout dio»/y
Petrfl a mat a gra en ahaty
Ha he sourc/ ha he onip/n/on (id., p. 227)
Devotio/i he deveux da do«et
Lrutîret spes ac ef so hoz cspcr
Ret vezo ïun ober alusunou
Dirac roen tro« ober oresoKOU
Sur la ViisifiCiUion du Breton moyen. 407
Dre'n vertuzio;* devoticnc» bras
Quentafï, hep go;/, entre menerAou tan
Ou/ an re man cred-et g\an pep manycr .
Digra.ci-us, outragi/;5 ez ruser
P. 226. C^rguct a. prenden
Hac ho qudt';;«as
Neuse tut he ty
i:/; rt;;;onc/as
P. 227. Da gouzout scltT a huy V(' quérncret
Rouanez try d/ouz Or/cnt
Hen saUid(75 pan ]a\-aras ave
Joa pli'// en cfiaon, quchezhw» L(o/(en (/</., p. 232)
P. 232. Dre hon Uit Ad-aiii lùiiii oaniphlaniet
Breman oump prenez nen em douel-et den
4. Les deux exemples donnés, p. 227 (cf. 225), pour mon-
trer que le vers de 10 sylkibes (4 -\- 6) n'a besoin que de
deux syllabes rimant intérieurement, sont donc très peu con-
cluants; il y a, d'ailleurs, contradiction avec la p. 231. On
peut voir sur cette question l'Introduction au Mystère de sainte
Barbe, p. viii; Rev. Celt., XIII, 238.
La rime intérieure ne force pas à couper les syllabes de
façon uniforme: unan peut rimer en un ou en //, ternien en
erui ou en er, etc. Si un vers régulier comme
Ober al«-sH-nou
s'ajoute à un autre élément initial, celui-ci doit, en principe,
être terminé par la même voyelle, et c'est ce qui arrive le plus
souvent. IVf.ais on trouve aussi la rime plus riche, avec con-
sonne d'appui :
Ret vezo hin, ober al»s;(»ou,
Dirac roen Xroii ober oreso«ou (p. 225)
comme s'il était possible de prononcer à la fois alusnn-oii et
alusu-nou, oreson-ou et oreso-nou. La rime intermédiaire est,
en ce cas, remplacée par une simple assonance; ce qui peut
arriver pour d'autres sortes de rimes, comme dans le vers du
Grand Mystère de Jésus :
Pezr, chcàe so: ne goujot quet;
voir le Credo du xv^ siècle, etc.
4o8 E. Einaiilt.
Le rapport paraît renversé dans
Allas, dre fct pechet Eva hon mam qucniaff ez oamp clai'Ct (p. 208),
ce qui serait assez conforme au 7= vers de la même page, qui
rime en -a, — at, ant, at, at-; mais, outre qu'on peut lire
quentrt, cLr-ver, une prononciation *Evaff n'a rien d'impro-
bable, cf. Gloss. v. assamblajf, finessaff, gorgaff, par 2, rae ; tré-
corois Fontanellah, La Fontenelle, Annaù, Anne, ro:^èran, ro-
saire, etc. Un échange contraire, entre -// et -i, explique
l'hémistiche
... an guir am/7 hoz eux dif rec/7et (p. 208).
Une autre circonstance, dont M. Loth n'a point parlé, peut
dispenser d'un second écho à l'avant-dernière syllabe: c'est la
présence d'une rime intérieure différente :
Dre'n vertuzioH devo-tio-noH bras (p. 223).
5. Je ne crois pas que les rimes intérieures puissent se
croiser de la façon admise p. 206, pour deux vers de la
strophe 5 de sainte Nonne (partie moins bien conservée que
le reste du Mystère). Le texte était peut-être quelque chose
comme
Gant roen stcr anter-in ez voe predestinet
Pep tra gret gant henw;/, quent maz crouat an bet
6. La distinction signalée, p. 220, entre les deux parties
du distique 20 des NoueJou n'est pas exacte : le second vers
Saluer an bel het ha \ed-au, Don obcr gla« hac i;ua«ant
est aussi régulier que l'autre.
7. La correction de ane:^e en a neve:^ dans Un giii\ ane^' ,
NI 411, p. 206 et 216, est impossible, les 5 autres strophes
de la pièce reproduisant exactement le même rythme : Salué/
an hcd'ïs, GaneZ pan edoà, etc. Il en résulte que le moy. bret.
se passait quelquefois de rime finale; ce que M. Loth admet,
d'ailleurs, p. 220, pour NI 356.
8. Le vers de 7 syllabes est inconnu en moyen-bret.
d'après les p. 212, 214; cependant un exemple en est cité,
p. 215; cf. Rcv. CeJt., XVI, 173-176.
Sur la Versification du Breton moyen. 409
9. Levers de 17 syllabes est indiqué, p. 214, comme ne
se trouvant plus dans les chants populaires bretons. Il existe,
du moins, dans les œuvres du chanteur populaire Yann ar Mi-
nous, cf. Rev. CeJt., III, 495; voici, par exemple, la dernière
strophe de son Histoar veritabl ... ar c'honî bras Mac-Mahon :
A piou bennac a Jczir clcvet piou ez eo ar c'hompozitcur
Deus ar ganaouen a meus caned, dirazoc'h, aman, ma brcudeur,
Me a responto buan dean ez eo hanvet lann Ar Minous.
Ann hano-ze n'en gav inscrive! déjà en lies a barous.
La même signature poétique se lit dans un rythme voisin, à
la fin de la chanson Ar nicinoar horrupi ha spouronus ... ann
ircitoiir lach Ba::^aine :
A piou benag a dezir clêvet,
Piou e'z'eo ar c'hompoziteur,
Deus ar recit-man a meus canet,
Dirazoc'h aman, ma breudeur,
Min a responto buan dean,
Vêl ma rafen da bep unan,
Hen deus ann heur hirie da vean,
Hanvet dre-oll ar Minous, Yann.
Cette dernière mesure, qui ne diflère de l'autre que par la
rime, est bien de nature populaire, comme le constate M. Loth,
p. 214.
10. « La coupe ... des vers de 10 syllabes, ne partage pas le
vers en hémistiches de 5 » (p. 208). Cependant M. Loth
cite, p. 232, des vers de cette sorte coupés au milieu, en disant
qu'il n'en a trouvé d'exemple que dans les Anciens Noëls. Il y
en a une autre source importante, c'est la comédie des Amou-
rettes du vieillard; cf. Mém. Soc. ling., XI, 93; GJoss.,
390, etc. ; malheureusement on n'en a plus que quelques pas-
sages conservés par des citations de D. Le Pelletier. Le nis.
Roussel en parle aussi, mais son auteur ne paraît la connaître
que par les extraits qui ont trouvé place dans le Dictionnaire
de Le Pelletier.
11. « Aucun des chants prétendus anciens du Bar~a~-Brei:^
ne peut remonter aux anciens bardes, sans parler des druides:
dans aucun, on ne trouve trace de la métrique en vigueur jus-
qu'au xvii'^ siècle » (p. 235, cf. 262). Ceci ne permettrait d'ac-
410 E. Ernauh.
corder à aucune chanson bretonne connue plus de deux siècles
et demi d'existence: les Gu'cr:^ion et les Sonioii Brci::^-I::^i'l ne sont
guère plus riches que le Bar:ia~-Bri'i- en rimes intérieures.
Mais en appliquant le même critérium à d'autres vers dont
l'ancienneté est paléographiquement établie, on arriverait à
des athétèses excessives. Si, par exemple, les textes des Middle-
Brctoii Hours étaient restés populaires, on pourrait leur Elire
très souvent le même reproche. On ne doit pas, d'ailleurs,
refuser à la transmission orale la faculté de renouveler et de
restaurer continuellement la forme des vieilles choses qu'elle
adopte ; c'est ce qui arrive même pour les documents écrits.
Le Mystère de saint Guénolé, tel que l'a publié Luzel, a assez
peu de traces de la versification ancienne, pour que son édi-
teur ne les ait point aperçues; cela n'empêche pas qu'il dérive
d'un texte composé d'après le système classique qui prévalait
en moyen-breton (cf. Rcv. Cclt., XX, 229, etc.). Il peut en
être de même pour plus d'un chant encore existant, parmi
ceux du Bar:(a:( Bici:( et des Gzuer:^iou.
Cette absence de rimes intérieures dans le Bai^a::;^ Brci:{ peut
s'ajouter aux raisons qu'a im valoir M. d'Arbois de Jubain-
ville, Refv. Celt., XXI, 260-266 contre l'opinion de Luzel, qui
attribuait à H. de La Villemarqué la composition de plusieurs
chants de son recueil. Car — si l'on excepte Le Gonidec, qui
a traduit le Mystère de Sainte-Nonne, mais n'a jamais sacrifié
aux Muses d'Arvor — H. de La Villemarqué était, de tous
les Bretons nommés dans l'instructive étude de M. d'Arbois
de Jubainville, le seul qui eût des notions précises sur la ver-
sification du breton moyen, et qui, par conséquent, aurait été
tenté de s'en ser\ir pour colorer des pastiches de poésie an-
cienne.
12. Au lieu de rimes internes, c'est l'allitération que l'édi-
teur du Bar:ia;:^ a cru trouver dans plusieurs pièces tenues par
lui pour les plus antiques (éd. de 1867', p. lxiii, lxiv, 24,
34, 48, 51, 55); tandis que M. Loth (p. 233, 234) regarde
ce procédé comme étranger à la poésie armoricaine. Si son
1. Outre les deux tirages signalés Rcv. Celt., XXI, 260, il en a paru un
autre, vers l'époque de la mort de l'auteur.
Sur la Versification du Breton mo en. 411
emploi systématique était réel dans le Bar::^a:^ Brci:{, il fluidrait
donc l'attribuer à une imitation savante du gallois. Mais dans
ces chansons bretonnes l'allitération est, la plupart du temps,
douteuse, et en tout cas fort intermittente; on sait que cela
peut arriver dans beaucoup d'autres langues ; cf. V. Hugo,
Les Châtiments :
La Marseillaise ai/ée et vo/ant dans /es /;a//es,
ies homl'cs, /es o/;us, /es tam/;ours, /es cymbales.
Et ton rire, ô K/e/'er!
« Le vin des Gaulois », où elle se montre le plus clairement
— ce qui peut tenir à la nature du sujet — ne justifie pas en-
core la remarque qui suit : « La pièce entière est régulièrement
allitérée, comme les chants des bardes primitifs ». On pourrait
l'appliquer, avec autant de vraisemblance, à la chanson des
maçons dans le Mystère de sainte Barbe, petit texte qui a
quelques chances d'être le plus ancien spécimen conservé de
la poésie populaire en Bretagne:
fvelhen fu o-ounit o^loat hac cbataft
fvelhen eu crounit ^loat;
Mar (h woues dan marchât,
Ha caffoiit rompagnun mat,
Hac e reo da ewaff
i:velhen t'u o-ounit o-loat liac fbataff.
E. Ernault.
INFIXED d IN CONDITIONAL SENTENCES
IN OLD IRISH
Attention has been repeatedly called to an infixed d in
conditional sentences inOldlrish, cf. Sommer, Celt. Zeitschr,,
I, 2iS sq., Pedersen, KZ, XXXV, 408, Thurneysen, Idg.
Anz. IX. 191. Its grammatical function, however, has not
yet been defined. The following is an attempt to fix the usage.
Unfortunately the material is in some waysnot very abundant.
I hâve tried to supplément what is found in the Old Irish
Glosses by a search in other old texts. But in thèse I hâve
found very few instances; the reason is that in them this
type of conditional sentence is very rare. However, though
someof the détails are uncertain, the gcncral principle is clear
enough. I will first give the material, and then otier some
remarks upon it.
SIMPLE VERBS
Présent indicative.
fremat licet, uc\ feruet, .i. cianud brulhiiaigcdcir. Ml. 121M5.
licet ... incinatur, g. cianud chanar. Ml. I35''6.
ar cia sluiiidid (subjunctive) hriaîhar persin, ni fris aricht fri
slond persine, ad is fri slond giiimo persine principaliter aricht,
ceniid sliiindi persin consequenter, « for though a verb express
person, it was not invented for that, to express person ; but it
was invented principaliter to express action of person, though
it does (as a matter of fact) express person consequenter ». Sg.
197" II.
infixed à in Condiùonal Sentences. 4I j
scd hoc intcrest intcr praepositiones et coniunctioncs, .i.
ccnod chosiihiiligclcr hi cnmscugud aiccend, « tiiough thcy arc
alike in the motion of accents ». Sg. 2 12'' 2.
cenod lahratar inl saihn desiinn, ni lahrathar sahn dia chômai r-
hinrt hinlh aiiial uodlabrathar in sahnsa, « tliough the psahns
speak of Him, no psahii speaks of His life, as this psahii
does ». Psalt. Hib. 370.
Cf. aiso: quanquam .i. cinud. Sg. I7''3.
ntanud tectid na htiiïise, inplete, « if ye havc ail thèse things,
impiété. Wb. 23^ 11.
si autem aliquid nocuit tibi, aut débet, g. inauud dlegar ni
do, « if there is any claim upon him ». Wb. 32' 18.
si ... finit, g. nianud chinn. Sg. 197^ 12.
manod iecbtaid deseirc, « if ye hâve charity ». Fél. Oeng.,
Ep. 388.
dathluchelhar int intlimht cenid Icci in metur tabairt ind anmae
triuin frismiainm n-adiacht, « the sensé demands, though the
nietre does not allow of, the putting of a substantive with the
adjective ». Ml. 30" 10.
■robiat ar chuit folid, cenid rubat^ ar chiiit sain, « they may
be as to substance, though they cannot be as to sound ». Sg.
manid chretid esséirge crist et mortuorum nibiiôibfea for n-ires
in chrnlh sln et nibscara fri bar pecthu, « if ye are not believers
in the résurrection of Christ and the dead, in that wise your
faith will not sanctify you, and it séparâtes you not from your
sins ». Wb. 13'' 19. For the indicative cf. 13'' 21, and (nia)nid
chretini (a ess)eirgc 13^ 10.
ipsi uos probate, ... nisi forte reprobri estis, .i. net nnmid
cbonialnid arropridchad di'tib, « unless ye are fulfiUing what bas
been preached unto you ». Wb. 18'' 7.
If there is an infixed pronoun, then d is not inserted, nia-
nubbailsiniseWb. 8''i, cennsJabratar 1 2^*28, maniimgaibi 32*16.
In.Wb. 12^' 10 Stokes and Zimmer expand sulbi- into sulbi-
I. Cf. Thurneysen KZ. XXXVII, 66 sq. In LU. 56b 30 ilon'i^ciiiiuiis iii'is
explaiiicd by rofetjaimniais a deiioni, « we should be able to do it », which
is interesting as shewing how the force of ro- was felt hère by an Irishman .
Revue Celtique, XXI. 28
414 - J- Strachan.
rigini, but we should read thc subjunctive cia sidbirigcr, which
suits the Latin context better.
An infixation oîd is also rcgular in thc impcrsonal fil:
cenod fil cholarsnaiaiih etarru, a though there is contrariety
between them ». Sg. 29^ 17.
cenod fil posit Grccda do, « tliough it bas a Greek positive ».
Sg. 192" 5.
cenod fil a n-crchre, « though there is defect of them ». Sg.
i93''7-
cenud fil gnhn 7 chésad hi siiidiu, « though there is action
and passion therein ». Sg. 209** 29.
vianud fel in spirut nâib indiumsa, <( if thc Hoh' Spirit is in
me ». Wb. 1 1'^ I.
mamid fil etir a foraiihmct ku, « if there is mcmory of them
at ail among them ». Ml. loy' 12.
cinid fil chai ri linu, <' though there is no fault with us ».
Ml. 30^2.
cciiid fil coiuparil masc- 1 femi- Iciss, « though it bas no mas-
culine or fcminine comparative ». Sg. 46' 15.
With infixed pronoun we find vuuiudiilfieil, « if ye arc »,
Wb. 19' 20, ciuiiifil, <( though wc are not », Wb. 16'' 9.
Imperfect indicative.
ciiuiiid adhiiriaigtis [s\oi)i dai)isa , ha niadacdoih, " though they
used to oppose me, it was vain for them ». Ml. 19" 5.
Prcterite indicative.
ciarnd chmilalar ilbélre et cenuslahratar, « though they bave
heard many tongues, and though they speak them ». Wb.
12^' 28.
cciud bai ludas occa îhindnacol soin et ccarud halnr ludei
4"* 13, « though ludas and the Jews wcre giving Him over ».
Wb. 4" 13.
ciarud bôi colin n ind>i, « though there was flcsh about him ».
Wb. 26^23.
Infixed d in Conditional Sentences. 41 5
ciarod balar tirbilbi aili foiiiii, « though thcrc havc bcen
other troubles upon us ». Wb. 14'' 13.
ciariid mrechlni^estar so[}ii\ briathra, « though he has varied
words ». Ml. 123'' 13.
ciarud bôi aururas fonii, « though there was haste on me ».
Ml. 2^3.
ciarud bâ i n-iinniud, « though I hâve been in trouble ».
Ml. 44'' 19.
marud baitsins ihich n-tvlc, « if I hâve baptized any other ».
Wb. 8^3.
iiianid prcdchiscni, « if we hâve preached ». Wb. 10^9,
marud scarsid fri tola, « if ye liave parted with desires ».
Wb. 27^^30.
marud choiscsct a iii-iiiiiintir, « if they hâve corrected their
household », Wb. 28--' 7.
ccnid fciarsa a u-dJigcd n-isin, « though I know not that
principle ». Ml. 5 )'' 21.
With infixed pronoun maru-s-bôi ^ di huutaJdôit, « if she has
had the humility », Wb. 28'^'29. In the 2 pi. we find ccruhaid^
fo phcccad, « though ye hâve been under sin », Wb. 3'' 19.
Past subjunctive.
cernd glanfa tri baitbis, n'ita cuiiuicc docbâingiiiiii, « though it
should hâve been purified through baptisni, it has no power
tor well-doing ». Wb. 4-' 6.
COMPOUND VERBS
Présent indicative.
ciasidbiursa non imputebatur, « though I sa}' « non iiupiita-
batur » ». Wb. 3'' 2.
1. For the construction cf. Thurneysen, CZ. II, 77.
2. It is to be noted that tlie prcterite of the copuLi has not infixed d.
41 6 J. Strachan.
ciasidhiursa a huith huandi as uitis, « thoiigh I say that it is
from uitis ». Sg. STS-
ciasidbiursa friisii Atho 7 athos do huit]}, « though I sa}- to
you that it is Atho and Athos ». Sg. 106'' 4.
ciasidhiursa uetus, « though I say uclus ». Sg. 109=" 2.
ciasidciamni titlu re cech oin salin, « though we see titles
before every psalm ». Ml. 2"^ 4.
ciasidfiadat (MS. ciarfiadat') ^ soin dundicfct in[na^ fochaidi,
« though the}^ déclare that the tribulations will so corne ».
Ml. 19'' II.
huarc uândunlauaic a carachlar ciaridherain a céill a prono-
minibus, « because their character bas not corne to us, though
we get their sensé from pronouns ». Sg. 26'' 2.
fremat licet, g. ciaridsrena. Ml. 121M4.
ciadudfailci don-, « though it yields ». Ml. m'' 23.
licet ... praeminant, .i. cia dudrôscat Ml. 121^3.
ma dudesta ni di har n-iris, iccfidir per aduentum nostrum,
« if aught is lacking to your fiith, it will bc supplicd », etc.
Wb. 25=^30.
cenid acianini « though we do not see ». Bed. V. 1^3.
cenid tahairsiu digail, « though Thou dost not inflict punish-
ment ». Ml. 106'' 13. So manid tahair digail, 91^ 17.
cenitahair f= cenid tahair) scm desemrecht, « though he does
not give an example ». Sg. 202^ 3.
cenid déni stoirier, « though the commcntator does not
make it ». Ml. Sô** 33.
nianid tarti ^ ccnae da, « unless God's knowledge bas given
it ». Ml. 57'' 7.
manid frescai (sic leg.), « if thou expectest not » . Fél. , Jul .19.
With infixed pronoun cia du-sn-adhat Ml. 133''). Without
d : ciashiursa Wb. 2^ 18, ma inifolngi io<^ 13.
1. The correction is, I think, due to Nigra.
2. Cf. co (tiifaitced don Ml. 35'^ 2, nadtaiilaic don Ml. 131^2, dofarlaic don
Tur. 102.
3. Cf. Thurneysen KZ. XXXVII, 65. But at p. 73 n. 2, I do not think
that dia tarta is indicative; at least I hâve never, so far as I remember, met
with dia n- = « if » foUowed by an indicative. It scems to = dia tartae
and to be 2 pi. of the past subjunctive.
Infixcd d in ConJitiorial Sentences. 417
Iniperfcct indicative.
cenid epertais soin ho briathraib, dagnilis ho i^nimaib, « though
they Lised not to say it in words, they used to do it in deeds » .
Ml. 28^8.
Preteritc indicative.
ciasidiiibartsa nad tintaesiu, « though I hâve said that thou
shouldst not transhite ». Mi. ^ 15. Similarly GG" i.
ciasidrubiirtsa a m-biiith a nominibus, « though I hâve said
that they are from nouns «. Sg. 58'' i.
ciasidruburt frit tuas alter utra pro altéra utra, « though I
hâve said to you above alter utra, etc. », Sg. 75'' r.
ar ni iouis geni- indi as iuppi- ciasidruburt ti'ias, « for the
genïiWe o[ luppiter is not louis, though I hâve said so above ».
Sg. 9f 3-
ciasidruburt iiand giu'itlj .cum. bi coins-, « though I hâve said
that cum is not customary in composition ». Sg. 218^' 6.
nisnulcinairbfc ciasidroillisset, « Thou wilt not slay theni ut-
terly, though they hâve deserved it ». Ml. 77^ 15.
ciarudreig^ soin nainboi rcincisiu die de, « though he had com-
plained that there was no providence of God for him ». Ml.
50^ I.
ciaridroga[r]t side dîmsa do guidi siii, « though he had for-
bidden me to pray to thec ». Ml. 132-^ 10.
ma dudéll ni, « if he has stolen aught ». Wb. 22'' 7.
ciadudrigni dia môr di niaith erriu, « though God had done
much good for them ». Wb. ii''20. Similarly ma dndrignius
ni, Ml. 23" 27.
cia dodrigénsid cosse, « though ye hâve done it hitherto ».
Wb. 20^^ 3.
cia dudfutharcair a bas, « though he desired his death ».
xMl. 52.
I. Leg. ciaridréig.
41 8 ,/. Stidclian.
ma dodrnmenatar alaaili nomhciis i nocn rainn, « though
others hâve ihought that the}' are in one part ». Sg. 27^ 18.
cia dodchomviar foi, « though we hâve gone under it ».
Wb. 23'*23^
ma dîidrimîhirid dis carcre, « if she has ministered unto pris-
oners ». Wb. 28*^ 30.
si ... conuenerunt, g. ma immidarnactar. Ml. ly** 19.
a n-icc ide cinid ariJIset, « their salvation though they hâve
not deserved it ». Wb. 4^ 39.
manid tesarbi ni di maith, « if no good has been lacking ».
Wb. 28^31.
Without d, ma arroéit Wb. 28'^ 28, ciaranibartat[ar] Ml.
91^' I, ma duroghusa Ml. 23'-' 13, ma fiiroiUisscmni Ml. iio'^Sj
ci forrâsiissa Aug. Car. 40.
On the subjunctive cinidaccastar , Wb. 26'' 12, see below. In
Ml. 3 5" 8 maniicntis is hardly anything but manidentis, cf.
75'^2, Y\kt frîsnatorus y[\. 46^12, nitémit Wb. 24^25.
We are now in a position to see the syntactical function ot
the infixed d in conditional sentences ; its function is very
plainly to mark the indicative conditional clause. Most of the
instances cited above are clearly indicatives. In the few cases
where the ending is ambiguous, we are justified in placing
the forms in accordance with the gênerai rule. The only case,
so far as I can see^ in which any objection is likel}- to be rais-
ed to this, is where licet followed by a subjunctive mood is
translated. But in Ml. 135^6 cianud chanar must be from its
form indicative-, and the others instances are to be judged of
in the same way; the glossator followed his native idiom,
which hère differed from the Latin. Among the ver}- nume-
rous instances of the subjunctive mood in the Glosses I hâve
noted only two with infixed d. Thèse are ccrud glauta Wb. 4^6,
and cinid accastar Wb. 26^" 12. The former is very interesting.
In a paper on the Subjunctive Mood (Trans. of the London
1. Cf. ma dodaiiic YBL. gjb is = mi dothanic LU. 86^ 59.
2. Cf. Thurnevsen KZ. XXXVII 104 sq. But that aniaiimfoliigar Wb.
lO'-' 1.4 should bc déponent is hardly crédible. The verb is very comnion,
and does not elsewhere shew déponent forms. Should we read possibly
ariiariiiifohïgd « that it may not cause ? »
I II fixai d in Conditional Sentences. 419
Philological Socict)', 1897) pp. 126 sq. it has bccn suggcstcd
tliat thc suh]uncû\'c ccrnd glaiila is bascd on an indicative ccruci
<^ltiiiih}. The présence ofthe d confirms the suggestion; unfor-
tunately the instance is an isolated one. As to riiiid accastar
I can only note it as an exception; the regidar /;w;// accaslar
is found Ml. 50-' 5. It is possible that the glossator began as
thoLigh he were to put an indicative, and then changed sud-
denly to the subjunctive.
In négative sentences after ceni, iiiani, d is regularly inserted
exccpt where there is an infixed pronoun. This rule may cast
light on sonie doubtful cases referred to by Thurneysen, KZ.
XXXVII, 65. If the language ofthe old portions of the Laws
is in this respect to be judged by the same standard as the Old
Irish Glosses, then uiani roera, ma rohicitha must be regarded as
subjunctives. And in siniilar sentences forms are found which
are clearly marked as subjunctive by other criteria, e. g. uiad
(leg. mat) beich rogahat and, Laws, IV, iG^,mad siiil rochae-
cha, IV, 178, where the subjunctives mat, mad, shew that the
following verbs are also subjunctives.
We come now to positive conditions. In simple verbs, un-
less there be an infixed pronoun', the insertion of d is re-
gular. The only exception is ccrubaid Wb. 3*^ 19. With this
may be compared ciasbiitrsa Wb. 2'' 18 by the side of the
common ciasidbiursa. As both of thèse exceptions are found in
Wb., and there are no exceptions in the later collections of
Glosses, a possible explanation would be that this use of d
started in the third persons and spread thence to the first
and second persons; the scantiness ot the material, however,
makes the explanation uncertain.
In compound verbs the instances are too few for complète
enlightenment. With ess- d is regularly infixed, with the ex-
ception oï ciasbiursa, which has been mentioned above. With
ar- d is found in a couple of instances in Ml. ; but Ml. has also
ciararubarlatar, and Wb. has ma arrocit. With to- d is inserted
except in niadurogbiisa Ml. ; in cia dusnadbat Ml. there is an
I. But \n fil we hâve inaniuinhfeil Wb. 24'^ 8, which happeus to be the
only instance of an infixed pronoun with ceniui- or inanud- in this verb.
420 J. Strachan.
infixed pronoun, which would prevent the infixation of d.
With i)nm- we find ma iiufoliigi Wb. but ma imniidarnactar
Ml.; but imm-air-ic is otherwise exceptional, cf. Pedersen KZ.
XXXV, 405. In the couple of instances oîfor- there is no in-
fixation. For the other prépositions nothing is to be learned.
Sommer, CZ. I, 218, characterises the d as « meaningless )>.
Pedersen, KZ. XXXV, 418, remarks: « comparatively seldom
is the meaning ofthe personal pronoun clear ». And, if the ^
is to be identified with the neuter pronoun J', the whole usage
is mystcrious. As we hâve seen, this d is practically confined to
the indicative. In the subjunctive we find the ordinary neuter
pronouns, e. g. cenachomalnithe Wb. 13^ 33, cenapridchidsiWh.
I5^'6, mani ihinibWh. 4^27, cf. Wb. 4*^15, 20, Ml. 33'' 15,
56'' 7, ciathcre Wb. 5-^28, cf. 12^4. Moreover our d is found
with intransitive verbs, also with transitive verbs followed by
a non- neuter object, e. g. Wb. ii'^ i, Ml. 30^2, Ml. 106' 12,
and many others above.
In some cases, as Pedersen has pointed out, d might be re-
garded as anticipatory of a foUowing neuter noun or of a fol-
lowing clause. There are again instances in which it might
most simply be translated as a neuter pronoun, e. g. manid
tari i Ml. ^i^j, cenid déni Mi. 56'' 33, cenid epcrtais Ml. 28"^ 8,
ciasidroillisset Ml. 77^ 15. This is not certain in every case, for
the question of the ellipsis of the pronoun has not yet been
worked out. This at least may be said that if the d cannot re-
present the neuter pronoun, then in the clauses of this type
that we hâve coUected there is no trace of an infixed neuter
pronoun at ail. It seems very possible, not to say probable,
that the d, though of a différent origin, from its likeness to
the infixed neuter pronoun assumed its function. Thus ci-
asidheir is very like is mé asidbeir, cia dudrigéni is very like is mé
dudrigéni. And if ^ had once come to be felt as a neuter pro-
noun in thèse cases, it might be felt as such in cenid, manid.
How the masculine infixed pronoun was expressed in this type
I. In Idg. Anz. IX 191, which was not accessible to me when this paper
went to press, I see that Thurnevseii identifies the two iVs, and also iden-
tifies them with the d of copuia forms. This, while it leaves the facts un-
touched, would necessitate a modification of what foUows.
Infixed à in Conditional Sentences. 421
of clause, I luive no clcar cxamplcs to shcw. Pcrhaps tlic fut-
ure will briiig light hère too.
If, as seems clear from ns syntactic usage, this d is of diffé-
rent origin to the infixed neuter pronoun d, can it be brought
into connexion with anything else in Irish PTliere is, it seems
to me, a very striking parallel in the copula. In the présent
tense of the copuhi d is the characteristic mark of a number of
forms, cf. Thurneysen, CZ. 1,4 sq., and, for the material, my
paper on the Substantive Verb (Trans. Phil. Soc, 1899),
11. 1126 sqq. ; the subjunctive conâip proves nothing to thç
contrary, for it is obviously a remodelling oî conip after the in-
dicative'. Howeverl must be content hère to indicate the par-
allelism; the matter is too obscure for any attempt to trace
the origin and the spread of the (/ forms. This nuich may,
however, be said that ccniid- is the natural counttrpart ot
cenid-, for in tbe simple ortliotonic verb /zo-isthe usual vehicle
for infixation.
For the history of the form in later Irish I hâve no mate-
rial; as has been said before, this type of conditional sentence
is very rare. In Windisch and Atkinson I hâve been able ro find
no examples of the d forms or their équivalents. From the
Saltair na Rann I hâve only tua rosàrugns, which differs from
the Old Irish type. Apparently the d forms were lost early.
And in old texts preserved in later MSS. this has led to cor-
ruption. Thus in the Félire Oenguso, at July 19 i/ is preserved
as / in only one of the three MSS., at June 13 ail three MSS.
hâve mani chiiala or its équivalent, in Pr. loi both MSS.
hâve ceroselaig or its équivalent; in the Imram Brain p. 20 the
MSS. give iuà rochi'iala ; in LU. 19'' 9 \ve hâve mani fiiil, in
LU. 86^42 ma rôscalg = mad roscaich YBL. 95'' 15. It is to be
hoped that, when once attention has been callcd to the point,
more material may be coUected.
J. Strachan.
I. However, cid and mad hâve a subjunctive function.
INTORNO AGLI HELVETII
QUALCHE OSSERVAZIONE
Non credo ora inutile fermarmi su parecchie délie question i
relative alla gente Elvetica, da me studiate nel lihro sugli
« Helvetii » (r' edizione, Neuchàtel, 1897; 2'' éd. 1900),
prendendo occasione e giovandomi di alcuni rccenti lavori, e
specialmente di quello di E. Korncmann, Zur Stadtentstehung
in den ehemals kelt. u. german. Gebieten des Rômerreichs,
Habilitationsschr. Giessen 1898'. Rimandando per tutt' altro
air opéra mia, qui m'intrattengo un poco suUa costituzione
politica délia Civitas.
Gli Helvetii furono — nei primi tempi délia conquista ro-
raana — a peregrini », nella condizione di « dediti ». Taie
« deditio » ebbe luogo nel tempo di Ccsare, o ncll' anno 58
(dopo la flillita emigrazione), o piii probabilmente dopo, do-
mata l'insurrezione di Vercingetorige (a. 52) -. Che sia avve-
nuto un foediis é incerto. Perocché l'aggettivo, meramente
onorifico, di « foederata » che in un' iscrizione del II secolo
d. G. é dato alla colonia Elvetica, é un' indicazione assoluta-
1. Meno notevole é lamemoria di K. Holdcr, Die staatsrechtl. Stcliung,
die Verfassung u. Verwaltung Aventicums unter den Rômern, in Frei-
burg. Geschichtsblatter, sahrg. III (1896), p. 1-32, a me nota dopo la
prima edizione del libre mio. In essa si tenta di esporre, sulla base natural-
mente del materiale epigrafico (raccolto dal Mommsen, e più recentemente
dair Hagen), le condizioni politiche e l'amministrazione del capoluogo El-
vetico. Non priva d'intéressé é la récente Guide illustré du musée d'Aven-
ches par Em. Diuiant (Genève, 1900), particolarmente per l'ordinata espo-
sizione délie iscrizioni.
2. Cf. mio citato libro, p. 58.
liiionio agli Hclrctii. 425
mente unica, impropria e senza valore'. Inoltre l'argomento
principale ricavato da Ciccron. (pro Balb. XIV 32), che cioé
qui si tratti del foedus poco prima conchiuso con gli Hclvetii
ncir a, 58, non é fondato. Infatti in questo passo, Cicérone
dice, che ancora nel tempo suo esistevano alcuni focdera, coi
Cenomani, Insubres, Helvctii... e con popoli barbari délia
Gallia. Ora — a parte che questi foedera non possono riferiisi
ad etd recentissima (anzi sarebbero di epoca vicinissima, se
quello con gli Helvetii fosse dell' a. 58), giacché in tal caso
l'oratore avrebbe aggiunto ed avrebbe avuto interesse di aggiun-
gere qualcosa in particolare sul proposito — crediamo non
senza ragione che « Helvetiorum » sia una parola errata. Essa
é posta insieme coi nomi di altri popoli, in opposizione a
quelli di altri « ex Gallia », perciô deve riferirsi ad un popolo
abitante di qua dalle Alpi^. Si' puo aggiungere che se un taie
foedus fosse esistito, Cesare non avrebbe mancato di accen-
narvi, nel suo racconto sugli Helvetii. Ci sembra quindi dover
ammettere, che né nell' anno 58, e forse neppure preceden-
temente, siasi effettuato nessun foedus tra gli Helvetii e il go-
verno romano.
E noto che gli Helvetii, come le gentes délie Très Galliae,
formavano una civitas divisa in alcuni « pagi » aventi una
certa autonomia. Il loro ordinamento etnico, cantonale, per
effetto délia conquista e dell' assimilazione con le istituzioni
romane, ebbe successive e lente modificazioni. Fu conscrvato
esso per base délia costituzione amministrativa sotto l'Impero.
Ma il luogo piii importante si trasformô a poco a poco in
« urbs » e prese il posto del comune etnico, e il territorio del
cantone diventô quello dell' urbs. Sorse cioé l'organizzazione
urbana. Gli antichi « pagi » scomparvero in sostanza; rima-
sero perô con interesse meramente locale, non pubblico, come
si potrebbe forse rilevare da ciô che l'iscrizione (n. 192 = Ha-
gen 37) ricordante l'intervento dei pagi, si pu6 riferire ad etd
1. Inscr. Helv. n. 175 = Hageii 25 = Dunant lav. c, n. 38. Cf. mio
libro, p. 57, n. 107.
2. Questa niia osscivazione, che forse é dccisiva, é esposta nel mio pre-
detto libro, pag. 59.
424 Franccsco P. Garofalo.
posteriore alla fondazione délia colonia Aventicum K Al posto
dei « pagi » realmente compariscono i « vici », di cui si co-
noscono parecchi, aventi anch' essi una costituzione urbana o
quasi, accanto al capoluogo Aventicum, ma di secondaria im-
portanza ; fiiiché alcuni di essi (Cf. i castra Ebrodunense e
Vindonissense dell' etd récente) si trasformarono anche in co-
muni-cittd. Tutto questo sviluppo (molto attentamente stu-
diato dal Kornemann nell' opéra citata) si compi attraverso
parecchie fasi.
La prima flise di siffatta evoluzione si ha quando — con
Vespasiano probabilmente, o coi Flavî in générale — fu fon-
data la colonia (titolare, come si sa) di Aventicum o degli
Helvctii, di cui Aventicum -, che anche nel tempo di Augusto
era probabilmente la localitd piû notevole' e nel linguaggio ro-
mano, era riguardata comc un « vicus » quasi (Cf. Octodurus
dei Varagri), éneli°secolo d. C. detta espressamente « caput
gentis » (Tacit. histor. I, 68). Nel tempo stesso che si diede
il titolo di colonia, le si conferî il diritto di cittadinanza. Si
discute se sia stato Vins Laîiniim (come crede il Mommsen se-
guito da molti) o il Ronianiiiii. Gli argomenti che si sono ad-
dotti (Vedi Kornemann o. c, p. 43 sgg.) per ammettere la
romanitas, non sono accettabili ; poiché il non vedere « cura-
tores conventus civium Romanorum conventus Helvetici » in
Aventicum non esclude che un tempo (nel 1° secolo e anche
dopo) qui gli abitanti fossero non ancora cittadini romani. Né
il fatto che l'imperatore Claudio concesse ad alcune civitates il
titolo di colonia, mentre costitui nelle regioni Alpine « fora »
col diritto Latino, implica necessariamente che aile colonie
dessc la romanitd. Non rimane pcrciô se non accogliere l'opi-
nione Mommscniana-^, che cioé in principio sia stata data alla
colonia la Latinitas.
1. Comc io cercai di provare (in mio cit. hiv., p. 38 e n. 18) contro il
Mommsen e clii lo segue.
2. Che si trovasse nel « pagus Tigorinus », come gencralmente si crede
e si ostina a credere, non é dimostrato (Cf. mio libro, p. 42 sg.).
3. Secondo l'iscrizione trovata qui vicino, ricordante un « exactor » di
« tributa » nell'età Augustea (Hagen, Tit. Avent. n. 27).
4. Perô non si pu6 nulla sul proposito desumere dalla condizione degli
« équités singulares ».
Intorno agli Helvctii. 42 5
Bisogna ora vedcrc se « Colonia » si debba limitarc alla sola
Aventicum o cstendere a tutto il territorio degli Helvctii (cioé
identificare a « Civitas Hclvctioruni »). Studiate e vagliate
tLittc le dcnominazioni che compariscono nelle iscrizioni, pos-
siamo afferma re, discostandoci da quasi tutte le opinioni finora
messe fuori, che — sccondo la concczione del diritio pubblico
romano — Civitas Helveîionim, Colonia Helvcliorum, Colonia
Hclvctioruni Avcnticuni, Colonia Avcnlicensiuni (e parimente
Coloni Aventiccnscs ' 0 Coloni semplicemente^) sono espressioni
equivalenti. Onde il « curator » délia Colonia Aventicensiuni
(Inscr. 135) era una carica générale 5, come quella dei « duo-
viri coloniae Helvetiorum » Inscr. 142. 181). Confrontisi col
« curator colonorum » posto accanto agli abitanti di Aven-
ticum (Inscr. 154).
Perô nel fatto, per effetto di tracce locali, vi era sempre
una certa distinzione fra il capoluogo e altri centri minori.
Cosi si spiega l'espressione incolae coloniae Aventicensiuni , con-
trapposti ai « vicani Minnodunenses » (Inscr. 149), e aventi
percio senso ristretto al capoluogo Aventicum (e identico
quindi a quello dell' altra frase (f incolae Aventicenses )))4.
Dunque — nel signiticato romano — Colonia era tutto il
paese Elvetico. Perô per speciali circostanze derivanti dalle
condizioni etniche, talora poteva intendersi in senso piû limi-
tato. Onde si puô credere che la Latiniîas non fit, nel fatto,
largita a tutti gli Hclvetii.
Ed infatti é ben possibile che rimanessero ancora popola-
zioni peregrine nelle regioni fuori e dipendenti dal capoluogo,
1. Mentre incolae Avcnliceiiscs si riferiscono alla sola Aventicum. Come
si vede anche chiaramente dall' antitesi ch'é nella medesima iscrizione
(n. 154 = Hagen n. i = Dunant 45) fra essi e i cotoiii che devono inten-
dersi generalmente.
2. Non si trova mai Coloni HcÏTetii, ma queste due ultime espressioni. E
ciô perché nel linguaggio ufficiale romano il vocabolo etnico o scompare o
viene sostituito da quello délia cittd-centro.
3. NuUa dice in contrario il vcdere un « curator » per i vici, che ha si-
gnifïcato locale. Ci con l'aedilitas di Vienna (ch' esercitava giurisdi/.ione
su tutta la colonia) econ l'aedilitas del vicus particolare di Genava (C. I. L.
XII, n. 261 1).
4. La parola « incolae » non si usa nel significato strettamente giuridico,
ch'é invece in « coloni ».
426 Franc esco P. Garofalo.
corne si deducc dalla condizione degli « équités singiilares »
di nazione Elvetica, ch'erano in parte Latini, e in parte anche
maggiore, peregrini, e in tempo anche posteriore a Vespa-
siano.
*
* *
Ulteriori fasi délia trasformazione urbana del cantone El-
vetico si hanno con la sostituzione dei *> vici » ai « pagi » (V.
sopra) la quale puô collocarsi nel II secolo. Anche posterior-
mente, rinianeva, se non per diritto formale, in flitto qualche
avanzo dcU' antica costituzione. Lo dimostra specialmente
l'esistenza dei « vici » con una certa indipendenza (consistente
neir avère curatores e altre cariche proprie, nel flire décréta...),
accanto aUa capitale Aventicum, delht quale i magistrati (I
II viri, i curatores cohniae, etc.) e ogni atto valevano per l'El-
vezia tutta.
Piû tardi, il diritto romano fu accordato a tutti gli abitanti,
che ancora non l'avessero ^ Taie estensione, per i distretti
dipendenti, puô esser avvenuta anche dopo la costituzione di
Caracalla (anno 212) -.
Prof. Francesco P. Garofalo.
1. Chc molti non l'avessero, vcdesi dalT csistenza dei a curatores civ.
Roman, conventus Helv. » (Es. in Lousonna : Inscr. 115).
2. Cf. mio lavoro sugli Helvetii. p. 60 c n. 119. Dal principio del se-
colo 111 comincia la decadenza di questo paese, già fiorente.
CHRONIQUE
I.
Le 24 septembre dernier, j'ai reçu ef lu avec la plus pénible impression
une carte postale ainsi conçue :
« I grieve to inform you that my sister Margaret Stokes died ycsterday.
« She loved God and Ireland. — Wh. St. »
Marguerite Stokes est morte; elle aimait Dieu et l'Irlande. Elle a été le
modèle des sœurs et des tantes et des paroissiennes. Elle avait dans le cercle
si étendu des études celtiques une spécialité où elle était maîtresse, c'était
l'art irlandais. Personne jusqu'ici n'a dessiné mieux qu'elle les anciens mo-
numents irlandais, peintures de manuscrits, sculptures sur pierre. La seule
critique qu'on pût lui faire était d'embellir quelquefois un peu les œuvres
qu'elle reproduisait. Je vois encore devant moi la figure indignée de Henri
Bordier; j'entends son exclamation irritée, quand je lui mettais sous les
yeux un fac-similé d'une miniature du Livre de Kells. Quel mauvais travail
vous m'apportez là? s'écria-t-il, regardez ceci! et il me montra avec un
geste d'admiration une reproduction de la même miniature par Marguerite
Stokes. On sait que Henri Bordier avait consacré une partie de sa vie à
l'étude des mss. à miniature de la Bibliothèque Nationale de Paris. Comme
juge en fait de miniatures de mss., c'était un homme compétent.
Dans la plupart des ouvrages qu'a écrits Marguerite Stokes, on trouve les
qualités ordinaires des femmes auteurs quand elles ont du talent, plus d'élé-
gance que de précision. Mais cette critique ne peut s'adresser au dernier de
ses ouvrages que j'ai lus, et qui remonte à deux ans; il a pour objet les
croix monumentales de Castledermot et de Durrow. La Revue Celtique,
t. XX, p. 96-98, contient une notice sur ce travail, qui est écrit en un style
et avec une érudition absolument viriles.
Marguerites Stokes était âgée d'un peu plus de soixante-dix ans, elle était
membre honoraire de l'Académie royale d'Irlande, et de la Société royale
des Antiquaires irlandais ; un de mes regrets est de n'avoir pas eu assez d'in-
fluence pour la faire nommer à son insu membre de la Société nationale des
Antiquaires de France. Un autre regret que j'ai éprouvé a été de lui faire de
la peine à propos de son travail sur les croix de Durrow et de Castledermot,
en exprimant un doute sur la question de savoir si les croix de pierre mo-
428 Chroniijue.
numentales les plus anciennes des Iles-Britanniques devaient être cherchées
en Grande-Bretagne ou en Irlande. Ce doute de ma part l'avait frappée au
cœur: elle aimait tant l'Irlande ! Ce sera toujours pour moi un souvenir
triste que ses livres me rappelleront à côté d'autres souvenirs gracieux ; tel
celui de la visite qu'en 1882, accompagnant M. et Mme Alexandre Bertrand,
je lui ai faite à sa jolie résidence de Carrick Breac, près de Dublin, où nous
l'avons trouvée en compagnie de deux charmantes nièces, filles d'un frère
de notre savant collaborateur, M. Whitley Stokes; tel enfin que le sou-
venir de la promenade qu'avec elle j'ai faite quelques années plus tard en
compagnie de M. Alexandre Bertrand au Musée de Saint-Germain. Le
Musée de Saint-Germain est une création savante qui fait grand honneur
aux érudits éminents par lesquels elle est administrée. Mais Carrick Breac,
où Mlle Stokes a composé ses beaux livres, est situé sur la colline de Howth,
le célèbre Benn Etair de la littérature épique irlandaise, et là se termine au
nord la baie de Dublin, offrant aux regards un des plus beaux points de
vue qu'il y ait au monde.
Voici une liste des ouvrages de Marguerite Stokes ; un obligeant corres-
pondant me l'a envoyée d'Angleterre :
Irish Ilhiminalions. Vetusta Monumenta. Vol. VI. Letterpress by Dr. Todd.
Qiiaritch, Piccadilly, Loudon.
Art readings. Alexandrev Collège Literary Society. 1880 and 1883.
Notes on Irish Architecture by the Earl of Dunraven. Edited by Margaret
Stokes. With very numerous fine Photographie Illustrations and Wood-
engravings. Imp. 4to, 2 vols. George Bell and Sons, York Street, Covent
Garden.
Early Christian Archilecl lire in Ireland. With very numerous Woodcut Illus-
trations. Imp. 4to. London: George Bell and Sons, 1878. [Oui of priât.]
Six Monlhs in tlie Apennines. A Pilgrimage in Search of Vestiges of the Irish
Saints in Italy. With numerous Illustrations. Fcap. 410, 1892. [Ont of
prinl.\
Three Months in the Forcsts of France. A Pilgrimage in Search of Vestiges of
the Irish Saints in France. With numerous Illustrations of the Archi-
tecture, Sculptures, Paintings, and Personal Relies connected withthcm.
Fcap. 4to,Ready. G. Bell and Sons, York Street, Covent Garden.
Didron's Christian Iconography. A History of Christian Art in the Middle
Ages. Transiated from the French by E. J. Millington, and completed,
with additions and Appendices, by Margaret Stokes. With upwards
of 240 outline Engravings. 2 vols., small post 8vo. G. Bell and Sons,
York Street, Covent Garden, 1886.
Christian Inscriptions in the Irish Language. Chiefly coUected by George
Pétrie, ll.d. Edited by Margaret Stokes. With very numerous Li-
thographie Illustrations, Photographs, and Woodcuts. Annual Volume
ofthe Royal Historical and Archasological Association of Ireland. 2 vols.,
4to, 1878.
Chronique. 429
The Shrine of St. Moedog, and ihe Gospel of St. Mohise. From « Archœo-
logia », vol. xliii. Quaritch, Piccadilly, London.
On Tivo Bronze. Fragments in the Pétrie Muséum, R. Irish Academy. Suppo-
sed to be Portions of a Radiated Crown. From « Archasologia »,
vol. xlvii. duaritch, Piccadilly, London.
Early Christian Art in Ireland. With 106 Woodcuts. 8vo. Chapinan and
Hall (Limited), 1887.
High Crosses of Castledermot and Durroiu. With 12 Illustrations. Hodges,
Figges, and Co. (Limited), Grafton Street, Dublin, 1898.
High Crosses of Moone, Drumclist, Termonfechin and Killarmery.
L'Athenaeum du 29 septembre contient, pages 417-418, une notice sur
Marguerite Stokes par son savant compatriote, le célèbre helléniste de Du-
blin, J.-P. iMahaflty. Je me vois encore assis non loin de lui et d'elle, à la
table hospitalière du professeur Robert Atkinson, dont le nom et les ou-
vrages sont si avantageusement connus des Celtistes. Il y a de cela près de
vingt ans ! Temps passé qui ne reviendra plus !
IL
La revue An Gaodhal de New- York, no d'août et septembre 1900, con-
sacre sa page 227 au souvenir de feu le Rév. Eug. O'Growney, décédé à
l'hôpital de Los-Angeles, en Californie. Sur cette page, la reproduction
d'une photographie nous montre le savant prêtre assis sur un banc à l'ombre
des arbres, attendant tranquillement la mort; près de lui se tient la sœur
Angela qui le soignait dans sa dernière maladie. Eugène O'Growney est
l'auteur d'une édition du voyage de Snedgus et de Mac Riagla, du voyage
de Mael Duin, et ds Simple Lessons in Irish dont il a été parlé dans la Revue
Celtique, t. XII, p. 404, et t. XVIII, p. 118.
Un article de M. G. Dottin : Études sur la prononciation d'un dialecte ir-
landais, a été écrit avec la collaboration du Rév. E. O'Growney. Le dia-
lecte dont il s'agit est celui du comté de Galway. L'article a paru en 1893
dans le tome XIV de la Revue Celtique, p. 97-136.
H. d'Arbois de Jubainville.
Jubainville, le 30 octobre 1900.
Revue Celtique, XXI. 29
TABLE
DES PRINCIPAUX MOTS ÉTUDIÉS DANS LE TOME XXI
DE LA REVUE CELTIQUE^.
I. Gaulois ou vieux-celtique,
ET OGAMiaUE.
(Voir pp. 14-19, 21-27, 113, 114, 119,
129, 152, 201, 202, 243, 247, 266,
267, }II, J40, 346.)
-acus, 113, 1 14.
AXtao[v]£a;, 345.
AaXstivo;, 345.
Allobroges « hommes d'an autre
pays », 115.
Ambatus, Ambata, 201.
Ambimogidius, 3 10.
Andcam, 346.
ande-, 308-3 10.
Andecarus, 131.
ando-, 309, 3 10.
Andobales, 309, 3 10.
Andobru, 309.
Andomatunnum, 309.
Argentomagus, 1 14.
Arquius, 202.
Arronidaeci, 201.
Arrotrebae, 201, 237.
Artabri, 237.
Artigenos » fils de l'ours », 287.
Artio « la déesse ursine », 288, 289,
294.
Artobriga, 237.
-ass-, 308.
Atrebates, 244.
Augustobriga, 346.
AVE, 128.
Aventicum, Avanticum, 309, 426,
427.
-avus, I 14.
Belgae, 244.
benno- « corne; hauteur », 243.
Bergidum, 201.
BIGU, 128.
Bilbiiis « très bonne », 310.
-bilis « bon », 3 10.
BiR, 128.
Boudicca, 1 10, 282.
Boudobriga, 237.
Bouo'jtvoa « vache blanche », 255.
braca, culotte, 104.
branno- « corbeau », 303.
Brannogenium « habitation du tîls
du corbeau », 287.
Brennono, 113.
Brennos, 113, 11^.
-briga « château, forteresse », 114,
237, 346.
Brigaecium, 201 .
I. Cette table a été faite par M. Ernault.
Table des frincipaux mots étudiés ilans le tome XXI .
4V
Brigantes, 254.
BpoYtTapo; « taureau du pays ? »,
254.
cagileb[i1, I 28.
Calletes, 201.
cALUNOvicA, 128.
Camalodunum, 202.
Camalus, 202.
Camulates, 202.
Camulogenus « fils de Camulos »,
102.
Cantobennum, 243.
Canuacus, 151.
Carausius, \^, 548.
Carbantorate, Carpentorate, 509.
Kapvovou, 345.
Casses « (dieux) très beaux », 309.
Cassibratius, 308.
Kassiteros « Grande Bretagne ? »,
■73, '74-
Catotigirni, 328.
Kaioupaxioviov, Cataractone, 328.
Catuvellauni, 244.
Celtica, 202.
Celtigun, 202.
Celtius, 202.
Centullus, 1 14.
cing-, '7, 19. 21.
Cintugenos, 1 14.
Cintugnatos, 1 14.
Cloutas, 202.
Clutamus, 202.
C...NA, 128.
Codonius, 3 10.
Coloniacus, 18.
Ccminius, 131.
Coniacus, 3 10.
Conicodius, 310, 311.
Conimbriga, 237.
Coriosolites, 243, 244.
Coriosopitum (civitas), 243, 244.
Cornovii, 244, 246.
[corr]bri, 128.
Cotini, 346.
Cottius, 151.
covAGNi, 128.
CUNALEGEA, I 28.
AaSa, 131.
DEAGOS, I 28.
Dégante, 200.
denavec[a], 128.
Divicatus, 131.
Ao[jiva, 131.
Doni, 346.
Donnos, 131, 2^3, 254.
Donnotaurus, 254.
Doveccus, 151.
druidae, 281 .
Dulovius, Dullovius, 346.
Dumnonii, 244-246.
Dumnovellaunus, 309.
-dunum, 1 14, 237.
-durum, i 14.
Eburobriga, 237.
Endovellicus, Endovelicus, Endovol-
licus, Endovolicus, Enobolicus « le
très bon ? », 308-3 1 i .
epo-, cheval, 294.
Epona « la déesse chevaline », 294.
Esugenus « fils d'Esus », 102.
Excingus, 247.
Fidenciacus, 1 14.
-genos « fils de », 287, 302.
Germiniacus, 1 14.
Gorgobina, 108.
Helvetii, 423-427.
-ico-s, 309.
Indebilis, Indibilis, 3 10.
Indovellicus « le très bon? », 308,
310.
INIS[SI0NAS], 128.
-iolus. -iola, 1 14.
-ion-, 289.
Juliages, 1 14.
432 T.ilie des principaux mots étudiés dans le tome XXI.
Ladicus, 200.
Lanovalus, 346.
Lantennacus, 509.
LARCEDi, 128
Lalugni, 346.
Leuros « suffisant? », 129.
LITOS, I 28.
Litumara, 250.
LUGUXI, 128
iMACORBI, 128.
Magetobriga, 237.
Magilius, 202.
Magilo, 202.
Magniacus, 1 14.
-magus, 1 14.
Mava-ta, 254.
MANUMAGU, l 28.
MAQ.UI, 128.
[maJtteas, 128.
Matugenos « fils du sanglier », 287.
MEDALI, 128.
Medullius, 201 .
Menapia, 174.
Menapii, 174, 254.
Menoviacus, 201 .
Mocoi, 128.
Mo'oovvoç, 254, 255.
Mogetius, 345.
Mogolius, 3 10.
Mogounus, 34^ .
Moltinus, 345.
Moritasgus, 346.
MUCOI, 128.
Mullo ou Mulio (Mars) « dieu du
mulet », 29^, 346.
Nabelcus, 346.
Nantosvelta, 346.
Naria, 346.
Nemausus, 346.
Nemetes, 247.
Nemetobriga, 201 .
ne[ta-segomo\[as, 128.
NOGATI, 128.
Ocelum, 201 .
-ol-, 3 10.
-onius, 308.
Orgenomesci, 201.
Orgetorix, 201 .
Pardiacus, 1 14.
Parisi, 244.
penno- « tête », 242.
Pennocrucium, 242.
Pennolucus, 242.
Pentilius, 202.
Pentius, 202.
Pentovius, 202.
petorritum « chariot à quatre roues »,
132.
Pignacensis, i ! 3.
Pintaius, 202.
Pintamus, 202.
aUECIA, I 28.
ROTTAIS, 128.
Rudiobus, 294, 296.
Segeius, 202.
Segisamus, 202.
Segobriga, 257.
Sequana, 19.
Sequani, 19, 21, 340.
Simpliciacus, 113.
Tagassus, 308.
Tagonius, 308.
Tâyo;, 307, 308.
TapoucSoûii. « siège du taureau? »,
254.
Tarvessedum, Tarvesede « siège, ha-
bitation du taureau? », 254.
tarvos, taureau, 255, 254, 295.
TOTRAI, 128.
trigaranus, aux trois grues, 295,
296.
Ucuete, Ucuetin, 19
Urogenia « fille du taureau », 287.
Urogenonertus, 287.
Table des principaux mots étudiés dans le tome XXI. 45]
athnughudh, renouvellement, 25.
atomrai, vint à moi, 40 1 .
bâg, bataille, 1 50.
bâgim, je combats, 130.
bearla briste « langue brisée », 538.
bélra, béria, langue étrangère, 191.
bendacht, bénédiction, 240.
Benn Etair, 245.
bériagar, idiome, 191.
bibdu, coupable, 250.
biis. qui est, 19.
BlâklT, 183.
bô, vache, 60.
Brian « parole », 115.
brô, meule, 60.
broine, proue, 14e.
bûarach bhais « entrave de mort »,
338.
caech, louche, 1 34.
cain, tribut, 1 30.
câith, du son, 17.
carraisde, voiture, 196.
cartaim, je nettoie, 1 30.
ceall, église (monastique), 240.
Ceann-ard « tête haute », 243.
Ceann-na-faitche « tête de la pe-
louse », 243.
céis, sorte de luth, 1 34.
cenn, ceann, tète, bout, sommet, 242,
243.
cepdai (corps) massifs, 377.
ce red, crcud, quelle chose?, 181.
cert, droit, 247.
cétal. chant, [4, 25.
cétmuinter, femme légitime, 109.
ciall, collection, 19.
cianôg, menue monnaie, 140.
cirdub, très noir, 1 30.
cis, redevance, revenu, 239, 240.
cisdin, cuisine, 196.
clannaigsedir (ro — ), ils se multi-
plièrent, 1 36.
29.
Uxelodunum, 1 14.
Valenciacus, i 14.
Veliagu, 201 .
Vellates, 309.
Vellocatus, 309.
Vercassivellaunus, 309.
Veronigoru 201.
Victuriacus, m 3.
Vindiricus, 202.
Vindius, 20 1 , 202.
Virius, 202.
Virnanaius?, 202.
Vironus, 202.
V'olcae, 116.
Z;i.£OTfov, 131.
II. Irlandais.
(Voir pp. 19, 60-74, "30' 108-111, 124,
127, 133-156, 162, 163, 179-196,
547, ?i5. 359, 560, 362-574, 370,
38^ 38s, 39$, 399, 401. 402, 418,
420, 421.)
-a, 3e pers. sing. du subjonctif prés.,
268.
abardal, très noir, très obscur; gran-
de obscurité, 126.
adfet, adfed, il raconte, 251.
adfhead, je raconterai, 251.
afrithissi, de nouveau, 12$, 126.
ail, ce qui plaît, agréable, 126.
Ailill, I 20.
airbhre, troupe, 385.
airicul, appartement, chambre, 109.
alam, troupeau, 126.
Ambros, Ambroise, 240.
amre, amra, admirable, 115.
anmaith, mauvais, 16.
ar, notre, 1 26.
art, pierre, 289.
asbert, il a dit, 1 30.
asrubart, il dit, il avait dit, 1 30.
Revue Celliquc, XXI.
454 Table des principaux mots étudiés dans le tome XXI .
cless, tour de force, 250.
clôd, victoire, 247.
cloth, fameux, 60.
cloth, hospitalité?, 1 34.
côisde, coche, 196.
Conchobhar, 183, 184.
Congen « fils du chien », 287.
Cormac, ^44.
co rolomm, (il lia) de façon serrée?,
135-
corr, héron, 153.
coscath, obscur, 126.
Cothraige, Patrice, 240.
croch, mortification de la chair, 135.
crû, sang, 60.
Cualand, 120.
cubhaidn, convenable, 252.
Cûchulainn « le chien de Culann »,
286.
Cùrôi, 55, 124.
-d. cela, 420, 421.
-d, marque de l'indicatif dans des
phrases conditionnelles, 412-421.
da, do, deux, 369.
damaisde, dommage, 196.
dar, darcenn, en retour de, 134.
Dé Danann, i 20.
dia fonn (ropo — ), tant était grand
son plaisir, 1 34.
dia n-, si, 41 6.
die dia, jour, 17, 23 .
dofedim, je précède, 251.
! onald Brecc, 330.
dond, brun; roi, 253, 254.
do neoch, tous ceux qui, 379.
doridissi, de nouveau, 126.
dual, charbon, 181.
dabh, noir, 181.
ech, cheval, 60.
eclais, église, 182, 240.
eneclann, prix de l'honneur, 1 30.
esse, trace, vestige, '.26.
fâtï pommes de terre. 182.
ferbba, vaches, 401.
fetar, fedar, je sais, 251.
fiallachus. parties honteuses, 402.
folearbad, mort, 401 .
fonn, plaisir, 1 34.
-fthâ, -fâ, 2e pers. sing. du condi-
tionnel, 194.
gabhail do- presser, frapper, 387.
giun, (par) la bouche, 1 30.
dubh, (il le saisit) fortement (à la
gorge), 133.
gorm, chaud, 61 .
gorm, obscur, 61 .
gual, charbon. 181.
idal, iudal, idole: idolâtre, 13^.
Idhal, lubhal. Juif, 13^.
indiu, aujourd'hui, 18.
innocht, cette nuit, 23 .
irt, mort, 40 1 .
là, laithe, jour, 23, 367.
laigiu, plus petit, 23.
hin. plein, 60.
lith, fête, 250.
lôisdin, logement. 196.
lour, leôr, lôr, suffisant, 129.
lûamain. vol, 19, 377.
mainistir, monastère, 109.
mao, plus grand, 345.
martralaic, martyrologe, 182.
math, bon. 17.
meite : ba —, il serait important.
379-
mi, mois, 23.
mind, diadème, 78.
mruig, contrée, 18.
muinter, famille, 109.
muirn Giudan « mer des Jutes? »,
6,9-
nessam, le plus proche, 251.
Niall, 344.
nùe, nouveau, 240.
Tàhic des principaux mots étudiés dans le îome XXI . 435
o'in, emprunt, 18.
ôr, or, 95.
pairche, paroisse, 240.
paisde, enfant, 196.
Patrie, Patrice, 240.
peirse, perche, 185.
pilrisc, perdrix, 196.
polaire, tablette; inscription, 387.
prâtT, pommes de terre, 182
primben, femme légitime, 109.
rébaim, je déchire, 17.
rî, roi, 544.
riam, auparavant, 60.
richess, charbons ardents, 98.
Risteird, Richard, 496.
ro-, particule verbale, 41;.
rotn croi « roue de mort », J36.
sam, été, 23.
sathrann, samedi. 182.
sceo, en outre, 1 34.
Seaghân, Jean, 196.
secht, sep:, 60.
Sémus, Jacques, 196.
Séoirse, Georges, 196.
son, ce, 19.
straid, srâid, rue, 182.
suan, sommeil, 60.
tamun, tronc, racine, 307.
tarb, taureau, 253, 254.
tau, je suis, 307.
tech, maison, 307.
-tella, il y a place; il y a moyen,
176-178.
tellaim, tallaim, je trouve place, 176-
178.
tellaim, tallaim, j'emporte, 176.
ti, circuit, 18.
tiagaim, je vais, 60, 307.
tiasu, j'irai, 347.
tibim, je ris, 307.
tofet, il précède, 251.
ûar, froid, 17, 23.
ulad: don ulad-sa, pour cette fois, en
cette occasion, 399.
m. Gallois.
(Voir pp. 14, 29, ^0, 32-56, 98, 209-
212, 219, 220, 222, 223, 248, 328-
M', 3n-3?7-)
Aeron, 329, 3 36.
anfad, mauvais, 16.
Ansel, Anselme, 34.
Antyrron, 357.
arlwydd, arglwydd, seigneur, 130.
Arvon, 329.
atbret, adfryd, rançon, 7, 8.
a r, or, 93.
Bechawy, 5 3.
bai, faute, erreur, vice, cnme, 1 30.
bal, cheval au front blanc, ou à la
face blanc'ie, ou marqué à la face
d'une tache blanche, 126.
beio, blâmer, censurer, 130,
blaenau, extrémités, 146.
brad, bradwch, trahison, 145.
bradu, bradychu, trahir, 14^.
bradus, bradychus, perHde, 145.
braw, terreur; terrible, 145.
bravvch, terreur. 14^.
brawu, brawychu, effrayer, 145.
brawychus, terrible, 145.
bredychus, perfide, 145.
breiniau, privilèges, 146.
brenhin, roi, 115.
Brenhin na vrenhin, un roi qui n'est
pas roi, 34.
bréni, proue, 146.
brewych, terreur, 145.
broder, brodir, brodorion, frères,
126.
Bryneich, 331.
brytàu, chauffer, 146.
Caer Sidi « la ville qui tourne », 9.
Caerwys, 329.
40 Table des principaux mots étudiés dans le tome XXI.
canwyll, chandelle, flambeau, 248.
cared, tache, 18.
Cateyrn. 328.
Catgabail, Cadafael, 330, 53 ^
Catgualatr, 7, 3 30.
Catguomraed « qui esquive la lutte ",
7,8.
cathl, chant, 14, 23.
Catraeth, 528, 337.
Catvan, 330.
cebystr. licou, 14^.
ceiniog. penny, ; 30.
chwannwch, convoitise, f4).
chwant, désir, 145.
chwanta, désirer, 146.
chwantach, convoitise, 146.
chwantu, désirer, 14^.
chwennych, chwennychu, convoiter,
145. '46-
chyfatam, 334.
Corroi, 5 ^.
cretei, il se confiât, 1 50.
crib, peigne ; crête, 1 29.
crihyn, crête, arête, sommet, 129.
Cuneglase, 334.
cwynos, souper, 240.
cwyr, cire, 240.
Cymry « compatriotes », 1 1 5, 127.
Cynan, 30, 31.
Cyndaf, 354.
Cyngen. 30, 31.
cynghanedd, liaison des membres du
vers par la rime ou l'allitération,
ou par les deux à la fois, 46-50,
228-23 1 , 254.
cywydd. sorte de rythme poétique,
232, 253.
Derwennydd, 330.
dialgur, vengeur, 329.
dy, y, à, 30.
dydd, jour, 23.
DyfnwaI Vrych, 330.
Dy'rig, I, 3-5.
echwydd, midi; le repos du bétail au
moment de la grande chaleur, 33^.
elain, biche, 23.
Eleirch vre, 329.
Elerch, Elarch, 329.
Elvet, 329.
Emreis, Ambroise, 240.
Ewionyd, Eifionydd, 329.
Ffreinc, Français, ',8.
gaeaf, hiver, 14.
Gint. Scandinaves, 29, 531.
gorsin, montant de porte, 143.
Guerngen « fils de l'aune », 287.
Guidgen c fils de l'arbre », 287.
gwaith, combat, 328.
Gwen-ystrad, 337.
gwynebwerth, prix de l'honneur, 1 50.
Gwynedd, 329.
Gwynnassed, 329, 330.
-hei, subj. aoriste, 5*^ pers. sing.,
130.
helygen, saule, 145.
heno, cette nuit, 23.
lodeo, 9, 328-, 30.
Kaer-Iudeu « ville des Jutes ? », 1 ,
5-9, 328.
kymangan, qui est à l'unisson, com-
plètement d'accord, 30, 31.
Kynon, 351, 3 3 3-
liai, plus petit, 23.
llawrudd, qui a une main rouge,
meurtrier, 315.
llawruddiaeth, meurtre, 315.
lludd, obstacle, 23.
Llyw, 330, 337.
Machagui, 53.
mâd, bon, 1 7.
merin, estuaire, 9, 329, 330.
Mon, 530.
newydd, nouveau, 240, 332.
Nordniandi, Normandie, 51.
Table des principaux mois étu.liés djiis le tome XXI. 457
Nordmyn mandi, Normands de Nor-
mandie, 3 5.
nos, nuit, 23.
oer, froid, 14, 23.
Osguid,7, 532.
oswydd, ennemis, 332, 333.
Patrie, Padric, Patrice, 240.
Pen-maen-mawr « tête de la grande
pierre », 242.
Pen-mynydd « tête de montagne »,
242.
penteyrn, grand chef, 115.
purdu, très noir, 1 30.
reges, cendres des morts, 97, 98.
Rheged, 3 3 5-3 57-
Rhyvoniawc, 3 30.
Sais, pi. Seison, Anglais, 130.
Sandwic, 334.
taryan, bouclier, 57, 58, 351.
-tor, sufT. passif, 3 1 .
tri-, préf. intensif, 328.
tryfrwyd, combat, 328.
trywaith, combat, 328.
twrneimant, tournoi, 58.
unie, solitaire, 34, ^4.
Urbgen, Uryen, 335, 337.
-ych, sufï. de noms verbaux, 145.
yscvid pedeirieith, bouclierdes quatre
langues, 58.
ystryd, rue, 182.
IV. CoRNiauE.
luman, maintenant, 19.
regihten, braise, 98.
V. Breton armoricain.
(Voir p. 408.)
-ac'h, -ah, suff.de noms, 145, 146.
ac'h-amen, fi donc!, 129.
afour, en foule, 141 .
-abat, -hat, suff. de verbes, 145, 146.
ancoa, ancoéha, oubli, 145.
ancoat, ancouéat, oublier, 145.
ancoffhat, ancoffnechat, oublier, 145.
ancoffnez, oubli, 145.
ancofua, oubli, 145.
anconec'h, oubli, il oublie, 145.
ancoùehonni, oubliance, 145.
ancounac'haënn,oubliance, 145, 146.
ancounah, ankounac'h, oubli, 145,
146.
anccunc'hamand, oubli, 145.
ancounec'ha, oubli, 145.
ancounec'hamand, oubli, 145.
ancounec'hât, oublier, 146.
ankounac'haat, ankounec'haat, ou-
blier, 146.
ankounec'h, oubli, 146.
Annan, Anne, 408.
a ori-gèr, (du bien) en abondance,
141.
-ar, suff. d'infinitif, 141 .
araous, querelleur; qui coupe la pa-
role à quelqu'un, 1 37.
ari, en ari, par, au bout d'(une laisse),
137-
arvar, doute, 1 30.
ba unan, chacun un, 1 37.
berlobiein, déraisonner, 137.
bevez, coupable, 2^0.
be/.iù, atterré, stupide, 144.
beziùet, ahuri comme un homme qui
s'éveille brusquement, abruti, 144.
blaoeh, blaouah, horreur; terrible-
ment ; merveilleusement ; énormé-
ment, 145, 146.
blaoèhus, blaouahuss, terrible, hor-
rible, 14^.
blaouahein, avoir horreur, 145.
blenchou, sommets, extrémités, 146.
Botcalper « lieu planté de poiriers
sauvages », 1 47.
Botquesten, Botquistin « châtaigne-
raie », 148.
4,8 Table des principaux mots étudiés dans le tome XXI.
boug, mou, 145.
bratell, tartenelle de moulin, 144.
bré, résine, 1 38.
broutac'h, chaleur étouffante, 146.
cabestr, licou, 145.
Calpéric, Calpérit, Calpirit « lieu
planté de poiriers sauvages», 147,
■ 48.
caut, bouillie, colle, 148.
Cautpirit « heu planté de poiriers
sauvages », 148.
chalefi, sortir, 144.
chiboudik, debout !, 147.
chiboutt, chiboudênn, piquette, 146,
147-
chilaouret, doré, 147.
c'hoar, il arrive, 141 .
chou!, cri pour chasser les poules et
les poulets, 1 39.
chouchan, se blottir, 140.
chouchoucq, (faire) dodo, 140.
chouqicq, (faire) dodo, 140.
chouquein, s'asseoir, 140.
chulefi, souiller, 144.
cillartt, pierre posée debout sur son
tranchant, 144.
col, colle, 148.
cot-, silvestre, sauvage, 148.
cotperen, cosperen, poire sauvage,
148.
coz, vieux, mauvais, 148.
creizenn, cicatrice, 146.
cribenn, clypenn, devant (de la jam-
be), 146.
daerou, daelou, larmes, 146.
damesât, apprivoiser, 142.
dar, tiens, 141.
darc'hao, derc'havi, dalc'havi, frap-
per, 146.
darëu, larmes, 146.
dazrou, daziou, larmes, 146.
defoui, défier, défi, 139.
deoui, se dépêcher; presse, empres-
sement, 159.
déret, tenez, 141.
diboufa, déboucher, sortir subite-
ment; s'esquiver; trouver ce qu'on
cherche depuis longtemps ; déni-
cher; chasser d'un poste, 138.
diboukein, arriver, apparaître brus-
quement, 1 58, 1 39.
dibourcha, déboucher, sortir d'une
cachette, 1 39.
dibusquein, débuter une boule, 139.
dichou! dichou !, cri pour chasser les
poules, 1 39.
dichoual, dijoual, crier pour chasser
les poules ou les oiseaux, 139.
didu, maladroit, 143.
difoucha, débusquer, 140.
difoupa, voir diboufa.
difourka, déboucher, sortir d'un bois,
etc. ; débusquer, 140.
digôr, diôl, ouvert, 141 .
digoupein, arriver, apparaître brus-
quement, 1 38, 1 39, 144.
discoazcaff, débusquer, 140.
diskoach, découvert, qui n'est pas
caché ; (se) découvrir, 140.
disoucha, se faire voir après s'être
caché ; éveiller, 140.
diùenn, défendre, 1 39.
dizoucha, dijoucha, débusquer, dé-
boucher, sortir d'unecachette, 140.
-ec'h, -eh, suff. de noms, 145, 146.
éc'hoaz, le repos du bétail au mo-
ment de la grande chaleur, 355.
-eh, -ah, suff. de noms verbaux, 14^.
emichans, sans doute, je pense, 142.
endra-badsé, pendant ce temps, 144.
en drebad-hont, en ce temps-là, 144.
enepuuerth, prix de l'honneur, 130.
-er, suff. d'infinitif, 141 .
ersqina, agacer, 128.
Table des principaux mots étudiés dans le tome XXI. 4^9
e ry, par (le cou), 1 57.
felu-mor, algue, 144.
foillez, feuillée, 145.
follenn, feuille de livre, 144.
P'ontanellafi, La Fontenelle, 408.
foui : d'er — , à la hâte, précipitam-
ment, 1 39.
Galperouet (le), « lieu planté de poi-
riers sauvages », 148.
Galvezit « coudraie », 148.
Gasténouet (le), « châtaigneraie »,
148.
goal bir, poires sauvages, 148.
gorsou, gorchou, corsou, montants
d'une charrette, 145.
gouel, fête, 141.
goug, coug, cou, 145.
gourmikel, la Saint-Michel, 141.
guellahen, guêllaênn, guérison, 146.
gwelc'h, vierge, 146.
gwell, meilleur, 309.
haleguenn, saule, 145.
han, hanv, été, 25.
harao, fil, 137.
hebiou, outre, 1 34.
heli par, au bout de, 1 37.
helibini, (aller) à qui mieux mieux,
'37-
hoanti, envieux, désireux, 142.
hoari, jeu, 141 .
hoaruout, arriver, 141 .
hol, il arrive, 140, 141.
horri, se débattre, gronder, 141.
-i, suff. d'adj., 142.
-iù, suif, d'adj., 142, 144.
jamez, jamais, 147.
jamezen, piquette, 1 47.
iùliff, joli, 142.
kâb, capable (de), 1 37.
kaer, ker, habitation, 256.
kalpér, petites poires sauvages, 147,
148.
kalpiren, poirier(sauvage), 147, 148.
kapabl, capabe, capable, habile, 157.
kein gar, le devant de la jambe, 129.
Kergalper « lieu planté de poiriers
sauvages », 147.
Kiltperit « lieu planté de poiriers
sauvages », 148.
kilvid, coudraie, 148.
kleizen, cicatrice, 146.
klupen, crête (de coq); devant (de la
jambe), 129.
koachet 'n ho koanze, asseyez-vous,
140.
koan, souper, 240.
koar, cire, 240.
koc'h, ordure, 148.
kof gar, le gras de la jambe, 129.
kosper, koper, poires sauvages, 148.
koudask, (poirier) sauvage, 147, 148.
koulm, nœud, 141 .
koulm, kourm, pigeon, 141.
kriben, kripen, klipen, klupen, crête,
146.
laet, let, injures, 142.
lettat, laetat, insulter, 142.
losten chibout! apostrophe aux pe-
tits enfants qui commencent à mar-
cher, 147.
luz, embarras^ 23.
mar, doute, 1 50.
mechancc, méchanceté, malheur, 142.
mechans, michans, sans doute, je
pense, 142.
meliscr, mélisse, 143.
missi, surprise ; événement heureux,
142.
miz, mois, 23.
mor glei, (la) mer au nord (de l'île
de Sein); mor dheou, (la) mer au
sud (de cette île), 97.
Moris, Maurice, 143.
moriscleu, grimaces, 142, 145.
44° Table des principaux mots étudiés dans le tome XXI .
mouar, m\vàl-du, mûres, 141.
naik : sot naik, diot naik, fou à lier,
142.
peillar, piller, 141 .
Penn-marc'h « tête de cheval », 242,
243.
Penn-oc'hen « tête de bœuf », 242.
Peun pont « tête de pont », 242.
Penn-poul, Paimpol, 242.
pestuek, maladroit, 145.
peta, jusqu'à, 145.
pcc, bogue (de châtaigne) : grosse
enveloppe (de noix), 143.
poket, bouquet de la mariée, 143.
pouff': ean en des groeit poufF', il a
mis la clef sous la porte, s'est en-
fui, 1 39.
poug, boug, (temps) lourd, étouffant,
'43-
prantad, époque, durée, 144.
prespolite, prospérité, 141.
Querisouet (le), « cerisaie », 148.
Quérizit « cerisaie », 148.
Quistenic, Quistinic, Quistinit« châ-
taigneraie », 1 48.
Quistinidan « petite châtaigneraie »,
148.
rao, honte (à lui), 1 37.
rastel, râteau, 256.
reguez, braise, 98.
rozèran, rosaire, 408.
saillein, sauter, 144.
santihuë, sensible, 142.
sciir, tranchant (d'épée), 144.
scoacha, se blottir, 140.
seillen, sole, 145.
senti, obéissant, 142.
siboudênn, piquette, 146, 147.
siboudou, chiboudou, (faire) la co-
quette, 147.
silaouret, selaouret, sulaouret, doré,
147.
silen, chilen : ar hé — , (poser une
brique) sur champ, 144.
skourm, nœud, 141.
solen, sole, 145.
sot-naï, sot-naik, fou à lier, 142.
soucha, se blottir, se tapir, dormir,
140.
soug er goug, la nuque du cou, 1 40 .
soulaleuret, surdoré, 147.
sponti, sconli, scontihuë, peureux,
craintif, 142.
staer, ster, rivière, 307.
trabell, tartenelle de moulin, 144.
tu, côté, 143.
tuek, adroit, 143.
viek : eur — , une femme, 146.
Le Propriétaire-Gérant : Veuve E. Bouillon,
Chartres. — Imprimerie Dukand, rue Fulber;
BnîvcrsîfyofTorcrsto!!
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LOWE-MARTIN CO. LiMJTE©
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